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LE LOGIS DU ROI

Le Lo^is du Roi, dit l'auteur de la Description des rues et bâtiments saints et profanes de la ville d'Amiens, est le lieu où le ^ou\-erneur général de la province loge ordinairement. I .es murailles sont crénelées en lacon d un château anti^-iuc. 11 Y a une grande cour remplie dallées de grands arbres. Il se trouve un jardin à côté pour la promenade, un très beau corps de logis, où il se voit un grand donjon fort haut qui découvre toute la ville et une voûte pour ser^'ir de corps de garde; de-- cour^ et d'autre.s corps de logis pour la demeure de beaucoup de monde. 11 se trouve de beaux escalier^ de pierres et de très beaux appartements iii.

Dn autre écrivain vient encore conllrmer cette brillante peinture du Logis du Roi. (a)mme on peut le voir par ce qui en reste, dit-il. c était un château en briques et en pierres semblable à ceux qui furent bâtis sous le règne de François FU Fn mur crénelé et garni de guérites à toits pointus, 1 en\'ironnait de toutes parts. Pour parvenir dans l'intérieur que la ville décorait parfois de ses belles tapisseries quand elle voulait faire honneur aux gouverneurs de Picardie, il lallail traverser un pont levis et une porte bien ornée donnant sur la rue des Fossés ou celle des TriFs-Cuiilloux. Les principales pièces, la chapelle et le jardin, étaient tort re marquables (’2).

Pourquoi ce château avait-il reçu le nom de Logis du Roi ; Les premiers historiens d'.Amiens veulent que François l^’ en ait ordonné la construction pour 1 habiter durant ses séjours en Picardie, mais que la perte de la bataille de Pavie et sa capti\-ité qui en fut la suite, rempêchèrent de réaliser complètement ce dessein. Mais Dusevel fait observer qu'aucun document authentique ne se rencontre dans les archives locales, qui fasse connaître la date des travaux, le nom de 1 architecte, le chilfre des sommes dépensées pour cette conslructitm, et que ce ne fut probablement pas la \ille d'Amiens qui les supporta, car le l.ogis du Roi ne lui appartenait pas dans le principe. Il fut construit sur l'emplacement de 1 Hôtel des Trois-futilloux appartenant au Chapitre de Notre-Dame, bâti au centre de la rue des Fossés, sur les terrains de l'ancienne ceinture de la ville, démolie dans les dernières années du xv^' siècle par ordre de Louis XL 11 tenait à 1 abbaye de Saint-Martin-aux-.l Limeaux, â l'ancienne enceinte et à une maison ayant appartenite autrefois â Philippe de baveuse. Capitaine d'Amiens en

Les mutilations qu'a subies le Logis du Roi dans le dernier siècle et la métamorphose de ses dépendances en établissement de bains, cafés, salles de concert et de spectacle, ont rendu méconnaissable cet édilice et sa décitration extérieure.

(i) Dcxcription iii-s mes i't h<lf/ini'iits Siti/its cl profanes Je la. ville dWniiens. Ce manuscrit a été publié par \'ictor de Bcaiivillé, dans le tome ! de son Recueil de documents inédits cünccrnanl la l'icarilic-. (jui lui assigne la date de 1707. Bcauvillé semble en avoir ieuorè l’auteur ((ui est François Machart, comme n<ms l'apprend Achille Machart dans ses rechi'rches sur Amiens faisant suite au.'; manuscrits de Payè.s.

1 21 Nous ne croyons LiUères à i’e.\istence de ce pont levis. le T,ou-is du Roi a\ aiit été bâti sur les fossés de 1 ancienne fortiiication et ces fossés avaient été comblés avant le \vr siècle.

Aussi n'attachcrons-noLis pas une l'rande importance à la description imaf;ée, que dans son histoire des rues d’Amiens, le docteur <îo/e en a faite, d'après un dessin lantaisiste de Joron publié en i(S3i dans la collection des monuments anciens et modernes d’Amiens du i('nirnai Le ('jlaneur. Suivant cet auteur et Dusevel qui ont jui en voir les débris, la façade sur la rue des 'Frois-Ciailloux était décorée d'une suite de bustes d'empereurs romains et de rois de France, brisés par un impitovable maçon, qui recouvrit d’une épaisse couche de mortier les enfoncements demi circulaires qui les contenaient; (lo/.e reconnaissait parmi ces bustes ceux de h'rançois 1" et de son fou 'l'riboulet. Ousevel assure en outre que la salle de réception était .tendue de cuir basané, sur lequel couraient de vastes enroulements d’ornements demi saillants et dorés, (^ue la représentation du Roi (ihevalier ligurât sur le l.ogis du Roi. cela n’a rien d'extraordinaire, puisque les artistes de la Renaissance se sont plù à cette époque à reproduire ce type populaire, notamment au château de Sansac en 'l'ouraine en i520. à rh<‘)tel Bourgtheroulde à Rouen en pour

n indiquer que ces deux exemples entre tous. .Mais le dessin de Joron cité plus haut, et un autre de Haghe dans les \'ovages pittoresques et romantiques dans 1 ancienne France élu Baron ’l'avlor étant les seuls documents graphiques c[ue nous avons soLis les yeux, nous n’essayerons pas de décrire des bâtiments qui n'existent plus que très partiellement et nous nous bornerons à nous représenter le Logis du Roi tel qu'il était enc<n'e d'après les plans dressés au x\ iu" siècle, notamment par l’architecte Rousseau, et conser\'és aux archives du département.

l'in lyiSo, on entrait, comme de nos jours, dans la première cour du Logis

du Roi par le couloir sous la maison portant aujourd'hui les n"' 5i) et ûi de cette rue,

récemment construite par l’entrepreneur Isnard. qui en 1770 avait obtenu de bâtir sur le terrain domanial dont il a\’ait sollicité la concession par bail emphvtéoliqtie. puis on passait sous un passage x'oùté au-delâ duquel se trouvait la seconde cour ou cour d’honneur ayant son entrée principale sur le Lloitre de la Barge, (iontre cette prison ecclésiastique. s'éle\'ait un corps de logis a\’ec cour et jardin. Dans la cour d honneur sur le coté ouest, se dressaient les constructions principales comprenant la grande salle et la tour (1) qui subsiste encore, a\'ec un jardin derrière, s etendant jusques aux maisons de la cour Sire-b'irmin-le-Roux. \’is-â-\'is â riest.. d'autres bâtiments, notamment les anciennes écuries du Roi. tenant au jardin des Freres des lècoles chrétiennes, lùnlin. sur la rue des ’rroisdaiilloux les terrains où

furent élevés les constructions de l’entrepreneur Jsnard. le théâtre et la salle des

concerts s’étendaient jusques â la maison propriété de .M. Dufresne de .Marcelca\'e, lieutenant général au baÜlage. Dans les premières années du xviir siecle, les deux cours étaient encore plantées de grands et gros ormes comme nous l apprend Ragès qui en mentionne deux d une grosseur extraordinaire, déracinés par une tempête de \ent qui, dans la matinée du mercredi Ji décembre 1701)^ causa de gi'ands dégâts dans la ville. Deux ans après, sur la Iin de l’automne 1711. on en abattit plusieurs dans la première cour, potir avec leur produit, rei'aire â neuf en tuiles, les anciennes cou\‘ertures d ardoises qui tombaient en ruines.

Le Logis du Roi dans sa splendeur, abrita souvent des hôtes illustres. La Reine douairière d Iccosse. .Marie de Lorraine, x'euxe de Jacques \ . y logea en 1.^3 1

(1) G'itf* tniir .SC «•'iiiiiMisc (11' Iniu's licxii»-. iivs cti bri(|UL's. ;ippli(|iiccs l'uiir cniurc l'autre, la plus

flirte ii'tifciinc un escalier en vis de Saint-tiilles établi sur un ben;e;tii riuupani en sjiirale : sa cix^c est fcnni'-e ]'.ii une voûte reticuli'c tre-. reinar<|Ual}le lai ba.s, entre deuN coiilre-forts. s'uuvrc la porte en anse de p.anier, avec fronton en accolade, décorée de feudlages enroulés et d’une niche avec eloeheton et l'écu nnal efracé soutenu p;ir detu* an,;;es coinine le représente notre gravure.

ircgist. aux délib. i55i-52), lors du voyage quelle lu en France pour y solliciter des secours d'Henri II. Fe duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, depuis roi de Navarre et père de Henri I\'. alors gouverneur de Picardie, y habita en i55i ; ses •successeur^, le prince de Coudé en i5()5. le duc de Xevers en le duc de

Longueville en i58S, y furent reçus avec le cérémonial observé pour l'entrée des gouverneurs de la province. Ce dernier s'y était installé avec (Catherine de Gonzague sa femme. Marie de Bourbon duchesse d'Fstouteville et de Longueville sa mère, son frère François d'Orléans, comte de Saint-Pol. iimis à leur dam raconte le chanoine de La .Morllère, car la Limite commeuçaut bientôt après, mal désastreux et général de la France., ils demeurèrent entre les mains d un peuple e^ffarouche et tout hors de soy par son çé/e indiscret. lén elleî. à la nouvelle de 1 assassinat des princes de Guise, aux lètats de Blois, la population amiénoise qui avait chaudement embrassé le parti de la Ligue, arrêta la mère, l'épouse du Duc, le (hmite de Saini- Pol son frère et ses trois sœurs, pour servir d'otages des députés, retenus prisonniers par le roi ; on les sépara ne leur laissant aucune communication avec l'extérieur et leur captivité commencée aux fêtes de Noël i58(S, ne cessa que le 22 janvier i5()2. La malheureuse tentative de l'évasion de .Madame de Longueville la mère, vint encore aggra\’er pour les captives, leur douloureuse situation.

lœ samedi 3o septembre i.VSq, .Madame de Longueville s échappa déguisée en paysanne de la prison où on la retenait. Sa fuite avait été précédée de celle du comte de Saint-Pol qui arriva sans encombre au château de Conty encore occupé par les royalistes. La duchesse s'était retirée au village de Revelles où elle attendait (daude (iauguier et le chirurgien Dignaucourt qui avaient favorisé son évasion et qui deN'aient la conduire de là en lieu de sûreté. Reconnue par des paysans, elle fut arrêtée par eux, mise avec Dignaucourt et (iauguier sur une charrette à fumier sans couverture et ramenée à .Amiens, au milieu des huées et des insultes de la populace insensée dont les plus furieux lui jetèrent de la boue au visage. Le mayeur ne pouvant faire autrement, fut obligé de leur livrer le malheureux Dignaucourt qu'ils assommèrent à coups de pierres et de bâtons et qu'ils traînèrent ensuite aux fourches patibulaires, (pliant à (iauguier il eût eu le même sort s'il n'eût été proche parent du maire, ardent ligueur (i); mais il fut arrêté et condamné à être pendu. Il ne fallut rien moins que rinter\-ention toute puissante du duc de .Mayenne pour empêcher l'exécution de la sentence, malgré l'appel interjeté de cette condamnation au Parlement de Paris. .Madame de Longueville, après être restée gardée toute la journée â l'Hôtel-de-Ville pour être protégée contre la fureur de la multitude, tut à la nuit renfermée de nouveau dans le Logis du Roi, dans une prison séparée de ses sœurs, (ie ne fut que sur les instances réitérées du duc de Mayenne qu elles obtinrent enfin leur liberté.

.A.près la soumission d'.Amiens à Henri l\', le dtic de Longueville réintégré dans ses jonctions, ne les exerça pas longtemps. Blessé â la tête d'une arquebusade dans une sah'e tirée en son honneur, au moment où il allait entrer dans Doullens, il fut ramené â .-Amiens et v expira bientôt. Son corps vêtu d'un pourpoint de satin blanc passementé d'argent, le collier de l'ordre au col, fut exposé dans une salle du Logis du Roi. Deux jours après sa blessure. .Madame de Longueville était accouchée d'un 1ils dont Henri I\' voulut être le parrain ; il lui donna sur les fonts son nom et celui de son père, et lui continua le gou\ernement de Picardie sous

(i) Xüs liist'irii-n.s se tr<>nipL-n( ici sur un point de dctiiil. Sire François (.ruiiyuier, licencié en droit, sieur de Campreu.v. maii-e en 1573, et 1573 ne l'était pas en ij.Sy, il n’était alors qua troisième échevin.

la tutelle de son oncle le comte de Sainî-PoL jusqu'à sa majorité. C'est ce jeune prince qu'a chanté la muse du bon chanoine La .Morliére et qui devint plus tard le beau frère du (irand Coudé.

fut du haut de la tour du l.ogis du Roi, que le comte de Saint- l^ol aperçut les écltarpes rouges des b'spagnols. le jour de la fatale surprise d Amiens. Il en descendit en hâte, monta à cheval et se retira à (dn'bie. sans chercher a organiser la résistance que tentèrent seuls quelques courageux et dévoues citoyens, comme les Lrançois de Blavrie, le trésorier Brisset. (luillaume Cadot. (daude Lemattre. Jacques l.ecouvreur de ^'raignes. le secrétaire Leroy et d autres dont l'hi.-'loire n'a pas su conser^■er les noms.

lén itvj?. lors du passage des tiT)is Reines à Amiens. Marie de Médicis veti\'e de Henri 1\'. .\nne d'Autriche épouse de Louis XIII, Henriette de France nouvellement mariée à (diarles l^' d'Angleterre et que l'on conduisait à son royal époux, la chapelle du Logis du Roi fut le théâtre du baptême des trois entants d Honoré d’Albert, duc de Chaulnes. Maréchal de France, \'idame d'Amiens alors Lieutenant de la province, qui furent tenus sur les fonts par ces princesses, et par leurs parrains, le Roi représenté par le duc de (Rievreuse, Monsieur frère du roi. et le duc de • Buckingham au nom de son maitre.

A défaut de François \ ". deux rois de b'rancc habitèrent passagèrement le Logis-du-Roi. Louis XIII et Louis Xl\’. Le premier vint â Amiens le 19 juin Kiqo pour presser les operations du siège d'Arras, investi par les .Maréchaux de la •Meillerave. de (diaulnes et de Cdiatillon, qui traînaient en longueur. Le ad, le (iorps de \’ille qui s'était transporté en robes et en toques, pour le prier de lui faire l'insigne honneur d'allumer de sa royale main le leu du bûcher traditionnel de la Saint-Jean, ne put être reçu ni voir sa démarche accueillie, sa Majesté ayant pris quelque remède le matin, â cause d'une légère indisposition dont elle était atteinte.

I.e r' octobre ibqi, ce prince encore â .-Vmiens rendit le pain bénit dans l'eglise Saint-Remv. paroisse de l'hotel. Il v fit porter â la messe par les Suisses de sa garde accompagnés de tambours et de trompettes jusques dans le chieur oii ils furent présentés par l'abbé de (derfav son premier aunu)nier- quatre grands pains ornés de banderolies de taffetas bleu j-'eintes et armoyées de ses armes. Le premier capitaine portail un cierge de cire dans lequel étaient mis six écus d'or et donna une pistole â chaque bassinet.

I.ouis XI\’ encore enfant \'ini également habiter le Logis du Loi avec la reine mere Anne d'. Autriche en Riqy. Le jour de la b'ète Dieu le jeune roi lit elever un reposoir dans la cour et apres la station suivit a\'ec la n'fgente jusqu'â l'églisc le Saint-Sacrement. Dans quelles conditions de confortable se trouvait-il logé? Nous l'ignorons mais â coup toujours mieux que deux ans plus tard au château de Saini- Hermain-en-Laye. dans la fameuse nuit historique du 5 au (> janvier ibqq oi'i la cour fuyant devant la Fronde irou\a â peine de la paille pour coucher.

Déjà au milieu du xvin siecle. le Logi^' du Roi était cependant, faute d’entretien sLillisant. en fort mauvais état. .\u mois d'octobre i()5i. (?aron secrétaire du roi. informait le premier et les échevins que son altesse le duc d'l'db(e'uf gouverneur générai de la pro\'ince. a\aiî résolu de passer l’hiver â Amiens avec sa famille et leur rappelait que toutes les couvertures des 'l'rois-C^ailloux étaient en ruines, les invitant â y laire travailler, aussi bien qu’aux écuries, offices et autres endroits défectueux. Des réparations étaient en efl’et urgentes surtout pour l’appartement dit de la Reine et les charpentes. .Mais la ville se refusa â entreprendre ces lra\aux. se

Ville d'Amiens ■ 1740 ■

Plan de la AIaison DU Roy

('loitrt‘ cïe la Jiar^c

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