MALEMAISON — LUCARNE
réunion pour les procureurs et les parties en attendant l'heure de l'ouverture des audiences. Sur 1 un des petits cotés de ce vaste parallélograme existait une petite chapelle où les juges pouvaient entendre la messe a\'ant de monter sur leurs sièges, dans tine salle a la suite dont les murailles étaient gaimies de tapisseries d a/.ur semees de Heurs de lys de couleur d’or, l ’n tableau placé en face de 1 audience représentait le (dirist sur la croix avec cette inscription : J)iir!ssiimnii
judiciuni fiat his qui præsiiut^ si non rcctù jiidicarcriiit ; à la suite s'ouvraient la chambre du conseil, où se jugeaient les causes sur rapport, et la chambre criminelle, où se prononçaient les condamnations à mort ou aux peines afflictives. Mais la partie la plus intéressante de ce vieux Palais de Justice, est la charmante façade, quoique mutilée, presque ignorée du public, cachée qu'elle est maintenant dans une petite et sombre cour qui dépendait de la prison de la Conciergerie et qui fut exécutée à l'époque de la Renaissance vers mqo.
[nie porte à voûte surbaissée en anse de panier à voussures à boudins, surnuuUée d'un gable élégant et fleuri, s'ouvre entre deux pilastres terminés en pyramides; au-dessus deux anges agenouillés tiennent un écusson, sans doute aux armes de France maintenant etiacces, s(jmmé d'une couronne dont il ne reste aujourd'hui aucune trace; au-dessous des deux petites consoles sur lesquelles ils reposent, sont gravées à gauche les lettres PFMK, sans doute le monogramme du sculpteur ou de l'architecte, sur l'autre date de la construction de l'édilice; une autre
date 1664 se lit encore sur une pierre proche la porte. De chaque côté de cette ou^■erlu^e au rez-de-chaussée, deux vastes baies carrées fermées par un épais grillage, au premier étage, deux fenêtres à croisées divisées en quatre pariio par des montants en pierre se croisant à angle droit, éclairaient l'auditoire. Sur la frise au-dessus, entre le.s vides de l'arcaturc en acc(dade dti couronnement et la naissance du comble, de médaillons formés de couronnes de feuillages émergent sept bustes presqu'en ronde bosse, comme les artistes du régne de François b’' aimaient à en décorer leurs édiliccs. représentant des tètes d'hommes et de femmes alternées, sculptées d'un ciseau hardi et délicat, (ielle (la seconde à gauche) d'un guerrier aux traits énergiques, au regard lier, la chevelure crépue, les moustaches retroussées, la barbe loulfue. revêtu d'une cuirasse à la romaine, est particulièrement remarquable d'expression. Nous en dirons autant de la tête de fou coûtée de sa cuculle. qui dot à droite la série de ces médaillons, lêst-ce une pensée philosophique qu'a N'oulu traduire l'artiste, est-ce seulement la fantaisie de son ciseau qu'il faut voir dans cette réunion de têtes de dillérents âges? (?'est un problème que nous n'essaverons pas d'expliquer.
Sur la gauche du bâtiment, on voit encore, suivant la mode en usage aux x\' et x\'b siècles de rompre par ce motif la monotonie des immenses combles d'ardoises, une lucarne en pierre, à fronton triangulaire très élégamment travaillée avec rampants décorés de crochets en feuillages et. comme dans la frise voisine, de deux médaillons d'homme et de femme. Kn existait-il tine atitre à l'opposé ? on peut le supposer, bien qtie la symétrie ne fût pas alors une règle obligatoire comme elle le devint plus tard.
La loi du 28 ventôse an \\ a\’ait créé à Amiens une bourse de commerce. Ln règlement de 1810 portait qu'elle serait ouverte tous les jours d'une heure à trois aux négociants, et que les courtiers v auraient un bureau spécial ; elle devait se tenir à la Malemaison qui retint de cette institution éphémère, la désignation de Bourse et de (h)ur de la Bourse. L'administration songea plusieurs fois à rétablir ce lieu de rétinion qui ne peut qu'être utile au commerce, écrivait Dusevel dans son histoire d'Amiens, mais les commerçants amiénois aimant beaucoup à a ne pas mettre leurs confrères au courant de leurs affaires, ces tentatives n'ont jamais obtenu un grand succès.
Après la translation des 'Fribunatix dans le Couvent des Célestins, sous le (.onsulat. le gouvernement concéda les bâtiments de l'ancien bailliage pour v établir 1 école communale de dessin qui fut créée par délibération du i3 thermidor
an XII et placée sous la direction Je M. Chantriaux. élève de \ incent, ancien professeur de dessin à l'Ecole centrale, qui venait J'étre supprimée, dette école possédait une fort belle collection de tableaux, d'estampes et de ligtires moulées d'après l'antique, que le préfet du département, -M. Ouinette, y avait fait déposer. I, 'annuaire statistique et administratif de Rivoire pour 1806. a donné la liste de cette collection, dont la plupart des objets furent remis ensuite à la Restauration a leur propriétaire, dit la notice sur la ville d'Amiens, publiée en tSaâ, par H. D. et R. ,M. Fort belle ne parait pas avoir été une épithète exagérée, puisqu'on y comptait des toiles de l.argilliére, Wateau, Wille, tireuse, le Poussin, \ an Oyck, Franck Hais, Salvator, Berghem et d'autres artistes célèbres.
l'Fcole de dessin a succédé, depuis quelques années, une école de musique sous le titre un peu prétentieux d'Fcole nationale de .Musique.