‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 15 sur 109 · LOGIS DU ROY · texte numérisé non relu

LOGIS DU ROY

tondant sur ce que le Logis étant propriété royale, il devait être entretenu aux frais du domaine et mit en demeure le receveur pour ce faire. Bien plus, vu sa pauvreté et son impuissance, elle fit entendre à la duchesse d'Elbeuf qui avait manifesté le désir de voir meubler l'appartement de la Reine pour l'habiter, qu'elle ferait bien de faire venir et voiturer à Amiens ses propres meubles. Le 3o novembre quand le duc arriva, le corps municipal se rendit au devant de lui à la porte de Beauvais, le harangua et vint ensuite pour recevoir ses ordres. Mais ses armes posées dans la seconde cour du Logis du Roi et le présent ordinaire de dix cannes de vin. fut, croyons-nous, toute sa participation pécuniaire à cette réception. Pour justifier ce peu d'empressement à se rendre aux désirs de M. et M"'" d'Elbeuf, il faut ajouter à sa décharge qu'une demande analogue de logement et d'ameublement gratuits, lui était simultanément faite par l'Intendant nouvellement promu. M. d'Orgeval réclamant pour lui ce qui avait été bénévolement accordé à ses prédécesseurs .lacques de Chaulnes et Henri (iamain. générosité dont en définitive les cchevins qui avaient consenti à en allouer les dépenses, avaient été rendus personnellement responsables.

.Mais le temps continuait ses ravages dans le vieil édifice qui, au milieu du xvni'- siècle, était complètement hors de service (i). Depuis de longues années, les gouverneurs, qui ne faisaient plus leur résidence à Amiens, avaient cessé de l'habiter. Déjà en 1748 le prince Charles de Lorraine, de l'agrément du Roi, avait concédé une partie du terrain à une Société de musique qui s'était fondée à Amiens, sous les auspices de l'Intendant Chauvelin, sous le nom de Concerts d'.-\poIlon et y avait élevé une salle de concert où des auditions brillantes avaient lieu toutes les quinzaines. C'était un carré rectangulaire, à l'intérieur terminé à ses extrémités par deux demi cercles, garni de gradins dans tout son pourtour et dont l'orchestre occupait le fonds; elle était éclairée par quatre beaux lustres, don de l'Intendant d'Aligre de Boislandry. Sur les instances de l'Intendant d'Agay, le 28 août 1777, le comte de Périgord gouverneur de Picardie. Gabriel-Marie de Talleyrand, comte de Périgord, prince de Chalais, grand d'Espagne de première classe. lieutenant général des armées du Roi, concédait à son tour un terrain vague dépendant du Logis du Roi pour v construire une nouvelle salle de spectacle, mais comme prix de cette faveur il avait stipulé la condition de laire les réparations nécessaires au Logis. Elle ne s'exécute pas. écrivait-il le 3 juin 1780 à M. d'Agay et je n'ai pas le moindre titre de reconnaissance de cette concession de la part de la ville d'Amiens, puis, en réclamant un double plan du théâtre et des bâtiments en dépendant, il ajoutait : Je sais que le Logis du Roi tel qu'il est n'est pas d'une grande importance, mais les circonstances d'un gouverneur général ou d’un commandant que le service pourrait mettre dans le cas de résider à .Amiens, ferait regretter une dégradation totale et la confusion sur tout ce qui en fait partie. Les observations relatives au théâtre s'appliquaient également à la salle de concert; sur ce dernier point, la ville répondait le 23 qu'il n existait sur ses registres nulle trace de cette concession ; le ii juillet, réponse de M. de Périgord assurant qu'elle a été homologuée par des lettres patentes qu'on ne retrouve plus il est vrai, mais qui ont été vues par quelques anciens associés des concerts, qu'au surplus, l'avocat .Morgan pouvait fournir tous les éclaircissements nécessaires sur ce sujet. La ^•ille depuis cinq mois était substituée à l'ancienne Société

(1) liii 1759, les Officiers du Bureau des finances exposaient à l'Intendant iiue la muraille qui fermait la maison du Roi sur la rue des Tnjis-Caillonv menaçait ruine et exigeait soit sa démolition, suit sa reconstruction, observant que les réparations de cette maison, toute inutile qu’elle était, étaient à la charge du Roi ; le pavé le long de cette muraille, étan .aussi d'un grand et coûteux entretien, ils demandent sur quels fonds en sera prise la dépense.

de musique. Ses principaux membre^. MM. Dufresne de Muvennevillc , Poujol, Debray, Roussel, Maugendre, Delahaye, De Carouges, De Morcourt, Gorguette d'Argœuvres. Chaînon, Gorin de Trou^■ille, de Choqueuse, Froment, Bâcler, De Gomer et de Sevelinges. avaient décidé, vu les réparations à cause de l’humidité de ce local dans lequel les concerts étaient interrompus depuis trois ans par suite de la construction du théâtre et pour lequel ils allaient être obligés de payer un cens comme conséquence de la réunion du Logis du Roi au domaine, d’offrir leur salle a la ville, à condition qu'elle s'obligerait à leur livrer dans ce théâtre une place suffisante pour donner leurs concerts les jours où l'on ne jouerait pas, et â ordonner autant que faire se pourrait aux directeurs d'obliger, sans rétribution, leurs musiciens et musiciennes â se joindre aux associés et â concourir aux répétitions et aux concert^. (iette donation avait été acceptée le 23 août, mais aux réclamations du Comte de Périgord, la ville opposait que cette acceptation n'avait été donnée que sous réserve qu'elle ne pouvait être chargée sous aucun prétexte de l’entretien des anciens bâtiments du Logis du Roi. D'après cet article, disait-elle â l’Intendant. nous ne pouvons rien souscrire qui v puisse porter atteinte. Nous avons assez de preuves de vos bontés pour espérer que vous daignerez faire part à •M. le Comte de Périgord des motifs qui ont porté le Conseil de ville â prendre cet arrêté. Si la ville était chargée de l'entretien des anciens bâtiments du Logis du Poi, le consentement qu’elle a prêté â la construction de la nouvelle salle de spectacle et l'acceptation qu'elle a faite de la salle de concert deviendraient des actes onéreux pour elle, sans aucun avantage pour le bien public. Il n'y aurait que les anciens occupeurs des anciens bâtiments du Logis du Roi qui y gagneraient. Ils se trouveraient déchargés d’un entretien qui doit tomber sur eux. Nous vous supplions de mettre ces condition^ sous les yeux de M. le C.omte de Périgord. Nous avons assez de confiance dans son équité pour être persuadés qu'il approuvera les réser\'es du (h)nscil de \ ille. Nous sommes a\'ec un profond respect -Monseigneur, \‘os très humbles et très obéissants serviteurs. Les officiers municipaux de la ville d Amiens, signé : Le Sellyer. Delahaie. Laurent, Le C.hevalier de Lestocq.

(jrace a I intervention de d'Agay, la v'ille obtint gain de cause et le Comte de Périgord, bon prince au demeurant, dans une lettre â ce magistrat datée de Paris du 1(3 novembre 1780, tout en contestant â la Société de musique le droit de transmettre en pleine propriété un terrain dont elle n'avait que la jouissance, ajoutait: Ce n'est pas que j aye 1 intention de rien changer aux dispositions qui asssurent â la ville d Amiens une salle de C(UTiédie et une salle de concert, mais il faut au moins que /es officiers municipaux reconnaissent que les terrains sur lesquels elles sont construites ne peuvent jamais cesser de faire partie du tout, et que l'employ des bàtimens suii’ant lein destination l'enant a cesser^ leur réunion au corps de Logis du serait de

droit. Il terminait par ces mots: .le ne demande qu'à conserver à mes successeurs des droits dont je ne suis que dépositaire et me petrterai d'ailleurs dans les choses qui dépendent de moy â ii)ut ce qui pourra être utile ou agréable à la ville d'Amiens;

^ ous jugez bien surtout des égards que j'aurai en toute occasion aux choses dont ^■ous \'()us serez occupé.

La salle de concert objet de ce litige, ne subsista plus longtemps. Transformée en club pendant la l^évolution, elle disparut en 1798 et fut remplacée par un jardin dépendant du café de la Comédie. Nous reparlerons plus bas du Théâtre.

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