‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 16 sur 109 · LE BUREAU DES FINANCES · texte numérisé non relu

LE BUREAU DES FINANCES

L Hôtel portant le n" 28 de la rue Saint-Denis (ij est celui des anciens Trésoriers de France dont la juridiction connaissait du domaine du Roi, des adjudications. I iquidatictns, des lots et ventes, impositions et le\'ées de deniers, conformément aux ordonnances de 1445 et de 1489. Par une déclaration royale du mois d'avril 1627, il leur lut attribué la connaissance de tout ce qui regardait le domaine et la voirie ; une autre, du mois de septembre suivant, créa en titre d'office un avocat et un procureur du roi, dix procureurs postulants, trois huissiers, deux greffiers et un maître clerc du greffe dans chacun des bureau.x des I résuriers, qui des'aient s'assembler trois fois par semaine. C'est pour tenir ces réunions que les Trésoriers d'Amiens tirent construire, durant les années i633 et ibdq, l'Hôtel dont nous allons parler, sur le terrain d'une maison qu'ils avaient achetée de l'Abbaye de Saint-.4cheul, le 16 août i63o, moyennant la somme de 3, 600 livres.

La grande porte d entrée, sur la rue Saint-Denis, était accompagnée de deux hautes colonnes doriques bandées, de même que les pilastres à demi engagés dans le mui de clotuie. Sur le milieti de 1 entablement s élevait un attique surmonté d'un écu de France sommé d'une couronne fermée. Mais à la fin du siècle dernier, des réparations urgentes étant devenues nécessaires à cette porte, dont la ruine imminente menaçait, par sa chute, d'écraser les passants, elle fut alors remplacée par celle de style lourd et sans caractère qu'on voit aujourd'hui, et qui, bien qu'élevée sur les plans de Rousseau, ne répondait que trop bien aux instructions données par M. de Barberie de Courteille, Conseiller d'État et Intendant des Finances qui recommandait de faire /e plus dcnnomiquemeui possible et sans donner dans la décoration. Après as'oir traversé une cour garnie des deux côtés de deux rangées d'arbres, on entrait par un grand perron accompagné d'une belle balustrade de pierre dans l'hôtel, grand corps de logis accompagné de deux pavillons en retour, bâtis de pierres de tailles blanches en refends ou bossage. Le haut du milieu de la façade était décoré d'un grand écu aux armes de F rance, couronné, accolé de deux ligures à demi couchées, taillées en bosse et lui servant de supports. Dans la salle qui sers'ait aux audiences, se trouvait, au-dessus de la cheminée, le portrait du roi Louis Xl\'. vêtu de ses habits royaux (2). Les appartements étaient magnifiques et spacieux; il y existait une chapelle où l'on célébrait la messe les jours d'audience.

b.n i636, durant le siège de Corbie, le cardinal de Richelieu s'était installé dans l'hôtel des Trésoriers, tandis que le roi Louis XIII logeait au château de Demuin pour étre plus près des opérations militaires. Ce prince ne venait à Amiens que pour conférer avec le Cardinal. .Monsieur et le Comte de Soissons. qui avaient le commandement de l'armée et comptaient sur elle, conspiraient d'accord contre Richelieu et sa mort avait été résolue. .VIontrésor, Saint-lbal, 'Varicarville, Bardouville et (.ampion, gens sûrs et dévoués à ces princes, s'étaient chargés de cet assassinat. Le

(1) Aujourd’hui rue Victor-1 lugo.

(2) Pag-és, édition Douchet, (, U. Description des rues et bâtiments saints et profanes de la ville d’Amiens, déjà citée.

20 octobre i63() fut choisi pour exécuter ce projet. Lorsque le roi repartait pour Demuin. les Membres du Conseil, suivant rusagc, le reconduisaient jusqu'à la p(.)rtiére de son carrosse, Monsieur et le Comte demeuraient parfois dans la Cour pour causer encore avec le (Ltrdinal. C'était le moment indiqué pour faire le coup. La chose faite, on devait se justilier auprès du roi, en disant que le Cardinal avait manqué de respect à Monsieur, qui, dans le premier mouvement de colère, avait commandé qu'on le tuât sur place. Varicarville s'était placé derrière Richelieu, Saint-Ibal à sa droite, Bardouvillc à sa gauche, épiant tous ses mouvements, la main sur la garde de leurs épées, n'attendant que le signal con\-enu. Mais ce signal ne -slnt pas. Caston perdit la tète au moment décisif et s'éloigna précipitamment ; les autres, interdits, n'osèrent frapper sans son ordre et Richelieu, étonné de ce brusque départ, se retira tranquillement dans scs appartements sans se douter que son existence avait dépendu d'un coup d'(uil du Duc d'Orléans, et ayant échappé sans le savoir au plus grand danger qu'il eût couru de sa vie.

Le Cardinal de Richelieu logea encore en cet hôtel en 1640, pendant le siège d'Arras, dont il pressait énergiquement les attaques <> Lorsque le roi vous a confié le commandement de ses armées, écrivait-il aux maréchaux de la Meilleraye, de (ihaulncs et de Chàtillon, qui le consultaient, il vous en a cru capables ; il lui importe peu que vous sortiez ou que vous ne sortiez, mais vous répondrez de vos tètes si vous ne prenez pas la ville (11.

Après la Révolution, qui supprima la juridiction des Trésoriers de France (2), leur h(‘)tel passa successivement en diverses mains. L'un de ses derniers acquéreurs, M. le marquis de Landreville, l'a fait restaurer avec le plus grand soin, sous la direction de .M. Antoine, architecte. 11 appartient aujourd'hui à notre collègue, M. Pierre de Berny.

(1) Puysiicur, Mi'iiioirc's, — Li-s liistnrii-iis ne .sont pas précisément d'accurd sur les lieux habités par le Cardinal durant son séjour à Amiens Le bourt^eois de Domari dans son Ménrjrial, lui donne pour résidence, en 1636 et ib40. les Trois-Caillüux, e’est-à-diri' le Liii,ds du Roi; Pa^ès, en !63t), l'année de Corbic. le lo ç:e à l’Evéché, d’autres, ajoute-t-il cependant, marquent dans le bureau des Thresoriers de France. C’est là, suivant l'opinion la plus générale, que dut être le théâtre du complot avorté de Morurésor et Saint-Ibal.

(2) Kn 17S9. les Présidents Trésoriers de France en exercice, au nombre de 24, outre six honoraires et les gens <hi roi. étaient MM. Duval de Xamply, Parent de Martigné lîriang, Dubois. Delegorgue de Rosny, tîorin de Trnn- \ ille. Diiliége, Vrayer de Moranviller, Guérard, Froment, Ducrocq de llancres, Duval de Xampty fils. Gndart d’Argoulc. Hoistel d'Exauviller. Cozettc, Sevault, Cozette de Rubempré, Boistcl de Belloy, Thierion, T.cmarcbant de Waliou, Deville. Duliège de Muntomer. Thélu, Aliamet de Condé, Ledoux de Bourseviîle. Les charges de Trésoriers de France étaient, on le sait, fort recherchées en raison des privilèges et de la noblesse (pii y étaient attachés.

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