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d'Amont au soleil couchant on est encore charmé de voir le comble ardoisé du clocher de Saint-Leu émerger au-dessus des toitures des maisons du vieil Amiens, et détacher sa sombre silhouette sur l'horizon endammé.
Le clocher de Saint-Leu consiste en une tour carrée en pierre accostée de contrclorts à chacun de ses angles et d'une tourelle contenant un escalier tournant sur la face du nord. De larges baies en ogive, ouvertes sur chacun des côtés, permettent au son des cloches de s'échapper librement et de se répandre dans l'espace. Des meneaux damboyants supportent les ouïes ; une horloge est placée au bas de la fenêtre qui regarde le midi. Lhie galerie ajourée fait le tour de la partie supérieure de la tour, au pied d'un comble en charpente couvert d'ardoises. Ce comble, très haut, est en forme de soufflet ; il est percé de lucarnes élégantes et son faîte est surmonté d'une crête en plomb ouvragé terminée à l'une de ses extrémités par une croix, à l'autre par un épi.
Les contreforts sont ornés de moulures prismatiques et dans la partie inférieure sont des niches avec des dais fort élégants qui abritaient jadis des statues, depuis longtemps disparues : il ne reste plus que les débris informes de trois dgures, qui, d'après le \y Goze, représentaient saint Leu, saint Jean-Baptiste et sainte Marie-Madeleine. Au pied de la tour, sur la façade qui regarde le midi, s'ouvre un portail beaucoup plus important et plus riche que le portail principal. La porte est divisée en deux par un trumeau très gracieux sur lequel s'appuient deux arcades en anse de panier; le tympan, encadré dans une ogive, est ajouré par des compartiments flamboyants, autrefois garnis de vitraux peints. Le trumeau supportait jadis une statue de ÏFccc homo : nous croyons que c'est celle qui se trouve maintenant placée à l'intérieur de l'église. La voussure ogivale du portail est décorée de dais et de socles qui encadraient de petits groupes en pierre. L'extrados de l'ogive est surmonté d'un fronton en accolade avec choux au sommet et crochets sur les rampants. Plus haut une belle arcature couronnée par une balustrade découpée en palmettes couvre le nu du mur.
Ce joli portail fut pendant longtemps bouché et masqué par une ignoble logette qui ne disparut que vers i855 ; nous croyons qu'elle ne datait que de l'époque de la Révolution ; sur la façade occidentale il y eut aussi deux constructions parasites, l'une au pied du clocher, l'autre vers le nord, dans l'angle formé par la saillie de l'entrée du presbytère. Ces échoppes avaient été établies par la iabrique avec l'autorisation des échevins (i) : elles étaient pour l’église une source
Grâce à la neige ont adopti"
Pour un jour nouvelle parure.
Le clocher porte une coiffure Eblouissante de clarté.
Ce grand âge et cette toilette Rappellent une vieille coquette A l'œil terne, aux bras amaigris,
.A la figure anémiée,
Qui place sur ses cheveux gris La couronne de mariée.
Amiens, 1887. Rimes Amicnoises, par Léon Barat.
(Il F.clicviiutge du 6 juin — Sur la ret|uête à MM. faicte au dict Kschevinage de la part des
mancgliers de l’église Saint-Leu et aultres et oy le rapport de Jehan Bertin, prevost, et aultres ont accordé aux dits raanegliers cju'ils puissent faire édifier une petite place de ? pics de terre ou environ en largeur uui est de la terre de la dite église sur frncq do rue auprès du grand p<irtail de ladite église pour servir
de revenu mais nuisaient à l’édilicc qu'elles déparaient par leur aspeet disgraeieux : elles n'ont été démolies que dans le courant de ce siècle.
I>c portail ouvert à la base de la tour du côte du midi a reçu un commencement de restauration lors de la démolition de la maisonnette qui l'obstruait ; la partie supérieure du clocher, les balustrades et gargouilles avaient été remis à neuf en 1843 ; mais les travaux n'ont pas été poinssés loin ; les sculptures du portail latéral ne sont point terminées et la façade occidentale est dans le plus triste état de délabrement : il est urgent de la restaurer complètement si l'on ne veut la laisser tomber en ruines ; les pierres, de médiocre qualité, et qui proviennent d'autres édifices plus anciens, se détachent fréquemment des pignons et tombent sur la voie publique au détriment de la sécurité des passants. La sonnerie de l'église Saint-Leu a toujours été comptée parmi les plus belles de la ville ; elle se compose actuellement de quatre cloches formant un carillon des plus harmonieux ; ces cloches datent de 1S34 et sont l'œuvre d'un habile fondeur picard. .\L Lavillier. l'dles ont été bénites par Mgr de (diabons, évêque d'Amiens. Les inscriptions nous apprennent que la première a été nommée Klisabeth-Félicité-Sidonie par M. Nicolas naveluy-Bellencourt, ofhcier de la I.égion d'honneur, et Madame Marie-IMisabeth Daveluy : la seconde, Julie-'rhérèsc-Marie-Antoinette par M. .lean-Baptiste Deflesselle et Madame Marie-Llisabeth-Julic Feuilloy, épouse de M. Soyez ; la troisième, .Marie-Caroline par .M. Charles-Amand Crignicr et Madame .Marie-Madeleine-Rose Lefeuvre, son épouse; la quatrième, Louise-Flore par M. Ponthieu-Herbet et .Madame Louise-d'hérèse Lefeuvre l'i).
Le pourtour extérieur de l'église est en grande partie masqué par des maisons beaucoup trop rapprochées des murailles. Sur le liane méridional est une ruelle fort étroite, humide et malsaine, qui contourne l'abside et vient aboutir vers le nord à un pont jeté sur le petit canal baignant les murs du presbytère, du côte de la rue Crainville. Ce pont porta longtemps le nom de pn)it de la Vierge à cause d'une statue de Marie placée contre l’écoinçon septentrional du sanctuaire. Cette \'ierge en pierre paraissant dater de la lin du xv^ siècle, est maintenant dans le jardin de la maison vicariale; la Mère du vSauveur, le front ceint d'une couronne, est debout : elle porte dans scs bras son divin Fils qui retient par les ailes un oiseau ressemblant à un aiglon : la sculpture est fort médiocre. A la place qu'elle occupait jadis contre l'église on voit encore des vestiges de socle et de dais, mais on ne distingue plus l'inscription gravée jadis en cet endroit, et que nous a conservée Pierre Bernard :
Si l'ammir de Marie en ton cœur est ^ravO,
X'oublic pas en passant de lui dire un .-It’f |2).
L abside de Saint-Leu se termine presque carrément; le chœur se prolonge au-delà des murs qui terminent les bas-côtés ; les pans coupés de l'abside, très laiblemeni indiqués, ne sont guère que des écoinçons ; une grande fenêtre a meneaux, murée, occupe le centre du pignon, derrière le maitre-autel ; ce pignon
.1 lin" c?,pin};lier, à un merchinr ou aiiUrc a qui ils porront louer et liailler. Kt ce, sans aucune redevance paier à la ville o>nsidérant qiu- c’est l;i terre ilicelle éijlise. — (^oonniiiiicatiüit de M. A. Dubois. — Cf. Inventaire des .\rchives de la villi' d'Amiens, par M. <ï. Durand, t. 11. p. 27S.
Il: De i| ni.ii 18,^1. la F.nbriquf a payé .au sieur C’a\'illicr pour le pri-N de ces (piatre cloches, valeur des anciennes déduites, la somme de 7 ooo francs. — A l'occasion du baplcmc des cloches, les parrains et marraines ont offert a l'éçflise un ornement en drap d'or d’une valeur de francs.
■h Pierre Bernard, Ilist d'Amiens. Ms 845, à la Bibliothèque communale d’Amiens.
prcsenic cette particularité qu'il n'est point d'équerre avec l'ctxe de l'église : il a même une déclivité assez prononcée ; les murs qui terminent les deux bas-cotés-, à droite et à gauche du sanctuaire sont également sur un plan oblique.
Une sacristie fort petite, coiitempo’raine de l'église, occupait jadis l'angle formé par le pignon du bas-côté septentrional et le prolongement du chœur. Kn 1S26 on construisit Sur la rivière longeant la rue Grainville une sacristie plus grande mais dont les proportions sont encore assez restreintes. Au-delà de la sacristie, en descendant vers la chaussée Saint-Leu, il n'est plus possible d'apercevoir l'extérieur de l’église, entièrement masqué par le presbytère et quelques maisons particulières : ce n'est qu'en pénétrant dans la cour de la maison curiale qu'on peut voir quelques travées non engagées dans les constructions parasites ; l'extérieur du vieil édilicc ne présente d'ailleurs -sur ses flancs aucune particularité remarquable ; les murailles, dépourvues de contreforts, sont planes et il est facile de reconnaître sur leur surface la trace de raccordements successifs.
.A. l'intérieur, l'église Saint-Leu est divisée en trois nefs qui ne diffèrent pas sensiblement entre elles de largeur et de hauteur (i). Six arcades en ogive, hardiment jetées, mettent la nef centrale en communication avec les bas-côtés. Cinq travées sont largement ouvertes ; la dernière, comprise dans le sanctuaire, est beaucoup plus étroite. Les arceaux sont supportés par des piliers cylindriques très légers et dépourvus de chapiteaux ; il n'y a pas d'uniformité dans les bases de ces piliers ; les moulures prismatiques des ogives, fort belles et profondément fouillées se perdent dans le fut des colonnes, ce qui est l'un des caractères de l'architecture du xv" et du xvC siècle. Dans la net centrale et dans les bas-côtés les retombées des archivoltes sont supportées par des consoles en cul de lampe formées par des écussons armoriés ou des figurines finement entaillées dans la pierre et rehaussées de peinture et de dorure (2).
Les voûtes en charpente des trois nefs sont des berceaux en ogives pris dans les toitures ; les entraits et les poinçons sont apparents ; dans les bas-côtés, les sablières sont coupées à chaque travée par des blochets en chêne sculpté dont plusieurs présentent des figures assez remarquables (3).
Les voûtes étaient primitivement robées en lambris de chêne ; elles sont depuis longtemps plafonnées, mais lors de la restauration de l'église, vers i855, on a eu
(1) L;i nef centrale, d'axe en axe des piliers, mesure 6 m. 85 de larjj^cur ; le bas-côté nord a 6 m, 75; le bas-côté sud 6 m. 30, La lon^^ueur de la nef centrale, du pdrtail au fond apparent de l'éfflisc, est de 60 m. 90; la longueur des bas-côtés est de 35 m 40. T-es travées de la nef <>nt environ 5 m. 6u d'uuvcrture.
(2) Kn compagnie de notre collègue, M. R. de Guvencourt. nous avons fait un relevé des sujets iiue représentent ces consoles ; en voici la nomenclature ; Grande nef, côté de l'évangile, en partant de la tribune de l’orgue : 1“ ange soutenant un écusson sur lequL-l on a peint les armes de l’Kmpereur Napoléon III ; 2® choux frisé ; 3® deux licornes supportant les armes d'.\miens ; 4" personnage tenant un phylactère ; 5® deux anges supportant les armes des Condé, — Grande nef, côté de l'épitre en partant du maitre-autel ; i" Père Eternel avec globe terrestre; 2" évêque tenant une cnjix (s. Leu ?i ; 3® sujet caché par la chaire; j” personnage portant une coiffure singulière, et tenant un vase cvlindrique ; 5* le pilier diffère des autres, parce (ju’il supporte un angle de la tour, — Bas-côté nord, en partant du portail : ange portant un écusson d'argent au pat dentelé ou denché de sinopic (savetiers d'Amions) ; 2” ange portant un écusson aux armes de l’abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux ; 3" deux lions soutenant un écusson d'a\Hr à l'arr d’or chargé d'une flèche de nicnie posée en fasce. (Le même écusson était sculpté sur la façade d'une maison du canal du Dtui démolie en 18871; 4" personnage non caractérisé: 5® chou frisé. — Bas-eôtè sud, en partant de l'autel du Sacré-Cœur ; i® ange tenant l'écusson des Mnilly ; 2® ange tenant l’écusson de Hénencourt ; 3® personnage sans caractéristique; 4® ange tenant un écusson de gueules au lion d'or, armes de Geoffroy de la Marlhonie, évêque d’Amiens; 5® pilier d’angle de la tour irien,). — Dans la chapelle du Sacré-Cœur on rcmarciue à la voûte les écussons de Mailly et de Hénencourt.
(3) Dans le bas-côté nord, vis-à-vis la chaire, un blochct présente une fort jolie tête de jeune fflle.
le bon esprit de couvrir l'enduit au mortier d'une peinture qui simule la menuiserie et s'harmonise fort bien avec le ton des poutres ci des sablières. Cette restauration intelligente a été dirigée par M. Mgreux, architecte.
Les fenêtres des bas-cotés, par lesquelles le jour pénètre dans l'église, ne correspondent pas aux travées, ni mCmic entre elles, et les trumeaux qui les séparent sont irréguliers. Du côté du nord, les fenêtres ont conservé leurs meneaux Ihimbovams quelque peu altérés ; du côté du sud, deux fenêtres seulement ont gardé les leurs. Les auteurs d'anciennes descriptions parlent avec éloges des vitraux coloriés qui garnissaient autrefois ces ouvertures : ces verrières à personnages furent enlevées dans le cours du xviiC siècle ; il n’y a plus actuellement que la dernière fenêtre du bas-côté septentrional, voisine de l'autel de la Saintc-\’iergc, qui possède un vitrail colorié. Ce vitrail porte la date de iHqS et la signature de (ioLivTcur, peintre à Amiens. Il représente Viustitution du Saint-Rosaire : Marie, portant l'Ifnfant-Jésus, est entourée d'une gloire rayonnante. A ses pieds sont agenouillés, d'un côté saint Dominique, de l'autre sainte Catherine de Sienne. Entre ces deux personnages on aperçoit dans le lointain l'église Saint-Leu. La disposition de la scène, le caractère des têtes et surtout les draperies llottantes rappellent les tableaux du xviiT siècle ; le peintre verrier s'est évidemment inspiré d'une œuvre de cette époque.
Dans la fenêtre voisine sont trois panneaux qui paraissent être des débris de verrières plus importantes; l'un présente un saint I.ouis en costume royal (i); dans les deux autres sont des évêques dont run bénit des malades.
11 fut un temps où l'église Saint-Leu passait pour l'une des mieux ornées de