‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 35 sur 109 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

L’auteur anonyme d’une description d’Amiens écrite au commencement du xvm' siècle (vers 1707 probablement) et publiée par M, "V. de Beauvillé dans le tome 1" de ses Documents inédits concernant la Picardie, regarde l’église paroissiale de Saint-Leu « comme l’une des plus belles de la ville, tant par sa symétrie que par ses ornements. » Cette appréciation est, à notre avis du moins, quelque peu contestable : neanmoins, le vieil édifice tel qu’il se présente actuellement à nos yeux, bien qu’il ait eu beaucoup à souffrir des ravages du temps, et qu’il ne possède plus guère de richesses artistiques, mérite encore d’attirer l’attention de l’archéologue. La « symétrie » ne paraît pas avoir jamais été, quoiqu’en dise l’écrivain que nous venons de citer, le caractère distinctif de cette église qui est, au contraire, fort irrégulière dans son ensemble et dans ses détails. Cette irrégularité, résultat de nombreux remaniements opérés à des époques diverses, n’a toutefois rien de choquant, et présente même un aspect assez piittoresque.

Sur la partie centrale de la façade s’ouvre un portail de médiocre largeur, formé par ' une voussure en ogive garnie de sculptures aujourd’hui très frustes mais parmi lesquelles on peut encore reconnaître quelques anges mêlés à des rinceaux. Le tympan complètement dénudé, était jadis orné d’une statue de la Vierge (2) ; d’autres statues garnissaient probablement à droite et à gauche de la porte les deux niches des ébrasements. Ces niches sont surmontées de dais très

(1) Dusevel, Histoire d'Amiens, p. 293. — Cf. Dairc, Histoire littéraire, p. 460.

(2) Cette statue fut renversé en 1793 et recueillie par un pieux habitant de la paroisse qui la garda dans sa maison. — Goze, Rues d'Amiens, t. D’’, p. 4.

mutilés, et reposent sur des socles supportés par des personnages complètement méconnaisables.

Au-dessus de la porte s'ouvrait une grande fenêtre ogivale, presqu'enticrement murée depuis longtemps et dépourvue de ses meneaux. Sur la partie supérieure du pignon qui se termine en pointe on aperçoit encore quelques vestiges de décorations sculptées, entre autres les traces d’un arc en accolade surmontant la fenêtre. Cette façade aux pierres aujourd'hui noircies et rongées par le temps, oÜ'rait probablement jadis un assez joli specimen de décor flamboyant : des réparations maladroites, opérées au xviii* siècle, lui ont retiré tout caractère (i).

La façade du bas-côté nord n'est pas plus ornée que celle de la nef centrale contre laquelle elle est accolée ; comme celle-ci elle se termine par un pignon en pointe, et elle est également percée d'une fenêtre qui, par une singulière anomalie, est plus grande que la fenêtre du milieu ; les meneaux ont depuis longtemps disparu ; dans le bas, une porte carrée, sans style, a été pratiquée longtemps après la construction. Lhte autre porte semblable paraît avoir été ouverte vers le même temps, pour donner accès dans le bas-côté sud : elle se trouve à la base du clocher.

Le clocher est assurément la partie la plus remarquable de toute l'église. Reconstruite après la catastrophe de i58i, et placée au bas de la nef afin, dit-on, de parer aux éventualités d’un nouveau désastre, la tour de Saint-Leu fut une imitation du clocher de Saint-Firmin à la pierre, bâti en i5i3,et qui lui-même était la reproduction de celui de Saint-Sulpice datant du milieu du xiv® siècle. « Il y a cent ans, lorsque près de quarante clochers dentelaient de loin l'horizon de la ville d'Amiens, a écrit le IL Goze (2-, c’était celui de Saint-Leu qui possédait le comble le plus élevé », la flèche de la Cathédrale étant, bien entendu, mise hors de toute comparaison. Le clocher de Saint-Leu termine très bien la perspective descendante qui se présente aux regards du spectateur placé en haut de la montée du Bloc et tourné vers le nord. Du côté opposé, quand appuyé au portail de l’Hôtel- Dieu, on dirige les yeux vers le midi, on a devant soi un aspect des plus pittoresques, formé d’abord par les constructions du vieil hôpital, auxquels fait lace en arrière plan la tour de Saint-heu ; la masse imposante de la Cathédrale s élevant au haut de la colline, sert de fond magnifique à ce tableau bien fait pour tenter le pinceau des artistes (3). Knhn, quand on parcoure la berge du port

fi] Le 25 mars 1764. le Cmiseil de fabri(|ue décida de faire démolir la pyraiftidi' nu hintcnic placée au sommet du grand portail de Saint-l.eu. sous prétexte que cet ornement menaçait ruine ; on prescrivit aussi de remplacer par un glacis la galerie qui surmontait la porte : la fenêtre cenlralc fut maçonnée jusqu'à la hauteur de six pieds pour la commodité de l'établissement d'un grand orgue.

(2) Goze, Histoire des Rues d'Amiens, t. L'L p. 4.

',^1 Ciceri s’en inspira jiour peindre un décor qui servit pendant longtemps de place publique au théâtre d Amiens. — I.’église Saint-Leu a, du reste, été reproduite plus d'une fois sur la toile et sur le papier; un tableau, la représentant, dû à un peintre du nom de Poirnt, obtint en 1.S42 les honneurs du Salon de Paris; enfin les poètes n’ont pas dédaigné de célébrer dans le langage des muses la vieille église ; l’auteur des Runes Anneuoises, Léon Barat lui a consacré ces vers :

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