CATHEDRALE D’AMIENS
.Ibside
i'lnipplU‘ de.’- Miu-kabet
Slaltu’ de Pierre l.lierniilf
pyramides contre lesquelles viennent s'appuyer les arcs-boutants du chœur et du chevet. Ces arcs-boutants ont un aspect moins sévère que ceux de la nef, auxquels ils sont de quelques années postérieurs; des arcades découpées à jour leur donnent plus de grâce et de légèreté; mais ils perdent peut-être en solidité ce qu'ils gagnent en élégance. Kntre les arcs-boutants, on aperçoit derrière les combles isolés des bas-côtés et des chapelles les fenêtres qui éclairent le triforium du chœur et servent de base aux grandes ouvertures destinées à faire pénétrer le jour dans cette partie de l'église.
Les larges fenêtres du chœur, aussi bien que celles plus étroites de l’abside sont surmontées extérieurement de frontons aigus en forme de gables, et la galerie qui circule au bas du grand comble est composée de quatre-feuilles encadrés dans des losanges.
Ne quittons pas l’abside de Notre-Dame sans jeter un coup d'œil sur un édilice que les gigantesques proportions de la basilique, à laquelle il est attenant sur le flanc méridional du chauir, font paraître de dimensions relativement restreintes. C'est l’ancienne chapelle vulgairement désignée autrefois sous le nom de chapelle des Machabees (i), et qui, depuis environ trente ans, a été transformée en sacristie après une restauration complète opérée par Viollet-le-Duc. I.a construction date du xiv'-’ siècle : elle est loin d'être dépourvue de mérite : l'abside est à trois pans; les fenêtres présentent la même disposition que celles des chapelles absidales de la cathédrale. Une gracieuse tourelle octogone, au toit très aigu, surmonté d'un délicat épi en plomb ouvragé, s’élance au bas du pignon de la façade, sur le côté droit; une galerie tréflée fait le tour du comble.
Le logement du chanoine custode est accolé à la façade : au rez-de-chaussée sont quelques dépendances de la sacristie. C'est une construction moderne, en style du xiiL siècle. Ce bâtiment était nécessaire, son utilité ne peut être contestée, mais au point de vue esthétique, il faut convenir qu'il n'est pas d'un heureux efl'et. (ân doit en dire autant de la salle des catéchismes élevée en i85i, du côté du nord, entre la cathédrale et le jardin de l’évêché. Cette dépendance de l'église a également sa raison d être, mais les formes massives de sa construction et la pénurie de son ornementation produisent un contraste peu agréable avec la richesse et la légèreté de l'abside de Notre-Dame.
Le portail qui s ouvre au bas de la façade du transept nord, du côté de l'Lvêché, est loin d avoir la beauté de celui qui lui correspond au midi. Les parties latérales et la voussure sont dépour^'ues de statues ; il n’y a que de simples colonnes annelées pour recevoir les cordons qui ne sont point chargés de sculptures comme tous ceux des autres porches. Le ciseau des imagiers ne s'est exercé que sur le linteau de la porte, orné de feuillages et de rosaces délicatement fouillés, entremêlés de quelques figurines et encadrés dans dix trèfles. Le tympan ne présente pas de reliefs; il est ajouré et consiste en un vitrage dont les meneaux sont disposés de façon à figurer une gigantesque araignée. Sur le trumeau central, on voit une statue d évêque : c’est probablement la statue de saint Honoré, qui jadis occupait la place correspondante au portail méridional. Cette sculpture a vraisemblablement pris ici la place de la Vierge dite dorée ^ dont le mérite artistique fit opérer la translation afin que cette magnifique œuvre d art lût plus en évidence. Ce qui confirme cette supposition, c'est que la partie
(i) Cette dénomination, dapros l’opinion la plus g^énérale, parait être une corruption du mot Miicabrè, qualificatif ajouté autrefois au nom du cloître adjacent a cette chapelle, et qui était ainsi désigné parce que la danse macabre était peinte sur scs murs.
intcTieiire du trumeau est ornée de bas-reliefs, aujourd'hui très frustes, représentant didérentes scènes de la vie de Marie.
La rose qui surmonte le portail occupe toute la largeur du transept : elle se relie par sa partie inférieure avec les baies vitrées du triforium. Cet immense réseau de dentelle de pierre est d'une délicatesse et d'une légèreté incomparables; malheureusement, l'extrême ténuité de ses nervures a nui à leur solidité : il a fallu refaire au siècle dernier (en 1777, d'après Baron) l'ouvrage tout entier, et comme à cette époque les architectes étaient peu experts dans l'art de réparer les (euvres du moyen âge, il en est résulté que, maintenant encore, la rose septentrionale réclame d urgentes restaurations. Au moment où ces pages seront livrées à l'impression, il est probable qu'un important travail de réfection sera entrepris, peut-être même terminé. Le talent éprouvé des architectes auxquels incombe cette entreprise est un sûr garant de sa réussite, et il y a tout lieu d'espérer que nos arrière.s-neveux pourront, ainsi que nous-mêmes, jouir de la vue de cette splendide rosace, parée de toutes les grâces d'une nou\-elle jeunesse, et assurée d'une longue durée.
Le défaut de ressources pécuniaires, ou bien la lassitude, n'ont point permis aux maçons chargés de l'œuvre de Notre-Dame de terminer complètement la laçade du transept gauche. 11 n'y a pas de pignon de pierre au sommet de la façade, mais le toit se termine d'une façon disgracieuse par un simple culas en ardoises. Les contrelorts latéraux ne sont point surmontés de pvramides comme ceux du côté du midi, ce qui nuit beaucoup à la beauté de l'aspect de cette partie de la cathédrale ; nous voyons encore ici se vérifier l'exactitude de ce qu'a dit Viollet-le-Duc. qu’il u'est pas une seule cathédrale qui ait été finie telle qu'elle a été projetée par l'architecte primitif : c'est peut-être à Amiens que les plans d'origine ont été conduits le plus près de la perlection.
Poursuivons notre route le long du danc nord de la grande nef : nous retrouvons la même disposition que du côté opposé, c'est-à-dire des chapelles ajoutées après coup entre les contreforts, et entre les fenêtres de ces chapelles, érigées, comme leurs C(U'respondantes, au xiv'^’ siècle, nous voyons également les images des saints auxquelles elles lurent primitivement dédiées : le^ iconographes .reconnaissent à leurs attributs sainte Brigitte, >aint Crépin. saint Honoré et saint I.ouis. (Quelques-unes de ces 'Sculptures, détachées du mur, ont disparu.
Les deux chapelles les plus rapprochées de la façade principale doivent attirer plus particulièrement l'attention, à cause de la richesse de leur ornementation : les murailles sont décorées d'arcades feintes et de panneaux taillés dans la pierre. Ces deux chapelles sont les dernières qui aient été construites : elles datent de 137? à 1375. belles sont dues à la munificence de Jean de la Orange, alors évêque d’Amiens, qui devint plus tard cardinal et fut ministre du roi Charles Le même prélat fit également construire contre la tour au nord du grand portail, la plus élevée des deux, un pilier butant destiné à consolider cette tour dont la base était ébranlée par les vibrations que communiquait à la maçonnerie la sonnerie des bourdons. Cœ contrefort se termine a la hauteur de la galerie des chapelles par une belle pvramide de pierre et une galerie ajourée simulant des créneaux; son plan allécte la forme d'une croix; il est orné sur sa lace antérieure, qui se trouve un peu en retrait de la grande façade, des trois statues superposées du cardinal de la Crange. du roi (iharles \' et de la Sainte-\’ierge portant 1 Knlant-.iésus ; sur la partie latérale qui regarde le nord, on voit en haut saint Jean-Baptiste; au-dessous, le dauphin de France, adolescent, qui régna plus tard sous le nom de Charles VI ; en bas. Bureau de la Rivière, premier chambellan et grand ami du roi (iharles La série de ces statues religieuses et historiques, qui toutes, ont un grand mérite d’exécution sculpturale, se complète contre le
refend qui sépare les deux chapelles de Jean de la Grange, par trois autres figures de meme proportion ; en haut, saint Firmin, martyr; au milieu. Louis d'Orléans, deuxième fils de Charles V et frère de Charles VI; en bas, Guillaume Blondel, seigneur de Méry, maître des requêtes en i36j. La fenêtre de la chapelle qui avoisine immédiatement le grand portail est, au dire du docteur Goze, la plus remarquable de toutes celles de la cathédrale par la disposition de ses meneaux, qui, dans la partie supéiicuie, forment une rose ou étoile à six rayons, composés d'autant d'écusstins diversement disposés.
Notre attemitm s est portée, dune manière bien sommaire, sans doute, selon les exigeances du cadre que nous nous étions tracé, sur l’architecture et la décoration sculpturale de 1 extérieur de la basilique amiénoise. Tout le pourtour de fédihee a été passé en revue : il ne nous reste plus, avant de conduire le lecteur dans l'intérieur de la cathédrale, qu à lui dire quelques mots de la llèche centrale qui, du point d'intersection du transept avec la grande net et le chœur, s'élance si hardiment dans les airs, dominant de quarante-cinq mètres environ le faîte de la toiture, et élevant à cent-dix mètres au-dessus du niveau du sol de l’église le coq doré qui surmonte la croix par laquelle se termine son extrémité supérieure.
Commencée en 1329, cette flèche était terminée le 22 mai i533, jour auquel elle fut solennellement bénite, de l'extrémité de la rue Saint-Denis, par l'évêque d Amiens, hranç(hs de Halluin, assisté d'un nombreux clergé. Elle a remplacé un clocher en pierre et bois, datant du xiiU siècle, et détruit par le feu du ciel, le [5 juillet i528. Nous ne possédons que des notions très imparfaites sur ce clocher primitif. Quant a celui que nous voyems actuellement, nous savons que le dessin en a été tracé par un charpentier, originaire du village de Cottenchy, près d'Amiens, Louis Cordon, qui passe pour n avoir été qu'un simple ouvrier. Le nom d’un autre charpentier, Simon Taneau, qui prit une part très active à la construction, est également parvenu jusqu'à nous.
\ iollet-le-Duc, tout en reconnaissant que cette flèche est une œuvre remarquable en elle-même, ne peut s empêcher de lormuler a ce propos quelques critiques : il dit que ce clocher n est nullement en rapport de proportions avec l'édifice qu'il surmonte : k sa base, selon lui, est grêle, elle sort du comble brusquement, sans transition ; 1 ensemble est mesquin, si on le compare à l'en-semble du monument. *) La part laite à des reproches dont nous sommes loin de contester la justesse, disons maintenant, avec tous les auteurs de descriptions, que la flèche de Notre-Dame d .Amiens, malgré les défauts signalés plus haut, excite généralement l'admiration des connaisseurs. File est entièrement construite en bois de châtaignier de très belle qualité, iecou\'ert dépaisses teuilics de plomb sur les parties extérieures exposées a la pluie. Six mille pièces de bois entrent, dit-on, dans sa composition, et son poids total ne serait pas inférieur à 5oo,ooo kilogrammes. Pourtant toute cette masse repose uniquement sur quatre pièces de bois qui s’appuient elles-mêmes sur les quatre gros piliers de la croisée, sans charger en rien ni les voûtes, ni leurs arcs-doubleaux. La forme générale est un octogone à cotés curvilignes concaves. Deux étages composent la base en s élevant au-dessus du sommet du comble ; ils sont entièrement à jour et entourés de hautes balustrades de style flamboyant. Entre le premier et le second étage, il y a des gargouilles très saillantes, qui figurent des centaures. Le second étage, un peu en retrait sur le premier, s'appuie sur des arcsboutants, dont les têtes de soutien sont surmontées de statues colossales en plomb, représentant huit saints personnages, parmi lesquels on voit un évêque, qui est
probablement l'image de saint Firmin (i). Au-dessus du second étage, a 1 endroit où la flcche prend la forme pyramidale, la galerie est remplacée par une couronne lleurdelysée. Autour de la naissance de la llèche, s élé\'ent. sur des pinacles isolés, huit statues d'anges, avant chacune prés de trois mètres de haut, et tenant en main les instruments de la Passion.
La flèche avait subi, par suites d'avaries graves, une première réparation en 1028 : sa hauteur fut alors un peu diminuée; la partie supérieure était trop grêle et trop clfilée pour opposer au vent une résistance suffisante. Le célèbre architecte et sculpteur amiénois. Blasset, dirigea les travaux et modifia certaines parties de l'ornementation de l'ensemble, qui ne sont plus du style primitif, par suite de ces travaux. Au commet, une boule supporte une croix surmontée d'un coq doré. Cette croix et ce coq turent remplacés, il y a peu d'années, et la partie supérieure de la flèche a été consolidée et restaurée après de longs et pénibles travaux, aussi habilement conçus que dirigé^ par deux éminents architectes, .MM. Lisch, inspecteur général des monuments historiques, et Billoré, inspecteur diocésain.
Dans l'origine, le clocher de la base au faite, était couvert de peintures et de dorures; les intempéries de notre brumeux climat ont depuis longtemps fait disparaître cette riche décoration, dont on n'aperçoit qu'à peine de faibles vestiges.
11 n'v a plus de cloches dans la flèche : par une mesure de prudence bien entendue, et afin d'éviter l'ébranlement de la charpente, on a cru devoir, il n'y a pas encore longtemps, transporter dans la tour du sud les quatre cloches de moyenne grosseur qui, depuis la Révolution, composent toute la sonnerie en carillon de la cathédrale. Quant aux deux bourdons aux sons majestueux et puissants, ils ont toujours été et sont encore dans la tour du nord.
La charpente qui soutient la toiture en ardoise de l'église est en bois de chêne : elle est remarquable par sa légèreté, non moins que par sa solidité et son ingénieuse combinaison. La crête c^t garnie d'une dentelle en plomb composée de larges trèfles qui furent maladroitement mutilés en iS3i, sous prétexte qu'ils ressemblaient trop à des fleurs de lys, emblème royaliste que la passion politique avait alors proscrit.
Six escaliers tournants en pierre, d'une montée facile, habilement ménagés en diflérents endroits (2) mettent le sol de l'église en communication avec la partie supérieure. 11 faut gravir plusieurs centaines de marches pour parvenir au-dessus des voûtes, mais, comme le dit a\-ec raison l'auteur d'une des descriptions dont nous venons de nous servir, » la fatigue de ce petit voyage est moins grande qu'on ne pourrait le croire, et d'ailleurs elle est amplement compensée par l'intérêt qu'elle présente, et par l'admirable point de vue dont on jouit du haut de ces régions supérieures. » Aussi est-ce une excursion très gcuitée des touristes, des archéologues et des artistes.
1) illustres personnages n'ont pas craint d'entreprendre cette ascension, et le souvenir de ces visiteurs est restée vivace dans la mémoire des Amiénois : les gardien^ de 1 église qui conduisent l'étranger dans les parties hautes aimaient surtout à attirer son attention sur une table ronde en pierre, placée dans le réduit qui surmonte le
(1) IT.-iprès Gilbert (Descriplimi de la CutlicJraie d'.Vmiens. p. 95), les liuit statues seraient celles de N.-S. jésus- Christ, de la Saintc-Vierj^e, de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Paul, de saint |acques-le-.Majeiir, de saint Firmin et de sainte L’iphe.
(21 II y en a un à la base de chacune des tours de la façade; deux ([ui prennent naissance aux anj^les supérieurs du transept, l’ün dans la chapelle de Saint-Jean-B.iptiste du Vœu. l’autre dans la chapelle de Saint-Pierre; deux enfin actuellement condamnés dans leur partie intérieure, et cpii partaient. le premier, de la chapelle do Saint-Quentin ; le second, de la chapelle Saint-Eloy. de chaque côté de l’abside. (V. U- plan annexe ù cet ouvrage.)
pilier construit contre la tour du nord par le cardinal de La Grange; le roi Henri IV aurait, dit-on, pris sur cette table un léger repas, lorsqu'il vint à la cathédrale après l'évacuation de la ville par l'armée espagnole en 1597. Le H*" septembre 1825, on olîrit également quelques rafraîchissements au meme endroit à madame la duchesse de Berry. Nous ne savons pourquoi Viollet-le-Duc fit enlever cette sorte de guéridon de la place qu'il occupait depuis plusieurs siècles, et auquel se rattachaient d'intéressants souvenirs. La table en question est actuellement dans la cour du Palais épiscopal, devant le perron du secrétariat.
Zoduiijue /.es Côi
ANCIKN ,TURK DK I.A CATHEDRALE DAMIENS Fnc-siiiiilc d ijii (li.'ssin à la plume cxcrulé en 1727, apparlemml à M. Sdyez.
INTKRIKU H
L aspL-ci intcriuLir de Xiitre-Dame d’Amiens surpasse par la majesté de son ensemble toutes ]e^ beautés architecturales de l'extérieur. Rien de plus imposant que le spectacle qui se présente au regard du visiteur franchissant le seuil du grand portail : les heureuses proportions et l'harmonieuse unité du vaisseau, à peine altérée par de légères divergences de style qui ne se révèlent qu'à la suite d'un examen attentif, imposent immédiatement I admiration pour ce chef-d'œuvre de l'art chrétien du moyen âge; le sentiment religieux se réveille dans l'àme, et quoiqu'il en soit de 1 authenticité des paroles célèbres attribuées par la tradition à Napoléon 1“', elles se présentent à 1 esprit, lorcé de reconnaître que ces mots expriment une pensée aussi juste que profonde; on se souvient également de ce qu'a dit un éminent prélat de notre siècle parlant de la structure hardie et légère de la cathédrale d'Amiens ; ces pierres s'envolent et nous emportent avec elles sur les ailes de la prière.
I,a première impression est celle de l'immensité; nous sommes dans la plus vaste des cathédrales Irançaises (i i : un sLirtace d'environ 8,000 mètres carrés est comprise dans la construction. Le plan reproduit la forme de la croix latine, ainsi que nous 1 avons déjà constaté en examinant l'extérieur. Depuis la porte principale à l'occident jusqu a I extrémité de la grande chapelle qui termine l'abside à l'orient, on compte bien près de id5 mètres; le transept, qui comprend trois travées dans chacun de ses
(i) C’est, du moins, l'opinion généralement accréditée.
bras, mesure plus de Sg mètres de long sur 14 mètres 60 centimètres de large • cette dernière dimension est aussi celle de la largeur de la grande nef prise daxe en axe des piliers; mais si l'on ajoute les bas-côtés et les chapelles, on arrive au chiffre de 32 métrés environ. Dans la nef, on compte 42 mètres q5 centimètres de hauteur du pavé à la voûte, l.a longueur de cette nef, prise entre le mur de la façade et le transept approche 60 métrés. La nef se compose de sept travées, mesurant chacune 7 mètres et demi en largeur et 20 mètres en hauteur, du sol à la pointe de l'ogive des arcades.
Au-dessus de ces arcades ouvrant sur les collatéraux, règne un triforium qui fait le tour complet de l'église. Ce triforium est ajouré sur les façades du nord et du midi du transept ainsi que sur la partie orientale de chacun des bras de la croix et dans le chœur (i). Au-dessus s'ouvrent de grandes fenêtres, hautes chacune de plus de 12 mètres, et d'une largeur égale à celle des arcades du rez-de-chaussée.
Des collateraux simples bordent la grande nef et le transept. Ils sont doubles dans les ailes du chœur, depuis les degrés qui marquent l'entrée jusqu'au point où commencent les chapelles absidales. Ces dernières sont au nombre de sept, construites sur un plan polygonal, et rayonnent autour du sanctuaire. La chapelle centrale, dans l'axe de l'éditice, est plus profonde que les six autres : trois travées précèdent son abside a trois pans. Un simple déambulatoire contourne l'enceinte du sanctuaire.
Il y a quatre travées entre le transept et le rond-point polygonal formé de sept travées, plus étroites mais de même hauteur que les autres arcades de l'église, ce c]ui a obligé les constructeurs a surhausser les ogives, pour que leur pciinte airi\'at au meme ni\’eau que celle des autres.
Des pihers cylindriques supportent les voûtes ; ils sont cantonnés de quatre colonnes engagées; l'une fait face aux bas-côtés, et reçoit sur son chapiteau la retombée des arcs-doubleaux de leurs voûtes ; deux autres suppttrtent l'arcade ogivale de la travée; la dernière, tournée du côté de la nef, traverse le chapiteau et le triforium, marque la séparation entre les grandes fenêtres supérieures, et va recevoir les arcs-doubleaux de la grande ^’oûte.
Au point d'intersection du transept, de la nef et du chœur, quatre piliers, d'un plus tort diamètre, sont composés d'un faisceau de colonnettes ; ce sont eux qui supportent le poids de la flèche. Dans les bas-côtés de la nef, entre les chapelles, dans les ailes, et au collatéral du chœur, nous voyons aussi des faisceaux de colonnes soit isolées, soit engagées. Entre les chapelles absidales, il y a, dans chacun de ces faisceaux, une colonne centrale isolée, d'tin diamètre un peu plus fort que celui des auties, : ces colonnes ont la propriété de rendre un son assez intense, lorsqu'on les frappe d'un corps dur. ’
Un cordon de pampres profondément fouillé et d'un dessin large et puissant, boide 1 appui du triforium dans la nef et dans le transept. Dans le chœur, dont la construction est de quelques années plus récente, ces pampres sont remplacés par des leuilles de vigne entablées qui n'ont plus la même ampleur.
Le triforium se compose d une arcature formée, de travée en travée, par deux grands arcs en ogive accouplés, divisés l'un et l'autre en trois parties par des colonnettes supportant un trèfle sur des arcs en tiers point dans la nef, sur des arcs tiilobés dans le transept, sur des arcs redentés et fleuragés dans le chœur. I,e triforium de cette deinièie partie de I église a ses grandes arcades surmontées de frontons à crochets qui sont d un moins bel effet que les simples ogives des galeries de la nef.
(i) Il est aussi a jour sur la faç.aae occidentale ; mais les baies ouvrant sur la galerie vitrée qui passe derrière le faite du grand portail, sont masquées par le buffet d'orgue.
Ce triforium est, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, vitré dans le tond, et semble continuer les fenêtres de la partie supérieure.
l.es grandes fenêtres occupent toute la largeur de chaque travée; elles sont partagées par des meneaux qui se réunissent pour former des ogives et supporter des rosaces à redents [fenêtres de la nefi, des trèlles lleuiamnés et une rose à plusieurs lobes ou à compartiments variés (chojur et transept). Les meneaux viennent se perdre dans le talus sur lequel reposent les fenêtres au-dessus des archivoltes des galeries, et se conhmd dans le taisceau de colonnettes qui marque la division des arcades géminées du triforium.
(Üc qui caractérise surtout rintérieur de la cathédrale d Amiens, c est la légèreté et le peu de volume des points d'appui. On n'aperçoit point de murailles; il ny a, en fait de maçonnerie que le strict nécessaire : les piliers, les membrures des ogives, les retombées de la voûte et les contreforts. On a dit de cette basilique qu'elle est toute en fenêtres et ressemble à un immense globe de verre suspendu dans l'atmosphère ; on n'évalue pas à moins de iSoo mètres l'étendue de la surlace des vides qui se trouvent dans la structure de l'église.
lut grande voûte de la nef, celle du chœur et celle du transept, de même que les voûtes des collatéraux, sont délimitées de travée en travée par deux arcs doubleaux et deux formerets; ces grandes voûtes sont parcourues obliquement par deux cordons qui se croisent diagonalcment et laissent dans leur intervalle des pendentifs ou tierccrons. Les voûtes des chapelles de la nef, construites au xiv" siècle, présentent des combinaisons \'ariées. de même que la partie de la voûte principale, au centre du transept, sous la flèche, partie qui a dû être reconstruite après l'incendie du clocher en i528.
Toutes les clefs sont fort simples, excepté toutefois dans les bas-cotés, oû nous voyons des rosaces élégantes, qui -portent encore des traces de coloration (i).
La sculpture des chapiteaux des piliers est d'un style sévère. Les colonnettes du triforium sont surmontées de chapiteaux ciselés avec une exquise délicatesse. Quelques-uns même sont presque entièrement évidés ; on y découvre une très-grande variété de feuillages et de fleurs, empruntés pour la plupart à la flore de nos contrées (2).
Avant la construction des chapelles, le long des murs des- bas-côtés de la nef, sous les fenêtres éclairant le collatéral, régnait un banc continu, taillé dans la pierre, et surmonté d’une arcaturc trilobée. L'adjonction des chapelles a amené la suppression presque totale de ce banc, dont il ne subsiste plus que quelques parties près des portes de la façade; on le retrouve intact dans le transept; il se continue dans les ailes du chœur, et règne encore dans les chapelles absidales dont il décore gracieusement les murs formant le soubassement des fenêtres, par le^ ogives redentées de son arcaturc.
I.e pavage primitif de la nef et des bas-côté.s de la cathédrale consistait en dalles carrées en pierre de Senlis, de petite dimension, noires et blanches, formant par leur disposition des dessins variés, répartis en compartiments qui répondaient à
(1) La clef de vovitc de l’abside, perpendiculaire au maitrr-aiitel. est la seule de- toute la nef centrale qui soit ornée d'une tî.s^^ure : cette sculpture est en bois; elle rcprésenti- b- Christ bénissant, assis entre deux ceindélabres allumés. L’image du Sauveur se «iétarhe en or sur un fond d'azur.
(2) Un de ces chapiteaux présente une figure humaine, et. d’après le docteur Goze, c’est runic|uc exemple de cette sorte d’ornementation (pii .sc rencontre ainsi applitiuée parmi les nontbreux chapiteaux de notre église : « C’est une tête de femme coilîée d'une sorte de béguin, et appuyée sur deux pattes d'oie; serait-ce une réminiscence de la reine Pédauque ? d Goze, Description Je la cathédrale d'Amiens [Intérieur, p, 6).
la division des travées. Ces compartiments étaient très heureusement combinés, et quand on les regardait de haut et à distance, ils produisaient un fort bel effet. Les collatéraux et la partie inférieure de la nef conservent encore ce dallage, mais il est aujourd'hui fort détérioré par l'usage, et il est urgent de le remplacer par un autre qui en reproduirait exactement les gracieuses combinaisons.
Le sol de la quatrième et de la cinquième travées de la grande nef était occupé par un labyrinthe octogone qui n'avait pas moins de 41 mètres 57 centimètres de circonférence: la partie centrale présentait une pierre portant une inscription commémorative de la date de la construction de la cathédrale, et les noms et effigies du prélat et des architectes qui, à des titres divers, présidèrent aux travaux. Ce labvrinthe et tout le pavage de la nef depuis le transept jusqu'à la troisième travée du bas de l'église ont été détruits vers i83o, et on leur a substitué un dallage uniforme en pierre blanche dont l'aspect est loin d'ètrc agréable à l'œil.
Le pavage du pourtour du chœur, au dire de Baron, « a été refait à neuf de 1620 à 1624, jusque et y compris les degrés qui mettent ce pourtour en communication avec le transept. » La disposition est d'un style identique au pavage de la nef. Ihi grand nombre d'inscriptions tumulaires, dont la plupart indiquent des sépultures de chanoines, parsèment le pavé dans toute l'étendue du temple. Ces inscriptions datent presque toutes du xvii*^ et du xviip' siècles.
La cathédrale d'Amiens a été privée de l'un de ses principaux et de ses plus riches éléments de décoration intérieure par la suppression presque totale de scs vitraux peints, dont, abstraction faite de la rose de la façade principale et de celles des deux transepts, il ne subsiste plus que de trop rares fragments, mutilés et incomplets pour la plupart.
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