CATHEDRALE D AMIENS
J'iirloi/ lie la l’tcrife liaree
messe, vient de consacrer; dans le compartiment voisin, le saint guérit des aveugles. Au quatrième étage, nous assistons à la procession solennelle de ses reliques, et au cinquième, dans la pointe de l'ogive, un Christ en croix, entre la Vierge et saint Jean, rappelle le miracle célèbre du Crucilix qui salua de la tète les ossements du saint évêque lorsqu ils passèrent devant lui. Dans les angles, des anges agenouillés balancent des encensoirs.
Quatre cordons garnis de statuettes suivent la courbe de la voussure et en t<‘>rment la décoration. De plus rapproché du fond du porche contient douze anges tenant les uns des couronnes, les autres des encensoirs. Le deuxieme est peuplé de quatorze statuettes des principaux patriarches de l'Ancienne Loi, reconnaissables à leurs attributs ; ce ne sont point toutes ligures isolées : on y voit quelques scelles à plusieurs personnages, avec accessoires. La série commence par Adam bêchant la terre, et se termine par saint Jean-Baptiste, portant l’Agneau de Dieu sculpté en relie! sur l'écu qu'il tient à la main. Le troisième cordon nous otlVe la suite des prophètes au nombre de seize, en commençant par Osée. Les apôtres, les évangélistes et les saintes femmes, également au nombre de seize, garnissent le quatrième arc, qui est le plus éloigné du tympan.
Le lieuron surmontant le gable encadrant la partie supérieure de la large baie en ogive du portail, atteint presque la galerie qui, à la hauteur des terrasses des chapelles, fait le tour de l'église à l'extérieur. Dans toute la largeur de la façade du transept méridional, cette première galerie est supportée par une plinthe portant, écrite en grandes lettres du xiiL siècle, une inscription commémorative de la fondation de la cathédrale. Malgré de nombreuses lacunes et l'état fruste de la pierre, on peut encore lire la date de 1220 et le nom de l'architecte Robert qui traça le plan de l'édilice et dirigea les premiers travaux. C'est là un document d'une haute valeur historique (i). La galerie passe sur cette plinthe dont le plan est assez lortement incliné de l'est à l'ouest.
Derrière la galerie cr>mmence l'immense réseau de pierre si délicatement découpe, qui permet aux rayons du soleil de descendre à flots dans le transept en se teignant des mille couleurs des vitraux garnissant les fenêtres du triforium et la grande rose qui les surmonte. Cette rose n'a reçu que dans le cours du xv'" siècle ses meneaux aux courbes si gracieuses, mais l'élégance de sa disposition fait aisément pardonner le défaut d'unité de style résultant de ce remplissage.
.-\utour de l'archivolte en plein ceintre de la rose, est une décoration singulière, peu remarquée des spectateurs se tenant à distance dans la rue qui fait face au portail, à cause de la grande hauteur où elle se trouve placée. Dans une suite de trèhes renversés, huit personnages jeunes et imberbes, sculptés en demi-relief, paraissent monter d'un côté, et huit autres, plus âgés et barbus, descendent de l'autre; au sommet est un homme assis, coitié d'une couronne de feuillages, tenant une sorte
(j) MM. les abbés Jfiurdriin et Duval, dans le Rapport cité plus haut, ont donné les premiers le texte de cette inscription, aussi complet cpi’il se présentait encore en 1843; ils se livrent à des hypothèses ingénieuses pour en c.spliqucr le sens; notre collègue, M. R. de tHiyencuurt, croit, non sans apparence de raison, que l'inscription du portail de la Vierge dorée, serait l’épitapiie même de Robert rie Luzarches : « La phrase, dit-il, se termine par les
mots Le cors - Robert... qui ne laissent pas de doute à ce sujet. Mais le corps de Robert de Luzarches n’a
pas été déposé à 20 mètres au-dessus du .sol. Il aurait été placé dans le soubassement du pi>rtail de la Vierge dorée, à l’endroit où l’on distingue encore une truelle de mar:i>n sculptée en demi-relief (près de la chaise où se tient actuellement un mendiant aveugle). Sur son tombeau, à Prague (Bohème), Mathias d’Arras, architecte de la cathédrale du lieu, et presque notre compatriote, porto une iruelle semblable suspendue au cou. » (V. T. XX, 2" série des Mémoires de V Académie d'Arras.")
lIc* sceptre, et accompagné, à sa gauche, d un chien également assis. C. est une allégorie des vicissitudes de la vie humaine et de l'immutabilité de la l^rovidcnce di\'ine, toujours vigilante et impassible.
Immédiatement après la rose, nous voyons la balustrade en pierre qui règne dans tout le pourtour de l'église au bas du grand comble, hn arrière se présente un pignon de pierre sur lequel vient s'arrêter le toit du transept. Les deux pyramides qui surmontent les contreforts flanquent ce pignon à droite et a gauche et sur la pointe s'élance une iine et élégante aiguille. Les rampants du pignon et les angles des grandes pyramides sont garnis de crochets formés de feuilles de lierre. La surface triangulaire est décorée par une série de piliers butants dont les intervalles sont garnis de niches abritant des statues colossales, qui ont été entièrement renouvelées il V a un peu plus de quarante ans, lors de la restauration complète de la laçade méridionale : elles sont dues au ciseau du sculpteur picard Caudron, et représentent des personnages barbus tenant des lambels. La niche centrale renterme un évêque crossé et mitré. c'est probablement saint Honoré appelant les faveurs du ciel sur sa ville épiscopale.
Après avoir dépassé le transept, nous retrouvons la disposition primitive de la partie inférieure de la cathédrale telle qu'elle avait été conçue par les architectes du xiiL siècle. Entre des contreforts d'une forte saillie s'ouvrent de larges et hautes fenêtres aux meneaux espacés, soutenant des ogives qui supportent elles-mêmes trois roses à redents. Ces fenêtres éclairent les bas-edtés longeant le chœur, bascôtés qui, il y a peu d'années encore, étaient couverts de ti)itures en tuile s'appuyant sur des pignons en moell<mage d'un aspect lourd et disgracieux. On vient, avec raison, de substituer à ce système de couvertures, dont la date ne devait pas être antérieure au XVI' siècle, des toits en ardoise séparés les uns des autres par les pyramides contre lesquelles s'appuient les arcs-bcnitants du grand comble; les balustrades de la galerie basse ont été refaites dans le style du xiir siècle. Quatre travées, en y comprenant les chapelles réservées à l'intérieur dans les angles supérieurs du transept, séparent celui-ci de la couronne rayonnante des sept chapelles qui contournent l'abside.
Rien de plus gracieux que les chapelles absidales; chacune d'elles présente à 1 extérieur un polygone à trois pans, dont les angles sont marqués par des contreforts dune forte saillie, encadrant des fenêtres partagées en deux lancettes égales; deux trèfles accouplés pour en supporter un troisième remplissent la partie supérieure de l'ogive, (ies fenêtres n'ont pas moins de quatorze mètres de hauteur. Les sommets des contreforts se terminent par des talus sur lesquels reposent des figures d animaux, chevaux, griffons et dragons. A la chapelle centrale, dédiée à la Sainte Vierge, ces animaux sont remplacés par des statues de personnages couronnés : ce sont probablement des rois de Juda, ancêtres de .Marie. A la chapelle Saint-Lloy, on voit 1 effigie du pieux évêque de \oyon. Chacun des amortissements des contreforts interrompt la balustrade de la galerie qui passe au bas des combles hexagones des chapelles, galerie composée d'une suite d'arcades trilobées, découpées à jour.
La chapelle centrale, placée e.xactement dans 1 axe de l'édifice, est beaucoup plus longue que les si.x autres. 1 rois travées dont deux sont entièrement prises à 1 extérieur, précédent s<tn abside polygonale. Ce prolongement termine admirablement la partie inférieure du vaisseau de la cathédrale et contribue beaucoup à la beauté de l'ensemble de cette extrémité.
.Au-dessus des combles aigus des chapelles s'élancent les hautes et sx'cltes
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