‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 50 sur 109 · N" 3. — FENÊTRE DU NORD · texte numérisé non relu

N" 3. — FENÊTRE DU NORD

Cf Cette fenêtre renferme sept panneaux formés par de riches et élégantes bordures qui servent d'encadrement aux sujets.

ff r'f Panneau. [Naissance du Sauveur]. — Marie, la tête nimbée, est couchécsur un lit moelleux et enveloppée dans de chauds vêtements ; elle est accoudée sur son bras droit et, de la main gauche, elle retient les plis enroulés de son manteau. Dans le fond, s'élèvent deux colonnettes avec chapiteaux, servant de

supports à un berceau où repose le petit Jésus en maillot et le front orné d'un nimbe ; aux pieds du lit, saint Joseph est debout, coiffé du bonnet juif, l'air contemplatif, et montrant de la main le divin enfant.

« 2^’ Panneau, {yaissance de Jésus annoncée aux bergers). — Un ange, aux ailes déployées, descend du ciel sur des nuages et tient dans les mains une banderolle avec ces mots : Gloria in excelsis Deo. Là, sont deux bergers ; leurs moutons reposent couchés à leurs pieds. Un chien est à côté, l'oreille dressée, ce qui indique qu'il veille sur le petit troupeau. Le premier berger est debout, la main gauche appuyée sur sa houlette et la droite étendue ; il regarde en haut et semble prêter l'oreille. Le second est assis, un bras repose sur son genou, et il élève la main droite dont l'index se dirige vers le Ciel ; la tête est tournée du côté où se fait entendre la voix mystérieuse de l'ange. Il est facile de voir qu’il est dans l'attitude d'un homme qui écoute.

« 3‘' Panneau (i). L'Lnfant-Jésus, enveloppé de langes et la tête nimbée est étendu sur une sorte de lit dont la forme est indécise. La Sainte Vierge et saint Joseph, ornés du nimbe, se tiennent debout près du Sauveur ; on voit qu'ils lui prodiguent les soins les plus tendres. Marie fait de ses deux mains un chevet bien doux à son cher nouveau-né. Sur le plan inférieur se montre un jeune enfant assis, étendant les mains vers Jésus. Kst-ce un des bergers offrant ses hommages au Sauveur, qu'on a voulu figurer là : Lvidemment non, car alors il porterait le costume de sa profession, et serait dans l'attitude de l'adoration, c'est-à-dire à genoux, et on ne l'aurait pas représenté dans un âge aussi tendre. Je crois plutôt que l'artisteverrier, en plaçant auprès de la crèche ce tout petit enfant, aura voulu symboliser 1 innocence et la pureté du divin Jésus. Au-dessus de cette petite scène si émouvante, paraît une étoile, c'est le signe qui fait pressentir l'arrivée des nouveaux adorateurs qui font route vers Bethléem.

ft 4^ Panneau. [Les Mages devant Ilérode]. — Les trois rois d'Orient viennent d arri^•c^ à .(érusalem : les voilà en face de ce prince sanguinaire, lui demandant où e^t né le nouveau Roi des .luifs. Hérode siège fièrement sur son trône ; ses deux mains reposent sur .ses genoux ; il est couronné et ses traits respirent la jalousie et l'inquiétude. Les monarqties étrangers sont debout en sa présence, le diadème en tête et le bâton de voyageur à la main.

" o‘' Panneau. {Adoration des Mages). — La sainte Vierge, nimbée, est assise sur un monticule ; l'étoile brille au-dessus de sa tête : elle soutient, sur ses genoux, son divin enfant également nimbé. Un des rois mages, le front couronné, met un genou en terre, et offre son présent à Jésus qui tend \'crs lui sa petite main, comme pour lui dire qu'il accepte. Les deux autres mages, dont l'un lient un encensoir, sont derrière leur compagnon, debout, la tête ornée du diadème et portant leurs présents,

« 6' Panneau. Fuite en Egypte'. -- La \'ierge, montée sur un àne, tient son enfant entre scs bras et le presse amoureusement sur son cœur. Saint Joseph marche en avant, coiffé du bonnet juif. De la main droite, il conduit l'àne par la bride, et dans la gauche, il porte un bâton qui repose sur son épaule et à l'extrémité duquel est suspendu un paquet, lequel, vraisemblablement, doit renfermer les petites provisions du vovage.

'< Le sommet de la fenêtre du Nord était terminé par deux anges aux ailes

Il On donne ici la description de l'ancien panioau, qui a été remplacé p.ar un nouveau, où l'on ne retrouve plus le sujet primitif.

déployées, lançant un encensoir dans les airs. Ce couronnement, si gracieux dans sa forme, a été détruit par suite d’un incendie; il est fâcheux qu’on ne l'ait pas rétabli.

'( Jadis, les cinq fenêtres de l'abside olFraient à l’œil charmé des variétés de sujets peints, il ne reste plus que trois verrières aujourd'hui, et je suis heureux de leur avoir consacré ces quelques lignes qui les feront connaître, car je ne sache pas quelles aient jamais été décrites. Il y a quatre ans Agnières faillit perdre ses précieux vitraux. Un terrible incendie réduisit en cendre l’autel et son rétable. Sans la solidité de la voûte, qui est en pierre, c'en était fait de l’église ; malheureusement, plusieurs panneaux des verrières furent détruits, et on en retrouva les restes mutilés et informes dans les décombres. Grâce à un dessin qu’en avait tracé un membre de notre Société et qu’il conservait dans ses cartons, on put reproduire plusieurs de ces panneaux. Cette restauration fut coniiéc à M. Lévêque, peintreverrier à Beauvais, qui a fait ses preuves depuis longtemps. Dans l'exécution de ce travail si ingrat et si difficile, cet artiste a montré un véritable talent et une habileté remarquable. Il a su si bien saisir le caractère et le type des peintures primitives, que c'est à peine si un œil exercé pourrait découvrir les endroits refaits à neuf.

« Je me résume ; les vitraux de l'église d'Agnières, dont je viens de dérouler sous vos yeux les richesses iconographiques, paraissent appartenir au xiii"' siècle, et un œil attentif n’aurait pas de peine, je crois, à y reconnaître le caractère de cette époque. Chaque panneau est encadré dans une bordure qui offre des combinaisons de rinceaux fort gracieux, et se compose d’un grand nombre de pièces de rapport. Les personnages sont de petites dimensions, d’un dessin très incorrect. Dans ces verrières, on a conservé aux figures, aux dessins des contonrs bien accusés, bien définis et bien tranchés. Elles sont bordées de fortes lignes, c’est-à-dire que le plombage ou la mise en plomb accuse le dessin et concourt à l'effet général. »

HESCAMPS SAINT-CLAIR

L KGLisE d’Hescamps St-Clair appartient en grande partie au xvf siècle. Elle possède une corniche ornée comme celle de Poix d’un gros bâton écoté enroulé d un ruban, mais exécuté grossièrement.

Le chœur a perdu sa voûte et ne garde plus que la naissance des ogives et des formerets qui la soutenaient.

L abside a cinq pans, celui du fond plus large que les autres. Elle est accostée de contreforts à mi-hauteur .desquels se voient de gracieuses niches surmontées de pinacles.

I/églisc possède deux issues : une petite porte placée sur le côté méridional de l’église et dont la baie est amortie en anse de panier, puis un portail qui s'ouvre à la base de la tour du clocher et qui est certainement le morceau le plus intéressant de l’édifice. Lhi arc en anse de panier dessine la porte proprement dite ; son encadrement est décoré d'une moulure en talon sculptée de palmettes, bordée elle-même d'une gorge remplie d’une guirlande de fleurs ornementales entourée de rubans au milieu de laquelle on remarque une tête. Sur la clef de l’arc, deux enfants, à la chevelure bouclée, soutiennent un écu dont le champ est fruste.

Cet arc est inscrit au fond d’un autre beaucoup plus vaste et plus profond, dont les pieds droits postérieurs se confondent avec les siens, mais dont les vous-

sures antérieures, beaucoup plus saillantes, redescendent jusqu'au niveau du soubassement commun. Ces dernières se composent d'une gorge renfermant une moulure tormée aItcrnali^•ement de tètes et de roses, et d'une grande doucine décorée de palmettes.

Un tympan sépare les deux arcs : il devait être en partie égayé par des sculptures reposant sur l'extrados de l'arc inférieur où l'on en aperçoit encore quelques vestiges.

Un motif, absolument fruste aujourd'hui, se remarque au bas de la clef du grand arc.

Ce portail est un spécimen assez rare dans notre contrée de la décoration de la Renaissance alfranchie des traditions gothiques.

FRETTEMOLE

C'k^t encore par sa ressemblance avec ceux de Poix et de Frémontiers que le portail de Frettcmole frappe tout d'abord le visiteur. Une baie en anse de panier occupe le bas d'une haute arcade, et le tympan uni qui en garnit la partie supérieure porte, sur une console allongée, décorée de feuillage, un groupe très grossier représentant S. Martin donnant la moitié de son manteau à un pauvre. Un dais assez délicat placé à la pointe inférieure de la voussure en envahit la première gorge.

d'aillées dans une seule rangée de claveaux quatre moulures prismatiques en retraite l'une sur l'autre tapissent les pieds droits de l'arcade et en forment les archivoltes. Files retombent sur des bases également prismatiques à une assez grande hauteur au-dessus du sol. I.es gorges qui les séparent sont remplies de vignes

couvertes de raisins et de feuilles.

A partir du niveau des impostes, un larmier couronne l'arcade de sa saillie ondulée, sous laquelle court une corde à nœuds alternativement simples et quadruples. Sur les bouts horizontalement relevés de ce larmier, on voit des anges, aux ailes éployées, semblant prendre un clan disgracieux : ils portent des objets que 1 état de la sculpture ne permet guère de reconnaître aujourd'hui ; il en est de même des motifs en relief sur les reins de ce larmier, à la pointe duquel se trouve une espèce d'oiseau dont les ailes déployées reposent à plat sur les versants.

A cette pointe affleure une moulure horizontale composée d'une tablette et, au-dessous, d'une gorge où est sculpté un bâton enroulé d'un ruban. Entre les

spirales de ce ruban le bâton porte une rangée de perles.

(A‘ portail est la seule partie ancienne de l'église de Frettcmole, récemment reconstruite- Nous ne savons si tout l'édifice était de la même époque ou s'il subsistait encore des constructions d'une date plus reculée. Ce qui est certain, c'est que Frettcmole possédait une église au xif siècle fi) cl qu'en novembre 1234 la

cure fut donnée par (jcolîroi, évêque d'Amiens, à son neveu Anselme, chanoine

de S. Nicolas d .Vmiens, en même temps que celles d'Hcscamps et de Romescamps altaria de Fracla .Mola, de Hescans et Roumescans » (2).

-Au xniiF' .siècle elle dépendait de l'abbaye de St-Symphorien de Beauvais (3).

Il; M. (rrirni<T. dcins snn Dii-f/oniiairi' topo^r,îf'//iqii,\ cite une butte du pape Lucc III, datée de 1182, (li>nni'c par I.tnivi'i, nnu> n'avnns pu la trouver.

I-- .\rchi\-. - départ, de la Sminne, Cartulain- de l'miillny, f' n ' I. XXXIX.

l‘i nc. ?,-vrrljal de la ^•isit'■ d-'S éu’lise.-., fermes et lieuv di'-pcndant di- l'abbaye de St-Syinphurien après If dfi'. s <li' l'aljbé Favier. Le u décembre 17U4 un visite l'èylise de Frettcmole (.Archives départ, de l'Oise, .Xbbaye de St-Svmpborien, H. 1^311.

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