‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 49 sur 109 · N" 2. — FENÊTRE DU MIDI · texte numérisé non relu

N" 2. — FENÊTRE DU MIDI

« légredietur virga de radice fesse, et flos de radice ejus ascendet : « Il sortira un rejeton de la tige de .lessé et une tleur naîtra de sa racine. » (îelte prophétie, combinée avec la généalogie du Sauveur, telle que nous l'a donnée saint Mathieu, est devenue un des thèmes les plus féconds de l'art chrétien dans le cours du movcn-àge. nous dii .M. l'abbé (Lorblet. dans son Ptiide iconographique sur l'arbre de fessé, lén jetant un regard sur le vitrail qui nous occupe, l'on voit tout de suite que c'est de la généalogie de saint .Mathieu et de la prophétie d'Isaïe que s'est inspiré le peintre-verrier pour tigurer l'arbre symbolique que nous allons décrire. Ici, Jessé, souche de la tige emblématique qui produit le Sauveur, est représenté sous les traits d'un beau vieillard. Il a le menton voilé sous une barbe épaisse, sa tète est couverte du bonnet juif. Il est plongé dans le sommeil, et son corps, enveloppé dans un riche vêtement qui retombe sur le côté, repose sur un lit dont on aperçoit les extrémités de forme gothique. La tête est appuyée sur la main droite, et de la gauche il retient une frange de sa robe. L'arbre généalogique sort du dos de .lessé. Des rameaux parallèles, ligurés par des ornements tournés en volutes, forment un gracieux encadrement pour les ligures. .Au-dessus de Jessé, l'on ^■oit quatre personnages superposés verticalement. Ils sont assis et vêtus de longues robes. Leurs bras sont étendus, et ils tiennent dans chaque main, à défaut de sceptre, un bout de l'ornement qui les entoure. On sent tout de suite que

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ce sont des rois, car ils portent la couronne ; seulement le quatrième personnage, qui tient de la main gauche un livre reposant sur son genou, se distingue des autres par le nimbe qui entoure son front, par son air de jeunesse et par le voile qui enveloppe sa tète ; ce ne peut être que la Sainte Vierge qui, à son titre de Sainte par excellence, joint aussi celui de Reine. Il était juste que la place de Marie fût là. Le prophète Isaïe, dit encore M. Corblet, après avoir prédit au peuple d Israël qu'il serait délivré de la fureur des Assvriens, lui annonce la naissance du Messie, sa sagesse, sa sainteté. Il considère le royaume de Juda comme un tronc presque mort, mais dont la sève va revivre pour donner un rejeton qui sauvera Israël. A la suite des rois de Juda, apparaît donc nécessairement la mère du nouveau Roi, de ce roi dont le sceptre devait dominer le monde entier : « Virga de radice Jesse». Un rejeton sortira de la tige de Jessé, c'est Marie; voilà ce qui m'explique le diadème nimbé, posé sur le front du quatrième personnage. Après avoir contemple la \'ierge, cette tige sortie de .lessé, il fallait s'attendre à voir figurer, immédiatement après, la Heur qui devait naître de sa racine, c'est-à-dire le Sauveur Jésus ; aussi, l'artiste, se renfermant scrupuleusement dans le texte sacré, fait rayonner au-dessus de Marie et au sommet du vitrail, l'image du Rédempteur. Jésus est assis et sa tète ornée du nimbe crucifère. De la main gauche, il tient un livre fermé, et il élève la droite pour bénir. On lit, dans les Saintes-Lcritures : « ht 1 esprit du Seigneur se repose sur lui : l'esprit de sagesse et d'intelligence, « 1 esprit de conseil et de force, l'esprit de science et -de piété, et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira. » Le peintre-verrier, s'inspirant de ces paroles, a environné la personne du Sauveur des sept dons du Saint-Lsprit, sous la forme de sept colombes nimbées qui lui forment une sorte d'auréole : on peut dire que c'est ici la traducti(.)n iconographique du texte meme d'Isaïe. Jessé, les rois, Marie et Jésus, sont accompagnés de douze personnages, six de chaque côté. Ce sont des patriarches et des prophètes ; ils sont debout, la tète nimbée, et tiennent à la main une banderolle sur laquelle on peut lire leurs noms écrits en lettres gothiques ; voici ceux que j'ai pu déchiffrer, à droite : Abraham, Jacob, Moïse, Abacuc, à gauche : Isaac, Jérémias, Daniel. Plusieurs élèvent la main et la dirigent vers .lésus, le divin soleil de Justice, vers Jésus, point central où doivent converger tous les êtres. Que les patriarches soient à côté des prophètes, rien de plus naturel : les prophètes avaient annoncé 1 avènement du Christ; les patriarches avaient figuré son sacrifice. Mais, le peintre-verrier, sent qu il ne peut en rester là, et que son ceuvre serait incomplète ; c est au Nouveau Testament qu'il empruntera désormais ses inspirations. Ici, les ligures cessent pour laisser fàme en contemplation devant l'imposante et touchante histoire du Fils de Dieu. Le sujet de la troisième verrière est donc une page de la vie du Sauveur, page toute parfumée de simplicité naïve et où on peut lire les scènes les plus attendrissantes de l'Cvangile.

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