FAÇADE DE L'ÉGLISE
La façade de l'église de Frémontiers est le dernier vestige d'un monument plus important qui, nous ailirme-t-on, se serait écroulé en iSi5, sous le poids des ans.
Primitivement, l'édilice comprenait une nef, un transept accompagné d un clocher du côté du nord et un chœur ; des voûtes, non sans analogie avec celles de l'église de Poix, le recouvraient. Le style du monument l'assimile à plusieurs de ceux que l’on admire encore dans la région pohière (i). Un véritable artiste,
comme il en existait au xvP siècle, avait tracé son plan et présidé a sa cons¬
truction, mais son ornementation sculptée, toute élégante qu'elle lût, relevait plutôt si l'on en juge par ce qui subsiste, de l’art charmant des “ huchers ,, que
de la grande école lapidaire. C'est là du reste un défaut commun à la plupart
des manifestations sculpturales du génie picard vers la hn de la période gothique.
Dans son état actuel, l'église de Frémontiers se compose d'une nef terminée par un chœur polygonal, reconstruit après le désastre mentionné ci-dessus. La partie ancienne de l'édifice, la seule qui soit digne d’intérêt, se trouve réduite au portail et à une faible portion des parois de la nef. Le monument est en pierres. Sa façade où s'ouvre le portail, montre d’abord au-dessus d un soubassement très peu saillant, une muraille unie soutenue par quatre contre-lorts : deux sont placés latéralement, les deux autres se trou\’ent dans 1 axe des murailles de la nef. La porte unique percée au milieu, est cintrée en anse de panier et ses moulures prismatiques s'harmonisent heureusement avec la bordure feuillagée qui l’encadre complètement. Un linteau décoré d’un cordon de feuillage règne au-dessus, puis se déploie un tvmpan vitré, aujourd'hui dépouillé’ des compartiments flamboyants qui devaient l'orner jadis, mais encore complètement entouré d’une élégante ceinture de feuillage. Une moulure prismatique, dessinant une arcade en tiers-point, enserre cet ensemble.
La voussure peu profonde du portail se subdivise en plusieurs éléments en
(i) LV-q-lise de Frémontiers semble avoir eu la plus graniie analogie avec celle de Poix. Peut-être ont-elles été construites par le même architecte. En tout cas, elles sont absolument du même style et de la même époque.
Frérauntievs, aujourd’hui dans le doyenné de Conty, faisait partie, avant la Révolution, du doyenné de Poix. Rien ne prouve comme l'avance J Garnier [Mcm. sur les vtoiiinnents religieux et historiques du dépurlement de la Soiiniie, Amiens, 1839) ‘•1^® l'église de Frémontiers ait été construite avec des débris de 1 ancienne abbaye (szrj de ce nom.
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saillie l'un sur l'autre et séparés par des gorges. La première de ces divisions, est décorée de deux festons adossés et redentés, qui se développent seulement le long des courbes de l'arc (i). La seconde montre une guirlande végétale habilement fouillée qui encadre tout le portail. Au-dessus de la voussure, un larmier, se contourne en archivolte et développie des crosses élégantes alternant avec de petits monstres, tandis que sa gorge abrite un léger cordon de feuilles délicates. L'extrémité très effilée de cette archivolte recourbée en accolade se termine, — après avoir dépassé un second larmier, aussi pourvu d'une gorge décorée d'un ornement végétal, — par un épi à demi engagé dans la muraille d'un pignon tout uni (2). Une arcature en tiers-point revêt comme d’un lambris, l’espace compris entre ces deux larmiers.
Les contreforts construits des deux côtés du portail s’arrondissent sur le devant. Des clochetons à crochets complètent leur décoration (3j et servent de dais à des niches où se trouvent quelques statues de pierre posées sur des socles pourvus de rinceaux. Celle que l’on voit à droite, beaucoup trop petite pour la place qu’elle occupe, a été posée récemment et représente un évêque en ornements pontificaux, assis et bénissant. Dans sa main gauche, au lieu de la crosse, on a placé des tenailles en fer pour lui donner les attributs de Saint Eloi. Du côté opposé, se trouve un remarquable Saint Pierre, représenté avec les insigfies de la Papauté. Bien qu’il soit barbu, les traits de sa figure sont jeunes et sa tiare conique ne comporte aucun ornement. (4)
Le contrefort, dressé latéralement contre l’angle nord du portail, a la forme d’un éperon à sa partie supérieure. Une arcature trilobée remplace sur le socle les ornements feuillagés signalés sur ceux de la façade mais un clocheton à crochets le couronne de même. Dans la niche qu’il abrite, on voit une statue de Saint Jean, couvert de sa tunique velue. Sur le livre fermé, porté horizontalement par le Saint, repose un agneau.
Primitivement, on lisait une brève inscription en caractères gothiques, aujourd’hui rongés par la mousse, sur la plinthe de cette statue. Ce texte commençait par
les mots : « Icy repose, devant ceste église le corps . » et se terminait par 'la
formule : « Priez pôr luy », encore assez apparente aujourd’hui.
Deux travées seulement de la façade septentrionale de la nef, appartiennent à la construction primitive. La première est percée d’une fenêtre en tiers-point bordée de moulures prismatiques et sans remplage (5). Un larmier, à retours horizontaux, lui sert d’archivolte. Cette travée est séparée de la suivante par un contrefort semblable à celui précédemment décrit. Un Ecce Homo en occupe la niche (6). Puis, se développe la seconde travée. Une porte fort large, relativement à sa hauteur, s’ouvre en cet endroit. L'unique ornementation de son cintre en anse de panier, consiste dans le larmier qui lui sert d’archivolte. Les retours horizontaux qui la terminent, soulignent de part et d’autre un enroulement formé par une petite figure nue, dont la partie inférieure dégénère en un rinceau de feuillages du style le plus élégant. Ces sculptures dans le goût de la Renaissance et d'une exécution remarquable ont malheureusement été mutilées. La menuiserie de cette porte
(1) Une simple moulure, sans feston, décore le piédroit de la voussure correspondant à la première divison.
(2) Ses rampants ont été refaits en briques.
(3} Quoique moins riches, ils sont du même genre que ceux de Poix.
(4) D'après le D'’ Goze, il tenait jadis une clef. (M. S. loc. cit.). Ne serait-ce pas plutôt un Christ in ponlijïcalibus ?
(5) Elle parait n’en avoir jamais possédé.
(6) Cet Ecce Homo est fort remarquable.
ne doit point non plus être négligée. On y voit des pilastres à chapiteaux ioniq^ues et une torsade d'un fort joli dessin. L’entrée même de la serrure s ouvre au milieu d'une coquille sculptée en plein bois.
Au-dessus de la porte latérale, on voit une fenêtre en tiers-point, plus petite mais de même stvle que celle de la précédente travée. LTn dernier contrefort sépare cette portion de leglise de la partie moderne. Celui-ci est semblable aux autres, mais il abrite dans sa niche une statue très mutilée de Saint Pierre.
A l'intérieur, l'église de Frémontiers n'olîre d'intéressant que les piliers engagés de sa nef, aujourd'hui non utilisés, puisque réduits à la moitié ou au tiers de leur hauteur primitive, ils ne soutiennent plus la voûte qu ils étaient destinés à supporter. Leurs fûts ont été construits sur le plan d’une circonférence ondulée, comme à l'église de Conty.
Un léger cordon de feuillages court le long du linteau du portail principal, qui ne possède point d'autre décoration. Le mobilier est peu digne d intérêt. Nous ne pouvons toutefois passer sous silence une statue de la Vierge, sculpture sur bois du xvF siècle reproduisant un ivpe souvent usité en Picardie. Marie porte sur le bras gauche rUiifant-Jésus, qui lient une colombe par chacune de ses ailes éployées et la maintient ainsi dans la position généralement adoptée pour représenter le Esprit. La tête de la Vierge est ceinte d’une riche couronne.
Malheureusement l'image a été entièrement recouverte de dorures et de peintures peu artistiques.
Dans le chœur, sur le dossier du banc d’œuvre, sont les armoiries accolées des familles Morgan, — qui avait un domaine à Frémontiers, — et Roussel de Belloy. Ces écussons sont modernes (i).
Les fenêtres du chœur primitif de Frémontiers possédaient jadis de très beaux vitraux ornés des portraits et des armoiries de leurs donateurs. Ces verrières étaient déjà en mauvais état au commencement du xviii’ siècle L'épitaphier de Picardie, manuscrit conservé dans la bibliothèque des Antiquaires, nous a transmis quelques indications relatives à ces œuvres d’art.
A la première fenêtre apparaissait une dame agenouillée ; auprès d elle son mari revêtu d’une armure recouverte d'un sayon armorié ou cotte d'armes, était dans la même attitude. A côté de ces époux se trouvaient leurs écus, 1 un aux armes de Sarcus : de gueules au sautoir d’argent cantonné de quatre merlettes de même et l’autre, celui de la femme : parti au i, comme ci-dessus ; au 2, de gueules au lion d’argent, arme\ lampassé et couronné d’or^ qui est Chabannes.
Au-dessous on lisait :
êRroeirc ijcljan be Jnreue cOfev e' fini . bc ÏRnniccoiirt bc lÔcoufort et be
J)0)î0)i6 bc J^cuqutcf et bc Bicnnont i^ouventcuc cap"^ et BnilTp bciî viffe et rfitteteau .
(rap“i<2 èc cent cficvaiiv borboniiaiice bu cop be iitiffc fioinutci? bc picb et Cap'^® ffiutf bc toiie Cc6 gciuî bc picb bc :picnrbic, et iF)ab“ R}nrffiïcrittc bc Ciïaeanciî on foniiic ont bonne rette vcrricrc en inif et yv peico Oicii pour cuy.
A la seconde fenêtre on voyait aussi la représentation d'un seigneur en armure recouverte de la cotte armoriée et agenouillé sur un prie-Dieu. Il portait : de sable à deux bars adossés d'argent. !'itait-ce un membre de la famille de Saisseval ? (2).
(l) Morgan ; a d'argent, à trois rencontres de taureaux de sable éclairées de gueules et posées 3 et i. t Roussel de Belloy: u d'a\ur, au chevron d'or, accompagné de trois demi-vols de meme 3 en chef . i en pointe. » {2j Le champ des armes de la famille de Saisseval est d'azur.