‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 62 sur 109 · CONTRE · texte numérisé non relu

CONTRE

liGLISE S”^ JULri'TE ET CYR

L'église de Contre se présente d'une façon fort pittoresque. C'est pourtant un monument construit sur un plan de la plus grande simplicité. Il se compose d'une nef et d'un chtcur terminé par une abside polygonale qu'accompagne, vers le midi, la tour d'un clocher quadrangulaire placé en dehors de l'alignement du vaisseau principal. Au Nord, une chapelle fait une sorte de collatéral à la nef, mais elle ne la longe pas jusqu'à son extrémité occidentale où s élève la façade. Deux arcades soutenues par une colonne cylindrique qui sert d appui à la chaire, donnent accès de la nef dans ce bas-côté.

Toute la construction est en pierres. l,e portail cintré est sans ornements. Il a été fortement remanié au xem" siècle (i) et s'ouvre dans une muraille unie surmontée d'un pignon percé de deux oculus placés sur la même ligne horizontale (2). Nous croyons que, dans son ensemble, cette façade peut être attribuée au xii'-' siècle (3).

(ii Kn 1741. — 1-fîS traces d’une secdrnle porte cintrée sont ■visibles extérieurement dans la paroi septentrionale de la m.-f. Cetto porte est à demie enterrée, ce (pii prouve rexliaussement du sol tout autour de 1 église.

• 2] Cette disposition est rare rn Picardie.

(3) Des Contreforts à larmiers s’élèvent aux extrémités de cette façade.

PICARDIE HISTCJRIQUE E'I' M O N U M E N TA I.E

Extérieurement la nef présente des caractères très archaïques. On voit encore, çà et là, quelques modillons sous sa corniche. Ils supportent une tablette très simplement moulurée et le tout semble contemporain de la façade. Le chœur date de la fin du xv'' siècle ou du début du suivant et le sanctuaire est à trois pans. Chacun d'eux est ajouré par une fenêtre en tiers-points. Les rempiages de celles-ci dessinent un compartiment dans la lancette et au-dessous deux arcs brisés qui, à l’endroit de leur commune retombée, sont amortis par un pendentif feuillagé. Cette disposition assez rare n'est point une création moderne. Les fenêtres du chœur sont géminées et des contreforts à larmiers soutiennent chaque angle des pans coupés de l'abside.

L,e clocher est plus ancien que le chœur. Il appartient vraissemblablement au xv'^ siècle. Deux contreforts à larmiers s'élèvent à chacun de ses angles. Son toit en batière, est compris entre deux pignons appuyés, à leur basse, sur de légers encorbellements et surmontés de panaches modernes (i). Une crête ajourée complète cet ensemble (2).

L étage supérieur de la tour est percé sur chaque face de deux ouïes en tiers-poims, dont les archivoltes sont formées par le larmier qui règne autour de cette partie de la construction (3).

Sur deux des cotés du clocher, ces ouvertures sont accompagnées de colonnettes à chapiteaux feuillagés qui soutiennent un gros t(M'e disposé autour de leurs lancettes ; sur les autres, elles sont bordées d'une simple moulure torique qui encadre complètement chaque baie. Aucun remplage ne les garnit (4).

Intérieurement, l'église a été entièrement restaurée. La nef est éclairée par

deux petites fenêtres en plein cintre (5), et par la partie supérieure, non rebouchée, de deux des arceaux qui, au midi, faisaient jadis communiquer ce vaisseau avec un collatéral détruit. En effet, sur la paroi méridionale du monument, on distingue encore, à 1 extérieur, les traces de quatre arcades en plein cintre qui reposaient sur des pilastres trapus surmontés de simples tailloirs (6).

La voûte en charpente de la nef est recouverte d'un enduit. Elle s’appuie sur des sablières assez grossièrement sculptées à la fin du xv" siècle ou au début du suivant et couvertes de rinceaux et d'autres ornements. Cette corniche est interrompue de distance en distance par des blochets où l’on remarque des têtes humaines. Comme de raison, les entraits et les poinçons sont apparents. Nous avons relevé deux écussons sculptés sur les sablières. L'un porte un fretté,

sur 1 autre on voit les armes de France (7). Plus loin une sorte de cartouche

semble montrer les emblèmes d'une profession difficile à déterminer ou des initiales entrelacées.

(ij Encorbellements, panaches et crête sont modernes. Le dessin de Duthoit reproduit en tête de cette note le prouve .surabondamment.

(2) Toute 1 église a été restaurée par M. Deleforterie, architecte à Amiens. Le dessin qui accompagne cette notice représente l'église avant sa dernière restauration.

(3) èine horloge dont le cadran est entouré d'une bordure sculptée a été installée, depuis peu, à l'e.xtérieur de cette tour.

(4) Le comble du chœur est plus élevé que celui de la nef.

{5) dehors, leur unique ornementation consiste dans l'epannelage de l’angle en forme de biseau,

comme à Blangy-sous-Poix, monument du milieu du xn' siècle (V. Monuments religieux de l’architecture romane et de transition dans la région picarde par C. Enlart. — Mémoires de la Société des Anti¬

quaires de Picardie.)

(6) Comme à Beaufort-en-Santerre. fV. Enlart, loc. cit.)

(7) La famille de Soyecourt qui possédait de grands biens à Contre portait : d’argent, fretté de gueules. (V. Archives de la Somme, 13. 3. 1568-1569. Relief fait par Charles de Soyecourt d’un fief sis à Contre, acquis par son père, Balthasar de Soyecourt, au prieuré de A.-D. de Poix).

La chapelle latérale est ornée de sablières semblables à celles de la nef. Cet oratoire est éclairé à l'ouest par une fenêtre en plein cintre, et au nord par deux baies rectangulaires, très remaniées, car la construction de cette partie de l'édifice paraît aussi dater du xiC siècle. Une mise au tombeau est conservée dans cette chapelle. C’est une sculpture en pierre exécutée à la fin du xv“ siècle. Son style est assez barbare, mais elle est bien conservée (i). Le coffre en bois sculpté de l'autel doit aussi fixer l’attention à cause des gracieux ornements dont il est couvert (2).

L'arc triomphal n'est point exactement dans l'axe de la nef et du chœur.

Celui-ci, moins élevé que la nef intérieurement, est voûté d'ogives. A 1 intersection des nervures, au dessus du sanctuaire, un cul-de-lampe est orné d’un

écusson vide, entouré d'un feston à redans.

Quelques anciennes statues d'apôtres provenant d'un groupe détruit sont conservées dans l'église de Contre. On y voit aussi la représentation d'un petit

personnage agenouillé, dont la tête est recouverte d'un capuchon. Est-ce un moine en prière, ou le donateur de l’œuvre disparue ?

Jadis, l'église possédait un tableau peint sur bois au xvi“ siècle. Son style rappelait, dit-on, celui des plus belles peintures exécutées pour la confrérie de Notre-Dame du Puy, d'Amiens. Il représentait Cyr et Julitte, patrons de Contre et au milieu le Christ en croix, adoré par un donateur. Au dessus du

Christ apparaissaient le Esprit et le Père Eternel. On ne sait maintenant ce que cette œuvre d'art est devenue (3).

Au point de vue historique, l'église de Contre semble avoir suivi en tout la destinée de celle de Frémontiers qui, très anciennement, appartenait à l'abbaye de St Germer de Flay (4). Sous l'ancien régime c’était une paroisse du doyenné de Poix. Sa cure valait 400 livres vers 1700 (5). A l'origine, le prieur de Frémontiers en était le présentateur. Le droit de présentation revint par la suite au recteur du collège d'Amiens, dirigé par les Jésuites et l'évêque du diocèse en fut toujours le collateur.

(i) Sur le socle de cette mise au tombeau se trouvait une inscription qui a totalement disparu aujourd'hui. Goze put encore y lire la date de 148.1. La largeur du groupe est de i"' 68.

(2} Cette sculpture semble du début du xviii' siècle. Sa plus grande largeur est de 1'" 60.

(3) V. une note de Dusevel sur l'église de Contre, à la page 167 de la « Bibliothècpie historique, raonuinentale, ecclésiastique et littéraire de la Picardie et de l’Artois », publiée par L. Roger, Amiens, Duval et Herment 1844. iti-S”.

(4) V. Ancien pouillé du diocèse d'Amiens, .Ms. à la bibliothèque des Antiquaires de Picardie.

(5) D’après le D'’ Goze l’entretien du chœur aurait été à la charge de l'abbaye cistercienne du Beaupré en Beauvoisis. V. Ms. à la bib. conim. d'Amiens.

Le Château d'Esserteaux d'après un ancien dessin (i).

ESSERTEAUX

L'KGLISl-: KT LK CHA'J’EAU

On aurait pu négliger d'introduire en ce recueil une notice sur rÉHisi

d Icssc^rteaux, si I histoire de ce monument ne se trouvait intimement liée à cell. du Chateau, dont il va bientôt être question. En elfct, le même architecte dirige; ces deu.x constructions, qui furent élevées aux frais du même seigneur et presum Simultanément. i

Henri (jabriel de Ifery (2), marquis d'Esserteaux, choisit, pour ériger It sanctuaire et I habitation qu'il désirait édifier, M. Sénéchal, architecte de l'abbaye

e Coibie |.î). lour I Eglise, cet artiste adopta un plan, en forme de croix latine compose d une nef avec collatéraux, d'un transept, dont les bras peu saillant" présentent deux hémicycles utilisés comme chapelles, et d'un sanctuaire semblable l oute la construction est en pierre. La tour carrée du clocher s'élève ' sur le cote de la façade principale, à l'extrémité du collatéral, à gauche du spectateur (4) I.e style choisi par Sénéchal est celui qui avait la faveur du public, vers la lin du xMii siecle, pour les édifices religieux; style essentiellement correct et froid comportant 1 emploi de grandes consoles enroulées en volutes, pour étayer le.s pignons des façades. Ces inévitables ornements ne manquent point à Esserteaux - I s^ .soutiennent un fronton, jadis orné de deux écussons supportés par des ciimeres. Ces sculptures ont été détruites, en partie, pendant la Révolution

Nous ne nous attarderons pas à décrire l'extérieur de l'édifice, mais avant

den franchir le seuil, il nous parait bon de reproduire l'inscription gravée au-

dessus du portail principal, car ces lignes résument toute l'histoire du monument en nous donnant à la fois le nom de son fondateur, celui de l'Évêque d’Amiens^

(1) Lorijïinal appartient â Madame la comtesse de Belloy-Dromesnil. à Hesdin (Pas-de-Caiais)

(2) On trouve ce nom écrit indilïéremment de Berry ou de Bcry.

(,î) V. Goze, M. S. à la Bibliothèque Communale d’Amiens. — Sénéchal était natif de Corbic

(4) Une tourelle cylindrique, contenant un escalier, s’appuie contre le clocher. Au-dessus d’une des ouvertures qui Uclairent, on voit un écusson de la famille de Bcry, avec la date de i;6g.

Louis-Françdis-Gabricl d'Orléans de La Mothe, qui le consacra sous le vocable de Jacques le Majeur, plus l'année et meme le jour de cette dédicace.

Voici ce texte :

IIoc templum pietate et, mimifîcentia Tlenrici Gabrielis de Herry ]\Iarchionis D’Lsserteaux hujus loci dynastœ Constructum in honorem S. Jacobi Consecravit Lud. Fr. Gab. ep. Amb.

Die dominica Va Xovembris Anno incarnationis D. MDCCLXIX

Intérieurement l'Eglise d'Esserteaux conserve plusieurs épitaphes qui pourront devenir intéressantes avec le temps. Nous les reproduisons en supprimant toutefois les phrases élogicuses qui les complètent. La plus ancienne par ordre de dates est conçue en ces termes :

Ic}’- repose parmy ses ancestre.s ]\Iessire Marc Pldlippe de Berry Chevalier, Seigneur d’Essertaux,

Oremaux, 'Freux. Buire, Ville, Darnancourt,

Bussu. Villers S' Paul, Villecourt et autres lieux Issu d'une ancienne et noble famille d'Artois, il en a soùtenu L’éclat par une valeur digne de sa naissance, dont il a donné des marques Dans la profession des armes

Qu'il a porté {sic) peuplant plusieurs années avec honneur et distinction, etc.

Il mourut le 8 Octobre 1702. âgé de 68 ans.

Cette épitaphe exige quelques commentaires :

L'inscription, dont on vient de lire le texte, a certainement été rapportée dans l’église actuelle, bâtie en 1769, de celle qui l’avait précédée. Cette dernière datait de i6S3. IQIe avait été construite avec le produit des biens confisqués aux Communautés protestantes d'Oisemont et de Poircativille (1). Cet édifice s élevait, dit-on, à l'endroit où se trouvent aujourd'hui les basses-cours du Château construit par Henri-Gabriel de Berv. Il gênait ce seigneur pour bâtir ses communs projetés, ce qui explique et sa suppression et sa rééditication à 1 endroit où nous le voyons aujourd'hui. Ajoutons que l'église de i685 succédait elle-même à une construction plus ancienne, sur laquelle nous n'avons aucune notion, mais d où. provient, \Taisemblablement, la belle pierre tombale, datée de i522. dont il sera question bientôt.

Nous ^■oulons encore appeler l'attention sur un détail tourni par 1 épitaphe de Marc Philippe de Bery, car sa famille y est désignée comme originaire d'.\rtois. Or, nous la croyons tout à fait .Amiénoise. 'bel était l'avis de Villers - Iboussevillc (2), et nos recherches personnelles ruais ont confirmé dans cette opinion (3).

il) V. Rnssier, Histoire des Protestants de Picardie, etc. Amiens, Lemer i86e, i vol. in-8". p. 23,3

(2) V- Grand .Nobiliaire de Pic.'irdie. par bitrnon et Hcrnagc, art. Uery.

<3) Un de Berv, .Raoul], parait, à Amienr;, dès la fin du .xtv" .siècle. (V. Janvier ; Livre d'or de la Municipalité Ainicnoise.) Deu-S membres de cette famille, Mille et Guillaume, furent maïeurs de la même ville, l’un 8 fois, de 1.117 ;\ i-î3'i : l’autre, b fois, de upi à 1470.

La famille de lî>n-v d■L^sc^tl■au.\ est aujourd’hui éteinte.

l’.niin, il nous laut encore mentionner une légende relalive au même seigneur d hsserteaux : la légende de Martin et de Jacqueline (i),

Jacqueline, dit Ja tradition, aurait été la nourrice de L.ouis Xl\ : elle aurait

épousé Martin, un paysan d’PJsserteaux, qui fut créé marquis et reçut en cadeau la seigneurie de son village natal. Or., le Martin dont il s'agit ici, ne peut être que Marc Idnlippe de Bery. Ses ancêtres possédaient, depuis longtemps, la

seigneurie d Esserteaux, lorsqu'il épousa « en la présence et par l'avis de sa Majesté » (2), Madeleine AnceÜn, femme de chambre de la Reine et fille d b.tiennc Ancelin, écuyer, et de Rerrette du Four. Cette dernière avait effectivement été la nourrice de Louis XIV et la dame de Bery se trouvait être, par conséquent la sœur de lait du Roi (3). Cette alliance n’avait rien d’anormal, et en fait on doit ici écarter 1 idée d'une de ces élévations subites comme on en lit dans les contes orientaux. Quant à la terre d Esserteaux, elle fut érigée en marquisat seulement au mois de mars lybq, par lettres datées de Versailles, en faveur de Henri-

Gabriel de Bery (4).

Ajoutons que Marc Philippe de Bery consentit à une alliance, â laquelle

Louis XI\ semble s’être vivement intéressé, surtout pour se faire pardonner un duel qui sur les entrefaits, lui créait dit-on de nombreux ennuis.

Après cette longue digression, nous continuerons à énumérer les inscriptions, toutes plus ou moins ornées, que renferme l’église d'Esserteaux.

\ oici celle de son fondateur, qui construisit aussi le château :

Ci git

parmi ses ancêtres Henry Gabriel de Bery

Marquis d’Esserteaux Ancien cap"° de gendarmerie, me.stre de Camp de cav‘', ch®' de l’ordre royal et Militaire de S' Louis,

décédé le ii février 1791, en la 73® année de son âge, etc...

Et Claude Louis Gabriel de Bery

Marquis d'Esserteaux, son fils, * décédé le 9 avril 1822 dans la 74'' année de son âge, etc...

L épouse et la mère des précédents, tut ensevelie dans la même église. Son épitaphe est conçue en ces termes :

Cy git

haute et puissante Daine Anne IMarie Claude Berbier Dumetz. épouse de Henry Gabriel de Berry.

Marquis d’E.sserteaux. etc...

décédée le 16 novembre 1784 dans sa 66® année

ti) V. Prinjruez, Géographie hist.iriqiie ci statistique du département de la Somme, etc. .4rt. Hsserteaux.

{2) V. Grand Nobiliaire de Picardie, loc. cit.

13) V. Uaudiciuer de Jüancnurt, art. Berv.

(-•j) Archives de la Somme. B. 44. (1757-1700).

Non loin de cette plaque funéraire, est placée celle de Anne Marie Madeleine de Berry d’Bsserteaux, épouse de Charles François du Flocquet, comte de Reals, décédée le 2 juillet 1777, à 3ü ans et demie. Klle est enterrée auprès de sa fille Anne

l'.ssicRTKArx. Tombe de Jean de Bt-rv et de sa femme.

Fléonore lAilalie de Real Isic)^ épouse d'* Charles Marie le Clerc de Juigné (il, née le 12 février 1770, décédée le 14 juillet i8o3.

Fntin, cette série mortuaire se termine par un cénotaphe consacré à la mémoire de demtjiselle Anne Pauline l-davie de Berv d’Fssertcaux, décédée le

(il Cliirles Marie le Clerc de )ui<;né était le prdcli- parent du célébre^^ archevêque de I^aris, Antoine Eléonor Léon le Clerc do juiitné.

20 Octobre 1860, dans sa 74” année et inhumée dans le cimetière de la commune.

Nous avons réservé pour la fin, la plus intéressante de toutes les pierres tombales qu abrite 1 église d’Esserteaux. C'est une superbe et très artistique dalle funéraire rectangulaire. Elle est gravée au trait sur un calcaire jaunâtre. Voici 1 inscription gothique qui la horde de trois côtés :

Cp giset fc5 cop6 bc iioBfc peore JeÇa bc TSeep be Soiractcaiiy et bc l^cinrviffc (i), Ccpiicf tcpaisén fc jo' 3 |1 i'rciiiiii Ce martir 01 ecptcBrc £a A), XX33 et aiiptc? be fity [| baiiioiecffc 3ene be îSciiBapiic ca feme CaqCe tepaeen Ca Æ?. Jo . pcicj

©icii po' ciify. Il

Jean de Bery est représenté, sur sa pierre tombale, vêtu d'une houppelande fourrée. Ses chausses sont très collantes et les bouts de ses chaussures sont fort larges.

Il porte au côté une grande épée. Ses longs cheveux encadrent élégamment son visage et sa tête repose sur un coussin. Le costume de Jeanne de Rubempré se compose d'une robe à corsage décolleté et à larges manches. Elle est pourvue d'une chemisette. Un collier de perles entoure son cou, et à sa ceinture pend un chapelet terminé par un médaillon. Une simple coiffe recouvre sa tête, qui repose aussi sur un coussin.

Ces époux semblent placés sous deux arcades richement décorées dans le goût de la Renaissance (2). Du côté du seigneur d’Esserteaux, l'inscription qui régné sur le bord de la pierre est interrompue par un écu aux armes des de Bery : d'argent à la feuille de scie de sable, mise en fasce, les dents en haut, accompagnée de trois tetes de lévriers de meme, accollées de gueules et posées deux en chef , une en pointe, au lambel aussi de gueules en chef. Du côté de Jeanne de Rubempré, on voit un écusson losangé et parti: au i, comme ci-dessus; au a, d’argent à trois jumelles de gueules, qui est Rubempré (3).

Cette tombe provient d une des anciennes églises d'Esserteaux ; elle avait été replacée d abord dans le dallage du bras méridional du transept du monument actuellement existant et fut relevée et appliquée contre la muraille en i858.

Il est fort probable que Jean de Bery était le propre fils de Guillaume, plusieurs fois mayeur d’Amiens et mort en 1470. Lui-même fut maître du Puy en 1471. Il avait adopté, pour refrain de son chant royal, le vers que voici :

Au pélican forest solacieuse.

feon tableau était accroché contre un pilier du chœur de la cathédrale d’Amiens,

(1) Hamiicville, annexe du Chaussoy, canton d'Ailly-sur-Noye (V. de Bcauvillé : Doc. inéd. T. I. p. XV.).

(2) Larchitccto Wiganowsld reproduisit en lithographie, la pierre tombale de Jean de Bery. C’est d’après son œuvre qu a été exécutée le dessin que nous offrons.

tombale de Jean de Bery, dans le Rccusil de documents inédits, etc. par de Beauville, T. I. p. xv. et suiv. — Cette pierre fut donnée, en 1848, au Musée d’Amiens. Mais les habitants d Esserteaux s’opposèrent à son enlèvement. On assure que le tocsin fut même sonné au moment où on allait procéder à cette opération.

M. Breml, dans son étude sur les œuvres d’art de la Confrérie de Notre-Dame du Puv R,.rm-xnf-

■ . . oeaucoup plus, il serait donc mort à plus de 125 ans, ce qui est invraisemblable.

près du tombeau de l'Evcque de Halluyn. On y voyait ses armes, brisées d un lambel de gueules en chef (i) comme sur la tombe d Esserteaux.

Jean de Bery fut aussi l'auteur d'un recueil qui contient les œuvres poétiques produites par les confrères du Buy, pendant les années 1471 et 1472. Ce manuscrit est conservé à Montdidier, dans la bibliothèque de M. de Beauvillé. C est lui qui nous a transmis le très joli chant bachique de Pierre de Buyon :

« Buvons à la violette » (2).

Dès que la construction de l'église eût été terminée, Henri Gabriel de Ber) put songer à réaliser un projet qu'il nourrissait, paraît-il, depuis longtemps : celui de réédifier son château.

Le domaine d'Esserteaux appartenait de longue date à sa maison. 1) abord, il avait été possédé par des seigneurs dont le seul nom était celui du village même. Ceux-ci semblent s'être éteints au début du xiv“ siècle, et avoir fait place à une famille de Beauval (3), citée dans le Cartulaire du Gard comme propriétaire d'Esserteaux. Enfin, dès le début du xvU’ siècle, les de Bery sont en possession de la seigneurie (4) qu’ils devaient conserver jusqu'à la Révolution.

Un château y existait dès l'origine. Il était situé près de 1 ancienne église, sur remplacement des basses-cours de la nouvelle demeure seigneuriale ; des fossés, dont quelques vestiges subsistent encore, lui servaient de défense.

L'architecte Sénéchal fut chargé des travaux. Il conçut et exécuta une vaste construction dont le développement en façade, ne mesurait guère moins de soixante-dix mètres (5). Tout le gros œuvre était achevé en 17S6 (6).

Cette princière demeure ne devait guère subsister. A peine était-elle terminée que la Révolution éclatait, et bientôt le domaine d'Esserteaux était vendu comme bien national. Depuis il fît retour, pendant peu de temps, à son légitime propriétaire, mais celui-ci le revendit de son plein gré à un spéculateur qui entreprit immédiatement sa démolition. Bientôt il n'en serait plus resté le moindre vestige si en 1826, M. Marie Jacques Ernest de Guillebon n'était venu arrêter ce travail de destruction, en achetant à son tour ce qui subsistait de la demeure que ses descendants habitent encore aujourd'hui.

M. Breuil l’a confondu avec un de ses parents portant le même prénom que lui, car effectivement, en 1421, les fonctions de receveur des rentes de la ville étaient exercées, à Amiens, par un jean de Bery. (V. Livre d or de la Municipalité Amiénoise par A. Janvier.)

L’église d'Esserteaux possède un bel ornement brodé au xvii' siècle, probablement dans un couvent dUrsulines. Au point de vue ecclésiastique, Esserteaux dépendait, sous l'ancien régime, du doyenné de Conty. La présentation ù la cure appartenait au personnat du village et la collation à l’évèque d'Amiens. (V. Ancien pouillé du diocèse d’Amiens, M. S. à la Bibliothèque des Antiquaires de Picardie. V. aussi le Doyenné de Conty, par le père Daire.)

Cette église possédait des biens à Berny-sur-Xoyc, au lieu dit (t le bois brûlé ». Ils furent vendus au District le 12 août 1/93, République, avec ceux qu’elle possédait ailleurs.

(1) Epitapliier des Antiquaires de Picardie.

(2) V. Lecoq ; Le théâtre en Picardie.

{3) Jean de Beauval, écuver, seigneur d'Esserteaux, 5 août i.pc). (V. de Rosny, Recherches généalogiques, art. Beauval). — Beauval était un üef, à Fiers, près Esserteaux. (V. de Witasse, Dictionnaire de Géographie histoi tque du département de la Somme M. S. ù la Bibliothèque des Antiquaires de Picardie. V. encore de Rosny, Recherches généalogiques, V° Esserteaux, et Janvier, Livre d'or, p. 33 et p. 353, note 171.)

(4) La seigneurie d'Esserteaux relevait de la châtellenie de Bonneui! (Oise) mouvant du Roi, û cause de sa salle de Montdidier. (V. de Witasse, Dictionnaire de géographie historique du département de la Somme, M. S. il la Bibliotlièque des Antic[uaires de Picardie).

(5} Après la Révolution, la façade du château se trouva réduite à une trentaine de mètres.

(6) Le pavillon central du château a été conservé ; il porte encore, à sa partie supérieure du côté du parc, sous un trophée, la date de 178... Le quatrième chiffre, aujourd’hui effacé, se voyait encore dernièrement. On nous affirme que c’était un 6.

Du château d'Esserleaux, qui se composait primitivement d’un pavillon central deux etages, flanqués d'ailes avec retours en marteaux à un seul étage, et de batiments supplémentaires, simples rez-de-chaussées à toits mansardés, placés dans 1 alignement des ailes, (i) — la Révolution avait tout détruit, à l'exception du pavillon dont fl vient d'être parlé, et du rez-de-chaussée des ailes, jusqu’à la naissance de l'étage et des marteaux.

A part celle du pavillon, l’architecture de ce château était assez simple (2). Une balustrade qui l'entourait complètement au-dessus de la corniche, en faisait le principal ornement ; les fenêtres étaient rectangulaires. Une terrasse recouvre le pavillon.

Ce pavillon est, de beaucoup, la partie la plus remarquable de la construction tant par sa belle architecture, que par son aspect très imposant.

Du cote de la cour, son plan forme une saillie arrondie, dans laquelle s’ouvre la porte principale, entre des colonnes accouplées d’ordre ionique. Toutes les baies du rez-de-chaussée sont cintrées et accompagnées de riches ornements. Une corniche, à denticules, règne au-dessus. Plus haut, s’élève le premier etage,^ dont les fenêtres cintrées sont garnies de balustrades formant balcons. L architecte a employé l’ordre Corinthien, pour les chapiteaux des pilastres. Une seconde corniche semblable à la première, lui sert de couronnement. Elle est surmontée par un^deuxième étage placé en attique. Celui-ci est moins élevé que le precedent. Ses fenetres sont rectangulaires, mais aussi pourvues de balustrades. Les chapiteaux des pilastres qu’on y voit, sont d’ordre composite; ils soutiennent une troisième corniche, semblable elle-même aux deux précédentes. Sur celle-ci est posée la balustrade, qui fait le tour de la terrasse établie au-dessus du pavillon.

Cetm balustrade est interrompue, en son milieu, par un vaste cartouche, supporté par des chimères et sommé d’un couronne de marquis. (3)

Tout cet ensemble, qui se découpe fièrement sur le ciel, est réellement d’une grande ^ beauté de style. Le cartouche porte deux écussons : l’un, aux armes d Henri Gabriel de Bery ; l’autre, à celles de sa femme, Anne Marie Claude Berbier du Metz (4).

Des trophées d armes, placés sur des piédestaux à droite et à gauche du motif principal, complètent cette décoration (5). Du côté du jardin, la façade du pavillon central diffère peu de celle qui lui est opposée. Pourtant, le rez-dechaussee, au heu d etre orné de colonnes ioniques, possède des pilastres doriques engagés ; elles soutiennent une architrave à triglyphes.

Un très beau mascaron, forme la clef de la porte centrale. De ce côté, le cartouche armorié, qui surmonte l'autre façade, a aussi été remplacé par un fronton triangulaire portant, en son milieu, dans un médaillon, des initiales entrelacées.

(1) V. le dessin, en tête de celte notice. Nous ne parlerons pas de l'intérieur du château, qui ne conserve rien de ses dispositions primitives.

(2) La façade était tout en pierres du côté de la cour; en briques et pierres, du côté du jardin, à l'exception du pavillon central, entièrement construit en pierres de part et d’autre.

(3} Cette couronne n’existe plus actuellement.

(.^) La famille Berbier, originaire de Bourgogne, possédait les seigneuries du Metz, de Rosnay, de Rance, de Pernan, etc. et portait : d'a-^ur à trois colombes d'argcnl, 2 en chef, une en peinte. (V, Armorial des principales familles du Royaume, etc., par P. P. Dubuisson. Paris 1757, 2 vol, planches.). Anne Marie Claude était veuve, en premières noces, de François Joseph, marquis de Hautefort d’Ajac, mestre de camp. {Dict. Universel de la Noblesse de France, par de Courcelles.).

(5) La façade du pavillon mesure environ 10“ 50 de largeur.

— 3oo —

Comme toute belle résidence seigneuriale du xviii® siècle, le château d Esserteaux était jadis entouré d'un vaste parc, muni de tout ce qui à cette époque, constituait l’agrément d'un jardin. Il est réduit aujourd’hui à de plus modestes proportions et n'a conservé, de son ancienne magnilicence, que les ruines d un belvédère d'où l'on jouit d'une très jolie vue sur la vallée de la Selle, dans la direction du village de Wailly.

Ajoutons, en terminant, que dans la localité, la tradition veut que cette ruine soit un tombeau : celui d’un cerf apprivoisé, cher à Henri Gabriel de Bery, pircmier marquis d'Esserteaux.

FRÉMONTIERS

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