RUINES DU CHATEAU
Dès le xii' siècle, le domaine de Monsures appartenait à une famille issue des puissants seigneurs de Conty. (3) Elle adopta bientôt le nom de la terre qui
(i) La faraille Le Clerc portait souvent dans ses armes une rose ou une molette d’or au lieu de la coquille ici indiquée. (V. M. S. de Pagés éd. par L. Douchel T. V. p. 228.) Depuis elle a changé les émaux et métaux de scs armes en en conservant le dessin. (V. de Rosny, Recherches généalogiques, art. Le Clerc.)
{2) V. Goze, (M. S. loc. cit.)
(3) En 683 déjà parait un seigneur de Monsures, du nom de Macloard. {V. H. Josse. Notice sur les communes de Vers et d'Hchecottrî, etc. Mém, in-8” dé la Société des Antiquaires de Picardie, t. XXXI, p. 23.)
Les renseignements sur la faraille de ce premier seigneur de Monsures sont extrêmement vagues et fort suspects.
formait son plus bel apanage. Vers le début du xv" siècle, cette seigneurie passa, par mariage, à la maison de Gourlay. Au siècle suivant, Jeanne de Gourla) apporta Aloirsures à la famille Tierslin, qui en fut propriétaire jusqu’en 1680, époque où une alliance entre Angélique 1 ierslin de Brosse et Antoine Aimé de Bourdin acquit le domaine aux descendants de ce dernier. D’autres mariages firent successivement passer la terre et le château objet de cette notice, a la famille de Chassepot, puis à celle de Couronnel, qui les possède encore aujourd hui.
Les ruines de Monsures se dressent au sommet d’une colline, contournée en partie par la rivière de Selle. Construites pendant la première moitié du xv siècle, elles sont situées à l’ouest du village et succèdent, selon toute vraisemblance, à une forteresse plus ancienne.
L’époque où fut démantelé le second château dont nous allons parcourir les débris est inconnue. 11 n'en reste actuellement que l’entrée principale, accompagnée de deux grosses tours avec une partie des fossés, (i)
Ici, nous nous faisons un plaisir de reproduire presque textuellement, 1 excellent mémoire rédigé par M. Rodent, membre de la Société des Antiquaires de Picardie, sur le monument qui nous occupe. (2)
« Le château de Monsures, dit l’auteur précité, est bâti en pierres du pays.
» Jadis, des tours cylindriques flanquaient ses angles. 11 avait la forme d un rectangle,
» mesurant environ 38 mètres de longueur et 22 mètres de largeur. La cour » circonscrite par les corps de logis, avait la forme d’une ellipse. Tout l’édifice » était entouré d’un large fossé de plus de cinq mètres de profondeur.
). La porte principale, qui existe encore, est en tiers-point (3). Une poterne, à » cintre surbaissé, l’accompagne à gauche (4). Surmontées d une corniche très » légère, formée d'un quart de rond, d un tilet et d un cavet, ces deux portes » sont séparées par un contre-fort étroit, dont la partie supérieure dépasse encore » la corniche de o^ho centimètres. Un pont-levis donnait accès à ces entrées que » des herses défendaient intérieurement. L’ouverture, que l’on remarque sous la » porte principale, est de création récente.
» Les deux tours d'angle de la façade mesurent chacune près de 18 mètres » de hauteur. A leur partie inférieure, elles sont construites en pierres très dures, » et présentent un fruit assez considérable. Chaque assise, d’une hauteur de o"'28 » centimètres est formée de pierres mesurant alternativement o“34 et o"’58 centimètres » de longueur.
« Au niveau du sol de la cour, ces tours ont un diamètre intérieur^ de^ 4”5o. » Leurs murs, percés de meurtrières, ne mesurent pas moins de t'^yo d épaisseur. » Elles renferment chacune une salle dont les voûtes en pierres sont decorees de » six arêtes convergentes. La tour de gauche, transformée en pigeonnier, est » surmontée aujourd'hui d’une toiture en ardoises ; celle de droite porte encore » quatre consoles destinées à soutenir des mâchicoulis. Elle sert actuellement de » fruitier.
» 11 résulte de fouilles faites autrefois, que la partie inférieure de la tour, 1) servant aujourd’hui de pigeonnier, est complètement remplie de terre. Dans 1 autre
(0 La porte parait placée très haut et, vue de l'extérieur, a presque l'aspect d'une fenêtre, parce que le terrain a été abaissée devant elle, jusqu'au niveau du fond du fossé.
121 Monsures et ses Seigneurs, par M. L. Hodent. M. S„ couronné par la Société des Antiquaires de
Picardie en 1887.
{3) Cette porte mesure 3“29 de hauteur sous clef et 2“3i de largeur.
(4) La poterne a 0“/! centimètres de largeur, sur 2“io de hauteur.
» se trouve, au-dessous du rez-de-chaussée, une espèce de cave circulaire, d'une » profondeur de 4"'5o, voûtée en calotte. On ne pouvait y descendre que par une » ouverture arrondie percée à la partie supérieure de cette voûte. Au centre de » la cave se trouve un puits dont la bouche, recouverte d'une dalle épaisse, » correspond à l'ouverture déjà signalée. Ce souterrain, qui ne recevait autrefois » 1 air et la lumière que fiar le sommet de sa voûte, était pourvu d'un siège » d aisance fixé au mur. Maintenant cette pièce communique avec l'extérieur par » une poite pratiquée, au début de ce siècle, dans les circonstances suivantes :
^ » Le marquis de Couronnel, propriétaire du château, avait un chien qu'il » aimait beaucoup. Cet animal tomba dans le souterrain et, personne n'osant aller » le chercher, la petite entrée qui existe aujourd'hui dans la tour fut percée pour » délivrer le prisonnier (i).
« Au rez-de-chaussée (2), deux couloirs parallèles existent entre les tours. Le
» plus large, celui qui livrait passage aux cavaliers et aux voitures, est bordé de
» murs assez bien conservés ; c’était l'entrée principale. On y voit encore les
» gonds de deux portes intérieures. Dans l'épaisseur de la paroi de droite, se
« trouve une sorte de niche garnie d'un banc, sur lequel s’asseyait le gardien des » portes.
« Derricie les tours se trouve une butte à peu près circulaire, construite en ». terre et entourée d’un fossé.
» 1 ar ce qui reste des murailles, nous avons constaté que leur épaisseur dépassait » deux mètres et que les deux ailes du château étaient décorées d’arcades feintes » au rez-de-chaussée.
» Lors des fouilles exécutées par AL de Couronnel, on a mis complètement » à nu le pavé et tous les seuils des portes du rez-de-chaussée et on a constaté » que ce pavé, ne portant aucune trace d'usure, était encore tout neuf. Ce détail » fait supposer que le château de Monsures fut détruit peu après sa construction. B On aperçoit encore aujourd hui, sur les murailles, des traces d’incendie et si l'on
0 creuse le sol, on y découvre beaucoup de bois en partie carbonisé.
» Extérieurement, près des meurtrières, les murs des tours sont criblés d’em- » preintes de balles ; on y voit même quelques traces de boulets. Il parait donc » certain que ce chateau a soutenu un siège, à la suite duquel les assiégeants » victorieux 1 ont brûlé et détruit presque entièrement. Une végétation luxuriante » pousse maintenant dans les crevasses des murailles disjointes, ce qui donne aux » ruines un aspect très pittoresque. »
On remarque, au milieu des débris qui jonchent le sol de la forteresse, un bloc de pierre, sculpté sur ses deux faces. D’un côté, il porte l’écusson d’un puîné de la Maison de Lameth et de 1 autre, le blason parti des armes de ce seigneur et de celles de sa femme.
Il est assez difficile d'expliquer la présence à Monsures, de cette sculpture qui paraît dater seulement du xvii" siècle. {3}
(1) Communication de M. de Couronnel.
(2) Il s agit du rez-de-chaussée ancien, avant que les abords du château n’aient été abaissés. Ce rez-dechaussee est marqué par le seuil de l’entrée principale, actuellement placée â une certaine hauteur au milieu de la façade extérieure du château.
{3) Une branche de la Maison de Lameth hérita des de Monsures, seigneurs de Montonvillers. Ceux-ci, qui étaient des puines, paraissent pourtant avoir conservé des biens dans la localité dont ils tiraient leur nom.
L’un des écussons porte : « écartelé, aux i et 4, de . à la bande de . brisée en chef d’une étoile de
et accompagnée de six croix recroisetées au pied fiche de . mises en orle, qui est Lameth ; aux 2 et 3 de .
à trois maillets de . qui est de Hénencourt. j>