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LA VILLE

Nous avons décrit la ville de Picquigny au point de vue militaire dès ;le commencement de cette étude, il nous reste à en parcourir les rues pour jeter un coup d'œil sur les maisons curieuses qui les bordaient et dont la plupart ne nous sont connues que par les dessins de Ad. Duthoit. La petite cité a joui d'une certaine splendeur. Dans la deu.xième moitié du xiii' siècle elle était déjà dotée d'institutions municipales et administrée par un ma'teur et six échevins élus annuellement! L Hôtel-de-Ville, centre de la vie communale, reconstruit au xvi' siècle, a disparu depuis peu. Ses fenêtres à meneaux en croix et ses pignons à rampants en gradins lui donnaient un aspect des plus pittoresques (voir p. 353), surtout quand il possédait son beffroi dont la base existait encore au moment où Aî. Darsy écrivait son étude sur Picquigny et scs Seigneurs. Par derrière, une tour hexagone s’élevant au coin de l’édifice renfermait l'escalier conduisant aux étages supérieurs pourvus de charpentes en chêne à solives apparentes. 11 était devenu une propriété particulière (i) depuis l’installation de la mairie dans une bâtisse moderne en tSSa.

Les pignons à gradins de plusieurs autres maisons, dont quelques-unes encore debout n'ott'rent que cette particularité, se dressaient perpendiculairement à la rue et formaient une perspective curieuse que nous a conservée le crayon de Duthoit dans la vue placée ci-dessus.

(i) Le plan de la construction se trouve dans les archives de la Société des Antiquaires de Picardie.

Des poutres voient sur deux

extérieures supportant un premier étage en encorbellement se ou trois constructions d'ailleurs défigurées. Les plus curieuses

Ancien Hôtel de Ville de Picquigny. — Façade extérieure.

Ancien Hôtel de Ville de Picquigny. — Façade postérieure.

ornent celle qui fait le coin de la rue du Pont et de la Grande-Rue et dont le rez-de-chaussée doit remonter au xv' ou xvi' siècle. Elles représentent au milieu d'arabesques Renaissance l'écusson des d’Ailly et dans le cartouche central d'une

autie parue un peut personnage dont le geste indécent rappelle toute la licence e cette epoque. Les statuettes autrefois placées sur quelques-unes des façades ont disparu. L’architecture civile du xv,' siècle avait dû imprimer son caraclère à la ville mute entière, les incendies (i) qui la dévastèrent à la fin du xv' siècle et

peut-etre au xvi' siècle n’ayant guère sans doute laissé subsister d’édifices des siècles anteneu rs.

Poutre sculptée d’une maison de la Rue du Pont.

^ En exp orant les archives, M. )5arsy a pu noter quelques noms de rues intere,ssants ; la rue des 7’elliers en i366, du Vieil Moulin en i368, du Guindal en i5ii;^ les deux dernières figurent encore sur le plan du xviii' siècle déposé aux archives départementales dont nous avons parlé plus haut. Le Guindal, sorte de cabestan employé à remonter les bateaux malgré la violence du courant en cet endroit de la rivière, était situé au fond du coude quelle forme avant le pont.

Deux rues portaient le nom de Cul-de-sac, sans doute parce qu’elles aboutissaient aux foruficattons sur des points où aucune porte n'y livrait passage.

A 1 entree de la rue des Chanoines conduisant de la grande rue à la porte d’Amiens et où descendait l’escalier venant de la collégiale on voit encore une table de maçonnerie rectangulaire et massive ressemblant à un piédestal. Elle servait de reposoir aux reliques du chapitre pendant la procession du jour de la Irinite. D après la tradition elle remplaçait une pierre sur laquelle saint Firmin monta pour^ prêcher la religion chrétienne (2). Le tenancier d’un franc fief sis à Picquigny, était chargé de la faire repeindre à ses frais la veille de la Trinité, et d y placer le jour même de la cérémonie deux douzaines de belles verges pelées que les chevaliers, assistant à la procession pouvaient prendre si bon leur semblait (3).

A 1 extremite de la ville, vers le Gard, s’élevait l’Hôtel-Dieu et sa chapelle reconstruite a neuf en iSyd (4) et ne gardant plus de son passé qu’un seul souvenir, une belle statue de saint Nicolas Des puits, une halle, un carcan complétaient 1 ensemble des établissements nécessaires aux habitants de Picquigny. Ils sont marqués sut notie plan généial d après le plan du xwib siècle déjà mentionné.

(I) Daire parle d’un incendie allumé en 1554 par les Bourguig-nons.

I2I l.^aire. Doyenné de Picquigny, p. 18.

(31 Bouthors. T. I., p. 216. Daire applique cette redevance à la pierre de saint Firmin, d’ailleurs avec beaucoup de vraisemblance. ^

{4) Plan de la reconstruction dans les archives de la Société des Antiquaires de Picardie.

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