CLOCHERS DE LA CHAUSSÉE, BOURDON ET BOUCHON
Dans la vallée de la Somme un certain nombre d'églises possèdent des clochers qu un coup d ceil superticiel porterait à attribuer à la période gothique. Une pyramide de pierre, octogonale, assez élevée, garnie sur chacune de ses arêtes de crochets, lappelle la silhouette générale des belles flèches prodiguées par le xui" siècle au-dessus d édifices que les ravages du temps en ont privés presque partout ; mais la manière disgracieuse dont elles sont posées sur la large plate-forme d’une tour cariée, au plan de laquelle aucune transition n'en relie la base, et la présence de partie.s inspirées par la vogue du style grec au xviiL siècle sufliraient, à défaut de la date parfois inscrite sur les parois du clocher, pour restituer à cette basse époque une disposition d un si fâcheux eftet. Nous la retrouvons dans notre canton à La Chaussée, Bourdon et Bouchon, dans les cantons voisins à Fontaine, Coquerel, Moyenneville et Gapennes. Elle existait encore à l.ongpré-les-Corps-Saints (i) et à Beauval (2).
La similitude que présentent ces diverses constructions nous engage à étuJier ensemble celles qui appartiennent à la circonscription que nous parcourons en ce moment; elle nous permet de leur donner sans témérité le même âge. Cette conclusion est surtout légitime pour les deux flèches de La Chaussée et de Bourdon, tellement pareilles qu’à première vue on croit trouver dans les planches qui les représentent la reproduction d'un seul monument vu de deux côtés différents ; et si Goze nous apprend que la seconde a été rebâtie au commencement de notre siècle par M. Marest, architecte d'Amiens, il faut souscrire à l’éloge qu'il lui adresse de lavoir fait avec habileté et économie, car il dû respecter complètement les
(1) D’anciennes photographies l'attestent.
(2) Voir ce clocher reproduit dans les Mémoires in-S de la Société des Antiquaires de Picardie, ï. XXXI, p. 378, d'après une photographie que j'en ai faite.
formes de la flèche remplacée (i). Un effet, le clocher de La Chaussée constiuit en 1739. si nous en croyons la date inscrite sur sa face antérieure, de^■ait être la copie exacte de celui de Bourdon daté de 1719 ttt dont 1 aspect avait sans doute
séduit les habitants de la première localité. Les deux clochers de hontaine et de
Bouchon que leur structure générale classe dans la même famille que les
précédents, nous montrent entre eux un autre exemple d'un tel plagiat jusque dans les moindres détails. Il se retrouve presqu'au même degré dans celui de Coquerel. Une richesse d’ornements plus grande le dissimule un peu dans la flèche de Moyenneville.
Les clochers de La Chaussée et de Bourdon se composent d’une grosse tour carrée
à quatre étages garnie sur ses angles de contreforts prolongeant ses faces. Chaque étage est accusé par un larmier en talus des plus simples et un escalier placé dans une tourelle extérieure au nord-est conduit jusqu'au haut. Dans la
façade ouest s’ouvre un portail d ordre toscan surmonté d’une niche de même style et offrant la même disposition dans les deux édifices. De chaque ctjté de cette niche un médaillon contient deux des chiffres composant la date de la construction ou de la restauration de la tour, dont aucun caractère ne révèle 1 âge sinon peut-être les ouïes en plein cintre, dépourvues de tout ornement, livrant passage au son des cloches à travers les murs de l’étage supérieur et qui semblent bien appartenir au xvni' siècle.
La plate-forme est couronnée d une balustrade gothique au-dessus d’une corniche dont les coins sont munis de gargouilles en forme d animaux. Cette balustrade gothique avait été refaite récemment au moment ou écrivait Goze. 11 s’en explique pour celle de La Chaussée, mais il résulte des dessins qu’il a conservés des deux clochers, qu’ils possédaient une balustrade où la présence d’un rond gothique flamboyant, encadré entre un appui et des balustres d’angle couronnés de pots à leu d’ordre toscan, s’harmonisait avec le mélange de style que nous offre encore aujourd’hui la flèche. Ce mélange se remarquait aussi dans Clocher de Bourdon. la balustrade, aujourd’hui dis-
parue, qui couronnait la tour de
(i) Une note de M. Alcius Ledieu, au bas du texte de Goze, qu'il publiait dans son C.ibinct hutonque ip. znbb nous avertit que la flèche réparée en 1809 à la suite d’un ouragan fut refaite en 1836-1837. L'adjudication portait que toutes les pierres seraient numérotées avant d’être descendues afin de reproduire exactement 1 aspect de l’ancienne flèche.
l’ancienne église Saint-Jean-Baptiste de Picquigny ; elle datait de 1702 si l'on en croit la date ^ inscrite au-dessus de la porte de la tour et qui ne peut se rapporter qu a 1 addition au-dessus de l'édifice primitif de cette balustrade et du campanile.
La seule différence qui existe entre les balustrades de La Chaussée et de Bourdon, c'est que la première aurait porté dans un cartouche la date de 1732. Elles cachent à m.oitié une lanterne d’ordre toscan octogonale dont chaque angle possède un pilier carré saillant, sur 1 entablement duquel une console renversée reçoit l'extrémité inférieure d'une des grosses moulures rondes qui garnissent les arêtes de la flèche et vont se réunir sous une bague commune, couronnée d’une boule.
Des crochets nombreux, dont le premier représente une tête et les autres les volutes d’une feuille grossièrement sculptée, rompent la monotonie de la ligne ascendante. Les faces de la pyramide sont coupées de deux larmiers et ajourées d'ouvertures tréflées rondes, en cœur et rectangulaires, qui concourent au même effet.
D'après Goze, la tour de Bourdon aurait i5 m. de hauteur sur 5 m. 33 de large et la pyramide 3 m. 33 de large à sa base sur 5 m. de hauteur.
Une fenêtre amortie en arc brisé, recoupée en deux baies par un meneau, semble indiquer que la tour du clocher de Bouchon (p. 36i) est plus vénérable. Sa pyramide est assez svelte, mais une partie de sa légèreté lui a été enlevée par la chute de la pointe qui devait le terminer originairement. La lanterne interposée
, Clocher de La Chaussée.
entre la tour et la flèche ne semble être qu’un prolongement
de^ celle-ci, ses parois sont elles-mêmes inclinées mais avec plus de raideur. Les baies de la lanterne sont percées d’ouvertures rectangulaires divisées en quatre paities par des meneaux en croix. Sur les angles, des espèces de contreforts surmontés de pinacles reçoivent le bas des grosses baguettes de la pyramide. Leurs ciochets ainsi que de petites accolades en demi-relief sur les pans de celle-ci lui donnent un cachet assez archaïque.