BAS-RELIEF DU TOMBEAU DU CARDINAL HÉMART
CHAPElLLFS
Qi-iittons le collatéral du chœur, et passons dans l'aile méridionale composée de quatre travées précédant l'autel de saint Joseph, adossé au mur du fond. Dans ces travées, sous les fenêtres, le banc de pierre qui primitivement faisait le tour entier de la cathédrale, est resté intact et à découvert. Dans deux trilobés de l'arcature, au-dessus d'une porte aujourd'hui condamnée, et qui jadis donnait accès à la cour du Puits de l'fEuvre, sont deux tètes colossales, d'un médiocre travail, que la tradition dit être les portraits d'un jardinier et d'une jardinière, donateurs d'une partie du terrain sur lequel la cathédrale a été construite.
Pénétrons dans la travée voisine : là nous verrons dans une autre arcade un petit monument votif très intéressant et très curieux : c'est une sorte de gravure tracée avec beaucoup de soin sur une plaque de cuivre, encadrée de marbre noir ; l'évêque Jean Avantage est présenté à la Sainte-Vierge par l'Evangéliste, son patron, et au-dessous de la scène, fort bien agencée, est la transcription du texte d'une fondation faite par le prélat vers le milieu du xv" siècle, en faveur de la communauté des chapelains de de Notre-Dame (i).
l.es chapelains possédaient l'autel voisin, alors sous le vocable de Notre-Dame Anglctte^ et ils y acquittaient les obits et autres fondations à leur charge.
(i) Ce petit monument a été l’objet d'une intéressante notice descriptive due à la plume de M. G Durand, membre de la Société des Antiquaires de Picardie. Cette notice, accompagnée d’une gravure a été publiée dans le Bulletin archéologique, année 1889.
Au xviii' siècle, CO vieil autel lit place à celui que nous voyons actuellement : c'est une œuvre qui porte bien le caractère de l'époque. Le retable, fort élevé, se compose de deux colonnes torses .supportant une gloire en forme de baldaquin. Au-dessous, une niche occupe la partie du milieu; l'autel, les colonnes et le fond du retable sont en marbre ”ris de Flandre; la gloire, les chapiteaux, les bases et les ornements des colonnes, ainsi qu'un grand bas-relief placé sous la niche sont en plomb doré ( i). Celte niche contenait primitivement la statue de saint Charles Borromée, que nous voyons aujourd'hui sur le perron du chœur; c'est vers iSdy, croyons-nous, qu'elle a cédé sa place à saint .loseph, sous l'invocation duquel la chapelle est placée depuis cette époque. Deux statues assises des évangélistes saint Luc et saint .Jean font pendant de chaque côté du fronton.
L autel de saint Joseph est affecté à la célébration des services mortuaires et olFiccs paroissiaux de petite solennité : c'est pourquoi il est précédé de quelques stalles qui lorment une sorte de clueiir occupant une des travées de la chapelle (2).
f,n continuant d avancer dans le bas-côté qui contourne le sanctuaire, on passe devant les sept chapelles correspondant aux sept pans du rond-p(unt, et auxquelles leur emplacement fait donner le nom de chapelles absidales. Nous avons admiré à 1 extérieur 1 élégance de leur construction : l'aspect intérieur n'est pas moins gracieux. A 1 exception de celle du centre placée dans 1 axe de l'église, et qui est plus grande que les autres, le plan de chacune de ces chapelles représente cinq côtés d'un octogone régulier : chaque coté contient, au-dessus d'un soubassement décoré d'un banc de pierre surmonté d'une arcature en tiers-point à redents trilobés. a\'ec trèlles renversés dans les petits tympans compris entre les ogives, une fenêtre très haute et relativement étroite. Deux de ces fenêtres sont simplement figurées sur les murs de refend : elles sont semblables à celles qui sont ajourées et apparentes au dehors, et dont nous avons déjà signalé 1 agencement. Les voûtes reposent sur des faisceaux de colonnes engagées. La hauteur des sept chapelles est la même que celle du bas-côté sur lequel elles s ouvrent très largement. <f Rien, dit un juge compétent, rien dans toute la cathédrale, n est mieux ti'aité que cette partie qui en est comme le diadème, et qui remonte aux premières années de la construction. »
La première chapelle que nous rencontrons après avoir quitté celle de saint .loseph, a été jadis successivement désignée sous plusieurs vocables; elle était en dernier heu dédiée a saint Idoy : mais depuis 1 enlè\’ement des boiseries du xviiF siècle qui I ccoLUTaient les murs, rien ne rappelle plus ici le soin'cnir du saint é\'èque de Noyon. ()uelque.s-uns des panneaux- de la ^■errière du fond, incomplets et mutilés, retracent plusieurs épisodes des légendes des anciens titulaires de la chapelle.
Quelque fût d ailleurs le mérite des boiseries et du bas-relief, œuvre de ô'imeu, qui décorait 1 autel, et représentait le pontife porté sur des nuages au-dessus de la cathédrale de Noyon. on doit applaudir a leur enlèvement : il a rendu à la lumière des peintures murales dune haute valeur. Ces peintures datent du commencement du x\ [ siècle; elles remplissent le fond des arcades ogivales du soubassement. Sur deux des c(ués de la chapelle, nous voyons, dans huit arcades, autant de figures de sybilles, a\ec leuis noms auprès d elles : Agrippa, Lybica, Europea, Pcrsica, Frigia, Erithrea^
(1) Cl' bas-rclu'f actUfliiMiient nuisqUL- par le tabcviificlc, représente .Moïse et les Israélites recueillant la manne dans le désert; cest une œuvre, non dépiuirvue de mérite, du sculpteur aniiénois Dupuis.
(2) Ces stalles, au nombre di- di.': sur cliaciine des deu.K ran.eées, n'ont rien de remaniuublc : elles paraissent dater de la fin du xviir siècle, et proviennent, croyons-nous, do l'ancienne ék,dise Saint-Michel; après la Révolution, elles avaient été pl.icées dans la chapelle absidale dite Pciitc l'^iroisse \ ce fut lors de la restauration de cette dernière chapelle quon les transpoiUi dans la chapelle Saint-Jose[/h.
Cumana. Tiburtiua; cette dernière accompagne l'empereur Auguste agenouillé, et lui montre dans le lointain la Vierge et l'Enfant-Jésus. Le texte latin de leurs prédictions est peint sur un lambcl qu'elles ont à la main, ou qui contourne leur tète. Sous les pieds de chacune, est la traduction en rimes françaises de ces prophéties.
G est encore au doyen Adrien de Hénencourt que l'on doit d'avoir fait peindre ces figures. Le généreux chanoine est représenté deux fois dans les arcades opposées aux Sybilles; on voit aussi de ce côté quelques ornements d'église et objets religieux simulés en peinture. Tout cela a beaucoup souffert de l'humidité causée par un long enfouissement sous les boiseries (i).
Au fond de la chapelle Saint-Éloy est une fort belle porte qui donnait autrefois accès dans le cloître des xMachabées, et sert actuellement d'entrée à la sacristie : la porte occupant tout un panneau du soubassement, l'autel est adossé au mur oriental, (.et autel moderne est en pierre, de petite dimension, et d'un style gothique par trop sévère.
Dans une des lancettes de la fenêtre feinte qui lui fait face, une simple plaque de marbre porte gravée l'épitaphe du bon chanoine Adrien de la Morlière, le naïf auteur des Antiquité- de la Ville d’Amiens, mort en 1639.
L.a chapelle voisine, dédiée à saint François-d'Assise ne nous retiendra guère : les murailles sont plaquées de boiseries de style Louis X\'I fort belles, sans doute, dans leur genre, mais qui ont le grave inconvénient de masquer l'arcature; elles ont été données par le chanoine Cornet de Coupel. Le figure en demi-relief de saint François, sculptée dans un cadre entre deux colonnes corinthiennes supportant un fronton, au-dessus de l'autel, est une œuvre du sculpteur amiénois \'imcu. On remarque contre 1 un des murs de refend une assez bonne copie de la Madone du peuple., du Baroche, dont l'original est à Florence.
La grille de clôture, de même style que les boiseries, est loin d'égaler en mérite les grilles du chœur et celles des chapelles de la nef. Il y a encore aux fenêtres quelques débris de vitraux du xuF siècle; ceux du milieu soiïî les plus importants.
Dans toute la travée du bas-côté, au-devant de la chapelle, chacun des carreaux blancs du dallage est traversé en diagonale par deux lignes qui se croisent au centre : on a voulu, dit-on, rappeler par cette disposition singulière une rixe accompagnée d effusion de sang qui eut lieu en cet endroit, le 8 décembre i56i, entre des catholiques et une troupe de huguenots qui avaient envahi la Cathédrale.
Nous allons voir maintenant trois chapelles complètement restaurées à notre époque d'après le système décoratif en usage au xiiF siècle : murailles, voûtes et piliers sont entièrement couverts d'une décoration polychrôme rehaussée de dorures, et toutes les fenêtres sont garnies de verrières coloriées.
A côté de la chapelle Saint-François est la chapelle du Sacré-Cœur, autrefois dédiée à l'apôtre saint Jacques, patron des épiciers, qui célébraient à son autel la fête de leur corporation. Le vocable du Sacré-Cœur a été imposé à la suite d’un ^•œu solennel prononcé par Monseigneur Boudinet au nom de la ville, pendant l'épidémie cholérique qui désolait Amiens en 1866. La décoration, fort riche, est due à la pieuse libéralité des fidèles de la ville épiscopale et du diocèse. C'est l’architecte Viollet-le-Duc qui conçut et dirigea toute l'ornementation de cette chapelle, ainsi que celle de la Petite-Paroisse et de la chapelle de Sainte-Theudosie.
L'autel est en bronze doré : deux bas-reliefs de même métal représentant l'un,
(i) Les SybiJles, peintures murales de ta Cathédrale d'Amiens, par MM. les abbés Jourdain et Duval, Mèjnoircs de la Société des Antiquaires de Picardie, tome VIII, p. 275 et suiv.
saint Jean rKvangélistc reposant pendant la Cène sur le cœur du Seigneur, 1 autre l'apparition de Jésus à la Bienheureuse Marguerite-Marie, ornent le retable. Au sommet, deux anges agenouillés soutiennent le socle d'une statue du Sauveur montrant aux fidèles son Cœur Sacré, et les invitant à \’enir Thonorer. Deux grands candélabres, également en bronxe doré, se font pendant et sont placés un peu en avant des degrés de l'autel. Les peintures murales de l'arcature représentent la Sainte-Vierge et saint Joseph, ainsi que d'autres saints et saintes qui se sont particulièrement distingués par leur amour pour Jésus-Christ. Ces peintures, d'un caractère très religieux, sont dues à un artiste de Paris, .M. .Maillot (i).
Le vitrail central, qui est moderne, rappelle l'épidémie cholérique de i86(5. le vœu de Monseigneur Boudinct, et la fondation à Amiens de la Société des Dames du Sacré-Cœur par la Vénérable Madeleine-Sophie Barat, au commencement du XIX" siècle. Le vitre de gauche était jadis au fond de la chapelle ; elle date du xnP siècle, et retrace la légende de saint Jacques. A droite, les vitraux sont de la même époque, mais ils proviennent de la chapelle de saint Jean-Baptiste, de l'autre côté du rond-point : l'une des deux lancettes contient la vie de saint Jean, l'autre celle de saint Georges : les sujets sont disposés comme sur toutes les autres vitres des chapelles du pourtmir du chœur, c'est-à-dire dans des médaillons, la plupart en torme de trèfles superposés. Cette translation du vitrail est regrettable à plus d'un point de vue ; on a été forcé de la faire pour économiser le prix d'une verrière.
La grille de clôture, en fer forgé, complètement dorée, est aussi de stvle moyen âge. Devant les degrés de l'autel, sous une grande dalle, repose le corps de Monseigneur Boudinct, évêque d'Amiens, mort le i"*' avril 1S7J. L'elligie en pied du prélat, revêtu de scs habits épiscopaux, est gravée sur la pierre avec beaucoup de soin.
La chapelle centrale, communément désignée sous le nom de Petite Paroisse, parce que durant longtemps on y célébra les services mortuaires des paroissiens de Notre-Dame, ainsi que les messes basses et les saints de semaine, est dédiée à la Sainte- \ ierge. Llle est beaucoup plus profonde que les .six autres: trois travées précédent son abside à trois pans. Larcature du soubassement était naguère cachée par des stalles et des boiseries sans valeur artistique, et faute!, de mauvais goût, n'a^■ait d'autre mérite que d être surmonté d un beau groupe de l'Assomption, œuvre de Blasset, encadrée assez maladi'oitement dans le retable, l.a restauration complète, en style du moyen âge, entreprise en i(S53, n’a été terminée qu'en 1862. Les murailles, dépouillées de leur placage, sont peintes, ainsi que les voûtes; dans les deux travées avoisinant 1 autel, du coté de 1 f.vangile. on a restauré en les remettant au jour, deux tombeaux eni:lavés dans le mur; le premier en entrant est celui du chanoine 'l'homas de .Savoie, mort en i33â; le second a été élevé à la mémoire de l'évêque Simon de (joucans, mort en i325. Les dispositions de ces monuments funèbres sont identiques : niche protonde en ogi\'e dentelée de lletirons. abritant, l'une la statue couchée du chanoine, 1 autre celle de 1 évêque, .-\u-dessus de chaque niche, gable avec rosace dans le tympan, clochetons et pinacles; soubassements composés d'une série de niches encadrant des figurines de chanoines et de moines pleurant.
L autel, en pierre, élevé sur trois degrés, a été donné par la municipalité d’Amiens.
(i) Les personnages agiircs dans l'arcature s.mt : i" du côté de l'E\’angile (en partant de rautel). saint Pierre; saint Jean l’Evangéliste; saint Jean-Baptiste (s.,n chef nimbé posé sur un plat, .supporté par une colonnctte au-cle.ssus de l'armoire); .saint Firniin: saint Bernard; saint D..tnini.iue ; saint François de Sales; la Bienheureuse Marguerite-Marie. — Du côté de l'Epitre : saint Paul; sainte Marie- Madeleine ; saint .Vugustin: saint François d'.Xssise; saint Ignace: sainte Thérèse; le nombre des figures c.st moindre de ce coté à cause des deux arcades occupées par la piscine.
qui alloua à cet effet une somme de 25,ooo francs. La table est supportée par quatre colonnettes isolées ; le retable est composé de six panneaux sculptés en bas-relief, et représentant dilférentes scènes se rapportant à la naissance et à l'enfance du Sauveur. Le tabernacle est surmonté d'un édicule abritant la statue en cuivre doré de .Marie portant l'Lnfant-.lésus. Vn svelte clocheton s'élance au-dessus à une grande hauteur. A chacune des extrémités du retable, il y a des anges soutenant des candélabres ou couronnes de lumière. (Contre les quatre colonnettes de l'édicule, sont adossées d'autres statuettes d'anges thuriféraires de proportion un peu moindre.
Les trois verrières du fond sont anciennes, mais ont été restaurées en même temps que la chapelle. Au centre, les peintures représentent les événements où la vie de Marie se mêle à la vie et à la passion de Jésus. A droite est un arbre de Jessé chargé des images des rois, ancêtres de la X'ierge ; à gauche, un certain nombre de scènes, tirées des actes des apôtres. Les vitraux des autres fenêtres sont des grisailles.
Une grille de fer, d'un dessin un peu maigre, ferme l'entrée.
Vis à vis de cette chapelle, dans l'arcade centrale du rond-point du sanctuaire, est un mausolée qui attire beaucoup l'attention des visiteurs, à cause de la statue si connue sous le nom d'enfant pleureur. Le mérite de ce morceau de sculpture, sorti du ciseau du sculpteur amiénois Hlasset, a été vanté par tous les auteurs de descriptions de la cathédrale : il est Incontestable, au dire des artistes, bien que par suite d une passion trop exclusive pour les œuvres du moyen âge, certains archéologues de notre époque aient essayé de le rabaisser. (>e génie ailé, le coude appuyé sur une tête de mort, l'autre main reposant sur un sablier, paraît verser des larmes amères sur la tombe d'un grand bienfaiteur de l'enfance pauvre et délaissée, le chanoine Guillain Lucas, mort en 1628; cet ecclésiastique est représenté agenouillé, revêtu de ses habits de chœur, à côté d'une statue de la Vierge; l'enfant pleureur est posé entre les deux ligures, et le tout est placé sous une grande arcade d'une assez belle architecture.
Dans le bas se trouve un autre tc^mbeau : il a été élevé au xiiO' siècle, en l'honneur de 1 évêque Arnoul, sous 1 épiscopat duquel les travaux de la cathédrale approchèrent de leur achèvement ; c'est du moins ce que disent plusieurs chroniqueurs. Mais le tombeau a été plus tard singulièrement modilié, et il n'en subsiste plus que le socle primitif. A la statue d Arnoul on substitua, au xviii^' siècle, l'elfigie en marbre blanc, d un fort beau travail, du cardinal Jean de la (îrange, que l'on tira du mausolée de ce grand personnage, lorsque I établissement des grilles du sanctuaire entraîna la démolition de tous les monuments qui occupaient les travées autour de l'autel.
Continuons la A'isitc des chapelles absidales. La plus voisine de la petite paroisse en tournant vers le nord, est la chapelle de sainte I heudosie. Sa déc(.)ration polychrome date de iSaq : elle a été exécutée aux Irais de l'impératrice Eugénie. La chapelle fut alors complètement restaurée pour recevoir les reliques de la sainte dont elle porte le nom depuis cette époque. Ces reliques, decouvertes à Rome, dans les catacombes, en 1S42, étaient accompagnées d'une plaque avec inscription révélant l'origine amiénoise de la sainte martyre. Monseigneur de Salinis, évêque d'Amiens, obtint pour sa ^■ille épiscopale les précieux ossements et lit orner ce sanctuaire pour les recevoir.
L autel en pierre est fort gracieux; la chasse de sainte Theudosie est posée sous un edicule avec clocheton et pinacles. La vitre du milieu qui est ancienne, est consacrée à saint Augustin de Cantorbéry, ancien patron titulaire de la chapelle. Les deux autres vitres retracent les vies de saint Firmin et de .sainte Theudosie : elles sont
m«.)dcrnes. On agenouillés dans le bas rempereur Napoléon III et l'impératrice Kugénie. Les aigles impériales semées à profusion sur les peintures de l'arcature rappellent la muniticence des souverains qui se firent un devoir d'assister à l'inauguration solennelle de la chapelle, le 12 octobre iSaq, un an après la translation des reliques à Amiens. Dans une des arcades, une plaque de cuivre doré relate que le cœur de Monseigneur de Salini^, iiKjrl archevêque d'Auch, a été rapporté là en 1861. Une simple dalle, avec inscription latine, indique la sépulture de Monseigneur Bataille, en avant des degrés de l'autel.
La chapelle suivante, dédiée à saint Jean-Baptiste est garnie de boiseries du xviii^ siècle. La grille est aussi du siècle dernier : il n'y a de remarquable à signaler ici qu une belle et grande copie de Y Assomption^ d'Andrea dcl Sarte, placée contre 1 une des fausses fenêtres, du côté de l'Kpitre. La statue de saint Jean Baptiste, sculptée en demi-relief dans le retable de l'autel est une œuvre de Vimeu fi).
La dernière des chapelles absldales, du côté de l'Lvangile, a toujours été dédiée a saint Quentin, que la \’illc d Amiens honore comme l'un de scs apôtres; rien malheureusement ne rappelle plus cet antique vocable depuis renlèvcmcnt des boiseries de style Louis X\ 1 qui recou\'raient les murs depuis 1783, Une porte qui, jadis, donnait accès dans le cloître, s'ouvre dans la partie centrale du fond. L'autel était adossé contre le mur de refend, du côté de la chapelle de saint Jean-Baptiste. Cet autel, de forme elliptique, orné de rinceaux dorés, avait pour retable un assez beau bas-relief en bois, dû au ciseau de Carpentier, artiste picard. Cette sculpture représentait le martyre de saint Quentin. Un petit bull’et d'orgues surmontait la porte.
Aujourd hui, l'arcature de pierre du pourtour a été, avec raison, rendue à la lumière, et un autel style xnU’ siècle, mais beaucoup trop simple, tient la place de celui dont nous venons de parler. La porte du fond donne accès à la chapelle des Catéchismes ; la fenêtre qui la surmonte est encore garnie en partie de débris de ^■itraux du xiib siècle.
Dans la travée suivante, contre le mur, au fond du bas-côté, qui, en cet endroit double le collatéral du chœur, est un autel en marbre gris, au retable très élevé, accompagné de colonnes torses: il fait pendant à l'autel de saint Joseph, qui rjccLipe de 1 autre coté de l'église l'emplacement correspondant. La statue en pierre de Notre-Dame de Pitié, est une œuvre remarquable de Dupuis ; sur la corniche du retable sont deux statues d évangélistes dues aussi à cet artiste; un bas-relief en plomb doré, représentant le sacrilice de Melchisédech est encastré dans le marbre sous la statue de la ^ ierge. Cet autel et son pendant datent l'un et l'autre de lyaq. Ils ont été donnés par le chanoine Cornet de Coupel ; ils avaient été placés primitivement à droite et à gauche de l'entrée principale du chœur.
Au centre de la travée, au bas des degrés de l'autel, a été creusée la fosse où repose le corps de Monseigneur .lacquenet, évêque d'Amiens, mort le i"’'' mars 1892 : une simple dalle avec inscription indique l'endroit de la sépulture du prélat.
Le banc de pierre, surmonté d une arcature qui garnit la partie inférieure de la muraille de ce bas-coté est coupé par deux portes : l'une donnait jadis accès à l'ancienne saciistie, démolie il y a environ trente ans, et qui avait été construite au siècle dernier sui 1 emplacement de la 1 résorerie, où le chef de saint Jean-Baptiste était conservé depuis la construction de la Cathédrale ; l'autre porte, très étroite et sans ornements,
(i) L'é\x-q\ie Jean Rolland, qui célébra le mariatre de Charles VI avec Lsabeau de Bavière, le i8 juillel 1585, a ete inhumé dans cette chapelle. Son mausolée, en marbre noir et en métal, a depuis longtemps disparu. Jean Rolland était mort en 1588.
servait d'entrée à un couloir par lequel nos évêques venaient de leurs appartements à la Cathédrale.
A côté de cette petite porte, sous une arcade creusée dans la muraille, est un tombeau que l'on croit être celui de Gérard de Conchy, évêque d'Amiens, qui accompagna saint Louis en Terre-Sainte. Non loin de là. dans la base du mur. et presque au ras du sol, cette inscription gravée sur une plaque de marbre : Puits de sainte Ulphe^ indique l'emplacement d'un ancien puits, où. selon la tradition, la vierge sainte Ulphe qui, au viii® siècle, introduisit à Amiens la vie monastique pour les femmes, venait puiser de l'eau avec ses compagnes.
Presqu'en face, contre l'un des piliers isolés, nous remarquons le monument funèbre du chanoine Antoine de Haillon (y 1644). (^et ecclésiastique est représenté à genoux devant Jésus flagellé : ce groupe, d'un bel aspect, est une œuvre de Blasset.
.Allons maintenant admirer un ouvrage des .vieux entailleiirs d'images du xvP siècle : les deux travées des clôtures du chœur qui se présentent devant nous dans le collatéral du nord, sont le digne pendant de celles contre lesquelles les dossiers des stalles s'appuient du côté du midi. L'histoire de saint Jean-Baptiste, divisée en huit groupes, quatre par travée, fait le sujet de ces sculptures. Sous les groupes, encadrés dans des niches très ornementées, il y a, comme de l'autre côté, un texte explicatif en vieilles rimes françaises. Dans la première travée, en partant des degrés communiquant avec le transept, les sujets se présentent dans l'ordre suivant : 1° saint Jean prêchant dans le désert; 2° saint Jean baptisant Notre-Seigneur ; 3° saint Jean répondant aux envoyés d'Hérode; 4° saint Jean montrant l'Agneau de Dieu. Dans le soubassement, dix médaillons retracent les événements qui ont précédé ou suivi la naissance du Précurseur, jusqu'à sa retraite au désert. Au milieu, sous un arc en accolade, était un siège de pierre, sur lequel l'écolâtre s'asseyait pour donner des leçons aux enfants de chœur. Les quatre groupes de la travée suivante représentent : 1“ saint Jean mis en prison par ordre d'Hérode, auquel il reprochait son crime; 2® la danse de la tille d'Hérodiade; 3® la décollation de saint Jean-Baptiste; 4® la tête de saint Jean remise par Salomé à Hérodiade. Les cinq médaillons du soubassement retracent diverses circonstances de l'histoire des reliques de saint Jean, et la translation de sa face à Amiens, en 1206 (1).
Descendons dans le transept par les degrés les plus rapprochés du p(^rtail septentrional. Dans la travée à l'angle de la partie supérieure, est une chapelle qui comprend tout l'espace de cette travée. C'est l'autel de saint Jean-Baptiste du Vœu, terminé en 1711, et érigé en accomplissement du vœu prononcé en 1668, par le clergé, le corps de ville et les fidèles, pour obtenir la cessation d'une terrible épidémie pestilencielle qui ravageait alors Amiens. Le retable, très élevé, appliqué contre le mur du fond, est orné de colonnes et de pilastres en marbre cipolin (2), avec bases et chapiteaux en métal doré; un fronton hémisphérique, également en marbre, le surmonte; une grande flgure d'ange parait dans le tympan; le colfre de l'autel est en mosaïque; des marbres de diverses couleurs composent entièrement l'architecture de ce bel ensemble, dont le dessin est dû au célèbre Oppenord. Les statues en pierre de saint Firmin martyr, et de saint François de Sales sont placées sur des piédestaux à droite et à gauche, en avant des colonnes; elles sont l'œuvre du sculpteur Poultier, originaire d'Huppy, aux environs d'Abbeville. Le grand bas-relief en bois, encadré entre les
(1) V. p. 23 la reproduction du bas-relief représentant la remise du chef à l’évêque d'Amiens.
(2) Ces colonnes et ces pilastres sont trop peu remarqués : le marbre cipolin est d’une e.xtréine rareté et d’un très grand prix.
colonnes, représente la Vierge et saint Jean intercédant auprès du Christ pour la ville d'Amiens. Ce bas-relief, taillé par le ciseau de Carpentier, a remplacé, en 1780, un tableau de Hallé, fort détérioré par l'humidité, et dont le sujet était le Baptême de Notre- Seigneur. l'ne sorte de tabernacle en bron/e doré, orné d'un grand médaillon ligurant la tête de saint Jean sur un plat, avait été destiné à contenir la précieuse relique du Précurseur; mais, par mesure de prudence, on a cru devoir conserver habituellement la face vénérée de saint Jean dans une petite sacristie attenante à la chapelle. Près de la porte de cette sacristie est le mausolée de .Monseigneur François Faure, évêque d'Amiens, qui prononça le Vceti de i66(S : le Prélat étendu sur une sorte de lit de parade parait se réveiller du sommeil de la mort pour converser avec un ange. Deux belles grilles de fer ferment deux des côtés de la chapelle ; celle du devant est ouverte par une large porte à deux vcntaux. l.a partie de la muraille qui n'est point cf)uverte par le tombeau de François Faure a été revêtue de panneaux en menuiserie par les soins et aux frais de Monseigneur de .Machault, peu d'années avant la Révolution. Le dallage en marbre est d'un joli dessin.
Fn dehors de la chapelle, près des degrés, et contre le mur du transept est un tombeau d aspect grandiose, malgré les trop nombreuses mutilations qu'il a subi : il indique 1 endroit où reposent les restes de .Monseigneur Sabatier, évêque d'.Vmicns, qui présida à 1 inauguration de la chapelle de Saint-Jean-Baptisie du Vœu, le 21 décembre 1711. De même que François Faure, Pierre Sabatier est représenté à demi-coLiché, et, les maintes jointes, il paraît écouter le son de la trompette du jugement qu'un ange planant sur une nuée fait retentir au-de.ssus de sa tête; le visage du Prélat est fort bien reneiu. Aux pieds de l'évêque un petit génie était appuyé sur un écusson armorié; il ne reste plus de celte statue qu'un fragment presque informe. Toute la sculpture de ce mausolée est de Dupuis : il est regrettable à tous égards de voir une œuvre de cette importance dans un tel état de dégradation et d'abandon.
gauche du portail, une simple plaque de marbre noir avec inscription, indique 1 endroit où a été déposé le cœur de .Mfuiseigneur de Demandoix, évêque d'.Vmiens, mort en 1817: le corps du prélat a été inhumé dans la chapelle du cimetière de la Madeleine: d autres épitaphes de chanoines sont placées dans l'arcature, au milieu de laquelle on a dressé une statue tombale rapportée de l'ancien cimetière qui se trouvait dcriièie 1 abside; cette statue, qui de\Taii être couchée, représente un prêtre en chasuble tenant un calice : on dit généralement que c est l’image de Jean de (>ambrvn. chanoine et doyen, mort en 1495, mais .M. I abbé Ho/.e croit cette désignation erronée.
Dans le bas-coté du transept, en avant de deux confessionnaux en chêne sculpté, de st\ le Fouis X\ , est placée une cuve baptismale en pierre, de grande dimension ( i). Flic provient vraisemblablement de l'ancienne cathédrale et paraît dater du xii^ siècle, i'dle a la forme d un quadrilatère allongé. hWc est décorée dans son pourt(nir d'une suite d ornement qui forme des créneaux; aux angles sont les ligures des quatre prophètes qui ont plus particulièrement prédit le baptême; elle est élevée sur un degré, et suppôt îée par cinq pilastres chargés d ornements simulant une broderie.
Deiiièie cette cuve, au fond du bas coté, est une grande fenêtre, l'une des six qui sont restées de toutes celles qui éclairaient les collatéraux de la nef. avant la construction des chapelles. (,cs fenêtres, d un dessin sé^'ère, sont simplement di\'isées en deux par de grandes lancettes surmontées d'une rose. Fa fenêtre au-dessus des fonts baptismaux a conservé des verrières du xnù siècle, à fond de grisaille.
(i) Voir la planche qui représente cette cuve. p. i,
On y reconnaît à droite, l'histoire de la sainte Vierge, et à gauche quelques traits de la légende des saints Edmond et Edouard, rois d'Angleterre.
Au pied d'un pilier voisin, reposent les restes de notre compatriote, le poète Gresset, le charmant auteur de Vert-Vert; ils ont été rapportés en iSii de l'ancien cimetière Saint-Denis; contre ce meme pilier, une épitaphe latine a été placée par les soins d'un archéologue amiénois, .M. J.edieu.
Le mur de la dernière chapelle de la nef est orné, du C(3té du transept, de groupes en pierre, jadis peints et dorés, et représentant, en quatre parties, l'intérieur du temple de Jérusalem au moment où Jésus en chasse les vendeurs qui s'v étaient établis. Les dais qui surmontent ces sculptures sont très délicatement travaillés. Une inscription indique que Jhan Uj-/-, channine de céans lit faire cette représentation en laaS.
l-.n quittant ce bas-coté pour rentrer dans le transept, nous vovons devant nous, adossé au pilier qui se trouve entre les deux ba.s-côtés longeant le chœur, l'autel de saint Sébastien, reconstruit au xvii'" siècle. IJIasset sculpta les statties et les ornements accompagnant le retable soutenu par des colonnes corinthiennes en marbre noir. 1, autel primitif datait du xv‘' siècle; on l'appelait commtinément aille! du nert-pi/ier, probablement parce que la colonne contre laquelle il s'appuyait était peinte de cette coLiletir, il était spécialement allecté aux exercices religieux d une confrérie fondée sous l'épiscopat de Ferry de Beauvoir, à l'occasion d'une peste qui ravagea la ville d’.4miens à cette époque. L'ornementation de la chapelle actuelle date des années lOJq et 1(335; elle est fort riche, mais d'un style un peu prétentieux. Sur le devant de l'autel, une inscription rappelle que deux bourgeois de la ville, Jean Hémart et François .Mouret, étant .Maîtres de la Confrérie de \otre-Dame du Puy, tirent reconstiLiire a leurs dépens la chapelle et sa clôture qui est en marbre noir a\'ec bdlustres et ornements en cuivre, l.e tableau du retable représentait les donateurs, leurs épouses, et quelques grands personnages du temps, entre autres le roi Louis Xlll et léxèque d .\miens, agenouillés autour de la sainte \ ierge plongée dans la douleur a la tue du coips de son Divin h ils, descendu de la croix. Cette peinture était, dit-oni I œuvre de Quentin Warin, artiste originaire de Beauvais et bourgeois d'.\miens (i), et qui lut le maîti e du Poussin. .A une époque qu il est dilhcile de préciser, tin lui a substitué une autre toile, assez médiocre : .lésus en croix entre .Marie et l'apôtre saint Jean. De chaque coté du tableau, il y a deux statues en pierre, saint Koch et saint Louis; cette dernière. lEuvre de Duthoit, en remplace une autre qui représentait également le pieux monarque et qui a été brisée en 1793. Au-dessus du couronnement du retable est. un saint Sébastien pereé de llèches, auquel deux anges apportent la couronne et les palmes du martyre; deux autres figures, la justice et la Paix, sont assises sur les extrémités de la corniche. Les inscriptions gra\ ées en lettres d or sur tablettes de marbre noir sont prodiguées dans totite la décoration; lune déliés, placée sur le socle de saint Sébastien fait allusion à la pieuse coutume usitée en brance d invoquer contre le fléau de la peste l'intercession de saint Sébastien, de saint Roch et de saint Louis.
En quittant cette chapelle et avant de nous éloigner de ce bras du transept, levons les yeux au-dessus du portail septentrional : sur le mur, dont la nudité est rachetée par des fenêtres feintes, nous verrons un très grand crucifix en bois peint, flanqué des deux statues de la \ ierge et de saint .lean ; ce ne sont point là
(if Voir une note de M, A. Dubois dans le tome XVU du Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie p. 172.
des œuvres d'art, mais un souvenir qui n'esl pas sans quelque importance dans l'histoire religieuse de la ville d'Amiens s'v rattache. Ce crucitix avait été érigé en grande pompe sur la place Saint-Denis, à la suite d'une mission préchée dans toutes nos églises en oSe?: il a été transporté à la (Cathédrale avec les deux figures accessoires quelque temps après la Révolution de iS3o.
Arrêtons-nous un instant devant un beau spécimen de l'art de la Renaissance : le tombeau du cardinal Hémart de Denonville, évêque d'Amiens, mort en 1540. mérite d'être examiné a\'cc attention; il est appuyé contre l'une des faces de celui des quatre gros piliers de la croisée qui est le plus rapproché de la chaire. La statue du cardinal est dans une niche presque carrée ; le prélat, revêtu de la cappa magna, est agenouillé devant le chef de saint .Fean-Rapiiste, pour lequel il avait une grande vénération. Les quatre vertus cardinales, sculptées en demi-relief dans les arcades du soubassement sont très remarquables : elles présentent une si grande ressemblance avec les mêmes personnages qui ornent l'un des beaux mausolées de l'église de Folleville, qu'il est permis de les attribuer au même artiste. vSur la corniche du couronnement sont trois statuettes des vertus théologales; l'ornementation des pilastres est d'une grande élégance ; ce monument est construit en pierre et en marbre blanc.
l'raversons maintenant la grande nef. et. passant devant le perron du chœur, dirigeons-nous vers l'autel de Notre-Dame du Puy, lequel fait, dans le bras méridional du transept, le pendant de celui de Saint-Sébastien, que nous venons de voir du côté opposé. L agencement architectural est à peu près le même : la clôture de marbre et de cuivre formant au-devant de l'autel une petite enceinte est identique : mêmes colonnes de marbre noir au retable, d(')nt la partie supérieure présente des lignes aussi tourmentées que celle de l'autel correspondant; il y a ici peut-être un peu plus de richesse dans l'ornementation. De chaque côté du retable, dans le bas, on plaça deux statues: la reine lésther et Judith tenant la tête d'Holopherne ; ces deux femmes célèbres dans 1 histoire du peuple de Dieu, sont prises comme figures prophétiques de la \ ierge .Marie, dans le sens symbolique attaché par l'Iiglise à l'Ancien I estament. I.a statue d l'.sther, ayant comme le saint Louis du cfité opposé provoqué la colère des ic(Hioclastes de 179? à cause des ornements rovaux dont elle était parée, a été également brisée; elle est remplacée par une sainte (ieneviève, à laquelle l'enlèvement de ses attributs a retiré tout caractère. Le centre du retable est occupé par lune des plus belles peintures sur toile de la (Cathédrale; c'est une œuvre de brancken, peintre distingué de 1 école fiamande ; il représente r.-\ssomption ; plusieurs figures sont d une beauté singulière ; la IraEcheur et l’éclat du coloris rappellent celui de Rubens. Sur la partie supérieure de la corniche, on voit les statues assises de David, pinçant de la harpe, et de Salomon. .-Vu sommet, entre les deux rois de Juda, est un groupe figurant Marie tenant son Di\’in Fils sur un bras, et de la main qui lui reste libre, aidant un jeune garçon à sortir d'un puits. On connaît la légende d'après laquelle un enfant de chœur précipité dans un puits par un juif qu'il avait irrité en chantant en sa présence les louanges de la sainte Vierge, fut miraculeusement tiré du danger d'une mort imminente par Marie elle-même. Ce fait arriva au Puy en \ elay ; le sculpteur en reproduisant ici cette scène, n'a probablement voulu lui donner qu un sens symbolique, et c est à tort que l'on a cru trouver dans le groupe de la chapelle de Notre-Dame du Puy la confirmation de l'opinion qui attribue au miracle dont nous venons de parler l'origine de la vieille confrérie amiénoise. L'étude sérieuse des anciens documents qu'elle nous a laissés, a permis aux historiens de nos jours, et entre autres à M. A. Breuil, de faire justice de cette erreur, trop longtemps accréditée.
Il ne faut voir dans cette sculpture qu'une de ces allégories si chères à nos pères, et inspirées par la similitude des noms.
Quant à la confrérie de Notre-Dame du Puy d'Amiens, sa première origine remonte au moins à l'année i3SS ; elle s'établit en 149? à la Cathédrale, où un Concordat passé en i5oo avec le Chapitre, lui permit de fixer définitivement son siège. C'était une association à la fois religieuse, littéraire et artistique qui subsista jusque dans le cours du xvni' siècle, et compta parmi ses membres un grand nombre des plus honorables habitants de notre cité. L'autel où les chanoines avaient permis aux confrères d'accomplir leurs exercices de piété, était communément désigné sous le nom d'autel du rouge pilier : il était à la même place que l'autel actuel, qui fut construit en 1627, grâce à la munificence d'.4ntoine Pingré, seigneur de Gcnonville, maître de la confrérie en cette année, et de Marie Correur, son épouse, ainsi que le relate l'inscription gravée sur une plaque de marbre noir, au milieu de la devanture. C'est encore à Blasset que sont dues toutes les statues et sculptures de cette chapelle, à l'exception de sainte Géneviève, ajoutée après coup, et qui est, croyons-nous, de Cressent.
Dans l'angle supérieur du transept méridional, la chapelle Saint-Pierre correspond à celle de Saint-Jean-du-Vœu, qui est de l'autre côté de l'église, à l'extrémité du transept, vers le nord. On s'est attaché à reproduire l'ensemble de l'architecture de l'autel de saint .lean, mais avec moins de luxe et de magnificence : le bois, travaillé avec art, tient ici la place des marbres précieux et du métal doré. Le grand tableau représentant l'Adoration des Mages est dû au pinceau de l'un des Parrocel ; on voit dans le bas l'écusson du chanoine Cornet de Coupel, à l'inépuisable munificence duquel on doit aussi la décoration de cette chapelle. Les deux statues de saint Pierre et de saint Paul, posées sur deux piédestaux, à droite et à gauche du retable, .sont du sculpteur Dupuis ; la grille d'entrée et celle de côté ont été forgées par ^'ivarais. Toute la menuiserie est sortie de l'atelier d'un menuisier amiénois nommé Droit. Le 29 juin lyâi, Monseigneur de la Motte fit la bénédiction de cette chapelle, qui était alors communément désignée sous le nom de chapelle de l'Aurore, et il y célébra la première messe. Depuis 1791, il y a dans cette chapelle une cuve baptismale en marbre qui provient de l'église supprimée de saint Firmin le Confesseur. Une inscription gravée autour de la vasque porte les noms des donateurs, Antoine Le Seillier et François d'incourt, et la date de 1672. C'est là que, depuis la Révolution, se font les baptêmes de la paroisse Notre-Dame.
Le portail de la ô ierge dorée, devant lequel nous passons pour pénétrer dans le collatéral du transept, est orné à l'intérieur d'une fort belle décoration, appliquée après coup, et datant du xi\v siècle ; des statues d anges aux ailes éployées garnissent les trois trèfles du tympan, et au sommet du gable est un saint Michel en rondebosse terrassant le dragon. On remarque sous cette statue les armes des Cocquerel, qui firent probablement construire ce portique.
Au fond du bas-côté dans lequel nous entrons, une porte placée entre deux confessionnaux en chêne et de style Louis XV, donne accès dans un très modeste réduit pompeusement désigné sous le nom de Salie capitulaire : ce petit appartement sert en effet aux réunions du Chapitre. Une autre porte percée dans le mur en retour s'ouvre a 1 extérieur de 1 église. Il faut regarder avec attention les panneaux évidés des confessionnaux et les feuillages et rinceaux qui accompagnent les écussons placés dans les tympans des portes : ces œuvres de menuisiers de xviiù' siècle sont trop peu remarquées : dans un style différent, on retrouve là tout le savoir-faire des hùclüers qui, trois siècles plus tôt, entaillèrent les dais et les dossiers des stalles du chœur.
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La travée qui comprend le mur de clôture de la chapelle Sainte-Marguerite nous oflre d intéressants sujets d étude : d'abord, au-dessus de l'arcature du soubassement, quatre niches surmontées d'une délicate dentelle de pierre, encadrent autant de groupes également en pierre, jadis peints et dorés : ils font pendant au temple de Jérusalem, et représentent la conversion du magicien Hermogène et celle de son disciple Philète, conversion opérée par l'apôtre saint Jacques le Majeur. Chaque arcade renferme deux sujets. Dans la première, saint Jacques prêche en présence des Juifs, et Hermogène envoie Philète pour convaincre le saint apôtre de la fausseté de sa doctrine ; dans la seconde, saint Jacques envoie son manteau à Philète, que son maître a lié par des scmtilèges, pour s'être laissé convertir par l'apôtre; aussitôt que Philète a touché le manteau, il est délivré du démon. Dans la troisième arcade, les démons enchaînés par 1 ordre du Seigneur, viennent pour se plaindre -à saint Jacques, qu Hermogène leur avait ordonné de prendre: la quatrième arcade montre Hermogène déli^Té lui-même par l'apôtre qui lui donne son bâton, après l'avoir converti. On a grand peine a déchitlrer les inscriptions explicatives en vieilles rimes françaises placées au-dessous de chaque groupe : des lacunes considérables et très nombreuses en rendent la lecture extrêmement difficile. Le donateur de ces sculptures, Guillaume Aux Cousteaux, chanoine, mort en i5i i, avait jadis son épitaphe au bas de la muraille : cette épitaphe a depuis longtemps disparu.
Dans 1 arcature du soubassement, nous trouv<.)ns un document historique d'un très grand prix : il consiste en huit tables de marbre noir, entourées de cadres en marbre blanc, et surmontées de bas-reliefs également en marbre blanc, taillés de manière a s enchâsser dans les trilobés de 1 arcature. Les tables portent gravés en lettres d'or les noms et les devises des maîtres de la Confrérie du Puv, avec la date de leur maîtrise, à partir de I année iJSq; la liste a été continuée jusqu'en 1729; le P. Dairc (Histoire littéraire de la î ille d' Amiens^ pp. 525 et suivantes) a reproduit ces listes en les prolongeant jusqu en lySa. Ce répertoire est d'une valeur inestimable pour notre histoire locale : on y lit des noms appartenant à toutes les familles notables d’Amiens : on y retrouve des membres du clergé, de la noblesse, de la magisti ature, de la bourgeoisie et du commerce: les dc\'ises ou refrains^ sont des sentences en 1 honneur de la sainte \ierge, très naiA'Cs pour la plupart, mais dont quelques-unes ne manquent point de sentiment poétique ni d'originalité ; chacun des confrères s est ingénié a y faire entrer une allusion ou bien un jeu de mots ayant plus ou moins heureusement rapport à son nom ou à sa profession, ou, encore, à quelque événement contemporain. I ne des tables, placée en dehors de l'arcature du soubassement de la légende de saint Jacques, contient le détail des indulgences accordées a la confrérie en ibaq par le pape Innocent X. Les petits bas-relief qui surmontent les cadres sont 1 œu\'re de Blasset ; Üs ont été ollerts comme cadeau de maîtrise en 1648 par Honoré Quignon, adrocal, et Madelaine d'Aravnes, son épouse. Chaque groupe SC compose de deux ou trois personnages à mi-corps, et ligure un sujet relatif à la sainte ô ierge : nous voyons successivement : Marie tenant l'Cnfant-Jésus et posant la main sur un puits; Marie présentant son Fils à l'adoration; Marie s'offrant au temple; 1 Ann(mciati<)n ; la \isitation; la Purification; 1 Assomption ; le couronnement de la \ ierge. Ces précieux monuments de la piété de nos pères n'auraient point échappé au \ andalisme ré\'oIutionnaire, à cause des qualificatirms nobiliaires qui s'y rencontrent presque à chaque ligne, si des mains prévoyantes n a^■aient eu soin de les soustraire à la destruction en les dépttsant en lieu sur. Llles lurent remises en place après i8i5, par la sollicitude d'un grand ami de notre histoire locale, M. Ledieu.
La Cathédrale d Amiens, durant plusieurs siècles reçut des confrères de Notre-
Dame du Puy un nombre considérable de présents consistant en tableaux, autels, retables, clôtures de chapelles, statues, bas-reliefs de tous genres : les libéralités des confrères, renouvelées chaque année, avaient transformé la basilique en une sorte de musée; limité architecturale en soutirait peut-être; mais il est certain qu'il y avait là pour 1 historien, pour 1 archéologue et pour l’artiste, un inépuisable sujet d’étude. Les caprices du goût, secondés quelque peu par la malveillance, ont dispersé et meme détruit en grande partie cette splendide collection, dont il ne reste plus à la Cathédrale depuis le milieu du siècle dernier que de trop rares débris.
En quittant ce que nous pourrions à juste titre appeler le livre d'or de la confrérie, nous rencontrons une de ses précieuses épaves : contre Tune des faces du pilier qui fait vis-à-vis à 1 autel de Notre-Dame du Puy, on voit un groupe supporté par un élégant piédoLiche : un chanoine en surplis est présenté à la Vierge soutenant l'Enfant Jésus debout sur la tablette d un prie-dieu ; un évêque revêtu de la chape, coiffé de la mitre, et tenant la crosse en main, se tient derrière le chanoine ; c'est saint Claude, archevêque de Besançon. Le prêtre s approche pour baiser le pied de l’Enfant Dieu qu'il soutient respectueusement sur un linge. Au-dessus, sur une sorte de médaillon en camée, on distingue les trois personnes de la Sainte Famille, bénies par le Père Eternel. Toutes ces sculptures, dont 1 ensemble est remarquable par le naturel des poses et le fini des détails sont encore 1 ouvrage de Rlasset ; elles ont été offertes à la Cathédrale en i65o par Claude Pierre, chanoine régulier de l'abbaye de Saint-Acheul, Maître de la Confrérie en cette année.
Aucun ami de notre histoire nationale ne s'éloignera de la partie du transept où nous sommes actuellement sans chercher aux environs de l'un des gros piliers de la croisée une simple dalle du carrelage, de même forme et dimension que les autres, portant trois initiales, une date, et une croix grecque, le tout très effacé par le frottement, et rendu à peu près méconnaissable par la poussière. Cette pierre recouvre la cendre du capitaine Hernand fello, qui s'empara d'Amiens par surprise en 097, et fut tué pendant le siège livré par Henri 1\’ pour reconquérir cette ville. Lors de la mort de Tello, les Espagnols, maîtres de la cité, avaient exigé des chanoines qu'ils fissent au capitaine de pompeuses funérailles et lui donnassent la sépulture dans le sanctuaire même de la Cathédrale. Dès qu Amiens fût rentré sous l’obéissance du roi légitime, le Chapitre s empressa de faire exhumer les restes de l'étranger, et on les enterra dans le transept, sans autre marque distinctive que 1 humble dalle, à peine reconnaissable aujourd'hui parmi les autres pierres du pavage.
Il ne nous reste plus, pour terminer notre visite de l'intérieur de la Cathédrale, qu à examiner 1 une après l'autre les chapelles qui bordent les collatéraux de la grande nef. Ces chapelles, nos lecteurs le savent, sont une addition à la construction primitive : il est facile de le constater du dehors, mais cela est encore plus visible au dedans de l'église, et l'on distingue très bien dans les murs de refend le profil des contreforts qui se sont trouvés englobés dans la maçonnerie de ces murailles. A 1 entrée des chapelles, dans l’arcade qui s’ouvre sur le bas-côté, la rainure, autrefois destinée à recevoir les vitraux des grandes fenêtres disparues, est encore également apparente.
Pour n avoir point à revenir sur ce sujet, rappelons de suite que tous les autels de la nef étaient primitivement appuyés contre le mur du côté du levant, de manière à être orientés comme le maître-autel, et que chaque chapelle était fermée d'une clôture en bois ou en pierre, s'élevant à une certaine hauteur, et n'ayant d’autre ouverture qu’une porte assez étroite, permettant difficilement à la vue de pénétrer dans l'intérieur. Ces clôtures, véritables ouvrages d'architecture, étaient ornées de
colonnes, de pilastres, de statues ou de bas-reliefs, de styles dillerents. Elles dataient pour la plupart du xer' ou du xviU’ siècle, et avaient été construites aux frais de chanoines ou de maîtres de la confrérie du Puy. Ees chapelles du chevet en étaient également pourvues. Elles avaient toutes l'inconvénient de rendre fort obscures les nefs latérales, d'autant plus que les fenêtres des chapelles ne laissaient passer au-dessus des clôtures qu'un jour tamisé par les vitres peintes.
Dans le cours du xviiU siècle, on renouvela les dcc(^rations et l'ameublement intérieurs : les autels furent placés au fond, .sous les fenêtres; des boiseries tapissèrent les murailles ; des vitres blanches prirent la place des verrières coloriées, et des grilles en fer forgé servirent de fermeture, au lieu des clôtures de bois, de marbre, ou de pierre.
En passant du transept dans le bas-côté méridional, la première chapelle que rencontre le visiteur est celle dédiée à sainte Marguerite, vocable qui paraît fort ancien, et n'a peut-être jamais varié depuis la construction. Cette chapelle est une des premières qui aient été aj<Hitées à la Cathédrale : on e-n attribue la fondation à Guillaume de .Mâcon, évêque d'.Vmiens de 127S à i3oS. Ce prélat y fut inhumé, et son mausolée en cuivre doré et émaillé, enrichi de ligurines et de fleurons était, au dire de Ea Morlière, » le plus riche et le plus beau de tout Xostre-Dauie. » (juillaume de Mâcon était aussi représenté sur les vitraux, où brillait également l'écu de ses armes. De cette précieuse ornementation du moyen-âge, il ne reste plus rien; le décor de la chapelle a été renouvelé en lyGcS, dans le stvle gréco-romain, en faveur â cette époque ; des marbres d'un ton grisâtre rec<nivrent les murs, et leur teinte un peu terne est encore assombrie par la demi-obscurité de la chapelle qui n'est éclairée que par une fenêtre incomplète de moitié, â cause de sa situation dans l'angle du transept. Jêlle est â peine égayée par quelques motifs en bois ou en métal doré. La niche qui surmonte l'autel abrite une médiocre statue de sainte Marguerite en pierre : elle est due au ciseau de \'imeux; on reproche avec raison â l'artiste la pose qu'il a donné â l'un des bras, trop serré contre le corps. Toute la décoration de la chapelle a été payée des libéralités de M. Pingré, chanoine et écolâtre.
La chapelle suivante, dite des saints Etienne et Augustin est d'un aspect beaucoup plus brillant à cause des peintures d'un ton clair qui recouvrent les boiseries et simulent des panneaux de marbre A'crt, encadrés de blanc, surmontant des plinthes en marbre rouge; des draperies rouges., semées de rosaces et frangées d'or paraissent se déployer au-dessus et autour de l'autel, dans le retable duquel est enchâssée une assez bonne peinture du Frère Luc, religieux récollet, originaire d'Amiens, qui s adonna, non sans succès, a la pratique des beaux-arts, après avoir suivi les leçons de \ouet. Il imita souvent la manière de son maître, que nous retrouvons très visible dans le tableau qui nous occupe actuellement; cette toile représente Marie ressuscitant et enlevée de son tombeau par des anges qui se disposent a la transporter au ciel, oCi l'attend sf)n Divin Fils entouré d'une légion d'esprits célestes. La peinture est exposée a contre-jour, ce qui nuit beaucoup a son eflet ; de plus, elle est depuis quelque temps, à demi-cachée par une Vierge en marbre de Hlasset, dont nous parlerons tout à l'heure, et qui a été assez malencontreusement posée sur le gradin de l'autel. De chaque coté du tableau, dans la partie supérieure, sont les deux statues de saint Etienne et de saint Augustin qui paraissent assises sur les draperies qui tapissent tout le fond. Ces statues sont également de Biasset: elles ont fait partie de l'ancien retable de cette chapelle dont la décoration a été renouvelée de 1770 à 1772 par les soins du chanoine Fiancois Caron. Le citnfessionnaL en chêne sculpté, est assez beau : au-dessus, un grand tableau, fort détérioré, représente la mort de Saint François-
Xavier : il est d'un artiste nommé Forty, et provient de l'ancienne église de Saint- Firmin en Castillon. Devant l'autel est la dalle tumulaire d'Henri Feydeau de Brou, évêque d'Amiens, mort en 1706. Cette dalle était jadis dans le sanctuaire, ainsi que le corps du prélat, qu'elle recouvre. L'un et l'autre ont été transportés ici lors des travaux entrepris par Monseigneur de la Motte.
La troisième chapelle a été longtemps dédiée à saint Nicolas, mais en faisant changer sa disposition en 1761, M. du Fresne d'Hauteville, prévôt de la Cathédrale, lui ht donner le vocable de l'Assomption. On se servit pour le retable du nouvel autel d'un très beau groupe de Blasset en marbre blanc, représentant Marie montant au ciel, soutenue par des anges, et accueillie par le Père Eternel qui lui tend un diadème. Toutes ces ligures étaient dans une sorte de cadre en marbre noir, supporté par une colonne d'ordre toscan, et appliqué contre l'un des piliers de la nef. C'était un présent de François du Fresne, seigneur d'ümécourt, maître du Puy en 1637, et de Géneviève Cornet, son épouse. A une époque que nous ne pouvons préciser, on enleva toutes les statues dont l'ensemble formait le groupe de l'Assomption; on les transporta à la Petite Paroisse, où elles furent tant bien que mal agencées sur le retable de l'autel, et ici, dans le cadre de marbre demeuré vide, on plaça une autre Vierge de Blasset, offerte à la Cathédrale en 1678 par Michel Martin, de la confrérie du Puy. Lorsque Viollct-Ie-Duc, en i853, enleva les boiseries de style grec qui garnissaient la grande chapelle absidale, les statues du groupe de l'Assomption de Blasset furent bannies de la Cathédrale et dispersées. Les anges et le Père Eternel, après diverses vicissitudes, trouvèrent un asile au Musée de Picardie, mais ils y furent relégués dans les magasins. Quant à la Vierge, elle surmonta longtemps l'autel de la chapelle des Sœurs de Charité de Notre-Dame. Grâce au zèle et aux démarches de M. le chanoine Edouard Jourdain, elle aenhn repris sa place primitive dans le cadre de marbre noir qui lui a toujours été destiné ; elle y attend les autres figures qui complètent le groupe : espérons que nous les verrons bientôt revenir au lieu qu'elles n'auraient jamais dû quitter (i). Les amateurs d'art admirent beaucoup la grâce et la légèreté de la pose de la Vierge; les draperies des vêtements sont admirablement traitées. On reproche toutefois à cette image de Marie de manquer un peu de sentiment religieux; on critique aussi la petitesse peut-être exagérée de la tête ; le même reproche est, du reste, applicable à d'autres vierges de Blasset, notamment à celle donnée par Michel Martin, qui, après avoir quitté le cadre destiné à l'Assomption a été déposée, comme nous venons de le dire, sur l'autel de la chapelle des saints Etienne et Augustin, provisoirement, il faut le croire, car il est fort à souhaiter qu'elle trouve dans la Cathédrale un emplacement plus convenable. Un lambris de chêne, aux panneaux ondulés, qui a conservé sa teinte naturelle, et a pris avec le temps un ton vigoureux, recouvre les murailles de la chapelle de l'Assomption. Le confessional, fort beau, de style Louis XVI, et dont la porte, très évidée, présente une croix voilée d'un linceul et entourée des instruments de la Passion, provient, si nous ne nous trompons, de la chapelle Saint-Eloy : un beau médaillon d'apôtre décore sa corniche.
Dans la chapelle suivante, nous avons d'abord à recueillir un vieux souvenir de la piété de nos pères : c'était là qu'une très ancienne confrérie, formée, comme celle du Puy, en l'honneur de la Sainte Vierge, avait son siège. On l'appelait communément la confrérie de Notre-Dame du Jardinet, parce que dans la représentation du mystère de
(i) Le rétablissement du groupe de l'Assomption dans son intégrité primitive est actuellement accompli ; grâce au bon vouloir de la Commission administrative du Musée, le Père Eternel et les anges ont repris, au mois de décembre 1892, leurs anciennes places auprès de la Vierge, après avoir été habilement restaurés par M Albert Roae, sculpteur à Amiens.
1 Annonciation qui ornait 1 autel de cette chapelle, la \’ierge et l'ange Gabriel étalent dans un jardin; on lisait, au bas. cette inscription destinée à rappeler l'Intégrité de la pureté de Marie ; Horlits conclusiis. La confrérie, sur laquelle on ne sait que très peu de chose, remontait au xiv‘ siècle; elle célébrait sa fête le 25 mars; l'autel, d'après une inscription commémorative de la consécration, datait de l'an iSyS. .A.ctueliement nous voyons un ensemble décoratif qui accuse le style du xviiP siècle : il est dû au chanoine Horard, qui le lit exécuter en 1765. Le vocable de l'Annonciation a été conservé : il est indiqué par un magnifique bas-relief, dont les figures en marbre blanc sur tond de marbre rouge forment camée; fange Gabriel, un lis à la main salue Marie agenouillée sur un prie-dieu; dans le haut, le Pere Kternel, appuyé sur la boule
du monde, bénit la Mère du Rédempteur, vers laquelle flfsprit Saint, sous la forme d une colombe dirige son vol. l'n cadre de marbre noir entoure ces sculptures, qui sont encore 1 œuvre de Rlassct, et 1 un des ouvrages les plus remarquables de ce maître. Elles ont été oti'ertes en i()55 par un confrère du Puy, Antoine Pièce, et, de même que lAssomptictn de la chapelle voisine, elles lurent longtemps appliquées contre I un des piliers de la net. L autel est orné d un bas-relief représentant Jésus à Emmaüs ; les boiseries de chêne qui tapissent les murailles ont de tines et élégantes moulures.
Depuis I année 1878, cette chapelle est lune des stations de prédilection des pieux fidèles de la ^■ille d Amiens. Ils y ^■énèrent une petite image de la sainte \ierge, placée sur I autel dans un édicule de cui^'re doré, de forme circulaire : une glace laisse aperce^■oir la statuette bien connue sous le nom de Notre-Dame de boy. Cette statuette provient de I ancienne chapelle des Augustins d'Amiens, oii elle a\'ait été apportée au xn'ii'- siècle par une pieuse dame des environs d’Arras. Dans 1 église du monastère, elle devant bientôt célèbre a la suite de guérisons obtenues de\'anl elle par 1 intercession de Marie, et attestées miraculeuses par l'éN'èque d'Amiens, De Febvre de (mumartin. Nombre de pieux et illustres pèlerins venaient la ^*islter. l’dle échappa au \'andalisme ré\'olutionnaire, et, après la tourmente, trotu'a une place dans la Cathédrale sur l'autel de la chapelle Saint-Pierre. Elle y était, il faut bien le dire, un peu oubliée, quand Monseigneur Bataille restaura son culte en la transférant dans la chapelle de I Annonciation. Des iidèles re\’inrent avec empressement, encoulagés pai les grâces obtenues, et aussi par les précieuses indulgences que le pape Déon Xlll \oulut bien accorder, sur la demande de 1 é\'éque d'Amiens. Un pieux laïque de la paroisse s'est fait le propagateur de la dévotion à Notre-Dame de Koy : grâce au zèle de cet homme de bien, la chapelle s enrichit de noin'caux ornements; il fit don de deux tableaux, dont 1 uit est la copie d une toile du Frère Luc et représente ce religieux remerciant Alaiie de 1 avoir tiré, durant sa jeunesse, du péril de mort, après qu il eut in^oqué la Sainte ^ ierge sous le nom de Notre-Dame de Foy ; l'autre, un peu inférieur comme exécution artistique, est une \’isitation. Ces deux peintures sont de Désiré Le lelÜer, artiste qui habita longtemps Amiens, où il avait en quelque sorte acquis droit de cité, et où il mourut en 1887.
Tout dernièrement la chapelle a été entièrement remise â neuf : les boiseries, dépouillées d'une grossière peinture qui les dénaturait, ont repris la teinte naturelle du chêne, si propre a faire ^'aloir la finesse des sculptures; un dallage en marbre noir et blanc, dont le dessin est de .M. Massenot. ancien architecte diocésain, couvre le sol, contie les murs, au-dessus du lambris, les plaques d'ex-voto^ dont le nombre augmente sans cesse, attestent les grâces obtenues par l'entremise de Notre-Dame de boy, et délégants candélabres de cuivre supportent les cierges allumés, toujours entretenus, devant l'image vénérée, par la piété des fidèles.
A 1 extérieur de 1 église, nous avons vu la statue colossale de saint Christophe,
indiquant le vocable de la chapelle contre laquelle elle est adossée : la construction de cette chapelle est due à Enguerrand d'Eudin, gouverneur du Dauphiné, mort en 1390; c'est celle devant laquelle nous sommes actuellement. Elle est toujours dédiée au saint martyr de Lycîe, dont 1 image, œuvre de Dupuis, est placée dans la niche qui surmonte l’autel. Cette sculpture, assurément, est plus correcte que celle du dehors ; il y a plus de dignité dans la manière dont l'Enfant-Dieu est assis sur l'épaule du vieillard, mais peut-être en y trouvant moins de naïveté, y remarque-t-on un moindre sentiment religieux. Les boiseries qui recouvrent les murs sont fort simples; il y a, toutefois, dans plusieurs panneaux, des guirlandes ou chutes de fleurs, d'un dessin assez élégant, et d une heureuse disposition. Toute la décoration actuelle date de 1762 ; elle a été faite aux frais du chanoine Cornet de Coupe).
Au-dessus du petit portail ouvert dans la travée voisine, on avait, au xiv*^ siècle, établi une chapelle dédiée à saint Lambert. Elle occupait un espace assez étroit, correspondant au porche extérieur, dont elle surmontait la voûte. Un escalier fort incommode y donnait accès. Vers la ün du xvin® siècle on cessa d'y dire la messe, et en 1788 1 escalier fut supprimé ; les murs à droite et à gauche de la porte reçurent un parement de pierre avec un arcature pseudo-gothique, dont les sculptures n'ont jamais été terminées. L autel a depuis longtemps disparu : il reste encore dans l’ancienne chapelle une piscine et deux statuettes dont l'une paraît être celle de saint Lambert.
Nous allons continuer la visite des chapelles après avoir traversé la grande nef pour nous rendre dans le bas-côté du nord. Avant de quitter le collatéral du midi, arrêtonsnous en passant devant deux mausolées appuyés contre les piliers qui supportent la première travée : ces deux tombeaux se font vis-à-vis, en regard du portail Saint- Christophe. L un, adossé au pied-droit de la tour de l'horloge, conserve encore, dans l'agencement de ses supports, et dans la statuaire, les caractères du style gothique ; il date des premières années du xvfl siècle, et a été élevé à ta mémoire de Pierre Rurry, chanoine d’Amiens, mort en iDoq. Cet ecclésiastique était un lettré, un poète latin, estimé de ses contemporains; il avait été le précepteur de deux de nos évêques, deux frères, Jean et Louis de Gaucourt, üls d’un maréchal de France ; le chanoine est à genoux aux pieds du Christ « couronné d'épines, les mains liées par devant, les reins ceints d une écharpe, les épaules couvertes d'un manteau qui l’enveloppe presque tout entier et que retient une large agrafe (i) ». Saint Pierre debout, appuyant la main droite sur l'épaule du prêtre, semble l'inviter à prier le Sauveur, vers lequel lui-même a les yeux levés. Une épitaphe en vers latins assez élégants est écrite sur un lambel au-dessous de ce groupe, que supportent deux colonnettes octogones.
L autre tombeau est du xvii'-' siècle : c'est celui d'Antoine Niquet, chanoine, et de son neveu Pierre Guy, morts le premier en i652, le second en 1694. Antoine Niquet est présenté à Notre-Dame de Pitié par saint Antoine accompagné de l'animal qui lui sert d attribut traditionnel. La tête du saint et celle du chanoine sont d'un beau caractère: on aime à reconnaître encore dans ce groupe l’ouvrage de Blasset : toutefois, d'après l'avis de quelques judicieux critiques, la \’ierge ne serait point de cet artiste. Les statues reposent sur une lourde console, appuyée sur deux colonnes d'ordre dorique.
En pénétrant dans le bas-côté septentrional, la première chapelle qui se présente devant nous est celle qui, depuis la fin du siècle dernier, est sous le vocable du Sauveur du Monde. On l'appelait autrefois chapelle de l'Extrême Onction^ parce que c'était là que l'on gardait les saintes huiles pour administrer les malades. Elle fut pendant quelque
(i) Garnier, Les tombeaux de la Cathédrale d'Amiens, Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XXII, p. 79.
temps désignée sous le nom de chapelle de sainte Ulphc, à cause d'une congrégation de demoiselles placée sous le patronage de cette sainte, et qui y accomplissait ses exercices de dévotion. .Mais le titre primitif était celui de saint Jean I^aptistc, qui lui avait été imposé par le cardinal Jean de la (Jrange, à la munificence duquel est due la construction de cette chapelle et celle de la voisine, qui sont les dernières ajoutées à la Cathédrale. On y voyait jadis les armes du cardinal sur les vitraux ; sa statue, et celle du roi Charles V dont il fut le ministre, formant pendant de chaque coté de l'image du Saint Précurseur, étaient au-dessus du retable de l'autel. Tout cela a depuis longtemps disparu : en 1776. le chanoine Cornet de Coupel iit renouveler la décoration. La p(jrte en fer forgé est entre deux pans de murs décorés d'arcades faisant symétrie avec celles qui accompagnent le portail Saint-Christophe. La disposition des boiseries laisse libres dans chaque angle des espaces assez grands pour que deux confessionnaux aient pu être établis sur le devant contre les murs qui accompagnent la porte, et deux sacristies dans le fond, de chaque côté de l'autel. Au-dessus de cet autel est une statue représentant le Christ triomphant, au moment de sa résurrection, (^ette ligure provient d'un mausolée détruit qui faisait partie de la clôture du sanctuaire : celui des chanoines Bécourt et Le Sieur. Contre la muraille est un grand tableau : le Christ au.x anges^ copié par Gonticren 1710, sur la peinture célèbre de Le Brun.
l.a chapelle suivante avait reçu du cardinal de La Grange le vocable de saint Jean l'Evangéliste, et le prélat s'y était fait aussi représenter avec le roi son maître à côté du disciple bien aimé. Cette chapelle est actuellement dédiée à Notre-Dame de Bon Secours qui y était honorée comme patronne des iKirti/loiis ( r ) depuis la destruction de l'ancienne église de Saint Firmin-le-Confesseur, où cette corporation avait jadis son siège. Les boiseries datent de 1768, et sont un don du chanoine Du C}ard. Le retable de l'autel a été formé à l'aide des matériaux d'un petit monument offert en lôJe par Jean Quignon, Maître du Puy. C'est un cadre de marbre noir, lianqué de pilastres en marbre rouge, et entourant une Vierge de marbre blanc. .Marie foule aux pieds un squelette; l'Knfant Jésus perce d'un dard la tête du serpent infernal. (Jette belle sculpture de Blasset était autrefois adossée à l'un des piliers de la nef. Sur la muraille, à droite de l'entrée, est un très grand tableau du peintre Lécurieux : cette toile, animée par de nombreux personnages, représente saint Firmin baptisant, au pied d'une idole brisée, .-Vttilie, fille du sénateur amiénois Faustinien.
Nous voici devant une chapelle bien connue des fidèles non seulement de la ville d'Amiens, mais encore de ceux de tout le diocèse : on vient v vénérer l'image du Christ en croix placée dans le retable de l'autel et communément désignée sous le nom de Saiiit-Saui’e (par corruption de Saint-Sauveur). Avant de parler de ce Christ miraculeux, devant lequel la dévotion des visiteurs entretient toujours un grand nombre de cierges allumés, rappelons ce qu'était autrefois la chapelle : saint (ù'épin et saint Oépinien en étaient les patrons titulaires, et les Cf)rdonniers v célébraient la fête de leur corporation le 25 octobre de chaque année : un reliquaire de ces saints martvrs y était conservé (nous croyons que les reliques sont maintenant à la Maison de Charité de Notre-Dame). L'ancienne décoration disparut en 1777: elle fut remplacée parcelle actuelle, due à la générosité du chanoine Lucct. Les boiseries, peintes en blanc et rehaussées de dorures, sont élégantes. On remarque au fronton de la grille d'entrée un écusson aux armes du Chapitre. Dans le cadre du retable d'autel il y avait une peinture représentant Jésus en croix, et au-dessus, dans le fronton, une sculpture en bois représentant saint Michel, vainqueur du déiiKm : cette sculpture y est encore, mais le tableau a été enlevé;
(i) Hortillon, nom vulgairement donné à Amiens aux maraîchers.
on a mis à sa place le Crucifix qui attire un si nombreux concours. Ce Crucifix, de très grande taille (Gilbert lui donne i mètre 94 centimètres de hauteur), est en bois ; .lésus est représenté vêtu d'une grande robe qui ne laisse voir que les pieds et les mains percés de clous; la tète est ceinte d'une couronne royale, l'expression du visage est fort belle. Le Crucifix, dont l'origine est incertaine, appartenait depuis des siècles à la Collégiale de Saint-Firmin le Confesseur; il a été apporté à la Cathédrale lors de la suppression de cette église, au début de la Révolution. Les archéologues ne peuvent assigner une date bien précise à cette sculpture ; M. Higollot croit que c'est une œuvre du xiC siècle, et il trouve de 1 analogie entre les plis de la tunique et les vêtements des quatre prophètes qui décorent les angles de la grande cuve baptismale du transept, mais la tète, les pieds et les mains lui paraissent moins anciens. Quoi qu'il en soit, la vénération dont cette image de .lésus-Christ était entourée à Saint-Firmin le Confesseur est loin d'avoir diminuée à Notre-Dame. La piété populaire surtout ne cesse de lui prodiguer des marques de respect. La tunique du Christ, serrée aux reins par une ceinture, est dorée ; le visage, la barbe, les cheveux, les pieds et les mains sont peints de couleur naturelle. Sous les bras du Crucifix, derrière deux panneaux de glace, on aperçoit de nombreuses reliques disposées symétriquement sur un fond de velours : ces reliques ont été placées il y a peu d années. Au-dessus du lambris, sur le mur de refend, à droite de l'entrée, est un tableau moderne représentant Y Apparition du Christ ressuscité à sainte Marie Madeleine.
La chapelle voisine a toujours été et est encore dédiée à saint Honoré, évêque d'Amiens, patron des boulangers et des pâtissiers, qui v célébraient leur fête et contribuèrent aux frais du renouvellement de la décoration en 1781, conjointement avec le chanoine Cornet de Coupel ; les boiseries, de style Louis XVI, sont peintes en blanc et rehaussées de dorures : elles n'ont rien de remarquable, non plus que la statue de saint Honoré, œuvre de Vimeux, placée dans une niche au-de.ssus de l'autel ; le saint évêque du viP siècle est vêtu, comme un prélat de nos jours, du rochet de dentelle et de la cappa au camail d’hermine. Il y a dans cette chapelle un très grand tableau moderne, d'aspect singulier, et dont le sujet paraît d'abord difficilement explicable : c'est Jésus au jardin des Oliviers acceptant le calice à la vue des crimes et des vices qui couvrent la terre.
Nous voici devant une chapelle dédiée à la sainte Vierge : c'est la chapelle de Notre-Dame de Paix, qui fut pendant longtemps sous le vocable de saint Louis, roi de France. Les boiseries datent de 1774; il y a sur les panneaux d'assez jolis mf)tifs décoratifs composés de groupes de vases sacrés et d'ornements d'église, parmi lesquels on remarque un bâton cantoral, peut-être destiné à rappeler que ces boiseries ont été données par l'abbé Joiron, chanoine et chantre (1). Au-dessus des portes des petites sacristies ménagées aux deux cotés de l'autel, sont deux bas-reliefs figurant l'un saint Louis, ancien titulaire, l'autre saint François-Xavier, patron du donateur. Au retable est une des plus jolies Vierges de Hlasset, statue en marbre blanc, rapp(,)rtée de la nef, où elle était adossée contre un pilier. C'est le présent de Maîtrise offert à la confrérie du Puy en 1654 par Antoine Mouret, bourgeois d Amiens. Les draperies des vêtements sont fort belles, et l'Enfant-Jésus , selon l'appréciation d'un juge très compétent, M. Rigollot, « est beaucoup plus remarquable encore que la Merge ; il est d'une vérité frappante; sa ligure, gracieuse et
(1) François-Xavier Joiron, d’Amiens, prêtre, chanoine le 6 décembre 172S, chantre le 23 juin 1761. Ce fut un des rédacteurs du Bréviaire de 1746 : il composa les Heures du Chrétien, in-12, 177t. Il mrmrut pendant la Révolution, sans avoir prêté le serment schismatique. — J. B. M. Roze : Les Dignitaires de Vliglisc d'Amiens . p. 82.
divine, attire et captive les regards. » Mais ce ne sont pas seulement les amateurs d'art qui s'arrêtent devant cette œuvre du sculpteur amiénois : la pieté a choisi la statue de Xotre-Oame de i\aix pour une de ses stations favorites dans la Cathédrale, et Monseigneur Boudinct voulant encourager cette dévotion, a daigné accorder quarante jours d'indulgence aux lidèles qui réciteront devant la sainte image une prière spéciale écrite sur une tablette iixée au confessionnal de manière à pouvoir être lue de l'extérieur. Ce confessionnal provient de la chapelle Saint-Quentin : il est de style Louis X\'I, et la sculpture n'est point sans mérite. Au-dessus du lambris, on remarque appendu au mur de refend, à droite de l'entrée, un grand tableau : Le Retour de l'enfant prodigue. De même que la Mort de .'saint Françoi.s-Xavier., placée dans la chapelle Saint-Ltienne. il provient de l'église Saint-Firmin en Castillon. Il est également signé Forty ijio. Cette toile, qui n'est point sans mérite, est aujourd'hui dans le plus piteux état : le sujet est à peine visible.
Il ne faut point quitter la chapelle de Notre-Dame de Faix sans jeter un regard sur deux épitaphes appliquées contre le mur, au-dessus du confessionnal : elles rappellent le souvenir et indiquent la sépulture de deux chanoines. Le premier, Charles Houlon, préchantre, conseiller-clerc au Bailliage, et vicaire-général de l'évêque François Faure, mourut en 1686; le second, Nicolas Houlon, frère du précédent, lui succéda dans la dignité de préchanîre, et décéda en 1696. Ces deux plaques de marbre noir, dont la première afiectc la forme d'un parallélogramme, et la seconde est un cartouche rond, sont les seuls restes d un mausolée, œuvre du sculpteur Cressent; Pagès nous a laissé de ce tombeau, qui occupait jadis la place du confessionnal, une description succincte : deux statues isolées, bien sculptées, hautes chacune d'environ quatre pieds, étaient placées a droite et à gauche de l'épitaphe; la première, sous la ligure d'une jeune fille, représentait la Religion, portant le bâton du préchantre : la seconde personnifiait la .lustice, tenant d une maîn une balance, et de l’autre un sceptre, « ligures symboliques de la charge de juge dans les allaires spirituelles, que M. Houlon exerçait. » Il y a, dans \ Lpitaphicr de l illers~Rou.^se)'ille manuscrit récemment acquis par la Société des Antiquaires de l^icardic, un dessin à la plume, avant la prétention de retracer l'aspect de ce monument. Le croquis, quoique grossier, nous fait regretter la destruction d une œuvre qui ne devait pas être dépourvue de grandeur et de majesté.
Contre le pilier qui sépare cette chapelle de la sui^■ante est adossé l'un des plus giacieux monuments funèbres de la (>athédrale; il a été sculpté par Blasset ; il rappelle la mémoire d un maître du Fuy, Jean de Sacliv, mort en 1644, après a\'oir été quatre fois premier échevin d Amiens, et de Marie de Re\'elois, sa femme. Les deux époux sont agenouillés en lace 1 un de 1 autre : la Vierge, portant fKnfant-Jésus sur son bras gauche et ayant un petit puits dans la main droite, est debout entre eux; le petit saint .lean se tient du coté de De Sachy ; du côté de la femme est un agneau; une S('rte de poi tique a colonnes, au fronton semi circulaire, sert de fond à ce groupe paifaitement agencé; les armoiries des deux époux sitnt dans le tvmpan du fronton; dans le bas, un squelette est couché dans un linceul. Tout le monument est suppoi té par une colonne dorique en marbre rouge, à base et chapiteau de marbre blanc. I ont est a admirer dans ce mausolée : le naturel et le fini de la statuaire ; 1 harmonie lésultant de 1 emphti de marbres de diflérentes nuances; enfin, la justesse des proportions. L ne restauration aussi habile qu'intelligente a été faite récemment sous la direction de M. Billoré.
La sixième et dernière chapelle du bas-coté septentrional a été longtemps dédiée a sainte Biigitte. Monseigneur de Alachault la mit sous le ^’ocable de saint Firmin martyr, quand il fu renouveler la décoration, conjointement avec le chanoine Cornet
de Cnupel, en 1781. Au-dessus de l'autel, dans une niche surmontée d'un fronton supporté par deux colonnes ioniques, est la statue en bois blanchi du premier évêque d'Amiens, vêtu comme un philosophe antique : cette statue est l'œuvre du sculpteur Vimeux qui est aussi l'auteur des deux médaillons de sainte Brigitte et de sainte Claire appliqués sur les portes des petites sacristies du fond. En ouvrant l'une de ces deux portes, on voit, contre la muraille, un beau buste en marbre blanc : c'est celui du chanoine François Barboteau , aumônier du roi, mort en 1660. L'épitaphe de cet ecclésiastique est au pied du mur. Les boiseries de la chapelle saint Flrmin, sont peintes en imitation de marbre, et n'ont rien de remarquable.
Pour ne point interrompre le cours de la description des chapelles de la nef, nous n'avons rien dit des tableaux du Chemin de la Croix, qui sont placés dans chacune d'elles. Cette collection de quatorze peintures mérite cependant une mention, car elle est loin d'être dépourvue de valeur artistique. (}ràce à la libéralité de quelques personnes pieuses, provoquée par le zèle de M. l'abbé Dubas, alors curé-archiprêtre de Notre- Dame, elle a pu être exécutée tout spécialement pour la Cathédrale ; les tableaux, œuvres originales ou copies de grands maîtres, sont tous dus au pinceau de bons artistes; on cite, parmi les plus remarquables : la première station, Jésus condamné a mort,, par M. Roberts, d'après Le Poussin; la quatrième, Jésus rencontre sa sainte Mère, d'après Le Brun, par M. (jouget : la sixième, Une femme pieuse essuie la face de Jésus, d'après Le Sueur, par .M. Roberts; la neuvième, Jésus tombe une troisième fois, d'après Raphaël, par M. Porion ; la douzième, Jésus meurt sur la croix, d'après Van Dyck, par M. Dufour; la lYeuÀémQ.,, Jésus descendu de la croix, d'après Le Sueur, par M. Gouget; la quatorzième, Jésus mis dans le tombeau, d'après Le 'Fitien, par M. Le Teliier. Les cadres ont été sculptés par les frères Duthoit, qui les ont mis en harmonie avec la décoration particulière à chaque chapelle. La nécessité de se -conformer aux exigences des emplacements a obligé les artistes à donner à leurs toiles des dimensions diiférentes appropriées aux formes des panneaux où elles devaient être appliquées. La bénédiction solennelle et l'érection de ce beau Chemin de la Croix ont été faites par Monseigneur Mioland, le 14 septembre 1841 en présence d'une affluence considérable de fidèles.
Nous avons terminé la notice que nous devions consacrer à la Cathédrale d'Amiens; nous répéterons ici ce que nous disions au début de cette notice : les limites dans lesquelles ils fallait nous enfermer ne permettaient point de donner de grands développements à ce travail. Ce n'est qu'un croquis, une esquisse à l'aide desquels on peut toutefois saisir les grandes lignes de l'édifice qu'il s'agissait de faire entrer dans la collection qui commence : le tableau est ailleurs, et tous ceux qui feuilleteront ces pages savent bien où le trouver.
fin prenant congé du lecteur, remercions-le de l'attention qu'il a bien voulu accorder à notre opuscule, et prions-le de se montrer indulgent pour les nombreux défauts qui s'y trouvent. Puis, nous saluerons avec une respectueuse admiration le splendide monument que nous venons de décrire : élevé à l'ombre de ses murs, nous avons accompli dans son enceinte les actes par lesquels sont marquées les principales étapes de la vie du chrétien. Notre afl'ecîion pour l'antique église de Notre-Dame d'Amiens procède donc à la fois du sentiment religieux et de l'amour du beau. Nous sommes fier de voir ce temple gigantesque se dresser au milieu de notre cité natale, et volontiers nous redisons avec un vieil archéologue amiénois que la Cathédrale est pour nous une patrie au milieu de la patrie! La dernière ligne de ce travail sera
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