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CHŒUR ET SANCTUAIRE

Selon la coutume presque générale du Moyen-Age, la façade du chœur de la Cathédrale était jadis fermée par un jubé, ou tribune, percé à son centre d'une porte relativement assez étroite, qui ne permettait guère de voir du dehors ce qui se passait à I intérieur f i). De chaque côté de la porte il v avait trois arcades en ogive supportées par des colonnes en marbre noir. A la partie supérieure, une

série de bas reliefs en pierre ligurait les principales scènes de la Passion du

Sauseur. Au centre de la balustrade s élevait un grand crucilix accosté à sa base

par les statues de la \'ierge et de saint Jean. Une autre statue de Marie sc

trouvait au pied de la croix. Deux chapelles, hune dédiée à l'apôtre saint Jacques, l'autre à saint Firmin, martyr, étaient placées sous les arcades, de chaque côté de l’entrée.

(i) Vmr a !a page 24 la' reproduction en fac-similé d’un dessin à la plume exécuté en !;27, et représentant ce jubé tel qu il était alors : c'est, nous croyons, le seul dessin qui donne d’une manière à peu près authentique l’aspect du jubc de Notre-lDame d’Amiens; c’est du moins le seul qui soit parvenu jusqu'à nous; il fait partie d’une série de cinq grandes vues de la cathédrale, exécutées par le même procédé, et destinées, après la mort de leur possesseur actuel à faire partie du Musée de Picardie.

Ce jubé avait été construit vers 1490. sous l'épiscopat de Pierre \’ersé. Il fut détruit en 1755, sous Monseigneur de la Motte. Centrée du ch(eur a été alors élargie par la suppression de plusieurs stalles, à droite et a gauche de la porte, a laquelle on donna pour fermeture la riche grille à deux ventaux que nous voyons aujourd'hui. Ce bel ouvrage en fer forgé, rehaussé d'ornements en tôle repoussée, a été exécuté d'après les dessins de Michel-Ange Slodt/, architecte du roi, par Jean X’eyren, dit Mvarais. serrurier à Corbie. I/imposte, ou couronnement, est formée par un grand médaillon entouré de fleurs et contenant le monogramme de Marie; elle est surmontée d'un crucilix (n.

Si l'on ne peut que donner de justes éloges à cette magnifique œuvre de lerronnerie, la critique trouve à s'exercer sur les deux pans de murailles qui occupent l'espace resté libre entre la grille et les deux gros piliers du transept. I/arcature d'un style bâtard, à l'aide de laquelle on a cherché à déguiser la lourdeur de ces murs, est loin de leur donner de l'élégance, et les deux statues de saint Charles Borromée (œuvre de Dupuisi, et de saint \'incent de Paul (œuvre de Duîhoiti. posées en a^•ant sur des piédestaux de marbre, quoique non dépourvues de mérite artistique, ne rachètent pas la laideur de ce disgracieux ensemble (2).

Nous serons amplement dédommagé de l'impression désagréable que nous venons de subir, en pénétrant dans le chaair où nous aurons à admirer une des plus belles boiseries qui attestent à notre époque le talent merveilleux et la patience des derniers imagiers du moven-age. Les stalles d'Amiens passent à bon droit pour un chefd'œuvre; elles sont sorties de fébauclKur et du ciseau d'humbles Iiiichicrs amiénois. dont heureusement les noms sont parvenus jusqu'à nous : Jehan d’rupin, Arnould I^oulin, Alexandre Huet et .\ntoinc Avernicr. Pavés en artisans plutôt qu'en artistes, ces tailleurs d'images ne reçurent qu'un salaire relativement bien modique pour exécuter un travail dont le prix, d'après Viollet-le-nuc , dépasserait aujourd'hui .Too,ooo francs. Le Chapitre d'alors, mais principalement le doyen, Adrien de Hénencourî, en supportèrent les frais. Plusieurs chanoines, versés dans les sciences ecclésiastiques, furent spécialement délégués pour donner aux sculpteurs des indications précises sur la manière de représenter les scènes de l'Kcriture sainte.

Commencées le 3 juillet t5o8 (3), les stalles étaient complètenient achevées et placées à la Saint-Jean de l'année i522. Klles étaient alors au nombre de cent vingt; depuis un siècle il n'y en a plus que cent dix par suite de la suppression de huit sièges pour élargir l'entrée du chanir, et de deux autres vers le sanctuaire pour établir des

(1) Jcan-naptisti» Vi-yrt-n, siirnumiiK- Vivarais, appurtonait à une famille urii^iniiire du diocèse de Viviers; en 1747, d'après Sun acte de mariage, il av.iil le litre de iiiaitrr serrurier aux grands ouvrages de /'abbaye de Corbie. et habitait ce monastère; il mourut à Corbie, .sur la paroisse Saint-Albin, le lo avril 17S8, à l’ùgc de fi4 ans, étant veuf de deu-K épouses. Il .1 laissé de noinbreu.'c oiivra.cfcs 411! attestent son rare talent d’artiste forgeron. Citons, outre les grilles de la cathédrtUe (Chœur et chap<‘lles de la nef), les grilles de l’abbaye de Valloires, et celles, ([UC nous croyons détruites, de l’ancien château d’FlcilIy (Somme). Il existe encore de belles œuvres de â'evren dans plusânirs églises et châteaux de Picardie, {Reuseignemnits comiuuiiiquês par M. .1. Dubois, de la Sociélè des Antiquaires).

(2) Ces deux statues f>nt été mises en cet endnjit au mois de juin de l’année 1837.

(3) <t Cest le 3 juillet 150S i.(ur. sur l’iirdrc du Chapitre, les .stvalles furent commencées par l’entreprise û'.\riiûuld BouUn. maître menuisier à .âmiens, au<|Uei fut adjoint, le in septembre 1509, Alexandre JJuet. également maître menuisier. Cn traité spécial avait été passé avec Antoine Avernier. entailleur d’images dans la même ville, pour les .sculptures et histoires des sellettes ou miséricordes. Mais d’autres imagiers travaillèrent concurremment avec lui, ou peut-être sous sa direction : des différences de style et d’exécution très sensibles ni' laisseraient pas de doute ù cet égard, quand même on ne verrait pas, en 1516, apparaître un (|uatriéme ouvrier, Jea>i Trupin, le seul (jui ait eu l’idée de mettre dans les .stalles son nom (il y est deux fois) ; on voit aussi son portrait (sur un accoudoir). — O. Durand, 1 .\)neuhlenient civil au .xvi® sicc/e dans les stalles de la cathédrale i/’.l miens. — Mémoires de la Soc. des Antiq. de Picardie, t. XXXI, pp. 293 à 321. — Cf. Les Stalles de la cathédrale il'Aniiens, par MM, Jourdain et Duval, Mémoires de la Soc. des Antiquaires de Picardie, t. Vil, p, 81 à 445.

escaliers de dégagement. Elles s'alignent sur deux rangs, d'abord sur la partie en retour d’équerre de chaque coté de la grille d'entrée dans le sens de la largeur du chœur, puis, dans le sens de la longueur, l'espace de deux travées et demie. Huit escaliers de dégagement y sont pratiqués.

Les stalles de la partie supérieure, appuyées contre des murailles recouvertes d'un lambris ou haut dossier, sont abritées par une série de dais continus, formant au-dessus de chaque siège une voussure ogivale ayant une forte saillie. Ces dais se terminent sur le devant par des pendentifs composés de feuillages ou de petits groupes de ligurines; leur lace antérieure consiste en une dentelure d'une délicatesse extrême, qu'interrompent de légers clochetons, indiquant la séparation des places ; cette séparation est aussi marquée sur le lambris du fond par une arcade en accolade dont le panneau intérieur était jadis garni d'un semis de tîeurs de lys. Les deux stalles maîtresses, à droite et à gauche de la porte d’entrée, stalles réservées autrefois au doyen et au prévôt du Chapitre sont surmontées de hautes pyramides ou clochetons, très évidés et très légèrs. l^eux pyramides plus simples et moins élevées sont placées à l'extrémité des stalles vers le sanctuaire.

loLite la partie architecturale appartient au style flamboyant : » Comme un flambeau près de s’éteindre, dit à propos des stalles d'Amiens un savant archéologue, l’art ogival s est épanoui à la veille de la Renaissance en jets de flammes éblouissants et capricieux : on peut dire que notre boiserie est une des lueurs les plus merveilleuses de cet art expirant. » La partie décorative est encore plus digne de fixer l’attention; elle consiste en représentations de scènes empruntées à l’Ancien Testament et à 1 Evangile, en statuettes de personnages bibliques, et aussi en sujets tirés de la vie privée des bourgeois et des artisans de l'époque, en scènes familières ou même grotesques, en figurines nous remettant sous les yeux les professions diverses des gens de métiers. Rien de plus instructif pour nous renseigner sur les mœurs, les usages, les costumes et l'ameublement des premières années du xvR siècle. Il ne faut pas moins d'un volume pour décrire ces merveilles : ce volume a paru il v déjà un demi-siècle. (Euvre collective de deux ecclésiastiques aussi versés dans la science sacrée que dans les études archéologiques, aussi érudits qu'hommes de goût et d'esprit, il est digne en tout point du sujet traité. Nos lecteurs le connaissent très certainement; aussi ne pouvons-nous mieux faire que de les y renvoyer : nous nous bornerons à donner ici une indication sommaire de la disposition des sujets (i).

E histoire sainte, depuis Adam jusqu'à .lob, occupe toutes les miséricordes et toutes les rampes et crêtes des panneaux qui encadrent les pa.ssages par où l'on monte aux stalles hautes, et quelques parties des stalles maîtresses. Sur les crêtes des passages, les scènes sont composées de groupes de statuettes en ronde bosse; elles sont figurées en bas-relief sur les miséricordes et les panneaux des rampes. Pour suivre le cours du récit biblique, il laut partir à droite de la grille d'entrée et remonter vers le maître-autel dans les stalles hautes, puis redescendre vers la nef à partir du bout des stalles basses du côté du sanctuaire ; on arrive ainsi à l'histoire de Joseph ; en passant au côté gauche et sui\'ant le même itinéraire, on trouve la continuation de l'histoire de Joseph, et les traits principaux de la vie de Moïse, de Samson, de David et enfin de .lob.

L'histoire de la Vierge, qui se trouve naturellement mêlée aux mystères de la vie de Jésus, se développe sur les panneaux qui bordent les passages conduisant

(i) flisioirc ci Description des stalles 'le la Cathédrale d'Aniiens. p.nr MM. les abbC-s Jourdain et Du\-al, t. VII des Mémoires de la Société des Antic|iiaires de Picardie, pp. 8i à 488. avec Atlas. — Le même ouvrage, un vol, grand in-S”, avec planches. Amiens, Duval et Herment, éditeurs, 1843.

des stalles basses aux stalles hautes et sur l'une des laces des quatre pyramides terminales. Pour suivre l'ordre chronologique, il faut partir de 1 entrée du chœur a droite de la grande porte et prendre en sens inverse l'itinéraire que l'on a adopté pour étudier les miséricordes ; on parcourra ainsi toute la vie de Marie, depuis sa conception immaculée (près de la porte principale du chœur), jusqu'à son couronnement au ciel (dernier panneau vers le haut, près de 1 orgue d accompagnement).

Quatre personnages, dont les statues surmontent le sommet des quatre aiguilles pyramidales, résument en quelque sorte cette série de sujets sacrés : 1 hglise et la Svnagogue. à l'entrée du chœur; saint Michel, patron des juifs, et saint Paul, apôtre des gentils, du côté du sanctuaire.

Après avoir cherché dans l'histoire sacrée les motifs d'ornementation que nous venons d'indiquer, les imagiers ont puisé dans la vie civile de leurs contemporains d'autres sujets non moins intéressants ni moins curieux, pour en garnir les accoudoirs des stalles et les pendentifs des dais; là encore nous trouverons des indications bien précieuses pour l'archéologue et rhist(U'icn. Aux accoudoirs, ce sont des personnages de run et de l'autre sexe représentés dans l'exercice de professions diverses, aux pendentifs se sont des scènes variées à plusieurs acteurs ; scènes grotesques et satiriques, ou bien tableaux qui mettent sous les yeux d'une façon très spirituelle et très piquante les enseignements de la morale. Le nombre total des sujets représentés dans les stalles surpasse quatre cents; le nombre des figures d'hommes, d'animaux, de monstres fantastiques s'élève, dit-on. à près de quatre mille.

lén icSâi, le chœur de la cathédrale a été doté d'un orgue d'accompagnement : le clavier est placé à l'extrémité des stalles hautes, vers le sanctuaire, du côté de ri-lvangile ; le buffet est accolé contre les stalles, à l'extérieur. L'utilité incontestable de cet instrument, qui soutient si bien l'harmonie des chants liturgiques, doit faire pardonner l'elfet disgracieux produit par ses boiseries, si peu dignes de se trouver dans le voisinage immédiat du chef-d'œuvre des vieux huchiers picards.

i .es sièges du chœur viennent de n<nis faire apprécier une des dernières productions de l'art gothique à son déclin, et déjà bien modifié par l'approche de la Renaissance : la déciiration du sanctuaire, postérieure de deux siècles, va nous mettre en présence d'ieuvres d'un stvle tout diÜ'érent. mais qui n'en ont pas moins leur beauté et leur grandeur.

Oe 1755 à 1771, la dispt)sition de cette partie de la cathédrale a été complètement changée. A un ancien maitre-autel en pierre, datant des premières années du xv*-' siècle, entouré, selon l'usage du temps, eie colonnes en cuivre, supportant des courtines t>u draperies, et appuyé contre un portique ogival sur lequel reposaient des châsses et des reliquaires, à eies mausolées et à des groupes de sculptures remplissant les arcades du pourtour, et empêchant le regard de pénétrer du dehors à l'intérieur, succéda un autel de bois doré, derrière lequel se déploie une Gloire de vastes proportions, et les lidèles peuvent librement apercevoir les cérémonies saintes à travers les grilles en fer forgé, qui garnissent les deux portes latérales et chacune des travées. Les admirateurs exclusifs du moyen âge blâment cet ensemble décoratif; nous avons pris ailleurs sa défense ; nous ne la recommencerons pas ici. Nous nous bornerons à une descripti(m sommaire.

Deux degrés marquent l'entrée du sanctuaire ; la séparation d'avec le chœur est indiquée par une balustrade en marbre blanc et bronze doré, très largement ouverte. Un lambris de marbre blanc, avec plinthe en marbre rouge, recouvre la base des piliers : il sert de piédestal à des statues d'anges portant des torchères et accompagnant les bustes en médaillons des quatre évangélistes; aux deux côtés de l'autel, d'autres anges

découvrent des reliquaires. Le maître-autel, isolé, s'élève sur quatre degrés; sa devanture est formée de panneaux vitrés garnis intérieurement de rideaux rouges, abritant de grandes châsses; au centre, un bas-relief en bois représente Jésus agonisant au jardin des Olives. Un simple gradin supporte dix chandeliers, six grands et quatre de moindre dimension ; un grand crucifix, remplacé les jours d'exposition du Saint- Sacrement par une petite Gloire fort gracieuse, surmonte le tabernacle qui s'ouvre par derrière, à cause de la largeur de la table; sur le devant est un bas-relief représentant le Christ et deux de ses disciples à Emmaüs; à chacune des deux extrémités sont deux grands vases d'où s'échappent des girandoles chargées de bougies (i).

La Gloire est adossée aux piliers du rond-point, et sa base élargie, prolongée par des nuages, garnit le fond de l'abside, sans toutefois masquer entièrement les entrecolonnements latéraux, à travers lesquels le spectateur placé au milieu du chœur, aperçoit les fenêtres élancées des chapelles du chevet. Sur les nuées sont des anges diversement groupés, mais qui tous expriment par leur attitude le respect et l'adoration ; ils adressent leurs hommages à la sainte Eucharistie, conservée dans une colombe de vermeil suspendue au devant du centre lumineux de la Gloire, d'où s'échappent des rayons qui percent le cercle des nuages, de plus en plus épais et saillants, à mesure qu'ils s'éloignent du point d'où part la brillante clarté. De chaque côté, dans le bas, des piédestaux supportent les statues colossales de la Sainte Vierge et de saint Jean- Baptiste, qui paraissent désigner le Saint-Sacrement à l'adoration des fidèles.

L idée première de toute cette décoration appartient à un pieux évêque d'Amiens, Monseigneur de la Motte; d'après Baron, ce serait à l'architecte Souftlot que reviendrait l'honneur d’en avoir tracé le dessin, sur les indications du prélat; le sculpteur amiénois Dupuis et son gendre Christophe ont été chargés de la mise en œuvre.

La colombe eucharistique descend au moyen d'un mécanisme sur le petit autel qui se trouve devant la travée centrale de l'abside. Derrière cet autel est un enfoncement qui abrite le coffre où l'on conserve la châsse de saint Firmin le martyr.

Le trône épiscopal, surmonté d'un dais, est placé sur une estrade appuyée contre le pilier le plus voisin du maître-autel, du côté de l'Evangile.

Les entre colonnements sont, nous l'avons dit, garnis de grilles en fer forgé, avec ornements en tôle repoussée. Ces grilles, ainsi que les portes latérales de même facture, placées entre les stalles et la balustrade du sanctuaire, méritent une attention toute particulière à cause de leur légèreté et de l'élégance de leur dessin. Elles viennent d'être fort habilement restaurées par deux artistes en serrurerie, M. Godefroy, d'Amiens, et M. d'Hière, de Paris. Les impostes, régnant avec le couronnement des stalles, sont décorées de fleurs, de grappes de raisin, d'attributs religieux et, au-dessus des portes latérales, de médaillons représentant Jésus et Marie. Dans le couronnement de la grande grille du côté du midi, un écusson en fer repoussé porte les armoiries de .Monseigneur de la Motte. Cet évêque conçut non seulement l'idée première de renouveler la décoration du sanctuaire de sa cathédrale, mais encore il contribua de ses propres deniers, et pour une large part, â l'exécution de ce projet: les chanoines Cornet de Coupel et Chabau de la Force s'associèrent dans le même but aux libéralités du prélat.

Le pavage du sanctuaire est composé de marbres de couleurs variées ; au centre s'étend une grande rosace â huit rayons ; sur les côtés, ainsi que sur les paliers donnant accès au petit autel du fond, le dallage présente des anneaux entrelacés; les

(i) Ces vases en cuivre, d’un dessin tré.s riche, sortent des ateliers de la maison Poussielgue, de Paris; ils ont été placés en 1890, lors de la restauration du sanctuaire.

trois marches de cc palier, de même que les quatre degrés du maître-autel sont en marbre rouge. Ix pavage du chœur, qui date aussi du xvm“ siècle, est également en marbre ; il consiste en losanges rouges, noires et blanches, qui par leur juxtaposition forment un ensemble aussi simple qu’harmonieux. On y remarque les épitaphes de Messeigneurs de la Motte, de Hombcllcs et de Chabons, évêques d'Amiens.

Le maître-autel, rornementation du sanctuaire et les grilles ont été remis à neuf avec beaucoup de soin et d'intelligence à la lin de l’année 1890, sous la direction de .M. Lh. Billoré, architecte, inspecteur diocésain.

(1 ne faut pas quitter le chœur sans lever les yeux vers la grande fenêtre du centre de l’abside, au-dessus du maître-autel : cette fenêtre est du très petit nombre de celles de la cathédrale qui ont conservé leurs verrières peintes. Les vitraux sont du xiiV siecle. ainsi que le constate une inscription en caractères de l’époque, tracée sur les panneaux inférieurs. L'inscription relate, avec la date de 1269. le nom du donateur du vitrail. Bernard d’Abbeville, évêque d’Amiens. Partagée en quatre divisions dans sa largeur par deux meneaux en pierre, la fenêtre est divisée en deux dans le sens de la hauteur par la disposition des sujets représentés sur les vitres. .Au premier étage, on ^•oit à chacune des deux extrémités un évêque crossé et mitré. tenant à la main un modèle de vitrail : il est tourné vers Marie portant l’Iênfant-Jésus, et cette dernière ligure, deux fois répétée, occupe les deux divisions centrales. A l'étage supérieur se montrent quatre anges, les ailes relevées au-dessus de la tête; tous quatre portent dans leurs mains des couronnes. Dans les trètles sont, outre les écus de France et de Lastille, celui de Vermandois. échiqueté d'or et d’azur. Les vitres de la rose inscrite dans la pointe de l’ogive ont été plusieurs fois remaniées, et sont insignifiantes.

.Au-dessous, les baies \'itrées du triforium renferment encore des \'errières à personnages : on v voit une Annonciation, saint Firniin, martvr. et un personnage qui parait être le saint Précurseur.

Les autres grandes fenêtres du sanctuaire ne contiennent plus que de rares panneaux disparates et mutilés, provenant des anciennes verrières coloriées qui les garnissaient jadis. .Mais dans le triforium du ch<eur on retrotn-e à peu près intactes de grandes ligures d’apôtres et d'é\-êques, qui font regretter la disparition des vieilles vitres à personnages.

Sortons du clneur par la porte principale, et sans nous arrêter dans le transept, descendons les degrés du grand perron, et puis nous givn'irons immédiatement ceux qui se trouvent entre le chieur et la chapelle de Notre-Dame du Puv. Nous voici i-ians 1 aile méridionale : les murs de clôture contre lesquels sont appu\’és les hauts dossiers des stalles se trouvent à notre gauche : iK \-oni tout d'abord attirer et retenir n(»tre attention.

Deux travées sont termées par ces murailles, qui ont reçu une décoratian des plus riches et des plus intéressantes, grâce à la munilicence du doven .Adrien de Héncncourt. dont la statue, le représentant agenouillé et revêtu de ses habits de chœur, surmonte une colonnette appuyée contre le pilier du transept, voisin du commencement de la série de sujets sculptés qui va ^’olfrir à notre examen. La partie inférieure de ce mur sert de base à quatre niches profondes, dont les arcades ogivales en pierre, surmontées d une très délicate ornementation découpée à jour, abritent autant de groupes de personnages en ronde bosse, qui retracent quelques scènes de l'apostolat et du martyre de saint birmin. 1“ I,e saint piuitife est reçu avec honneur à la porte de la ^■ille par les principaux habitants de la cité: 2" il prêche l'Kwingile aux Amiénois; il confère le sacrement du baptême aux nombreux adeptes gagnés par sa parole à

Jésus-Christ ; 4'’ la haine des païens le poursuit : il est appréhendé par leurs satellites. Kn dehors du cadre, sur une petite colonne, et faisant pendant à la statue du donateur placée à 1 autre bout de la travée, nous voyons le saint évècjue agenouillé devant la porte d'une forteresse; le bourreau s'apprête à lui trancher la tète; Firmin attend la couronne du martyre dans 1 altitude de la prière. Tous les sujets sont expliqués pai des rimes naïves en \'ieux français, tracées en beaux caractères gothiques sous chacune des niches.

Au milieu de la partie inférieure de la clôture, dans un enfoncement de forme allongée, est la statue tombale de l'évèque d’Amiens, Ferry de Beauvoir, mort en 1473, oncle d Adrien de Hénencourt (i ). Ferry est représenté couché, revêtu de ses ornements épiscopaux, les pieds appuyés sur un lion; les douze apôtres, sculptés sur 1 orfroi de sa chape, sont aussi figurés en peinture au fond de la niche : là, ils tiennent des phylactères où sont inscrits les versets du Credo. Les côtés du mur, au-dessus et autour de la niche, sont historiés d'une peinture : deux anges paraissent écarter une ample draperie rouge pour laisser voir deux chanoines en soutane rouge, surplis et chape, qui soutiennent et déploient au-dessous de la niche un riche drap mortuaire en brocart avec la ligure de 1 Agneau au centre et les symboles des Evangélistes aux quatre coins.

Fa tra\ ée suivante renferme 1 histoire de 1 Inventuvii et de la Translation des reliques de saint hirmin. Quatre sujets sont disposés par groupes abrités sous des arcades, de même que dans la première partie de la clôture. Nous voyons là : saint Salve, évêque d Amiens, exhortant les fidèles de son diocèse à prier pour obtenir la découv^erte des restes de saint Frmin; 2° l'endroit de la sépulture du martyre, miraculeusement indiqué par un rayon lumineux échappé d'un nuage, à saint Salve célébrant la messe; 3° l'exhumation du précieux corps; 3° la translation solennelle de Saint-Acheul à la cathédrale.

Adrien de Hénencourt a sa sépulture au-dessous de ces groupes; sa statue, de même que celle de son oncle, est couchée dans une niche oblonguc; il est revêtu des habits sacerdotaux, chasuble, étole et manipule; les pieds sont nus. Autour de la niche, accostée de clochetons, et surmontée d'une gracieuse volute, treize médaillons quadrilobés, sculptés dans le mur, en demi-relief, nous donnent autant de scènes de la vie de saint Firmin.

Fa piemière partie de ces sculptures, la vie du saint apôtre d’Amiens, date des années 14S9 et suivantes; celle qui reproduit I Inv^ention et la d'ranslation des reliques est de quelques années postérieure. Les amateurs d'art trouv'ent un grand intérêt à étudiei ces cuiieuses clôtures du chœur : la variété d’attitude des personnages,

1 heureux agencement des groupes, le naturel des poses, la naïveté d'expression des physionomies, le soin avec lequel sont reproduits les costumes de la fin du xv^ siècle (car 1 ai liste, par un heureux anachronisme, s est bien gardé d’habiller les personnages autrement que ses contemporains), donnent une haute valeur à tout cet ensemble. Ajoutons que tout est peint au nature! et rehaussé de dorures, ce qui donne un grand air de richesse a ces sculptures; mutilées pendantda Révolution (2), elles ont été habilement restaurées, un peu av'ant 1848, par Caudron et les frères Duthoit. Les

(1) Voir le dessin de cette statue, p. 13.

(2) If En juin 1792, il est passé ici un bataillon de soldats volontaires nationaux belles. Il est resté deux jours en garnison dans la ville, ou les soldats ont vu des armoiries et signes féodaux- ; ces volontaires ont coupé à coups de sabre, casse et brisé ces signes. Dans l’église cathédrale, ces soldats se sont portés à des excès scandaleux envers les statues des saints et les reliques. La fureur de ces énergumènes s'exerça principalement sur les bas-reliefs de la vie de saint Firmin. » Notes historiques de M. A. Dubois.

blasons de Mailly-Conty et de Adrien de Hénencourt sont semés çà et là, au-dessus des dilierents sujets (i).

Il lie faut point s'éloigner de cct endroit sans regarder un petit monument funèbre d'un tout autre style placé contre Tune des faces du pilier voisin de la porte latérale du chœur. Il est destiné à rappeler la mémoire de Charles de Mtry, sieur des Auteux. l'n socle fort gracieux, en marbre blanc, est orné de deux jolies tètes d anges attribuées à Cressent ; au sommet. rifnfant-Jésus écrase, de 1 extrémité de la croix la tète du serpent infernal : cette statue, admirablement modelée, est une œuvre de Blasset.

(i) Ces écussons ne portent point l<‘s armes qui y étaient peintes priniithcment ; d’après un manuscrit du -wiif siècle, manuscrit récemment acquis par la Société des Antiquaires de Picardie, et dé.sig-né sous le nom CiT.pitaphier de Villcrs-Roussevillf, il serait facile de rétablir très exactement les anciennes armoiries dans la p’ace qu’elles occupaient avant la Révolution.

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