Ar^ilière et sablière
[&. Partis du Jardin en labour.
D ’aprèô les djérents toisés et arpeniajes quu ontetéfatb tant de l'endos des jardins que des cours et de l'emplacement des bâtiments neufs et VI eus ,iJ en résulte savoir :
Que l'enclos des jardins contient 3 Journam ou arpents et 3 verjes .
Bec bâtiments et cours ensemble 4arpents et 7/vcryes et an epuart.
Ensemble : 40 arpents SOverJes .
L^ejllse et son pourtournést pas
comprise .
On s'est servi delà veije du pays qui est de S 2 pieds .
Place
«niîiirïiTuT
La nef. dont les piliers et les colonnes, dépourvues de chapiteaux, s'élevaient sans grâce jusqu’aux voûtes (i), était pavée de marbres noirs et blancs. Rien en elle n'attirait l'attention, sauf les orgues, installées par Dallery au-dessus du grand portail (2); sauf encore la chaire, dûe au ciseau du sculpteur amiénois Cressent, et doux confessionnaux.
Lorsque, venant de la rue Saint-Pierre, on pénétrait dans le temple par la porte du transept méridional, on voyait immédiatement à gauche deux chapelles fermées de grilles à hauteur d'appui et communiquant ensemble. Elles contenaient le sépulcre de N. S. et les fonts baptismaux (3).
En face, à droite de la porte, étaient la chapelle de Notre-Dame de Liesse, siège d’une confrérie établie en iSqe, par D. Hugues de la Haye, grand-prieur et vicaire-général de l’abbé (4) ; et la chapelle dite de Soyécourt, où furent transportés, le 14 novembre I75g,les mausolées de cette famille, décrits au paragraphe précédent (5).
Plus loin, une grande grille que dominait un jubé digne d’attention, fermait l'entrée du chœur.
De chaque côté de celui-ci s'étageaient deux rangs de stalles, sculptées, comme la chaire, par Cressent (6).
Le sanctuaire, aussi bien que le chœur, était clos de toutes parts de grilles véritablement artistiques. On admirait surtout celles qui reliaient les sept piliers du rond-point. Un baldaquin, également en fer forgé (7), abritait une châsse précieuse, probablement celle de saint Adhélard, derrière le maître-autel, en marbre.
Deux statuettes en marbre blanc, attachées de chaque côté du baldaquin .sur les piliers de l’arcade centrale, représentaient saint Pierre et saint Paul (8).
Des autels en chêne sculpté, la plupart surmontés ou accompagnés de tableaux, occupaient quelques travées du déambulatoire et les chapselles du rond-point.
Ces chapelles affectaient toutes la forme semi-octogonale, à l’exception de la chapelle des Corps-Saints.
Celle-ci, avec ses trois absidioles hémicirculaires groupées autour d'une coupole centrale, formait un trèfle dont le pédoncule servait de communication avec le déambulatoire du sanctuaire.
(1) Ces piliers se composent d’une colonne centrale cantonnée de quatre colonm-ttes engagées d'un tiers, l.’ensemble mesure 6 m. 20 de circonférence.
{2) Elles se développaient en avant de la rosace, sur une largeur de seize pieds, et se composaient de deu.v buffets superposés : le grand, orné de cinq tourelles et le petit de trois. Procés-vcrbal de mise sous scellés du 17 janvier 1791.
(3) Plan de 1685. Procès-verbal de mise sous scellés du 17 janviiT 1791.
(4) Archives départementales. Fonds Corbie. Arm. VI, liasse 13, n® 2, pièce .-i.
(5) Archives départementales. Fonds Corbie. Arm. I, liasse 18, n'' 1. — Bulletin des Antiquaires de Picardie, tome XIV. pages 238 et suivantes, année 1881.
(6) Le lion conservé au Musée de Picardie (n" 318 du catalogue des objets d’antiquités), nous fournit un spécimen de ce travail.
(7) Ces œuvres de ferronnerie, dues au marteau d’un Corbiois, Jean-Baptiste Vaironne, dit Vivarais. coûtèrent douze mille livres. On les mettait au nombre des plus billes qui fussent en France.
(8) On les voit encore aux deux premiers piliers de la chapelle latérale de l'église actuelle, dédiée à sainte
Colette ou au Sacré-Cœur. 47
Sa décoration, empruntée à l'ordre corinthien, était d'une grande richesse, mais peu en harmonie avec le reste de l'éditice, de style ogival.
CoRRiE. — Chapelle des Curps-Saints : vue prise pendant sa démolition.
Spécialement destinée à renfermer le trésor religieux de l'abbaye, la chapelle des Corps-Saints était fermée d'une grille solide. Des vitrines ou des armoires garnissaient chacune de ses trois absidioles dans lesquelles s'accumulaient, sur trois gradins superposés, les reliques les plus variées et les châsses les plus précieuses. La rapacité révolutionnaire y lit une ample moisson d'objets d'orfèvrerie, aussi bien que dans les sacristies, qui pouvaient rivaliser avec les mieux pourvues de la France monastique, par le nombre et la diversité des vases sacrés, des ornements sacerdotaux et meme des œuvres d'art (i).
Logis abb.xtial. — L'église à peine terminée, les Bénédictins, sacrifiant aux préjugés de leurs contemporains contre le style ogival, pensèrent à jeter bas les admirables bâtiments des xiiL et xiv'^ siècles, pour leur substituer des constructions plus amples et mieux appropriées aux goûts architectoniques de l'époque.
Leurs projets envahissaient le terrain de l’ancien logis abbatial, jadis situé au Xord-Kst de l'abbaye, près des remparts, et qui, ruiné par l'invasion espagnole,
(i) Voir aux Archives départementalrs, District d'Amiens, chap. 8, liasse 2t, pièce 8, l'inventaire qui en fut dressé le i6 janvier 1791. — Onze tableaux peints ou sculptés garnissaient li' haut des murailles de la grande sacristie. C est de là que proviennent les quatre médaillons en chêne, déposés au Musée de Picardie (n®* 84, 86, 91 et 93 du catalogue). Ils représentent la prédication de saint Paul, l'adoration des Mages, le lavement des pieds, la Pentecôte.
n’avait pas été relevé. Il fallut choisir un autre emplacement pour ce palais, que le comraendataire d alors, le cardinal de Polignac, voulait aussi faire reconstruire. Moines et abbé s unirent dans la pensée de reporter en dehors de l’enclos monastique cette construction, qui ne devait plus avoir rien de commua avec les lieux réguliers, depuis que le titre abbatial se trouvait sécularisé.
Le G septembre 1736, à la requête du cardinal et de D. Guillaume de Bécourt représentant les religieux, un architecte de Paris, L’Huillier de la Tour, dressa les devis des bâtiments projetés, après avoir mesuré le terrain choisi (1). Il concluait à une dépense de vingt mille livres pour les parcelles à acquérir, et de cent cinquante cinq mille livres pour les travaux à exécuter. Mais ces prévisions, sans doute, parurent trop élevées, car, le 20 juin lydg, un second devis était présenté et l'adjudication prononcée en ta\'eur de Moreau, autre architecte, pour la somme plus modeste de soixante-six mille livres.
Ainsi réduit, le palais abbatial devint une simple maison de campagne, si l’on en croit le dessin qui nous est parvenu. Il se composait d’un seul corps de logis, à double étage. La façade principale, recevait le jour de seize fenêtres, lêllc n'avait d autres ornements que ses corniches et le fronton triangulaire, sculpté, surmontant les deux pilastres à bossages rustiques qui encadraient, au centre du bâtiment, les portes cintrées du rez-de-chaussée et du balcon, au premier étage.
Nouveaux batiments claustraux. — Les bâtiments claustraux furent commencés aussitôt après 1 achèvement du palais. Pour rectifier leur orientation, il fallut d’abord obtenir du Conseil du roi, le 25 mars 1749, l'autorisation de raser les débris des lortifications espagnoles, dressées au milieu des enclos et sur les ruines de l'ancien logis abbatial, depuis la porte d'Encre jusqu'à celle de Saint-Chamont. Il fallut, en outre, acquérir quelques maisons de la place et de la rue de Saint-Pierre II fallut enfin, niveler les derniers vestiges des chapelles de Saint-Benoît et de Saint-Adhélard, formant jadis les ailes de l'ancienne église.
Ainsi déblayé, le terrain permit d'élever du Nord au Sud, derrière l'abside de la nouvelle basilique, un vaste corps-de-logis de quatre-vingt-dix toises de longueur (175 mètres), divisé en trois parties par deux ailes qui s'avançaient parallèlement ^■ers 1 Est pour former une cour d'honneur. Chacune de ces ailes avait vingt-deux
toises et demie de longueur (44 mètres). Elles étaient distantes l'une de l'autre de
vingt-sept toises et demie ou 54 mètres et laissaient à la cour une superficie de près
de 2400 mètres carrés. Cette cour était fermée, du côté de la place, par une galerie
couverte en terrasse, et au milieu de laquelle s'ouvrait une porte monumentale, seul reste qui puisse attester à nos yeux la magnificence de ces constructions.
Le bâtiment, tout en pierres de taille, fut élevé, dit-on, sous la direction de l architecte Sénéchal, de Corbie (2). Il se composait d'un rez-de-chaussée et d'un étage. A chaque extrémité, un pavillon légèrement en saillie, coiffée d'un toit à la Mansard, se dressait entre deux pilastres à bossages rustiques, comme ceux du
(il II ctait situé en face de FU ôtcI-do-Ville actui.'l, et tenait d'ûrient aux fossés de la ville. d'Occident à la grande place, du Xord à la rue. de la porte d'F.ncre, du midi à la rue Saint-Elnv. — Archives départementales. Fonds Corbie, .\nri. i, liasse 35, n” i. — La ruelle du Rinfroy fut supprimée et incorporée à ce terrain le 21 août 17-13. IbiJeni, n“ ii.
12) D'autres contribuèrent aussi à ce travail, comme le pruiivimt les nombreux dessins déposés aux Archives départementales de la Somme. On y trouve notamment " FLlévation de la fayade de l'abbave rnyalle de Saint-Piirre de Corbie dessin fait le février 1750 par le sieur Franque, architecte à Paris II représente la p^Tte d'entrée et ce qui est rHôtel-de-Viile actuel, Il est fort difficile, au milieu de ces plans multiple.s, signés de iujips divers, de reconnaître Fauteur principal du monument.
palais abbatial. Au milieu, le grand vestibule apparaissait sous un avant-corps soutenu par quatre pilastres toscans, surmontés d'un attique et d'un fronton triangulaire orné des armoiries du couvent.
Toutes les ouvertures étaient munies d'encadrements saillants, à plein-cintre au rez-de-chaussée, en plates-bandes rectangulaires au premier étage. Un gracieux et léger companile couronnait la toiture.
Les dortoirs occupaient tout le premier étage. Ils se composaient de deux rangées de cellules que séparait un corridor central. Quant au rez-de-chaussée, il abritait tous les services généraux ou administratifs : chartrier, bureau du célérier, du procureur, du sous-célérier, chapitre, salle synodale, salle a manger provisoire, en attendant la construction du grand réfectoire, pharmacie, etc.
Le développement total de l'édifice atteignait cent quatre-vingts toises ou 35i mètres ; et néanmoins, cela formait à peine la moitié des bâtiments projetés. D autres, mis en façade au Nord et à l'Ouest, reliés entre eux de diverses manières et encadrant six cours intérieures, devaient occuper tout le terrain compris entre les églises de Saint-Iftienne et de Saint-Jean, la basilique de Saint-Pierre et l'édifice décrit plus haut. L'aile du Nord, par exemple, prolongée en arrière du corps-de-logis principal, v.ers l'Ouest, aurait servi de réfectoire, de cuisine, de dépense, etc. Elle se serait heurtée, à quatre-vingt-dix-sept mètres de distance, au centre d'un bâtiment parallèle au . corps-de-logis. C'est dans ce bâtiment qu'on voulait installer l'infirmerie avec l'hôtellerie et ses accessoires. Quant à l'espace resté libre entre la basilique et le réfectoire, il était réservé pour de vastes cloîtres, entourant un préau carré de vingt toises ou 39 mètres de côté, soit plus de i52o mètres carrés de superficie (1).
Mais la Révolution vint brutalement interrompre les travaux, et nos pères ne virent jamais se dresser que la partie dont nous mettons le plan sous les yeux du lecteur.
Anciens b.atiments. — Ce plan montre, en arrière des constructions récentes, ce qui restait de l'ancien couvent.
Le cloître avait perdu ses galeries du xiin' siècle, au Nord et à l'Est, mais il gardait presque intactes celles du xiV siècle. On les avait converties en chantiers, de même que le vieux réfectoire de Pierre Mouret (12671. L'infirmerie et l'hôtellerie étaient aussi entières.
L'église de Saint-Etienne, privée de bas-côtés et de transept, se trouvait réduite à une seule nef.
La chapelle de Sainte-Colette existait toujours, ainsi que l'église de Saint-Jean, sa voisine. Mais celle-ci, débarrassée des fours jadis établis dans son transept Nord, n'avait point recouvré la symétrie que lui avait fait perdre cette installation parasite.
Le délabrement et l'abandon de ces vieux débris d'un glorieux passé devaient faciliter la besogne des démolisseurs que les acquéreurs de biens nationaux allaient bientôt jeter sur eux, après l'adjudication du 19 septembre 1798.
§ 111. Etat actuel
Eglise. — La basilique du prince des Apôtres, réservée aux assemblées populaires, fut exceptée de la vente, et attribuée à la commune. Mais elle subit
U] \'<>ir Corbi-iii ilhistrata . . . . .7///7d p.'ir I.n'ji^-Eastachc Chatignv. aussi un plan sans titre
ni (lato, faisant partie de la collection des plans de l'Uùpital militaire.
de notables dégradations pendant l'interruption du culte. Les plombs des chenaux, et des terrasses furent pillés. Les pluies, les gelées pénétrant sans obstacle dans les murailles et les voûtes, les disjoignirent si bien qu'en 1817, pour échapper aux frais de réparations trop onéreuses, on dut se résoudre à sacrifier une partie du vaisseau, trop grand, du reste, pour la population d'alors.
Fallait-il conserver le chœur et l'abside, ou leur préférer la nef et les tours ? Cette question provoqua des polémiques ardentes, des récriminations passionnées dont il nous est difficile, aujourd'hui, d'apprécier la valeur. Toujours cst-Ü que, sur lavis des architectes Rondelet et Godde, de Paris, le chœur, les chapelles absidales, le clocher, le transept, tout ce que les moines avaient réservé à leur usage exclusif, en un mot, fut condamné.
Les terrasses des bas-côtés firent place à des toits en appentis qui, allant s appuyer contre les murs de la grande nef, diminuèrent de moitié la hauteur de ses fenêtres. Celles-ci, du même coup, perdirent leurs meneaux fiamboyants. Les piliers butants furent découronnés de leurs acrotères. Les tours demandaient une consolidation : on la leur accorda en construisant au-dessous d’elles des murs de soutènement, entre les arcades des dernières tra^’ées de la nef et des bas-côtés.
A 1 autre extrémité de l'édifice, un immense mur, droit, nu, sans ouverture, fut bâti entre les maîtres-piliers inférieurs du transept, pour fermer l’église, désormais privée d'abside.
Ainsi réduit, l'ancien temple ne compte plus intérieurement que trente-six mètres de longueur, non compris le portail et les tours. La description qui en a été faite au paragraphe précédent nous dispensera d’insister sur ses caractères architectoniques (i).
Le Maître-Autel adossé au grand mur du fond ne parvient qu'avec peine à en dissimuler la nudité, malgré le secours des deux grandes toiles qui le dominent à droite et à gauche. Ces tableaux proviennent de l'ancienne abbaye et paraissent appartenir au règne de î.ouis XI\’. Ils représentent deux scènes à peu près identiques : la réception de quelque prince ou de quelque grand seigneur au monastère. Les épisodes de ce genre sont trop nombreux dans l'histoire de Corbie pour qu il soit possible de déterminer avec certitude ceux que les artistes ont voulu reproduire (2).
Une troisième peinture garnit la muraille voisine, du côté de l'Fvangile. (léuvre de C. Crauk (1859), elle figure sainte Colette retirant une àmc du purgatoire. C'est un don de l'Ltat, obtenu par l'intermédiaire de Gressier, ancien ministre de Napoléon III, et originaire de Corbie.
Deux autres compositions ont trouvé place sous la tribune des orgues. Toutes deux représentent la nativité de N. S. L'une d'elles, peinte sur bois, pourrait remonter à la lin du xvi"* siècle. Au premier plan, l'Enfant-Jésus apparaît entre la \'ierge et saint Joseph. Des anges sont en adoration devant lui. Leurs figures éveillées et quelque peu mutines sembleraient indiquer qu’elles sont de véritables portraits. D'autres anges, dans le lointain, vont porter la bonne nouvelle aux bergers des en^•irons. La correction du dessin, le groupement des personnages et l’heureuse harmonie des couleurs en font une œuivre assez remarquable.
(1) Voir page 461.
(2) Ces deux tableaux étaient placés jadis près des fonts baptismaux. Tl. Dusevel croit qu'ils représentr>nt, le premier .saint Adhélard. cousin de Charlemagne, venant se faire moine à C^irbie, et le second un guerrier célèbre qui prie l’abbé de le recevoir aussi dans cet opulent monastère pour s’y consacrer au Seigneur. Eglisii SiTip.t-Pierrc di Corbie, page Jl, dan.s la collection des liglises, châteaux, beffioiset Hôtels-de-ville. etc.
Elle offre moins d'inlérêt, pourtant, que la Véronique ou Sainte-l'ace de N. S., placée au-dessous du crucifix, devant la chaire. Ce petit tableau sur bois, d origine bysantine, passe pour avoir été rapporté de Constantinople, en 1206, par Robert de Clary, à la suite de la quatrième croisade'. La Véronique de Corbie était grandement honorée de nos pères, qui célébraient le iS octobre l'anniversaire de sa translation au monastère (i).
Richelieu partageait cette vénération. Il lit exécuter, en i636, deux copies de la Sainte-Image, destinées à son oratoire privé et à celui de sa nièce, la duchesse d'Aiguillon.
.Mais toutes ces œuvres artistiques sont éclipsées par l'admirable statue de sainte Bathilde. Pleine d'élégance et de noblesse, elle date de la fin du xiiè' ou du commencement du xiv" siècle. .Montalembert, si compétent en raison de ses nombreux voyages archéologiques, la considère comme 1 une des plus belles de la Chrétienté. Elle serait irréprochable sans le volume un peu exagéré de la tète, fort majestueuse, d'ailleurs. Sainte Bathilde, gracieusement drapée, soutient de la main gauche et semble protéger de la droite une église, symbole du couvent de Corbie fondé et enrichi par elle.
La statue de sainte Bathilde décore l'un des côtés de l'autel latéral, dédié au Sacré-Cœur et à sainte Colette, dont le retable a été exécuté en i856 par Duthoit.
De l'autre côté de l’autel, faisant pendant à sainte Bathilde, se trouve une statue de sainte Claire, d’excellente facture, mais qui semble moderne.
Un peu plus bas, contre les deux premiers piliers du même bas-côté, deux statuettes de marbre blanc représentent saint Pierre et saint Paul, Ntms avons déjà signalé leur présence dans l'ancienne église, à droite et à gauche du baldaquin en fer forgé, placé derrière le maître-autel.
Une représentation de la Sainte-Vierge tenant sur les genoux le Christ mort, est encastrée dans l'un des piliers suivants, non loin de la porte d'entrée. Ce morceau assez estimé provient également de l'ancienne église. Il appartient à la fin du xv' siècle.
Le bas-côté septentrional n'ofi’re rien de remarquable, saut les fonts baptismaux et la pierre tombale de saint Paschase-Radbert. Celle-ci provient du cénotaphe marquant la sépulture du bienheureux dans l'église Saint-Jean. Le lecteur en a vu la description précédemment (21.
(,)uant aux fonts, ils sont formés de deux chapiteaux superposés, dont l'un a été renversé pour servir de base au second, dans lequel la cuve baptismale a été creusée. Cette adaptation est évidemment moderne, mais les chapiteaux sont de la fin du xni' siècle, et l’on peut admettre sans témérité, croyons-nous, qu'ils ont autrefois couronné deux des colonnes centrales soutenant les voûtes dit rélectoire et du chapitre commencés par Pierre .Mouret (1267).
Corhie
(i) Riant. Exuviœ sacrœ constaiitiiwpolitaniv. Genovœ mdccclxxviu, tomn I. p. ccxij, timie II, p. 2^5 et passini. 'ij \'oir ci-dessu?, pag'e 452.
Ef^lui'r lie Corhie- Fonfj- haf>üj-/>un(.i'
Ancienne église de Saint-Ftienne. — Dans la seconde moitié du xvin* siècle, l'église de Saint-Etienne avait perdu ses bas-cùtés et ses transepts. Le clair-étage remanié avait vu substituer à ses belles fenêtres romanes d'autres baies irrégulières de formes et de situation. Le chœur, raccourci, avait perdu les chapelles latérales qui l'accompagnaient.
Ainsi réduit à la seule nef. l'édilice passa aux mains d'acquéreurs de biens nationaux qui le transformèrent en grange. Plus tard, M. l’abbé Douillet, doyen de Corbie, le racheta pour y établir un orphelinat. L'aménagement intérieur, approprié à sa nouvelle destination, lit perdre au vaisseau sa physionomie primitive, mais sam'a d'une imminente destruction les beaux membres d'architecture que nous plaçons sous les yeux du lecteur, d'apres les relevés minutieux faits sous la direction de notre collègue, M. Pinsard.
Extérieurement, l'édilice conserve à peine quelques vestiges de l’ancienne église : six arcades, aujourd'hui murées, faisant jadis communiquer la grande nef avec les collatéraux ; deux fenêtres placées au-dessus des deux premières arcades ; enfin, les amorces du transept méridional, voilà tout ce que l'on peut voir, de la place située au midi, sur le terrain de l'ancien cimetière.
La façade Nord présenterait les memes détails, si elle n'était obstruée par des constructions modernes. Seul, le grand portail de l'Ouest a conservé son primitif aspect, malgré l'exhaussement du terrain et les mutilations que le temps lui a infligées (i).
L'intérieur est converti en maison d'habitation.
(i) Voir ci-dessus, page 449.
Débarrai?.sons-lc par la pensée, des murs de refend qui arrêtent Fceil et rompent la perspective. Alors apparaîtra à nos yeux une nef d’une étendue, réduite à quarante-et-un mètres, laissant voir vers le milieu de sa longueur deux faisceaux de colonnes engagées d et K du plan), dont les chapiteaux sont reproduits aux planches de détails ci-jointe. Nous pourrons admirer la belle ordonnance de la tribune (coupe suivant A. B.) et passer en revue les dessins variés des piliers trapus, mais parfaitement sculptés, qui en (ont l'ornement, piliers aujourd'hui dissimulés à demi dans l'épaisseur des planchers, des plafonds, voire même dans les alcôves et les armoires.
Hotel-de-Ville . — Après avoir visité ces beaux restes, seuls témoins encore en place du monastère du xir' siècle, les amis exclusifs de l’art gothique ou roman trouveront bien froide la porte monumentale dont les annexes servent d'Hùtel-de-Ville.
On ne peut, néanmoins, sans une llagrante injustice, refuser de lui reconnaître un aspect imposant et majestueux. Le lecteur s'en convaincra en jetant les veux sur le frontispice de cette notice.
Nos modernes architectes s'accordent à considérer cette porte comme un modèle de proportions classiques.
Le monument se compose d'une large baie à plein-cintre, acompagnée de part et d’autre de deux colonnes accouplées, d'ordre toscan. Les colonnes qui, d’après le plan « fait le 4 février ijéo par le sieur Franque, architecte à Paris m (i) doivent avoir pour diamètre ou double-module, 2 pieds 8 pouces 1/2 {2;, sont accolées au massif de la maçonnerie et reposent sur un stylobate élevé et tout uni.
(1) Archives dèpartcnientaîes. Fonds Corbie. Carton aux plan'!.
(2) Cette mesure ilevait servir d’étalon pour toutes les autres, nous nous abstiendrons de les donner.
— Ejjlise St-Htienne. — Colonne de la tribune.
Conformément aux règles iixces par Tordre toscan. Tentablement se compose d'une architrave avec son listel, d'une frise unie, et des parties constitutives de la corniche : talon, filet, larmier, filet, baguette et quart de rond.
Deux acrotères surmontées de statues en occupent les extrémités. A gauche du spectateur, une femme assise, s'appuyant d'une main sur le dossier de son siège et de Tautre soutenant une croix, symbolise la Religion. A droite, la Bienfaisance est représentée sous les traits d'une autre femme, tenant un enfant sur les genoux, tandis qu'elle en caresse un second debout près d'elle (i).
Kiitre ces deux statues, un cartouche largement traité, accompagné de deux palmes et timbré d'une couronne murale (2), porte un écusson parti : au /"' d'or à 2 corbeaux de sable, l'un sur l'autre : au 2'-' de France, à l'écu d'or chargé d'une crosse abbatiale de gueules en pal, brochant sur deux clefs de meme, adossées et passées en sautoir, et accompagnée en pointe d'un corbeau de sable.
\ droite et à gauche des galeries rattachaient autrefois la porte de l'abbaye aux ailes du batiment principal. La façade extérieure de ces galeries était décorée d’arcades aveugles à plein-cintre, encadrées entre des pilastres accouplés, de meme ordre et de memes dimensions que les colonnes de la porte. Quatre de ces travées ont été conscr\’ées et ajourées. Les plus rapprochées de la porte participent à son alignement en saillie, tandis que les deux extrêmes, recourbées en arc de cercle se reliaient jadis par leur concavité à l'alignement en retrait des parties détruites. Ces quatre travées servent d'Hüîcl-de-^■ille.
Voilà tout ce qui reste de l'antique abbaye de Corbie 1
Nous nous trompons,
Autour de ces vestiges archéologiques existe une cité populeuse, dans les artères de laquelle circule la sève féconde de l'activité industrielle et du travail opiniâtre. Cette ville est hile du monastère.
■ St-I'ti.'iii di-tnii.s
— Cliapitcnux <
11) Nous aurions dit la Foi et la Charité si nous avions trouvé quelque trace d’une troisième statui* titriirant l'Fspérance. Mais il y a lieu de croire que cette vertu thèüloqale n'a jamais été repn'-sentéi- ici.
\i) Autrehiis d'une couronne comtale.
Née à l'omhre de la première église de Saint-Pierre, elle se composait dès l’origine, des serviteurs du couvent. Grâce à la protection etficace. grâce à la
Baae de la colonne d du 'plan
CiiRUli;. — r.”‘lisc Saint Etienne. --- Detail-
sage administration des moines dont les cendres sont aujourd'hui mêlées à la poussière de ses rues, elle a grandi, elle a prospéré, tandis que d'autres villages des alentours, plus anciens, n'ont fait que végéter ou même ont disparu.
tîTTî ' Win.-:;, rnri iiririti
L'oublier serait une ingratitude qui, heureusement, n'est point à craindre. Si quelque nouveau venu, attiré par l'appât du lucre, feignait d'ignorer le passé, les vrais Corbiois n'en continueraient pas moins de conserver, de nourrir avec amour le souvenir de leur abbaye.