‹ La pierre de toucheChapitre 107 sur 295 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

l'honneur de connaître un peu votre famille... (s'inciinant.) Baron de Montrichard... et je suis heureux du hasard qui... que... Que c'est bête de faire poser un vieil ami!

PAULINE

Monsieur...

MONTRICHARD

As-tu peur que je ne te vende? Tu sais bien que je suis toujours du parti des femmes. D'ailleurs, nous pouvons nous servir mutuellement : mon intérêt te répond de ma discrétion.

PAULINE

Comment serais-je assez heureuse pour vous rendre service, monsieur le baron... de Montrichard, je crois?

MONTRICHARD

C'est de la défiance? Vous voulez des arrhes? volontiers. Je songe à me marier : votre grand oncle, le marquis de Puygiron, a une petite fille charmante; j'ai ébauché un commencement de connaissance avec lui, mais je ne suis pas encore admis dans la famille ; vous m'y ferez entrer et vous servirez mes projets, moyennant quoi, quiconque aurait l'impertinence de vous reconnaître, aura affaire à moi. Voilà.

Il lui tend la main. Paulioe jette ud coup d'œil pour s'assurer qn ils sont seuls,

PAULINE, mettaut sa main dans celle de MoDtricbard.

A quoi m'avez- vous reconnue?

MONTRICHARD

A ta figure d'abord... Ensuite au petit signe rose de ta uuque d'ivoire, ce petit signe que j'adorais.

PAULINE

Tu t'en souviens encore?

M0NTRICH.\UD.

Parbleu! lu as été mon seul amour.

PAULINE

Et toi le mien, mon cher Edouard.

MONTRICHARD

Non, Alfred, tu confonds; mais je ne t'en veux pas. Ton. teiil amour a eu tant de petits noms ! — Comment diable t'est venue l'idée saugrenue de te marier? Tu étais heureuse' comme une poule en pâte.

PAULINE

Ne vous ôtes-vous jamais aperçu en arrivant au boulevard -que vous aviez oublié votre canne dans un cabinet de restaurant?

MONTRir.HARD.

Cela s'est vu.

PAULINE

Vous êtes retourné la chercher. Vous avez trouvé toute l'orgie rangée dans un coin, les candélabres éteints, la nappe enlevée; un bout de bougie sur la table tachée de graisse et de vin; dans cette salle tout à l'heure éclatante de lumières, de rires et de parfums savoureux, la solitude, le silence et une odeur fade. — Des meubles dorés qui ont l'air de ne connaitre personne et de ne pas même se connaître entre eux ; pas un de ces objets familiers qui retiennent autour d'eux quelque chose de la vie du maître absent et semblent attendre sor. retour; en un mot l'abandon.

BIONTRICHARD.

CjôI exact.

PAULINE

Eh bien , mon cher, notre existence ressemble à celle de ce cabinet de restaurant : des fêtes ou l'abandon, pas de milieu. Vous étonnerez-vous que l'hôtellerie aspire à devenir la maison?

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