‹ La pierre de toucheChapitre 108 sur 295 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MOMRICHARD.

Sans parler d'un certain appétit de vertu que vous avez dû contracter à la longue ?

PAULINE

Vous croyez rire ?

MONTRir.HARD.

Non pas ! La vertu, pour vous, c'est du fruit nouveau, je dirais presque du fruit défendu. — Mais je vous préviens qu'il vous agacera les dents.

PAULINE

Nous verrons.

MONTRICHARIJ.

C'est un rude labeur, ma chère, que la vie d'une honnête femme !

PAULINE

Ce n'est qu'un jeu au prk de la nôtre. Si l'on savait ce qu'il nous faut d'énergie pour ruiner un homme !

MONTRICHARD

Enfin, n'importe, vous voilà comtesse de Puygiron. Que signifie la nouvelle de votre mort que donne le Constitutionnel ?

PAULINE

C'est une note que ma mère a fait mettre dans tous le? journaux.

MONTRICHARD

Comment va-t-elle, celte bonne Irma?

PAULINE

Très-bien. ^Elle est heureuse. En me mariant, je lui a: ionné tout ce que je possédais, meubles, bijoux, rentes.

MONTRICHARD

Ça l'a consolée de vous perdre... Mais pourquoi cette mort supposée?

Ne fallait-il pas dépister les gens? Grâce à mon trépas, personne n'osera reconnaître Olympe Taverny dans la comtesse de Puygiron. Toi-même, mon cher, tu m'aurais encore fait tes excuses si j'avais voulu nier mordicus, et je l'aurais fait si tu n'avais pas donné des arrhes.

UOXTRir.BARD.

Suppose pourtant que tu sois rencontrée par un de tes amis qui ait connu ta liaison avec le comte?

PAULINE

Personne ne l'a connue.

MONTRICHARD

Bah?

PAULINE

Henri m'a prise tout de suite au sérieux; il faisait de la discrétion à mon endroit... Didier et Marion Delorme, quoi! Tu comprends :j'ai pris la balle au bond, j'ai joué mon jeu. J'ai parlé d'entrer au couvent, il m'a demandé ma main, et je la lui ai accordée. J'ai feint un départ pour la Californie, et j'ai été rejoindre Henri en Bretagne, où je l'ai épousé, il y a un an, sous mon vrai nom de Pauline Morin.

MONTRICHARD

C'est donc un pur imbécile ?

PAULINE

Insolent! C'est un jeune homme très-instruit et charmant

MONTRICHARD

Alors, comment se fait-il?...

Il n'avait jamais eu de maîtresse; son père le tenait trèssévèrement; à sa majorité, il était aussi naïf que...

MONTRICHARD

Que toi... à quatre ans. Pauvre garçon!

PAULINE

Il est bien à plaindre] je le rends complètement heureux.

MONTRICHARD

Est-ce que vous l'aimez ?

PAULINE

Ce n'est pas la question. Je sème sa vie de tleurs... artilicielles, si vous voulez ; mais ce sont les plus belles et les plus solides.

MONTRICHARD

Voyons, ma chère, la main sur la conscience, trouvez-vous que le jeu en vaille la chandelle?

PAULINE

Jusqu'à présent, non ! Nous avons passé dix mois en Bretagne dans le tête-à-tête le plus complet ; nous voyageons depuis deux mois dans le plus complet tête-à-tête... je ne peux pas dire que ce soit d'une gaieté folle. Je vis en recluse nomade, transférée d'auberge en auberge, comtesse pour mes domestiques, les servantes et les postillons. J'aurais fait un triste rêve s'il n'y avait que cela dans mon rêve... mais il y a autre chose! Maintenant qu'Olympe Taverny (Dieu ai' son âme !) a eu le temps d'aller en Californie, d'y mourir, et d'être pleurée à Paris, je peux entrer hardiment dans le monde par la grande porte, et c'est le marquis de Puygiron qui me l'ouvrira.

Votre mari va vous présenter à son oncle?

PAULINE

Ah bien, oui! il ne s'attend seulement pas à la rencontre que je lui ai ménagée.

MO^TRICHARD.

Eh bien, voilà un brave gËfrçon pris dans un joli piège .

PAULINE

Bah ! c'est pouc son bonheur ! je lui rends une famille. D'ailleurs, en me présentant comme une honnête femme, je ne mentirai pas. Depuis un an, je suis la vertu même. J'ai fait peau neuve.

MONTRICHARD

Vous n'avez pu qu'y perdre, comtesse.

PAULINE

Vous êtes un impertinent. — Voilà mon mari.

MoDliloliard remonte im peu eu faisant un grand saint à Pauline.

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