CTE DEUXIEME
GENEVIÈVE
Je lui ai donné tout ce qu'on peut donner de son âme à un fiancé inconnu, mon respect et ma soumission. C'est à lui qu'à son insu j'ai toujours rapporté mes actions « t mes sentiments ; j'ai été sa compagne dans le secret de mer; pensées ; enCn, que je vous dirais-je ? il me semble que je suis veuve.
PAULINE
II est donc mort ?
GENEVIÈVE
Il est mort pour moi : il est marié.
PAULINE
Oh ! les hommes !
GENEVIÈVE
11 me connaissait à peine; il a rencontré une femme digne de lui ; il l'a épousée, il a bien fait.
PAULINE
Eh bien, faites comme lui.
Oh ! moi, c'est différent.
PAULINE
Vous l'aimez donc encore ?
GENEVIÈVE
Si j'avais jamais eu de l'amour pour lui, je n'en aurais plus depuis qu'il est le mari d'une autre.
PAULINE
Alors, par quelle subtilité de sentiments...?
GENEVIÈVE, souriaot.
C'est une simple question de clef. (Elles se lèvent.) Un mari doit ouvrir tous les tiroirs de sa femme, n'est-ce pas ?
PAULINE
Sans doute l
GENEVIÈVE
Eh bien, voici une petite clef dorée que je serais obligée de refuser à mon seigneur et maître.
PAULINE
Qu'ouvre-t-elle donc ?
GENEVIÈVE
Un coffret d'ébène qui renferme mon journal.
PAULINE
Votre journal?
Oui ; ma grand'mère m'a habituée dès mon enfance à écrire tous les soirs ce que j'ai fait et pensé dans la journée.
PAULINE
Quelle drôle d'idée !
GENEVIÈVE
. C'est bien sain, allez, de faire tous les jours l'inspection de sort cœur. S'il y pousse une mauvaise herbe, on l'arrache avant qu'elle ait pris racine.
PAULINE
La guerre au chiendent, je comprends. Et vous avez écrit jour par jour l'histoire de votre roman? — En sorte que cette petite clef est, sans métaphore, lacleide votre cœur?
GENEVIÈVE
Précisément .
PAULINE
Eh bien, soyez sûre que quelqu'un vous la volera.