‹ La pierre de toucheChapitre 126 sur 295 · CTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CTE DEUXIEME

GENEVIÈVE

Je lui ai donné tout ce qu'on peut donner de son âme à un fiancé inconnu, mon respect et ma soumission. C'est à lui qu'à son insu j'ai toujours rapporté mes actions « t mes sentiments ; j'ai été sa compagne dans le secret de mer; pensées ; enCn, que je vous dirais-je ? il me semble que je suis veuve.

PAULINE

II est donc mort ?

GENEVIÈVE

Il est mort pour moi : il est marié.

PAULINE

Oh ! les hommes !

GENEVIÈVE

11 me connaissait à peine; il a rencontré une femme digne de lui ; il l'a épousée, il a bien fait.

PAULINE

Eh bien, faites comme lui.

Oh ! moi, c'est différent.

PAULINE

Vous l'aimez donc encore ?

GENEVIÈVE

Si j'avais jamais eu de l'amour pour lui, je n'en aurais plus depuis qu'il est le mari d'une autre.

PAULINE

Alors, par quelle subtilité de sentiments...?

GENEVIÈVE, souriaot.

C'est une simple question de clef. (Elles se lèvent.) Un mari doit ouvrir tous les tiroirs de sa femme, n'est-ce pas ?

PAULINE

Sans doute l

GENEVIÈVE

Eh bien, voici une petite clef dorée que je serais obligée de refuser à mon seigneur et maître.

PAULINE

Qu'ouvre-t-elle donc ?

GENEVIÈVE

Un coffret d'ébène qui renferme mon journal.

PAULINE

Votre journal?

Oui ; ma grand'mère m'a habituée dès mon enfance à écrire tous les soirs ce que j'ai fait et pensé dans la journée.

PAULINE

Quelle drôle d'idée !

GENEVIÈVE

. C'est bien sain, allez, de faire tous les jours l'inspection de sort cœur. S'il y pousse une mauvaise herbe, on l'arrache avant qu'elle ait pris racine.

PAULINE

La guerre au chiendent, je comprends. Et vous avez écrit jour par jour l'histoire de votre roman? — En sorte que cette petite clef est, sans métaphore, lacleide votre cœur?

GENEVIÈVE

Précisément .

PAULINE

Eh bien, soyez sûre que quelqu'un vous la volera.

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