ACTE DEUXIÈME
MATHILDE
Pourquoi pas?
PHILIPPE
Et du pain ?
MATHILDE
Vous auriez à vous deux cinq mille francs de rente.
PHILIPPE
Juste de quoi loger au fond d'une soupente.
MATHILDE, souriant.
L'amour est un palais.
PHILIPPE
Palais vite écroulé Quand le besoin s'y trouve avec nous installé.
MATHILDE
Pour être heureux, Philippe, en bonne conscience, il ne te manque rien... qu'un peu d'imprévoyance.
Je donnerais beaucoup pour en savoir moins long,
J'en conviens. Ma jeunesse a perdu son aplomb,
Et marche désormais d'une allure douteuse
Entre la passion et la raison boiteuse.
11 ne me reste plus qu'à les mettre d'accord;
C'est le but où je tends d'un patient effort,
Et je demanderai la main de Cyprienne
Le jour où je tiendrai ma fortune en la mienne.
Mais pas avant ; je suis sur ce point affermi.
LA CUISINIÈRE, entrant par la droite.
Une lettre pour vous.
Elle Mit.
PHILIPPE
De Joulin.
Il lit.
« Cher ami, L'affaire Durousseau pousse une belle tige : J'apprends qu'en dépouillant l'héritage en litige On trouve des valeurs pour six cent mille francs. Bonne aubaine pour vous comme pour les parents; Votre adversaire appelle... » Ah! ma fortune est faite! J'ai le pied sur l'échelle et peux monter au faite! Cette fois, le procès retentira partout, Eh parbleu! je franchis deux échelons d'un coup, Car, au palais posé, je deviens sans conteste Avocat du chemin de Louvain... et le reste! Hein, dis-donci Si j'avais souffleté Mamignon! Mais comprends-tu ma joie? 0 mon piocès mignon! Je puis avant un an épouser Cyprienne !
M ATII ILDE.
Pourquoi pas sur-le-champ?
PHILIPPE
Tu reprends ton antienne.
Mais, chère sœur, il faut nous assurer d'abord Que ce bon coup de vent durera jusqu'au port.
MATHILDt.
Et, s'il ne dure pas, ta passion renonce?...
PHILIPPE
Elle attend.
MATHILDE
Est-ce là ta dernière réponse?
PHILIPPE
Oiii, certe, et je la tiens pour conforme au bon sens.
MATHILDE
Engage l'avenir, du moins.