‹ La pierre de toucheChapitre 260 sur 295 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

CYPRIENNE

Voilà beaucoup dire en un mot.

Avec cent mille écus, une jeune personne Est, sans plus d'examen, aussi belle que bonne. Ce mariage-là n'a rien d'aventureux.

Je te fais compliment. Tu seras très-heureux.

PHILIPPE

Tu me méprises!

CYPRIENNE

Moi?

PHir.ippE.

Je pourrais me défendre; Mais tu n'as pas assez vécu pour me comprendre.

CYPRIENNE

Ah! je demande à Dieu de ne pas vivre assez Pour comprendre jamais tes calculs insensés ! Va, mes illusions me font moins de mensonges Que les réalités auxquelles tu te plonges; Leurs déceptions même et leurs déchirements Sont plus près du bonheur que tes contentements. Car ce qu'il te convient d'appeler la sagesse N'est que la cicatrice, hélas! de ta jeunesse, Et tu me fais l'eiTet de ces lâches soldats Qui pour ne pas servir se mutilent un bras!

PHILIPPE

Ton mépris a raison, je suis un misérable !

Je pouvais épouser une iille adorable,

J'aimais, j'étais aimé..., j'aurais pu l'être au moins!

J'avais de quoi suflire à nos premiers besoins.

De quoi même être heureux et riche à la campagne,

Puisqu'en eflet Paris pour le pauvre est un bagne...

Dieu m'accordait ainsi plus qu'il ne m'était dû;

Mais j'ai voulu doubler mon lot, j'ai tout perdu'

CYPRIENNE

Que veux-tu dire?

PHILIPPE

Quoi? ne sais- tu rien encore?

N'aurait-on pas reçu ma lettre?

CYPRIENNE

Je l'ignore.

PHILIPPE

Eh bien, le jeu m'a pris — pris en un tour de main - Cinquante mille francs, tout mon avoir, mon pain.

CYPRIENNE

Quel besoin avais-tu de faire une fortune, Puisque ton mariage allait t'en donner une?

PHILIPPE

Je voulais me garder à celle que j'aimais, Et je la perds ainsi, je la perds à jamais!

CYPUIENNE.

Vraiment, c'est un beau trait de tendresse et d'audace Que de l'avoir ainsi jouée à pile ou face! Mais ne regrette pas de n'avoir pas gagné : Pour peu qu'elle soit iière, elle aurait dédaigné Cet hommage d'un cœur qui consent à soumettre Son amour au hasard plutôt que son bien-être.

PHILIPPE

C'est vrai ! J'étais un lâche et je m'en aperçoi ! Et moi qui croyais faire un grand acte de foi 1 Mol qui m'imaginais payer à ce que j'aime J>'héroïque tribut d'une lutte suprême!

CYPRIEXNK.

Le croyais-tu, Philippe ?

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