‹ La pierre de toucheChapitre 261 sur 295 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

PHILIPPE

Ah! tu peux en douter!

C'est vrai! je t'ai donné droit de tout suspecter!

CYPRIENNE, après iin silence, très-émue.

Tu l'aimais donc vraiment, la pauvre abandonnée, Pour avoir tant lutté contre sa destinée? L'adieu désespéré que tu lui fais ainsi Doit mettre un peu de baume à son cruel souci... C'est bien ! tu lui devais cette dernière preuve, Fiancé de son cœur dont elle reste veuve; Et dans sa solituda un noble souvenir Du rêve mutuel pourra l'entretenir!

Non, non, qu'elle m'oublie. En mon aveugle rage,

Contre mon amour seul j'ai trouvé du courage !

Insensé! le bonheur sur mon fatal chemin

Me demandait l'aumône en me tendant la main.

Et je ne reconnais le mendiant sublime

Qu'après avoir ouvert entre nous un abime.

J'ai mérité mon sort, moi! — Mais ce cœur charmant

Sur qui par contre-coup tombe mon châtiment,

Puisse -t-il me haïr!

CYPRIENNE

Te haïr! toi? mon frère!

0 Philippe, ma part de bonheur sur la terre Je ne demande à Dieu que de te la donner! Va! j'étais dès longtemps prête à te pardonner. Puisse cette étrangère à qui tu t'associes Faire mentir un jour mes tristes prophéties ; Près d'elle puisses-tu goûter quelque douceur, Et je la chcrirai comme ma propre sœur! Tout mon amour éteint dans ce vœu se résume, Et je viens d'épancher ma dernière amertume. Je te parle à présent d'un cœur bien aflérmi :

Donne la main, Philippe, à ton meilleur ami.

Elle lui teud la main; Philippe la prend en baissant les yeux, et, après uu moment d'hésitation, attire Cyprienne dans ses bras.

Cyprienne! ô mon âme, ô mon trésor céleste! Je t'aime éperdumcnî ; que m'importe le reste!

CTPRIENNE, se dégageant.

Laisse-moi!

PHILIPPE

Non, non, non! à toi de triompher.

C'est trop souffrir, c'est trop me vaincre et m'étouffer ! Que l'incendie éclate et qu'il me purifie De tout ce qui n'est pas ta pensée, ù ma vie! Ah! quelle volupté, quel sauvage plaisir De se jeter à corps perdu dans son désir! Chère femme !

CYPRIENNE

Tais-toi!...

PHILIPPE

Je t'aime, oh! oui, je t'aime!

CYPRIENNE

Non... ne t'engage pas... es- tu sur de toi-même?

PHILIPPE, se jetant à ses pieds*

Regarde dans mes yeux si je mens!

CYPRIENNE, très-tronblée.

Lève- toi...

Allons-nous-en d'ici... «

PHILIPPE

Non, reste, réponds-moi...

Dis-moi que tu consens à devenir ma femme, Ma Cyprienne!

Page 1