ACTE DEUXIÈME. il
DOROTHÉE
Mais, maman, quand vous vouliez me faire épouser le comte Sigismond, vous me disiez qu'une fois veuve, j'épouserais Conrad.
LA. MARGRAVE
Êtes-vous veuve?
DOROTHÉE
Ce n'est pas ma faute si je ne le suis pas.
LA MARGRAVE
Est-ce la mienne?
DOROTHÉE
Non, maman; mais...
LA MARGRAVE
Vous êtes sous mon autorité, et, sachez-le, jamais la margrave de Rosenfeld ne jettera sa fille, une des plus riches et des plus nohles héritières d'Allemagne, à la tète d'un petit lieutenant de chevau-légers.
DOROTHÉE
Puisque je l'aime!
LA MARGRAVE
C'est son uniforme que vous aimez.
DOROTHÉE
Il est bleu de ciel !
Bleu de ciel, ou bleu de Prusse, vous ferez ce que je jugerai convenable. Vous avez assez d'esprit, Dorothée, pour savoir que vous n'en avez pas?
DOROTHÉE
Oh! oui, maman.
LA MARGRAVE
Reposez-vous donc sur moi du soin de votre bonhenr. Vous épouserez un conseiller aulique, ou bien un feld-maréclial. Soyez raisonnable, et je vous laisserai arranger ce château à votre fantaisie.
DOROTHnE.
Vrai, maman?
LA MARGRAVE
Je vous le promets..
DOROTHÉE
C'est moi qui choisirai les tentures?
LA MARGRAVE
Vous seule.
DOROTHÉE
Eh bien, alors, ce salon sera bleu de ciel.