ACTE CINQUIÈME
Sl'lRGÈL.
Mais il n'a pas le sou.
FnAXTZ.
Tant pis pour lui !
Je lui ai écrit tes intentions à son égard.
FPANTZ.
Mes intentions?
SPIEGEL
Ne veux-tu pas lui envoyer dix mille florins?
FRANTZ
Moi? Je n'ai pas parlé de cela.
SPIEGEL
Tu as la mémoire courte. Tu ne te souviens pas de ce que tu disais dans notre atelier? « Si je devenais riche, je ferais jouer ma symphonie sur un théâtre à moi. »
FRANTZ
Bon, bon!
SPIEGEL
« J'enverrais dix mille florins à Herniann. »
FRANTZ
Dix mille seulement? Es-tu sur que ce ne soit pas cent mille ?
SPIEGEL
Je n'ai entendu que dix mille ; mais tu as le droit d'envoyer davantage... tu es assez riche.
FRANTZ
Riche, moi? Je n'ai pas un écu disponible ; j'ai payé quatre-vingt-douze mille florins de legs; la succession a trois
procès en train; il faut réparer la toiture du château qui menace ruine; tout mon revenu se trouve absorbé.
SPIEGEL, mettant la maia à sa pouhe.
C'est triste. Veux-tu que je te prête quelque monnaie?
FRANTZ
Je n'ai pas dix mille florins à jeter par la fenêtre.
SPIEGEL
Il faut donc qu'Hermann meure de faim?
FRANTZ
Est-ce qu'on meurt de faim? C'est une phrase inventée par les paresseux. Je ne veux pas être la vache à lait de tous les bohémiens que j'ai connus. J'aime les arts, j'entends protéger les artistes, mais les véritables artistes, et non pas ces fainéants qui abritent leur paresse sous une prétendue vocation. S'ils ont du talent, qu'ils travaillent et ils s'enrichiront.
SPIEGEL
Comme toi, n'est-ce pas? (Entre FréJérique, qui s'arrête au fond de U scène et écoute, les bras croisés sur sa poitrine.) N'en parlons plus!
J'enverrai la somme à Hermann sur le legs du comte Sigismond. Toute sa fortune n'est pas tombée en mauvaises mains.
FRANTZ
Voyons, puisque tu le veux absolument, je m'exécuterai.
SPIEGEL
Il est trop tard. Tu as dit un mot de trop. Hermann ne peut plus rien accepter de toi.
FhANTZ.
Parbleu! pour un mot qui m'est échappé.