LA PIÉTÉ RÉFORMÉE AE A
cousins, et qu'ils se puissent nommer de quelque lignée
de la quelle ils soyent descendus ; mais si est-ce qu'ily
a encores quelque communauté en général, que tous d'u hommes doivent penser qu’ils sont formez à l’image de L Dieu, qu’ils ont une nature commune entre eux. Et les A payens ont bien cognu cela. Ainsi donc quand nous AE c n’aurons quelque discrétion pour nous maintenir en paix et concorde, pour rendre le droit à un chacun, sans ravir le bien d’autruy, sans faire aucune extorsion ni excez, nous pervertissons l’ordre de nature, nous sommes pires que les bestes sauvages qui s’entre: cognoissent quand elles sont d’une espèce. Car les | loups ne se font pas tant la guerre que font les hommes. ÿs Et ainsi apprenons, encores qu’ils n’y ait point de ie lignage prochain entre nous, toutefois estans hommes
nous devons avoir quelque lien de communauté, nous È 160 devons avoir quelque amour fraternelle. Ne
Mais il y ha une autre considération entre les chres- : pu Gr
tiens : car ils sont adoptez de Dieu, afin de vivre en sa Na
maison. Et cela doit plus valloir que tout parentage ÉA 5 terrestre. Car quand Dieu nous déclaire qu’il nous veut % ? HN recueillir à soy, pource qu’estans de son Eglise, nous
| sommes comme ses propres enfans, en parlans comme On d’une bouche, nous disons : Nostre Père, et cependant res
que nous soyons comme chiens et chats, cela se peut-il . SEA
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nullement comporter, voire, attendu que nous ne le u pouvons pas réclamer nostre Père, que nous ne soyons … e gouvernez par son Sainct-Esprit!... Et d’autre costé, à » | quel titre pouvons-nous avoir un tel bien et honneur, à
d’estre enfans de Dieu, si nous ne sommes membres de Jésus-Christ? Or, nous ne sommes point de son corps, sinon à ce titre que j’ay dit. Quiconques donc outrage son prochain, quiconques n’ha nulle humanité ne pitié, quiconques ne demande qu’àravir,et à attraper de toutes pars, celuy-là, en tant qu’en luy est, deschire Jésus-Christ par pièces. (Opera, XxY1I, p. 8, 9).
Notons que d'autant que Dieu nous a conjoints, qu’il nous faut vivre paisiblement et en fraternité les uns avec les autres. Nous ne serons pas tous parens selon la chair ; mais si est-ce qu’il y ha encores quelque union entre le genre humain, que nous ne devons jamaisnous estrangerentellesorte,qu'iln’yaittousjours quelque communauté. Et surtout, d’autant que nous sommes tous formez à une semblance, et que nous cognoissons en la personne des hommes comme nostre chair, et nos os... Mais voilà l’image de Dieu qui reluit en tous hommes. Et n'est-ce pas raison que nous luy portions cest honneur-là, de l’honorer par tout où elle se déclare ? Et puis, pour ce que Dieu nous a appellez à sa cognissance, qu'il veut que nous l’invoquions comme père, qu'il a voulu que nous ayons la marque du Baptesme, que nous soyons comme entez au corps de nostre Seigneur Jésus-Christ, qu’il nous ouvre son royaume pour nous y retirer comme en nostre héritage commun, quand tout cela est, ne faut-il pas que nous soyons pires que bestes, si nous n’avons quelque humanité entre nous pour estre frères, et pour nous nous abs-
tenir de toutes nuissances et extorsions. (1bid., p.19-20.)
Advisons donc que pour advancer le royaume de nostre Seigneur Jésus-Christ, et le salut de tous les siens, pour édifier son Eglise, pour faire prospérer l’évangile, et florir, qu'il ne faut pointseulement qu’un chascun besongne à part; mais que nous accordions, et que nous allions d’un lien commun, et qu'un chascun tasche de servir à ceux qui ont besoin de son aide. Et ainsi nous voyons, que tous tous ceux qui veulent ainsi bastir à part, ne font que confusion. (Ibid, p. 71.)
Le nouvel Israël
Dieu s’est monstré sévère contre les enfans d'Israël: Appliquons ceste doctrine à nous, d'autant que nous sommes succédez en leur place. Nous avons desjà veu par ci devant que Dieu les avoit retranchez, et nous avons esté comme entez, afin que nous soyons participans de l'adoption qui leur appartenvit. (Opera, XXIX, P: 18.)
Peuple élu.
Dieu donnera à son peuple quelque marque pour monstrer qu'il est privilégié par-dessus tous hommes...
Non seulement Dieu nous a créez du sang commun et de la compagnie de tous les fils d'Adam, mais il nous a choisis à soy pour son héritage, et nous ne devons point douter qu’il ne veille sur nous, et qu’il ne nous face sentir que nous sommes ses domestiques... Pourquoy sommes-nous préférez à ceux qui sont descendus d’une mesme race ? C’est pour l'élection de Dieu... Il nous tient et advoue de la maison... Nous luy sommes un peuple sainct. (Opera, XXVIr1, p. 371, 372.)
Gloire du fidèle.
Je seray méprisé selon le monde, je n’auray ni estat, ni office ; on se mocque de moy. Ouy, mais cependant mon Dieu m’a choisi pour estre son héritier, voire pour estre participant de sa gloire; je suis membre de son Fils unique ; les anges me recognoissent et avouent de leur rang comme ayans fraternité avec moy; il faut donc que je porte patiemment le mépris du monde,que je n'appele pas ici d’estre glorifié. (Opera, Lur, p. 551.)
Les étoiles du ciel.
Encores que nous soions les plus malotrus du monde, qu’on se moque de nous, qu’on nous crache au visage, il ne faut point craindre les opprobes de ce monde. Pourquoy? Pour ce que nous sommes acomparés aux estoiles du ciel. Que les ennemis de Dieu facent du pis qu’ils pourront, qu'il attentent et ceci et cela, à l’encontre de nous, si est-ce qu’ils ne pourront pas attaindre jusques à nous, car nous sommes comme les estoiles du ciel. Que les meschans nous imposent tant de calomnies qu’ils voudront, qu’ils nous injurient et outragent, si est-ceque le nom, que Dieu nous a imposé, ne sera jamais effacé pour eux, et Dieu monstrera à la fin que nous aurons esté estoiles luisantes. Combien qu'ici bas les meschans, qui sont comme chiens et pourceaux, nous foulent aux pieds, tant y ha que Dieu nous retirera à soy, et montrera que nous luy sommes comme estoiles du ciel. (Opera, xLI, p. 493.)