MENT ER GO LA PIÉTÉ RÉFORMÉE
Pureté de Morale.
Dieu ne regarde pas ce que nous pouvons, et ce que % : nostre vestu porte; mais il regarde en quoy nous luy. j' sommes obligez; il regarde aussi bien ceste intégrité … qui est hors de nous. Voilà ce que nous avons à obser-
ver. Et c’est ce qui abuse les papistes. Car ils ont ce.
principe entre eux, que la loy de Dieu n’est point im=. rDIe aux hommes. (Opera, XXVI, p. 379. )
que nous aurons prié Dieu nous levans du matin, qu al long du jour nous n’aurons fait tort à personne, que
nous n’aurons ne perse, ne yon ni | injurié
qui estoyent en nécessité, et que nous aurons travai lé de nous appliquer à ce que Dieu nous commande, qi nous aurons servi de quelque chose à celuy qui e avoit besoin, quand ce vient à la Aus nous cuide as
refroidir et que nous n’allons point au service de Dieu si ardemment qu’il seroit requis.
Or, voici qui nous resveillera d’une telle folie: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. Et en quellesorte? Est-ce selon nostre mesure ? Nenni, non. Mais de tout nostre cœur, de tout nostre âme, et de toute nostre force. Hélas, ne voit-on pas que nous sommes encores bien loin de nous acquitter de la centiesme partie de nostre devoir ? Outre ce que nous avons dit qu’il faut condamner, il faut que chacun se sollicite : Et que fais-tu povre créature? T’appliques-tu à bien faire, quand Dieu t'exhorte si soigneusement ? Et cependant tu vois qu'à grand peine as-tu commencé! Voilà donc comment ce passage nous doit venir en mémoire, afin de nous enflammer en l’amour de Dieu, veu que nous sommes encores tant eslongnez de la perfection qu’il requiert de nous, et qu’il nous commande. (Jbid., p. 437, 433.)
Saint Paul... pensoit bien estre juste... Quand Dieu a eu pitié de luy, il luy a ouvert les yeux, et luy a fait comprendre ce qui est contenu en ce dernier mot : «Tu convoiteras point.» Voilà comme saint Paul a commencé d'apprendre la loy, en laquelle auparavant il avoit esté docteur. (Jbid., p. 373).
Si je conçoy quelque cupidité mauvaise... encores que je n’y adhère point du tout, ne voilà point desjà une partie de mon sens qui est corrompue? (Jbid., p. 375).
Dieu n’a point seulement condamné les volontez
mauvaises, mais aussi toutes convoitises qui nous s0licitent à mal. (Jbid., p. 376.)
Si un homme conçoit seulement une pensée, et que non seulement il n'y veuille point adhérer, mais qu’il la déteste, devant que jamais il en ait senti quelque aiguillon, assavoir si cela est péché ?
[Premier degré]. — Il se pourra faire qu’un homme contemplant ou la maison d’autruy, ou une possession, qu'il conçoive une fantasie volage ; et là-dessus toutesfois il n'est nullement esmeu en son cœur ; il n’a point de désir pour dire: Je voudroye que cela fust mien, mais il passe outre, et voit que c’est une vanité; il ne peut pas empêcher ce qui luy viendra au devant ; mais combien qu’il n’y ait nulle mauvaise affection, si estce encores que là Dieu nous admonneste de l’infirmité qui est en nous, et nous faut humilier et gémir, et cognoistre que desjà c’est un vice pour lequel nous serions à condamner. Car regardons si cela se trouvera aux anges de paradis? Il est bien certain que non; et la justice des anges à grand'peine suffira-elle pour respondre à la loy de Dieu.
Or, il y a le second degré: c’est quand nous neconcevons pas seulement en nostre esprit une chose mauvaise, qu'un object ne nous viendra point au devant seulement, mais que nous en serons aucunement esmeus, que nous sentirons là quelque aiïguillon de Satan qui nous picque, le péché est alors conceu, c’està-dire combien qu'il n’y ait point consentement (qu'on appelle) et volonté résolue, si est-ce que voilà un
péché formé devant Dieu, et est damnable. (Jbid., p. 380.)
Encores qu’il n’y ait point acte extérieur, Il y a trois degrez en un vice. — Le premier est une imagination volage qu'un homme conçoit quand il regarde quelque chose. Il luy viendra en phantasie cecy ou cela. Ou bien, encores qu’il ne voye rien, si est-ce que son esprit est tant agile au mal, qu’il sera transporté cà et là, et luy viendra beaucoup de phantasies au cerveau. Or, il est certain que cela est vicieux. Mais il ne nous est point imputé à péché. — Il y a le second degré maintenant, c’est qu'après avoir conceu une phantasie, nous sommes aucunement chatouillez, et sentons que nostre volonté tire là. Et encores qu’il n’y ait point de consentement ne d'accord, tant y a qu’il y a là dedans quelque pointure pour nous soliciter. Or, voilà un péché mauvais, et qui est comme conceu. — Il y a puis après le consentement, quand nous avons une volonté arrestée, et qu’il ne tiendroit pas à nous que le mal ne se fist si l’occasion s’y adonnoit. Alors voilà le troisième degré, et alors le péché est formé en nous, combien que l’acte ne soit point au dehors. (Opera, XXXIV, p. 623.)
Les papistes disent bien que si un homme consent au mal, c’est-à-dire, qu’il appette tellement le mal, qu’il soit tout résolu de mal faire si l’occasion y estoit, Ô ils confessent que c’est un péché qui est à condamner. Mais si un homme a quelque mauvais appétit, moyen-
nant qu’il ne s’y accorde point du tout, les papistes
disent que ce n'est pes pesuss Voilà un Plespiese osé |
Dieu n’a point limité l'amour que nous luy devons seu lement en nos cœurs et en nos affections. Mais il dit, qu'il faut que nos esprits et nos sens s’appliquenta ussi $ bien là, et toutes nos forces, c’est-à-dire toutes les facultez et vertus qui sont en nostre nature. Or, maintenant si un homme conçoit quelque mal, combien qu'il. ne s’y accorde pas du tout, et que son affection ne so point là pleinement ordonnée, je vous prie, aimera- 14 Dieu de tout son entendement? Nenni. Celuy qui aura
qu’au reste il s’efforce d'accomplir la loy, aimer ÿ Dieu comme il doit? Il est certain que non. Avid. p. 626.)
La Morale angélique.
Dieu trouve défaut aux anges combien qu'ils : ses serviteurs...
Le service des anges est parfait, selon qu'il estre aux créatures...
Il y aura aux anges une pérfection, voire com Le aux créatures ; mais quand ce vient à Dieu ceste
tion là est comme engloutie, ainsi que les estoiles n’apparoissent plus quand le soleil donne sa clarté. (Opera, xxxn1, p. 207, 208.)
Nous demandons d’estre conforme aux anges ; et cela nous doit bien suffire, car alors nous aurions une perfection telle qu’elle doit être aux créatures. Voire, mais assavoir si les anges ont une justice qui se puisse égaler et accomparer à celle de Dieu? Il y a aussi longue distance qu'entre le ciel et la terre. La justice des anges combien qu'elle soit parfaite au regard des créatures, si est-ce que ce n'est rien, ce n’est que fumée quand on voudra venir devant la majesté infinie de Dieu. (Jbid., p. 496.)
[Pour être justifiés] il faut que les hommes soyent plus nets et plus purs que les anges, il faut qu’ils surmontent la clarté du soleil et des estoilles, veu que les cieux mesmes sont infects devant Dieu, quand on voudra faire comparaison. (Zbid., p. 725.)
Il n'y a nulle tache dans les anges, ne macule, tous leurs désirs ne s’adonnent qu’à ce but que Dieu soit servi et honoré; ils s’'employent là entièrement. Et ainsi selon la justice de la loy, Dieu les accepte... Mais il y a une justice plus haute en Dieu laquelle surmonte toutes créatures, qu'il n'y a anges qui y puissent satisfaire, et ne se faut point esbahir de cela : car quelle comparaison y a-t-il d’une chose infinie à celle qui est finie? Voilà les anges, combien qu’il y ait une gloire grande en eux, toutes fois est-ce qu'ils sont créatures. Et qu'est-ce de Dieu? C’est une chose infinie,
que quand nous y pensons il faut que nous soyons ravis en estonnement. Ainsi donc, ne nous eshabissons point que la justice de Dieu soit si haut, que quand toutes créatures viendront là, lors tout ce qui sera trouvé en elle ne sera rien, mais mériteront d'estre anéantis.….
Tant s’en faut que nous y puissions subsister, que les anges mesmes de Paradis y sont confus.
Quand on voudra comparer ce qui est aux créatures avec ce qui est en Dieu, on trouvera que l’un est rien et l’autre est tout.{/bid., p. 726.)
Quand nous serions plus juste que les anges de Paradis, quand nous serions plus nets et plus purs que les cieux, ce ne sera encore rien de tout ce que nous cuidons avoir...
Mais encore n’allons point à ceste justice si parfaite ; venons seulement à cesle justice moyenne que Dieu nous a déclarée. (Ibid., 727.)
Pas de morale indépendante.
D'autant qu’il y a deux poincts principaux en nostre vie, Nostre Seigneur a divisé sa loy en deux tables ; c’est assavoir, que nous sachions comment il nous faut gouverner envers luy, et puis comment nous avons à converser avec nos prochains. L'homme veut-il bien
reigler sa vie en toute perfection ? En premier lieu il faut qu’il s’'adonne au service de Dieu, qu’il sache que c’est que Dieu demande et approuve, et puis que nous vivions en telle droiture et équité avec nos prochains, que nous monstrions par cela que nous sommes vrais enfants de Dieu....
Mais notons que Dieu n’a point séparé les deux tables. Il les a bien distinguées, mais il n’a point baillé aux uns la première table, et aux autres la seconde. Il a dit : voici ma loy, et faut que ce que j’ay conjoint, soit inséparable. Il est vray qu’il vous faut estre admonestez de la charité que vous devez à vos prochains, pour lasuyvre.Mais tant y a que vous estans acquittez d'un poinct, il vous faut aussi conformer à l’autre, et ne faut point que vous soyez nonchallans de cheminer en toute droiture et équité, quand vous aurez monstré grande dévotion pour m’adorer, et pour me servir. (Opera, XXVI, p. 392, 393.)
Solidarité, Fraternité.
Il faut que nous ayons une conjonction et une affinité universelle. Car nous sçavons que nous sommes créez à l’image de Dieu, que nous sommes, une mesme chair, je di tout le genre humain. (Opera Li, p. 474.)
Si Dieu nous eust voulu tenir chacun à part, et bien,
nous n’aurions pas ceste nécessité qui nous contraint de converser les uns avec les autres ; mais maugré qu’en ayent les hommes, si faut-il qu'ils communiquent ensemble. Voilà donc où il nous faut revenir, voire et cognoistre que Dieu nous a voulu faire comme membres d'un corps... Quand nous aurons ce regard-là, chacun conclura puis après: je voy mon prochain qui a faute de moy ; si j’estoye en telle extrémité, je voudroye estre secouru, il faut donc que je face le face le semblable. (/bid, p. 639, 640.)
Encores que les gens vous soyent incogneus, dit Dieu, si faut-il que vous preniez peine à leur conserver leur droict et leur substance. Car je veux que les hommes ayent ce lien entre eux, et qu’ils soyent ainsi conjoints, et qu’un chacun se rende detteur volontaire. Combien qu'on ne vous pourroit point amener devant la justice terrienne, pour vous y contraindre, tant y a qu'un chacun doit estre induit à cela, et que vous cognoissiez que je veux qu’on exerce telle charité entre vous...
.…. Voilà un povre homme qui n’en pourra plus, etila besongne de mon aide : je l’abandonne. Ceste cruautélà est-elle excusable devant Dieu? Si je ne me suis acquitté envers une beste brute, me voilà condamné; et que sera-ce quand j’auray délaissé mon image et celle de Dieu, quand un povre homme aura esté oppri-
mé, et qu'il n’aura point esté secouru par moy; je tor-. cheray ma bouche comme si je n’avoye commis aucune offense.…. Or, il n’est ici parlé que de Frère... Qui sont
les frères dont Dieu parle ici? L'exposition nous en est donnée au 23 chapitre de l’'Exode, où ilest dit : Sil'asne ou le bœufde ton ennemi est tombé, que tu le redresses, que tu faces le profit de celuy qui te haït, et qui ne cherche que ton dommage. Voilà donc qui sont nos frères ; c'est assavoir nos ennemis et ceux qui nous persécutent, ceux qui voudroyent nous avoir mangé. Si faut-il encores que nous gardions fraternité avec eux... Quand Dieu a institué proximité entre nous, c’a esté à ceste condition, qu’encores qu’un homme s’en rende indigne, nous ne laissions pas de luy faire tout le bien qu'il sera possible. Et ainsi le lien de parentage qui a esté ainsi ordonné de Dieu, ne peut estre violé en façon que ce soit. Quand un homme seroit le plus desbordé qu'on pourroit dire, encores faut-il que nous le traittions comme nostre prochain... Autant d'hommes qu’il y a au monde, ce sont vos prochains. (Opera, xXXVIN, p. 9-16).
Dieu, combien qu’il ait son honneur pour recommandé, a dit néantmoins qu’il n’estimoit pas tant tous les sacrifices qu’on luy fera, que la miséricorde qui sera exercée envers les hommes. (Jbid., p.175).
Quant à ceste fraternité, Dieu veut que nous soyons esmeus, qu'il y ait quelque lien qui nous conjoigne, que nature nous induise à estre humains les uns envers les autres, et qu’il nous retienne aussi à ce que nous ne facions ne tort, ni injure à nul qui soit. Vray est qu'il n’y aura point de parentage charnel entre tous hommes, pour estre si prochains, qu'ils puissent dire