PLEURÉSIE
L’effet spoliatif de la pilocarpine indiquait son emploi dans les épanchements des séreuses, comme dans toute hydropisie. Wemaere rapporte le cas d’un malade atteint d’arttrite blennorrhagique du genou droit, laquelle avait résisté à la compression, à la teinture d’iode, et qui céda rapidement à une administration de 4 gr. de feuilles de jaborandi en infusion. Ce médicament devait naturellement agir dans la pleurésie ; aussi une foule de tentatives furent faites avec des succès nombreux
* M. le D*" Grasset a publié dans le Journ, de thérap. du
10 avril 1876, cinq cas d’épanchement pleurétique, traités par le jaborandi.
Dans les cinq cas, dit l’auteur, l’amélioration produite par l’infusion a été incontestable et rapide. L’action du médicament, prompte dans ses effets, s’est souvent vite épuisée ; des rechutes fréquentes ont été observées ; le jaborandi, administré de nouveau dans ces "cas, a en, de nouveau, de bons effets; et dans les cinq observations, le liquide a disparu sous l’influence de ce traitement exclusif.
Quand l’épanchemént est résorbé , et quand les frottements apparaissent, l’action du remède a semblé devenir inefficace ; c’est au traitement tonique par le quinquina, aux applications locales de teinture d’iode, qu’il faudrait alors avoir recours. Les observations de M. Grasset portent sur des cas de pleurésie sans fièvre ni signes d’inflammation qui exigent ordinairement plusieurs vésicatoires pour disparaître.
Wemaere, au contraire, a presque toujours eu affaire à à des pleurésies avec « réaction fébrile assez intense, et » néanmoins le jaborandi a toujours été aussi efficace, si
les frottements pleuraux ont quelquefois persisté assez ” longtemps, l’épanchement a toujours disparu rapi- >" dement.
Deux doses de jaborandi sufl&saient pour amener la guérison; la fièvre était en même temps diminuée et l’on n’observait pas ces rechutes que signale Grasset dans les épanchements non inflammatoires. Ici , le médicament paraît plus efficace. Pour Wemaere, les pleurésies diathébisues sei'aient peu ou pas modifiées.
Les 10 et 24 mars 1875, M. Créquy communiquait la société de thérapeutique deux cas de guérison : l’un était une pleurésie qui avait résisté trois semaines aux visicatoires et aux diurétiques, et qui disparut en 12 jours avecle jaborandi ; le second était une pleuro-pileuraoniequi guérit en 15 jours avec deux doses.
Gubler le recommande pour les pleurésies au début, et Robin cite, d’après le D*’ Maillart, un cas d’amélioration d’accidents asphyxiques, dans un cas de pleurésie diaphragmatique qui s’était compliqué de catharrhe des petites bronches et de catarrhe suffocant. M. Vulpian, en 1875, a vu disparaître rapidement une pleurésie au début, chez un jeune homme de 18 ans , avec l’infusion de feuilles de jaborandi. « Ces documents sont peu concluants, « car ils s’adressent souvent à des plcuro-pneumonies qui » se seraient peut-être résolues seules. ^ (Wemaere). M. Vulpian; « Pour dire mon opinion avec franchise , « les phlegmasies catarrhales des voies respiratoires et » les inflammations des membranes séreuses à leur » première période, sont à peu près les seules sur lesquelles » le jaborandi ou son alcalo’ide, la pilocarpine, exerce une » influence incontestablement utile, et encore cette » influence n’est-elle pas constante. »
Tauleigne, dans sa thèse inaugurale, arrive aux mêmes conclusions. — Wemaere adopte la même manière de voir pour les cas aigus à frigore, mais il croit avec Grasset le médicament utile dans les épanchements non inflammatoires. Si le liquide se reproduit avec rapidité, il suffit d’insister sur l’administration du jaborandi pour le voir céder au bout d’un temps plus ou moins long. Dans le numéro de juin 1881 du Montpellier médical ,
M. Dupré donne l’observation d’un malade atteint de pleurésie rhumatismale, traitée par le jaborandi ; deux doses n’onl pas d’effet ; l’épanchement augmente. Application d’un vésicatoire, et quelques jours après on fait une injection de 1 centigr. de pilocarpine ; le lendemain, on constate une diminution dans la quantité du liquide épanché. La conclusion de l’auteur est que le jaborandi est dangereux au début des affections rhumatismales des séreuses ; « il semble même que ce remède a imprimé à « la séreuse pleurale une suractivité sécrétoire analogue à » celle de la peau. Mais des faits nombreux s’élèvent avec leurs résultats contre cette interprétation ; en outre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’une pleurésie à marche capricieuse, en sorte qu’il est difficile de conclure rigoureusement pour l’action du médicament.
Nous avons eu occasion de traiter, dans le service de notre maître, M. le professeur Desplats, plusieurs cas de pleurésie, mais nous n’avons pas eu le même bonheur que les auteurs que nous venons do citer.
OBSERVATION VI (Personnelle)
L..., M., âgée de 21 ans, servante, ressent, vers le 1®*’ avril, un point de côté à droite ; elle tousse, elle crache un peu ; et au moindre effort, au moindre mouvement qu’elle doit faire, elle est essoufflée ; elle ne peut se livrer à aucune occupation. Elle entre le 1 1 ; on constate de la matité en arrière et à gauche, dans la partie inférieure du thorax, remontant jusqu’au milieu de l’omoplate ; dans la même étendue, absence de murmure vésiculaire, pas de souffle, diminution seulement des vibrations vocales. En avant, on trouve une matité, qui atteint presque la clavicule, sous laquelle il y a de la submatité. A ce niveau, souffle doux, à la base, pas de
bruif, respiratoire. Le cœur est refoulé à droite, la pointe répond au bord droit de l’appendice xyphoïde. Pas de fièvre.
13 avril. — On retire après une ponction, 1200 gr. de liquide séro-fibrineux ; le murmure vésiculaire s’entend alors jusqu’à la base en arrière, et la matité a fait place à de la submatité.
18 avril. — La matité existe de nouveau et occupe le 2/3 inférieurs ; la respiration s’entend encore jusqu’à la base, mais très faiblement, frottements pleuraux vers la partie moyenne. En avant, matité dans la moitié inférieure. Injection de 15 milligr. de pilocarpine ; effets physiologiques assez marqués. Chiendent nitré à 4 grammes.
Les injections sont répétées le 21 et le 22, mais la sudation est moins abondante.
23 avril. — On supprime le chiendent nitré qui n’a pas augmenté la diurée. — L’épanchement est diminué beaucoup ; la malade se trouve très bien.
24, 25 et 26 avril, elle a une injection de 0 gr. 02 ; elle sue et crache beaucoup.
27 avril. — Submatité à la base en arrière ; on entend partout le murmure vésiculaire, mais un peu obscur, près du diaphragme, frottements pleuraux ; vibrations égales des deux côtés. — Il doit persister un épaississement de la paroi. — En avant, absence complète de signes de pleurésie. Elle sort le 3 mai.
Il est incontestable qu’ici la sudation a eu une action bienfaisante ; car le nitre a produit peu d’etFets, et l’amélioration a été surtout rapide et marquée, depuis sa suppresion, alors qu’on a donné 2 centigr. de pilocarpine.
OBSERVATION VII (Personnelle).