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ACTION SUR L'APPAREIL CIRCULATOIRE

A peine l’injection hypodermique est-elle faite (nous avons employé comme dose 0 gr. 015 à 0,02) que le pouls devient plus rapide, plus ample, plus fort et presque bondissant : il rappelle le pouls de Corrigan. — Bientôt le malade lui-même a conscience de ces modifications par la perception des battements des temporales, la sensation de chaleur, de tension qu’il éprouve. — L’action commence à devenir sensible avant que la deuxième minute ne soit écoulée.

Au doigt, l’amplitude plus grande du pouls persiste.

en moyenne, de 15 à 20 minutes, après quoi elle diminue graduellement pour descendre au-dessous de ce qu’elle était auparavant. Au bout de une heure à une heure et demie, le pouls est devenu à peine perceptible ; après ce temps il se relève peu à peu, mais reste plus faible, plus dépressible pendant plusieurs heures. Quant à l’accélération, elle est assez inconstante. Nous allons donner trois cas qui résument à peu de chose près tout ce que nous avons noté : 1° Avant l’injection, P. 80; 5 minutes après, P. 96; 10 minutes après, P. 90; puis, diminution successive, au bout d’une heure, P. 76; — 2° Le pouls est resté tout le temps à 92; — 3° Avant P. 92, il monte à 96 pour descendre à 88. On le voit, il est assez difficile de conclure d’une manière claire et nette ; tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il y a accélération légère au début, puis diminution qui dure beaucoup plus. Mais il y a divergence notable entre les auteurs : pour Weber, l’accélération est de 5 à 10 pulsations; pour Pitois, elle serait de 1/3 ou même de 2/5 sur le nombre des battements primitifs. — Seuls, Rosenkrantz et Lohrisch avancent que le pouls conserve immuablement sa fréquence initiale. 11 existe à un moment qui n’a rien de fixe, dans le cours de l’action médicamenteuse, une arythmie plus ou moins marquée et le plus souvent passagère (Pétrina); elle est facile à constater sur les tracés sphygmographiques. « A hautes ” doses, on peut trouver un pouls très accéléré et en même « temps d’une petitesse qui nous fit craindre (c’était sur » nous-mêine) une sorte d’asystolie : il semblait alors » comme mourant, quand à grand peine on était parvenu à le percevoir. » (Pitois).

Nous avons pris plusieurs tracés ; mais comme ils sont semblables à tous ceux qui ont été publiés, nous avons cru inutile de les reproduire ici. Dans deux cas, nous avons eu affaire à des sujets qui ne suaient pas ; cependant ces graphiques sont de tous points semblables à ceux pris sur des gens qui suaient abondamment, La fréquence, comme nous l’avons constaté, n’à jamais été modifiée d’une façon constante, et, quand elle l’a été, le nombre des battements supplémentaires a été en général peu considérable avec les doses que nous avons employées.

L’eâet le plus important et aussi le plus intéressant, porte sur la contractilité du cœur. Nous allons donner ce que nous avons observé le plus communément. Le tracé a été pris avant l’injection ; 5 minutes après, l’ascension est plus droite, à peu près verticale et beaucoup plus haute, comme 1 est à 2. La tendance au plateau est moins marquée qu’avant l’effet de la pilocarpine, et la descente est beaucoup plus courte. — Mais laissons parler M. Gillet de Grandmont ; « Etant donné un pouls “ normal à 64... aussitôt l’injection faite, à mesure que “ les battements se précipitent, on voit la ligne ascendante « augmenter de hauteur jusqu’à égaler deux fois la ligne - ascendante primitive : et la ligne descendante, au lieu « de conserver la direction oblique, se rapprocher de la “ verticale et perdre toute trace de dicrotisme, de sorte « que la courbe ainsi décrite se rapproche sensiblement “ du triangle isocèle. »

Au bout de 10 minutes, le pouls offre encore les mêmes caractères, mais la ligne ascensionnelle, tout en restant droite, est un peu moins haute, et la ligne de descente, plus longue. Après 15 minutes, l’ascension n’est plus que

les 2/3, et la descente assez longue. Au bout de 30 minutes, ces caractères s’accusent davantage. A 45 minutes de l’injection , la contraction cardiaque est revenue ce qu’elle était avant l’action du médicament , avec cette différence que la première partie de la ligne do descente est plus verticale, ce qui indique une tension artérielle moindre. Une heure après le début, le tracé est à peu près rectiligne, mais il ne reste pas longtemps ainsi; au bout d’un quart d’heure, il commence à se relever ; une demi-heure après , il est notablement plus ample ; à l’obliquité plus grande et à la lenteur de la descente, 2 heures ou 2 heures et demie plus tard, on voit que la pression est plus forte qu’avant l’injection.

Riegel, de Berlin, admet aussi que, sous l’influence de la pilocarpine, la tension artérielle est amoindrie et l’activité cardiaque augmentée. Les recherches sphygmographiques de Bardenhewer lui ont permis de constater un abaissement de tension quelques minutes après l’injection, avant même que la diaphorèse n’existât. Kahler et Soyka se sont servis, pour leurs expériences, d’infusion de feuilles de jaborandi en injections intraveineuses chez le chien; avec de petites doses, l’abaissement de la pression sanguine ne s’accompagne pas de ralentissement du pouls; quelquefois, au contraire, il y a accélération. Ils concluent de là, comme A. Robin et Gillet de Grandmont, que rabaissement de la pression sanguine est expliquée par la dilatation vasculaire périphérique, ainsi que le témoignent la rougeur de la peau et la sensation de chaleur qui raccompagne. Cependant les deux auteurs allemands n’admettent pas ici une action paralysante sur les nerfs vaso-constricteurs , pour expli-

quer la sudation. C’est du reste ce que professait M. Vulpiau; et les études de Scocti sur l’état du fond de l’œil pendant l’action du jaborandi semblent combattre et renverser cette théorie de la dilatation vasculaire périphérique; il n’a jamais observé de modification dans l’état de réplétion des vaisseaux de la rétine.

En résumé, au début, énergie plus grande des contractions cardiaques, mais très passagère, car elle ne tarde pas à tomber à rien ou presque rien en une heure ou une heure et demie; on croirait voir un tracé, pris pendant un accès de colique saturnine ; puis il se relève rapidement. Le fait dominant est l’abaissement constant de la pression vasculaire pendant toute la durée de l’action du jaborandi, accompagnée souvent d’une arythmie plus ou moins marquée. Ce n’est qu’après que les phénomènes sécrétoires ont pris fin que la pression paraît augmenter un peu et dépasser légèrement celle qui existait avant l’expérience.

Nous venons d’étudier les effets sur le cœur sain ; nous ne pouvons laisser de côté les modifications imprimées par notre sudorifique sur le même organe malade. Il est assez facile, d’après ce que nous avons dit plus haut, de prévoir ce qui se passe. L’arythmie et l’abaissement de la pression artérielle sont les deux faits les plus importants ; on voit aisément quelles perturbations peuvent se produire toutes les fois qu’il y a tendance à l’irrégularité dans les battements du cœur et à la diminution de la pression intra-artérielle. « Il existe chez les cardiaques une » perturbation de tous les éléments de la pulsation :

^ c’est une véritable asystolie expérimentale d’une

» remarquable iutensité et d’une durée égale à celle de n la sudation dont elle suit en quelque sorte la marche. (Robin).

Donc contre-indication absolue dans les maladies des valvules, de l’endocarde et du muscle cardiaque, et surtout à la période d’asystolie (Robin, Kahler et Soyka).

Leyden conclut à l’innocuité du jaborandi dans les atfections du cœur, et recommande de l’employer contre les hydropisies cardiaques.

On peut, dans certains cas, passer outre sans danger, mais il faut user de doses faibles et surveiller avec soin son malade. Fraenkel a réussi dans un cas d’asystolie d’origine pulmonaire, et Rosenkrantz publie une observation très intéressante que nous avons trouvée dans la thèsè de M. Kercéa (1877) et dont nous donnons le résumé.

OBSERVATION I. — (Rosenkrantz.)

Le Rosenkrantz, de Berlin, a enaployé la pilocarpine chez une dame qui, sous le coup d’une insuffisance mitrale de vieille date et d’une néphrite parenchymateuse, présentait un œdème énorme de presque tout le corps, avec épanchements notables dans les principales séreuses. Les diurétiques et les drastiques avaient été employés sans résultat apparent, lorsque, le 1®'^ février, à 6 heures du soir, le Rosenkrantz pratique à la malade une injection souscutanée (au bras) de 0 gr. 06 de chlorhydrate de pilocarpine de Merk. -Presque immédiatement après l’injection survint une salivation abondante avec sécrétion exagérée de larmes. Il n’y eut pas de nausées ni de contractions dans le creux épigastrique, mais simplement de la constriction pharjmgée, due sans doute à ce que la quantité considérable de salive sécrétée s’écoulait en partie vers

l’épiglotte, dont l’irritation déterminait, par voie réflexe, la contraction des muscles du pharynx.

En même temps que se produisait la salivation, la peau se recouvrait de sueurs abondantes. Le pouls était devenu plein et dur, mais il conservait sa fréquence primitive. La salivation et la transpiration durèrent environ une heure et demie et furent suivies d’une amélioration de l’éiat subjectif de la malade. Le lendemain, l’urine devint plus rare. L’œdème ne fut presque pas influencé par la médication et l’ascite n’avait que peu diminué.

Le 3 février, à 6 heures 3/4 du soir, le Rosenkrantz injecta à sa malade une nouvelle dose égale à la première et qui fut suivie des mêmes effets. Il en fut de même d’une troisième et d’une quatrième injection pratiquée dans les quelques jours qui suivirent. Il est à noter qu’après chaque injection pratiquée le soir la malade dormait d’un sommeil profond, ce qui , sans cela , ne se produisait que quand on lui administrait des hypnotiques.

Comment expliquer ces divergences ? Peut-être s’est-oii exagéré le danger, car l’asystolie provoquée par la pilocarpine est passagère, fugitive ; une fois l’action diaphorétique passée, il n’en reste plus trace. N’a-t-on pas employé des doses trop considérables et trop souvent répétées. Enfin, est-il rigoureusement permis de conclure d’expériences faites sur l’iiomme sain ou sur les animaux , que, chez le malade, on obtiendra tel ou tel résultat mathématiquement ? Des faits contradictoires sont là, irrécusables. Il faut donc étudier plus à fond cette question, tenir compte des doses, des susceptibilités individuelles, de l’état du cœur, valvules, muscle, et aussi, s’il était possible, de son innervation, toutes conditions qui jouent un grand rôle. Nous ne pouvons apporter aucun élément, ajouter aucun fait qui fasse avancer la solution; le temps et les moyens nous ont fait défaut; nous le regrettons.

car il y a ici un double intérêt, à la fois scientifique et utilitaire.

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