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EFFETS PHYSIOLOGIQUES

Depuis la découverte de la pilocarpine, on ne fait plus guère usage de l’infusion de feuillés de jaborandi, mais comme les elFets de la plante d’un côté, et ceux de l’alcaloïde de l’autre, sont à peu près identiques, on peut se borner à décrire les phénomènes qui suivent l’administration du chlorhydrate de pilocarpine, en disant tout d’abord que les seules différences portent sur la tolérance ou l’intolérance gastrique, sur la rapidité plus ou moins grande dans l’apparition des effets, et sur leur durée, qui est abrégée ou prolongée.

Des malades pusillanimes redoutant la douleur de l’injection hypodermique, nous avons dû y suppléer par l’ingestion du médicament ; de la sorte nous avons été amené à étudier comparativement ces deux modes d’administration. Disons tout de suite que les résultats sont les mêmes, si l’on donne la pilocarpine à dose massive, sous un petit volume, à la rapidité près : il y a un retard de 20 minutes environ; — si, au contraire, elle est prise à doses fractionnées, elle ne détermine pas de sialorrhée, c’est à peine si elle cause un peu d’humidité de la bouche et une moiteur très légère de la peau; le sujet présente une aptitude plus grande à suer, laquelle se manifeste dès qu’il est un peu couvert, ou que la chaleur de l’appartement s’élève un peu.

Etudions ce qui se passe à la suite d’une injection hypodermique, d’après ce que nous avons observé chez les nombreux sujets que nous avons suivis.

La salivation débute ordinairement de la 3' à la ô"" minute , rarement plus tard et n’a jamais manqué ; elle a toujours, sinon précédé la sudation, au moins commencé avec elle. — La sudation moins fidèle a manqué deux fois chez deux sujets et une fois chez un troisième. Elle apparaît avant la 5® minute; pourtant elle a tardé jusqu’à la 12®. Le plus souvent elle a été abondante, bien que plusieurs fois, même avec 0.02, elle n’ait pas été au-delà d’une simple moiteur.

Les hypercrinies nasale et oculaire, dans la moitié des des cas au moins, ont fait défaut ou ont été très faibles. — La toux du début, accompagné ou non d’expectoration bronchique, a été beaucoup moins fréquente encore.

A peine l’injection est-elle faite que le pouls s’accélère, devient plus ample. — La 2® minute n’est pas écoulée, que le patient rougit, éprouve une sensation de chaleur se manifestant à la face d’abord, sous formes ’de bouffées, quelquefois très intense et très pénible. Bientôt elle envahit tout le corps; le visage devient vultueux, les artères temporales battent avec force. Certains malades éprouvent de la pesanteur de tête qui peut aller jusqu’à la tension, la constriction et même devenir une véritable céphalée. Quelques-uns se sont plaints de vertiges, mais c’est là un fait rare; nous ne l’avons rencontré qu’une fois et très peu accusé.

Salivation. — Les glandes salivaires deviennent le siège d’un gonflement et d’une tension qui durent aussi longtemps que la sialorrhée puis, presque sur le champ, la bouche se remplit de salive qui s’écoule d’une manière continue, sans qu’il soit besoin de faire d’efforts pour

cracher ; il sutfit de se pencher et le liquide visqueux clair, filant, coule sans interruption pendant 15 à 20 minutes, au bout desquelles on a environ 200 gr. de salive; puis la sécrétion se ralentit et le malade rend encore, par expuition, 150 à 200 grammes; eu sorte que, terme moyen, tout est fini au bout de 1 heure et demie à 2 heures : le total de l’hypersécrétion atteint 350 à 400 grammes. 11 reste une sensation de sécheresse de la gorge et une grande fatigue des muscles qui ont présidé à l’expuition.

Dans toutes nos expérimentations, la salivation a pris fin au plus tard trois heures après le début, quelquefois en même temps que la sudation, le plus souvent une demi-heure à trois quarts d’heure après.

» La sudation, dit le D*" Dumas, décroît progressi- » vement pendant trois ou quatre heures, et c’est au ” début de cette décroissance que la sécrétion salivaire^ » qui avait sommeillé pendant plus d’une heure, reprend " un nouvel essor. « Pour notre part, nous n’avons jamais observé ce phénomène ; nous ne l’avons vu mentionné que dans la thèse du D'' Pitois, et cela seulement après avoir atteint la dose de 4 à 4 centig. 1/2.

La salive sécrétée sous l’influence de la pilocarpine est opaline, peu mousseuse; par le repos, elle laisse déposer un sédiment blanchâtre, formé de cellules épithéliales; elle présente une grande viscosité, s’écoule en masse, et offre une grande analogie avec la salive de la glande sous-maxillaire. Elle bleuit fortement le papier de tournesol “ elle contient les sels minéraux suivants : carbo-

nates, sulfates, phosphates, chlorures unis à la soude, » à la potasse, à la chaux. » (Robin).

Son pouvoir saccharifiant est au moins égal à celui de la salive ordinaire (Bougarel).

On trouve en outre du sulfocyanure, des chlorures,

1 gr. 40 par litre au lieu de 0 gr. 84, et enfin de l’urée. Dans la salive normale, Pettenkofier, en 1848, et depuis plusieurs autres expérimentateurs ont reconnu la présence de cette substance. On admet que sa quantité s’élève normalement à 0 gr. 450 par litre. Robin, comme moyenne de 8 dosages, a trouvé 0 gr. 717 c’est-à-dire une augmentation de 0 gr. 267 par litre, après l’action du jaborandi. M. Bougarel, interne en pharmacie, aurait au contraire obtenu une diminution constante dont ,, la moyenne est de 0 gramme 094. Mais, augmentation et diminution sont de peu d’importance, surtout si l’on tient compte des nombreuses causes d’erreur qui peuvent influer sur les dosages, principalement quand le liquide à analyser en contient des quantités aussi faibles.

Sudation. — En même temps ou peu après le début de la salivation, commence la sudation qui vient soulager le malade en mettant fin à cet état de chaleur tensive, . constrictive, à laquelle il est en proie. Au pourtour de l’ampoule, trace de la piqûre, apparaissent de fines gouttelettes qui envahissent toute sa surface, et la sueur se généralise rapidement à tout le corps. Nous faisions nos injections sur la poitrine et toujours sur le devant du sternum ; les pectoraux ont constamment été moites avant toutes les autres régions. Puis, le front, les ailes du nez, les plis articulaires, et enfin tout le corps est bientôt ruisselant. Le début survient entre la deuxième et

cinquième minute dans la majorité des cas, et vers la quinzième, chiffre moyen, elle est dans toute son activité ; cette période dure 35 minutes. Puis la sudation diminue pour cesser complètement une heure et demie après l’injection. Telle est la marche ordinaire ; cependant nous avons vu la sueur manquer entièrement ou se réduire à une légère moiteur durant 10 ou 12 minutes chez trois de nos malades. Le premier avec une injection hypodermique de 0 gr. 02 ne sue pas ; le lendemain, il ingère 0 gr. 02 et il sue et crache d’une manière ordinaire. Les deux autres n’ont eu qu’une sueur passagère et à peine appréciable, avec un peu de sialorrhée, et les effets sur le pouls ont été tels que chez les malades qui suent et ressentent les effets physiologiques habituels : nous avons pris leur tracé de 5 en 5 minutes. Dans un certain nombre de cas, la sudation a été très faible, la salivation restant à peu près aussi considérable que d’habitude. Quelquefois, mais rarement, nous avons observé des faits semblables au suivant: le 31 janvier, le nommé M. G., atteint de bronchite chronique avec accès d’asthme, ingère 0 gr. 03, salivation abondante ; la sudation commence à2heures20; pleine sueur jusqu’à 4 heures 20, puis diminution, mais elle ne cesse entièrement que vers 10 heures du soir. Alors le malade s’endort; et le lendemain il se trouve seulement un peu fatigué avec de la sécheresse de la gorge.

Après avoir constaté l’absence, puis l’exagération de l’effet sudorifique, il nous reste à signaler un fait assez curieux que nous n’avons vu mentionné nulle part: c’est l’action à distance et à répétition de la pilocarpine.

Le 16 février, à 3 heures après midi, injection de 0 gr. 03 de pilocarpine en 2 fois ; effet sialagogue et

sudorifique peu marqué. Vers 8 heures du soir, cest-àdire^^S heures après, salivation, sudation, vomissement que rien n’explique. Nous n’osions accuser le médicament, donné à[ 3 heures, de ce qui se passait à 8 heures, mais nous étions très-intrigué de cette particularité. Le lendemain, injection de 0,02 à 2 heures du soir; effets peu intenses ; 5 heures plus tard, à 7 heures comme la veille, réapparition des symptômes, sudation, salivation, vomissement. Le troisième jour, le malade ne prend pas de pilocarpine, et cependant vers 7 heures du soir il sue un peu sans cracher.

Enfin, le quatrième jour à 10 heures du matin, on lui donne par la bouche Ogr. 03 de pilocarpine qui, en quelques instants, provoquent de la salivation, de la sudation et des vomissements, parce que le malade avale sa salive ; puis tout cesse au bout d’une heure pour reprendre à deux heures du soir, encore plus fort que le matin.

Devant la répétition du même ordre de phénomènes consécutifs à des modes d’administration différents et à des heures variables, nous nous croyons autorisé à incriminer le médicament, et à noter ce fait curieux, peutêtre plus fréquent qu’on ne le pense.

Ou a parlé d’accoutumance (A. Robin, Journ. thérap. 1874) pour expliquer le manque de sudation chez trois malades ; nous ne l’avons pas rencontrée, et pourtant deux de nos sujets qui ont eu l’un 11 injections, l’autre 45, suaient et crachaient tout autant à la fin qu’au début du traitement.

Effets consécutifs. — Nous n’avons jamais donné plus de 0 gr.j 03 et le plus souvent nous nous sommes arrêté à 0 gr. 02, Lorsque la sudation a été peu abondante, les

malades n’éprouvent rien de particulier; pas de coliques, pas de vomissements, pas de diarrhée; si elle a été considérable, ils ont de petits frissonnements , deviennent pâles, le pouls petit, ils sont très altérés et sentent le besoin de dormir ; tout se borne là avec les doses auxquelles nous avons eu recours. Nous ne parlerons pas des propriétés chimiques de la sueur, à cause de la difficulté de s’en procurer une quantité suffisante pour l’analyser. Du reste, il est à peu près impossible d’arriver à un résultat sérieux parce qu’on ne peut recueillir la totalité du liquide exsudé. Nous nous bornerons à rapporter ce qu’en dit A. Robin.

« Nous avons fait six analyses. La moyenne générale ^ est de 2 gr. 60 par litre. En retranchant de ce chiffre w celui qui représente le taux normal de l’urée sudorale, ^ il reste 2 gr. 27 d’urée en excès. Si l’on admet, comme

nous, que la quantité des sueurs rendues équivaut à r 3 ou 500 grammes, la quantité d’urée éliminée en » excès sera de 0 gr. 67 à 1 gr. 13 pendant la durée * de la sudation. "

Chlorures. — L’excès de chlorures par litre est de 1 gr. 207 ; sur la totalité des sueurs il est de 0 gr. 362 à 0 gr. 604.

Les autres sels minéraux sont en si faibles proportions qu’il est permis de les laisser de côté.

Après la sudation donc, les effets consécutifs ont été à peu près nuis, sauf dans deux ou trois cas: frissons, pâleur du visage (le malade pouvant s’être refroidi), puis parfois modifications de température que nous étudierons

plus loin , et reprise des effets du médicament chez l’un de nos malades. Presque toujours l’action de la pilocarpine étant épuisée, le malade mange avec appétit et dort paisiblement toute la nuit. Jamais nous n’avons vu les défaillances, ni, le lendemain, la courbature que M. Dumas signale ; et en cela nous sommes d’accord avec M. A- Robin et les expérimentateurs allemands Weber, Curschmann, etc.

A côté de ces deux grands eff’ets, salivation et sudation, consécutifs à l’administration de la pilocarpine, il en existe encore d’autres qui sont loin d’avoir la même importance et qui sont aussi beaucoup moins fidèles, ce sont les hypersécrétions oculaire , nasale et bronchique. Nous ne nous y arrêterons donc que très peu.

L'hypercrinie lacrymale est peu considérable ; on voit quelques larmes couler sur la joue et se mélanger à la sueur; elle commence, quand elle existe, 2 ou 3 min. après la salivation et dure à peu près autant que la pleine sueur. L'hypercrinie nasale postérieure à laprcédente de 1 à 2 minutes, et semble marcher de pair avec elle ; de sorte qu’il est permis de se demander si elle existe réellement , ou si elle n’est que la conséquence du larmoiement, provoquant un coryza sans participation des glandes de la muqueuse nasale. Cependant on doit, par analogie, admettre son existence, car toutes les glandes de la bouche, du pharynx, des bronches sécrètent sous l’action du jaborandi, pourquoi y aurait-il exception pour la pituitaire? Enfin, une preuve irrécusable c’est qu’en l’absence de toute hypersécrétion de l’œil, on l’a observée mais alors réduite à très peu de chose.

Hyperséc7'étion trachéo-bronchique . — C’est là un phénomène des plus inconstants : dans bon nombre de cas, à la suite d’une injection de 0 gr. 02, nous n’avons remarqué aucun effet, soit immédiat soit dans les 24 heures, chez un homme bien portant. Une fois sur trois environ, légère accélération des mouvements respiratoires, 3 à 4 en plus et pendant quelques minutes seulement. Dans les 3 à 5 premières minutes, se produit une toux sèche, provoquée par une espèce de chatouillement dans l’arrière-gorge et due à la sécrétion des glandes du pharynx ; parfois, .elle se termine par l’expectoration de quelques crachats muqueux. Souvent la toux fait défaut, et encore plus souvent l’hypersécrétion bronchique : le liquide qui s’écoule de la bouche ne renferme que de la salive. Chez le malade, si l’expectoration n’est pas augmentée, elle est facilitée, car l’exsudation bronchique est rendue plus fluide.

Cet effet est surtout marqué, quand on donne la pilocarpine à doses fractionnées et que la sudation est peu prononcée. On conçoit par là son utilité dans certains cas d’asthme. Une diminution appréciable a été notée parfois dans la quantité de l’expectoration, et surtout un changement dans la qualité (voir nos observations de bronchite un ‘peu plus loin), due, sans doute, à la modification survenue dans l’exsudation des glandules des bronches, à la suite de l’administration répétée de ce médicament. — Un fait important à considérer, c’est qu’au bout de peu de temps, cette action est épuisée; les résultats, promis au début, ne tardent pas à disparaître au bout de quelques jours, et la maladie reprend son cours.

Plusieurs autres sécrétions seraient encore influencées par la pilocarpine , ce sont les sécrétions lactée, biliaire.

pancréatique et rénale. M. Bochefontaine a observé, sur des animaux , le fait suivant : si l’on recueille le produit de la sécrétion de la bile , du suc pancréatique, de la filtration rénale, après l’administration du jaborandi ou du chlorhydrate de pilocarpine, on s’aperçoit que les sécrétions sont plus actives quelques minutes après l’injection du médicament. Jusqu’ici, chez l’homme, on n’a tiré aucun parti de ces expériences touchant le foie et le pancréas ; peut-être y a-t-il là une veine à exploiter. Inspiré par cette idée, nous avons essayé la pilocarpine dans un cas d’ictère consécutif à des coliques hépatiques : nous en donnons l’observation.

Les modifications de la sécrétion urinaire étant très importantes, nous traiterons cette question plus loin pour éviter les répétitions.

Sécrétion lactée. — M. Robin rapporte le cas très intéressant d’une nourrice atteinte d’érysipèle, chez laquelle le jaborandi rappela pendant deux jours la fluxion mammaire que la fièvre avait fait disparaître. Il est vrai que chez une autre femme, l’action fut complètement nulle. Sydney-Ringer et Gould se rappelant que sous l’influence de l’atropine le lait cesse d’être sécrété, eurent l’idée d’étudier sur la glande mammaire l’antagonisme des deux substances ; leurs prévisions furent réalisées : la sécrétion lactée fut notablement augmentée par le jaborandi. — Peart recommande ce médicament pour exagérer la production du lait et les enfants n’en ressentent aucun inconvénient. Il faut, malgré ces aflirmat ions , faire des réserves, car l’expérience n’a pas toujours corroboré ces résultats (Stumpf. bull, thérap. 1883.)

Tl nous reste à étudier les effets généraux qui ont été signalés par différents auteurs. La céphalée sourde que Stumpf a rencontré une fois sur quatre, nous a presque toujours fait défaut, et quand nous l’avons notée, elle était insignifiante. Très rares sont les vertiges et les bourdonnements d’oreille ; à peu près toujours tout se borne à une sensation de chaleur, de tension avec battement des temporales, dans les quelques minutes qui séparent le moment de l’injection de l’établissement de la sueur. M. Dumas n’a jamais vu manquer la courbature, la prostration, les défaillances qui suivent la diaphorèse. D’après nos propres observations et presque foutes celles des auteurs, ces phénomènes sont loin d’être aussi fréquents et ne se présentent que chez les gens qui ont sué longtemps ; il faut aussi faire entrer en ligne de compte les conditions extérieures, les occasions de refroidissement pendant une sudation prolongée, enfin, les doses élevées comme les employait M. Dumas.

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