‹ La pilocarpineChapitre 9 sur 32 · APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

APPAREIL DIGESTIF

Chez les sujets bien portants, à l’état physiologique, lorsque les effets ordinaires du jaborandi sont très marqués , on ne voit apparaître aucune action spéciale sur sur le tube digestif. — Outre la salivation, la sudation, le larmoiement et quelquefois de l’expectoration bronchique, aucune autre manifestation. Mais il n’en est pas toujours ainsi; un grand nombre de circonstances peuvent faire dévier cette action de son type habituel; c’est alors du côté du tube digestif que celle-ci va se porter. « Aussi, » l’on peut poser en règle presque absolue , le principe » suivant : toutes les fois que les effets d’hypersécrétion, » déterminés habituellement par le jaborandi, manqueront w ou subiront une diminution notable de leur intensité » générale et collective, on verra souvent, du côté du » tube digestif, des phénomènes de compensation. »

Dumas est non moins affirmatif : « Dans aucun cas, je r> n’ai vu manquer soit des vomissements bilieux, de 100 » à 200 gr., soit, tout au moins, de simples nausées. « Ajoutons qu’il est le seul à observer constamment ces effets parmi ceux qui font usage de la pilocarpine ; il est vrai qu’il se servait de doses plus élevées que les autres expérimentateurs.

Weber n’admet les vomissements que lorsque la salive est déglutie ; autant ils sont fréquents avec le jaborandi , autant ils sont rares avec l’alcaloïde.

Bardenhewer et Curschmann arrivent aux mêmes conclusions que Weber.

Nous pouvons dire, avec ces auteurs, que les manifes-

tâtions sur l’appareil digestif sont rares, mais il n’est pourtant pas possible de les nier. Nous ne parlons ni de la soif, ni des troubles de l’appétit: ce sont des effets physiologiques forcés dans le cas particulier ; mais nous avons en vue les vomissements , les coliques , la diarrhée , qui surviennent parfois.

Nous allons étudier ces phénomènes en eux-mêmes et chercher leur raison d’être : sont-ils une simple dérivation de l’effet hypercrinique? ou sont-ils des effets physiologiques inconstants?

1° Soif. — Ainsi que nous l’avons vu, à la suite d’une injection hypodermique ou de l’ingestion d’une dose de pilocarpine, il survient une sensation de chaleur, de tension dans la bouche, due à la congestion des glandes salivaires; puis s’établit rapidement une salivation très abondante; les glandes du pharynx et des bronches prennent aussi part le plus souvent à l’hypersécrétion ; enfin, et surtout, les glandes de la peau qui sont le siège d’une déperdition considérable. Ces effets bien établis, la sensation de chaleur et de pesanteur diminue notablement, et fait place à une soif d’autant plus vive que les déperditions ont été plus considérables, ce qui se conçoit aisément. Cette soif dure aussi longtemps que les phénomènes de salivation et sudation, et se continue souvent beaucoup après toute action sudorifique, bien que les sujets aient, par la boisson, récupéré la quantité de liquide perdu. Nous croyons en voir la raison dans le travail exagéré que les glandes salivaires ont été obligées de fournir en un espace de temps assez court, et dans l’épuisement qui suit tout travail forcé : un organe qui a

travaillé a besoin de repos avânt de pouvoir fonctionner de nouveau.

Il résulte de l’expérience que, pendant la sudation, toute boisson froide, prise en certaine quantité, produit des vomissements et quelquefois même des coliques. Le patient doit s’efforcer de boire le moins possible, et ne prendre que des liqueurs chaudes et aromatiques qui n’ont pas le même inconvénient.

2“ Appétit. — Pendant l’action de la pilocarpine, pas d’appétit, et si le sujet est soumis à la sudation au moment de prendre son repas, toute sensation de faim disparaît, mais une fois les phénomènes physiologiques terminés, il mange comme d’habitude et souvent l’appétit se trouve aiguisé; la digestion qui suit, se fait très facilement. — Il arrive parfois, quand la sudation a été trop considérable, que le patient n’éprouve aucunement le besoin de manger : toute faim a disparu pendant plusieurs heures. Dans ces cas, on observe un état de faiblesse, de prostration, qui peut aller jusqu’à la défaillance. Les jours qui suivent, les fonctions digestives ne sont pas troublées. Les résultats sont absolument les mêmes pour les malades qui ont pris de la pilocarpine plusieurs jours de suite.

3° Vornissements. — Avec l’alcaloïde, les nausées et les vomissements sont beaucoup plus rares qu’avec la plante elle-même, car l’estomac n’est plus chargé de tous ces principes inertes qui accompagnent la pilocarpine. En thèse générale, à la dose de 0 gr. 02, il n’y a pas de troubles des voies digestives, que la préparation soit ingérée ou injectée sous la peau. Pour les cas qui font

exception à cette règle, il faut remonter à des causes multiples que nous allous énumérer.

A) Influence des doses. — Avec 0 gr. 02 de pilocarpine, les nausées, et à fortiori les vomissements, sont rares. Mais si l’on dépasse cette dose, ils deviennent plus fréquents; y aurait-il alors une action spéciale sur le tube digestif? C’est une question que nous ne pouvons trancher ; nous avons évité, autant que faire se peut , de provoquer ces troubles chez les sujets soumis à l’expérimentation ; et les expériences in anima vili ne sont pas concluantes, parce que les animaux ordinairement employés ne suent pas. Cependant, s’il nous est permis d’exprimer notre opinion personnelle, nous dirions que d’après l’observation, plus les doses sont élevées, plus les phénomènes se généralisent; et il en surgit de nouveaux qui ne se montrent pas avec les doses moyennes, comme la diarrhée, les vomissements, la prostration, etc.

B ) Influence de l'heure de la digestion. — Il faut avoir soin de prendre le malade au moins trois heures après son repas; sans cette précaution, le vomissement surviendra presque infailliblement. Les matières vomies sont composées de substances ingérées quelque temps auparavant, plus ou moins modifiées par le travail de la digestion et mélangées à des produits de sécrétion de l’estomac et du foie. L’époque de leur apparition est variable, mais, ordinairement, dans les premiers instants qui suivent l’administration.

Dans beaucoup de cas, quand nous avons eu recours à l’injection hypodermique, nous n’avons pas remarqué que les phénomènes sécrétoires fussent influencés. 11 y avait

un vomissement et tout se bornait là : c’était donc un simple accident. Si, au contraire, les matières vomies contenaient une certaine proportion de liquide gastrique ou biliaire, l’hypersécrétion cutanée en ressentait le contre-coup.

C) Nous ne reviendrons pas sur l’influence des boissons ; nous en avons parlé à propos de la soif.

D) Influence de la salive déglutie. — Souvent, dans le cours de la salivation, au bout de 15 à 20 minutes, le malade est pris de vomissement : “ les matières rendues >5 sont incolores, filantes, de consistance glaireuse, d’une » réaction franchement alcaline ; en un mot , c’est de la » salive presque pure. Il est donc urgent de recommander aux malades de ne pas déglutir leur salive, et ceux qui vomissaient n’ont plus éprouvé cet inconvénient quand ils se sont conformés à cette recommandation.

E) Influence de l' hypercrinie gastro-intestinale. — Si les vomissements surviennent vers la fin de l’action hypercrinique , ils sont, en général, constitués par le rejet d’un liquide incolore et fortement acide qui rappelle le suc gastrique, ou bien par un liquide clair, bilieux et alcalin. — Alors la salivation et la sudation sont moins marquées, la peau est pâle, froide, le malade éprouve de petits frissons , s’il y a eu refroidissement. — D’autres fois, on ne peut invoquer qu’une déviation des effets qui se sont portés sur l’appareil digestif, ainsi que le prouverait la diarrhée qui survient.

4® Diarrhée. — Elle est rare chez l’homme. On la voit survenir dans les cas, comme ci-dessus, où il y a

hypersécrétion gastro-intestinale, par suite d’une modification dans le mode ordinaire d’agir de la pilocarpine. Mais on l’observe aussi plusieurs heures après la cessation des effets. Par exemple, on fait une injection le matin, dant la nuit, le patient aura 3 à 4 selles diarrhéiques, alors que les phénomènes sécrétoires ont présenté leur marche ordinaire.

Nous ne pouvons ici faire autrement que d’admettre une hypersécrétion des glandes du tube digestif ; il est difficile de l’affirmer ; mais, puisque par les vomissements gastriques ou bilieux on a la preuve en main que le suc gastrique ou la bile sont augmentés, il est rationnel de croire, par analogie, que chose semblable arrive pour le suc intestinal. Une autre preuve (malheureusement dans ces cas il n’y a pas de sudation) est tirée des expériences faites sur les animaux par MM. Robin, Vulpian, Bochefontaine. Ces expérimentateurs ont observé de la diarrhée constarnment ; et quelquefois la congestion de l’intestin était si intense, que l’animal rendait du sang et même des lambeaux de muqueuse ; mais notons que les doses étaient assez fortes.

Dans d’autres séries d’expériences , on prouve directement l’augmentation des sécrétions biliaire, pancréatique, et rénale, en recueillant séparément le liquide qui s’écoule de chacun des conduits excréteurs de ces glandes.

M. Vulpian a vérifié sur des chiens, l’augmentation de la sécrétion de la bile. « Il est certain, dit-il, que le » jaborandi et la pilocarpine sont les cholagogues les » plus énergiques que l’on connaisse, et il y aurait peut- 7> être lieu de tenter, dans certains cas de colique hépatique, » si l’on ne pourrait pas favoriser l’expulsion dans l’in-

» testin du calcul engagé dans le canal hépatique ou le » conduit cholédoque, en pratiquant au malade une » injection sous-cutanée de chlorh. de pilocarpine.

MM. A. Robin et Vulpian ont démontré l’action hypercri nique très nette sur le pancréas : le liquide sécrété émulsionne parfaitement les corps gras et dissout l’albumine cuite. Pourquoi n’y aurait-il pas exagération des fonctions de toutes les glandes du tube digestif, et ne serait-ce pas là une explication de l’appétit qui survient chez les gens qui ont été soumis à l’action de la pilocarpine ? Peut-être ce médicament réussirait-il dans certaines dyspepsies ?

Quoiqu’il en soit, il est parfaitement établi que la pilocarpine a une action sédative dans la colique saturnine, et peut-être dans la colique hépatique ; nous l’avons vu trois fois soulager dans ce cas. Mais on n’a pu encore préciser quels éléments sont impressionnés.

En résumé, la soif est un phénomène constant, due aux déperditions que subit l’organisme et à l’épuisement des glandes salivaires. L’appétit, nul pendant la sudation, n’est , en aucune façon , troublé après la cessation des eifets du médicament; il est plutôt augmenté avec les doses moyennes. Les troubles gastriques sont exceptionnels, si l’on a soin de cracher la salive, de boire modérément, d’éviter les causes de refroidissement et de donner la pilocarpine assez loin des repas.

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