‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 29 sur 106 · DES ÉTANGS · texte numérisé non relu

DES ÉTANGS

L'exploitation des étangs mérite d'être étudiée avec soin. J'espère montrer que ces étendues d'eau peuvent donner et

donnent môme, sur quelques points de notre territoire, de forts beaux bénéfices. Je suis convaincu que le produit des étangs serait encore augmenté si les propriétaires se décidaient à apporter à leur exploitation autant de soin qu'ils en mettent à cultiver leurs terres.

Le nombre des étangs était autrefois énorme dans notre pays. Ce nombre a beaucoup diminué, et je crois qu'il ne faut pas le regretter au point de vue de l'hygiène publique. La Convention avait même ordonné (4 octobre J793), sous peine de confiscation, le dessèchement de tous les étangs. Cette loi ne fut pas exécutée et fut rapportée en 1795. On a l'habitude d'estimer à 208.000 hectares la superficie de nos étangs, mais je ne saurais garantir ce chiffre, qui ne me semble basé sur aucune donnée sérieuse.

Quoi qu'il en soit, j'étudierai d'abord les étangs en général; puis après avoir examiné les conditions particulières que doivent présenter certains étangs, je donnerai quelques exemples pour montrer que l'exploitation de ces eaux n'est pas aussi arriérée dans notre pays qu'on se plaît à le dire.

Conditions générales de r exploitation des étangs.

Lorsque l'on veut exploiter un étang, la première condition à remplir est de se rendre un compte exact de la nature des fonds et de celle des eaux. On doit examiner également avec soin le mode d'alimentation de l'étang, la flore, la faune, etc. On ne peut, en effet, élever indifféremment telles ou telles espèces dans un étang donné; un étang excellent pour l'élevage des Carpes ne saurait convenir à celui de la Truite, et vice versa.

On ne peut guère, à notre époque, songer à creuser un étang de toutes pièces, étant donné le prix de la main-d'œuvre. On pourrait cependant, dans certains cas, profiter d'une dépression du sol, d'un cours d'eau courant dans un étroit vallon, mais ce sont là des circonstances tout à fait exceptionelles. Cependant,

si on se trouvait en pareilles conditions, il ne faudrait pas oublier que la première condition d'existence d'un étang est d'avoir un fond imperméable.

Un étang doit toujours être entouré de digues; ces dernières doivent avoir une élévation d'au moins 0"^,50 au-dessus du niveau maximum de l'eau. La base de ces clôtures doit naturellement être plus large que le sommet. Olivier de Serres a parfaitement décrit les conditions de construction de ces digues et est entré à ce sujet dans des détails intéressants, mais inutiles à reproduire ici ^ Les digues peuvent être protégées par des clayonnages en roseaux, car lorsque l'étang a une superficie un peu considérable, on peut y voir se former des vagues très capables d'endommager les talus.

J'ai dit que le fond devait être imperméable. Il arrive parfois qu'une petite partie du sol laisse passer l'eau; il se produit une sorte de fuite. On remédiera à cet inconvénient en plaçant sur la surface perméable un mélange de terre végétale et de chaux vive, mélange qui sera comprimé avec la clame et le rouleau. On recouvrira ensuite avec de la terre végétale.

Tout étang doit être muni d'une pêcherie ou poêle. On donne ce nom à une portion de l'étang creusée plus profondément et placée près de la bonde de décharge.

Les poissons viennent se réfugier là à l'époque des grands froids comme à celle des grandes clialeurs, et c'est là également qu'ils se réunissent au moment de la pêche de l'étang. Pour faciliter l'accès de la pêcherie aux poissons, il sera bon de pratiquer sur le fond des sortes de petites rigoles venant aboutir à la poêle. Ces petits fossés auront en outre l'avantage de faciliter l'assèchement du sol si on veut mettre l'étang en culture. Les parois de la pêcherie doivent être garnies de planches ou de pierres. Quant aux dimensions, elles doivent être environ les suivantes : 5 à 10 mètres de largeur et 0'",G0 au

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