‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 30 sur 106 · O. de Serres le Théastrc cV Agriculture, 1C35, p · texte numérisé non relu

O. de Serres le Théastrc cV Agriculture, 1C35, p

étang.

moins de profondeur en plus que celle des profonds de

Le canal de dccliarge partira du point le plus bas de la poêle. Ce canal est ordinairenient en pierre (fig. 65) et porte à sa partie supérieure un trou conique que l'on bouche avec un tampon en forme de tronc de cône ; cette sorte de bouchon se

Fig, 65. — Thou en maçonnerie.

manie à l'aide d'un levier ou d'une crémaillère. Au delà de la sortie de l'eau on dispose souvent un petit bassin auquel on donne le nom de fosse. Fermée par une grille, cette fosse sert à retenir le poisson qui pourrait s'échapper par suite d'un accident survenu à la bonde. Si cet accident se produit à une époque où il n'est pas possible d'assécher l'étang, on construira en avant de l'issue un bâtardeau s'élevant jusqu'au niveau de l'eau. Il est facile de comprendre que l'eau ainsi retenue fera équilibre à celle de l'étang.

On peut se servir de la fosse pour recueillir le poisson au moment de la pêche. Pour cela on transforme la fosse en tombereau, c'est-à-dire qu'on élargit la fosse, que l'on recouvre le

fond avec des planches et qu'on la ferme avec une vanne. Quand on veut pcclier, on enlève !a bonde, et les poissons viennent s'accumuler dans le tombereau.

Si l'étang est alimenté par une rivière, on aura soin de placer un grillage ou un barrage h l'endroit où la rivière vient y déboucher. Sans cette précaution, beaucoup de poissons pourraient remonter la rivière et être perdus pour le propriétaire de l'étang.

L'étang lui même doit être Tobjet de quelques soins. On voit souvent se former des petits îlots de roseaux (jonclières) , et je pense qu'il y a intérêt à conserver ces petites îles. Si, en effet, l'étang est peuplé de Cyprinides, ces poissons pourront déposer leurs œufs sur les plantes aquatiques dépendant des jonchères. Ces mômes plantes fourniront une certaine quantité d'insectes aux Sahiionides s'il s'en trouve dans l'étang. Seulement, il faudra surveiller ces îlots, pour ne pas y laisser s'installer quelques petits mammifères ennemis des poissons, tels que les musaraignes aquatiques.

Quant aux herbes flottantes qui forment des amas désignés sous le nom de miterneSy il ne faut pas hésiter à les faire disparaître.

Pendant les gelées, les étangs doivent être l'objet d'une surveillance particulière.

Au commencement des gelées, on peut briser la glace en faisant varier le niveau de l'eau par de simples manœuvres de vanne. Quand la glace est complètement formée, il est bon d'y pratiquer des trous d'aération dans lesquels on introduit des bottes de paille pour retarder le regel. Il arrive parfois que la surface d'un étang étant gelée et couverte de neige, on voit arriver le dégel, presque immédiatement suivi d'une nouvelle gelée. On voit alors l'eau changer de couleur, devenir laiteuse ou d'un brun jaunâtre. 11 faut dans ce cas multiplier les trous d'aération et, si on le peut, il vaut encore mieux pêcher immédiatement l'étang.

92 LA PISGICULTURK DANS LKS EAUX DOUCES.

Le froid peut, en eiïel, faire périr une grande quantité de poissons. Non pas, comme on le dit quelquefois, que les animaux soient tués directement par la basse température. Il faut, pour que semblable accident se produise, que l'eau de l'étanj; se se prenne en glace sur toute sa hauteur, ce qui est un phénomène fort rare. Mais d'abord les poissons peuvent souffrir de la privation d'air et, chose plus grave, le froid agit de la manière suivante. Les plantes aquatiques sont gelées, puis elles se décomposent en donnant des gaz délétères qui peuvent faire périr le poisson.

Il faut avoir soin de ne pas procéder au faucardement à l'époque du frai. A cette époque également, on éloignera avec soin de l'étang les oiseaux aquatiques, oies, canards, et on empêchera les bestiaux de venir sur les bords de l'eau. Enfin, il faut avoir grand soin, à l'époque du frai, de ne pas laisser baisser le niveau de l'eau en pratiquant des arrosages, car, dans ce cas, les œufs resteront à sec et périront.

Quand on assèche l'étang, il faut enlever la vase, en partie du moins. Cette vase constitue d'ailleurs un excellent engrais.

Bien que nous nous proposions de consacrer à la législation des eaux un chapitre spécial, nous croyons devoir rapporter ici l'opinion des jurisconsultes sur la propriété des eaux d'étang.

L — 11 faut noter d'abord que les droits des anciens seigneurs sur les cours d'eau non navigables^ lorsque, avant 1789^ ils avaient été transmis à des tiers, ont survécu aux lois aholitives de la féodalité.

Ce premier point a été consacré par la doctrine et la jurisprudence ^ Depuis longtemps il ne saurait faire l'objet d'aucun doute. Un arrêt de cassation du 23 ventôse an X disait déjà qu'en supprimant les effets de la féodalité, les lois nouvelles n'ont jamais pu être applicables à la validité et à la conserva-

1. Ces renseignements juridiques sont extraits des Pandectes finançais, 8® et 9« cahiers, p. 340. 1894.

lion d'un droit de propriété sur un cours d'eau, droit qui appartenait alors au pouvoir qui Fa cédé, et que, les lois du 28 aoiit 1792 et 10 juin 1793, en restituant aux communes leurs anciens droits, ont fonneilenient excepté de cette restitution ce qui avait été aliéné par les anciens seigneurs et ce qui était possédé par des tiers en vertu de ces aliénations.

11. — S'il est constaté en fait (/u il est absolument impossible de déterminer dans un étang une part distincte pour les eaux provenant d'une rivière et qui y entrent, les propriétaires du fonds sont propriétaires de l'intégralité des eaux dudit étang.

La propriété des eaux des étangs a donné lieu à des discussions. Le point important est de rechercher l'origine des eaux. Trois hypothèses doivent être distinguées :

l''' hypothèse. — Les eaux de l'étang proviennent um'quement d'eaux de sources et d'eaux pluviales. Dans ce cas, le propriétaire du fonds est également propriétaire de l'intégralité des eaux; cela résulte de son droit de propriété lui-même. La solution semble évidente pour les eaux de pluies; elles deviennent la propriété du fonds sur lequel elles tombent. Même évidence pour les eaux provenant d'une source située dans le fonds même du propriétaire. Un important avis du Conseil d'État (o mars 1858) donne cette solution. Il distinguo deux sortes d'étangs et décide que les étangs formés uniquement par des sources ou des eaux pluviales sont aifranchis complètement des règlements de police.

M. Sanlaville admet même que le propriétaire du fonds est propriétaire des étangs, toujours en vertu de la plénitude du droit de propriété lorsque l'étang est formé d'eaux venant des fonds supérieurs.

2'' hypothèse. — L'étang est formé uniquement avec des eaux courantes; dans ce cas, le propriétaire de l'étang n'est pas maître absolu. Le courant ne peut faire l'objet d'une propriété privée. Bien que dérivée, l'eau publique reste encore assujettie aux conditions contenues dans les articles G[\lx, G/io du Code civil,

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c'cst-à-diro que 1(3 propriétaire est tenu de rendre l'eau, vers la sortie de son fonds, à son cours naturel et qu'il reste sounnis, dans l'eniploi qu'il en fait, aux règlenfients et aux droits de police de l'administration.

3® hypothèse, — L'étang est formé en partie avec les eaux du fonds, et en partie d'eaux provenant de rivières ou de ruisseaux supérieurs. Dans ce cas on doit décider, de même que dans la première hypothèse, que les eaux sont la propriété exclusive du propriétaire, et c'est ce qu'a dit la Cour de cassation.

Ces généralités établies, j'ai à examiner successivement les diverses sortes d'étangs.

Étangs à Truites.

Un étang où Ton se propose d'élever des Truites doit présenter les conditions suivantes :

i° Il doit être alimenté d'eau, soit par des sources, soit par des ruisseaux à eaux courantes, froides et limpides.

En effet et d'une manière générale, la température de Teau ne doit pas, pendant la saison chaude, s'élever au-dessus de 12'' G., et cette eau doit être aussi oxygénée que possible. Je m'empresse d'ajouter qu'il ne faudrait pas croire cependant que la Truite ne puisse vivre que dans des eaux présentant toujours une température aussi basse. On a mille exemples de Truites vivant dans des cours d'eau ou même dans des eaux stagnantes dont la température s'élève à un degré bien supérieur à celui que j'indiquais tout à l'heure. Mais il faut pour cela des conditions particulières sur lesquelles je reviendrai plus loin, la question me paraissant des plus intéressantes. Pour le moment, je me contenterai de dire que la température de l'eau décroît assez rapidement avec la profondeur de l'étang; qu'une eau donnant à la surface une température de 26° G. peut, à huit mètres de profondeur, avoir seulement 8** G.

Le fond d'un étang à Truites doit être formé de rochers ou

couvert des graviers tout au moins sur une portion de sa superficie.

11 y a grand avantage à ce quejes bords de l'étang soient plantés de grands arbres. Non seulement, en eilet, l'ombre portée par ces arbres maintiendra la fraîcheur de l'eau, mais encore les colonies d'insectes établies sur ces végétaux fourniront aux poissons une certaine quantité de nourriture. De plus, le chevelu des racines formera des frayères sur lesquelles les Cyprins viendront déposer leurs œufs, et les alevins provenant de celte ponte serviront à l'alimentation des poissons carnivores.

11 est nécessaire, mais non indispensable, que l'étang présente un endroit où puissent venir frayer les Truites. Si un petit ruisseau vient déboucher dans l'étang, ce sera là une frayère naturelle excellente, et il suffira d'entretenir le lit du ruisseau dans un état suffisant de propreté. Il en sera de même si l'étang présente un haut fond de gravier. Si aucune de ces conditions ne se trouvait réalisée, il faudrait, ou créer une frayère artificielle par le procédé que j'indiquerai tout à l'heure, ou bien encore avoir recours aux procédés de fécondation artificielle.

Lorsqu'un étang aura été reconnu propre à l'élevage de la Truite, on procédera de la manière suivante pour le mettre en culture :

Il faudra d'abord prendre soin de faire disparaître les espèces de poissons carnivores qui pourraient s'y trouver, notamment les Perches et les Brochets. On n'éprouvera pas trop de difficultés à faire disparaître les Perches, mais il n'en est pas de môme pour les Brochets. Ces poissons se dissimulent fort bien, leurs œufs présentent une grande résistance aux causes de destruction.

Si on ne peut arriver à faire disparaître complètement les Brochets, on peut du moins en diminuer considérablement le nombre. Voici, par exemple, un procédé indiqué par M. A.Young*.

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