‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 59 sur 106 · Voir p · texte numérisé non relu

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diiïicullés. 11 arrive alors très souvent (jiril faille procéder à la fécondation dès que le poisson est capturé, et souvent le Saumon ne survit pas à l'opération.

Cependant, dans quelques grands établissements américains, on est parvenu à parquer les Saumons de manière à les avoir à sa disposition.

M. Raveret-Wattel a trouvé les renseignements suivants dans u!ie notice publiée par l'établissement de pisciculture de Bucksport-Orland (Maine) et les a traduits de la manière suivante :

(( L'établissement de Bucksport, créé en dH7^, est installé près de l'embouchure du Penobscot. Le choix de l'emplacement fut dicté par la nécessité de se procurer aisément des sujets reproducteurs... On prit le parti de s'installer auprès des pêcheries importantes ; mais comme ces pechei'ies fonctionnent en mai, juin, juillet, il fallait aviser au moyen de conserver les poissons en captivité jusqu'à la fin d'octobre ou le commencement de novembre, époque habituelle du frai. Le Saumon passant généralement cette partie de l'année en rivière, il parut convenable de parquer en eau douce les sujets captifs. Après de nombreux essais, on s'est définitivement arrêté à l'utilisation d'une rivière dans laquelle les Saumons sont parqués au moyen de deux clayonnages qui coupent le cours d'eau dans toute sa Largeur à un intervalle d'environ 000 mètres. Les eaux de cette rivière, qui proviennent de deux petits lacs, sont limpides sans être d'une pureté exceptionnelle. Le fond, moitié sablonneux moitié vaseux, est couvert d'une abondante végétation aquatique. Dans les endroits les plus creux, la profondeur atteint î2™,50, mais elle n'est guère en moyenne ([ue de 1 mètre à i"\50. Ce parc, qui mesure un peu plus d'un hectare de superficie, peut recevoir environ un millier de Saumons reproducteurs.

A(/c (les reproducteurs.

11 n'est pas indiiïérent d'employer des reproducteurs de n'importe quel âge. Les pisciculteurs anglais attachent la plus grande importance à n'employer que des sujets suffisamment âgés, c'est-à-dire ayant au moins six ou sept ans. L'expérience a démontré que les jeunes sujets, bien que plus prolifiques, donnent des alevins plus délicats. On ne récolte pas d'œufs provenant de femelles ayant moins de quatre à cinq ans. J'ajoute que dans les grands établissements d'outre-Manche, les poissons destinés à la reproduction sont nourris avec des soins particuliers.

Fécondation des œufs libres.

Lorsque l'on s'est procuré les reproducteurs, il faut les examiner journellement pour s'assurer du moment où œuf et laitance sont arrivés à maturité.

Lorsque les œufs s'échappent pour ainsi dire d'eux-mêmes ainsi que la laitance, le moment d'opérer est arrivé, et Ton est appelé à choisir entre deux procédés :

1" Ancien procédé ou procédé Jacohij. — Voici comment Jacoby décrivait l'opération : « On versera environ une pinte d'eau claire dans quelque vase bien nettoyé, comme seau de bois ou baquet, et, saisissant la femelle du Saumon par la tête, on la tiendra suspendue sur ce vase. Si les œufs sont bien à maturité, ils tomberont d'eux-mêmes dans le vase; sinon, en pressant légèrement le ventre avec la paume de la main, les œufs se détacheront et on les recevra facilement dans l'eau. On fera de même d'un Saumon mâle ; quand il y aura sur les œufs assez de laitance pour blanchir la surface de l'eau, l'opération sera terminée. »

C'est ce procédé qui a été mis en usage pendant bien long-

temps et dont on se sert encore quchiuefois. Voici donc quelques détails plus complets sur la manière d'opérer :

On prend un vase de verre, de terre ou de porcelaine, peu importe, pourvu que l'ouverture ait à peu de chose près le même diamètre que le fond, et que ce dernier soit plat |)our que les œufs puissent s*y étaler bien également. On verse de l'eau dans le vase, qui naturellement a été partiiitement nettoyé, et l'eau doit atteindre une hauteur de 0"',i() environ.

L'eau doit être claire, limi)i(le et, si cela est possible, a dû être puisée dans l'étang, le lac ou la rivière dans laquelle vivait le poisson avant sa captivité. Enfin, il est nécessaire que la température de l'eau employée soit très voisine de celle où le poisson a l'habitude de frayer.

Les choses étant ainsi disposées , on saisit la femelle de la main gauche et on la tient suspendue perpendiculairement par les nageoires pectorales au-dessus et le plus près possible du vase. Les œufs qui se trouvent près de l'orifice génital tombent parleur propre poids.

Sinon, on presse doucement le ventre de l'animal entre le pouce et l'index de la main droite, en allant de haut en bas (fig. <S.'^). Mais il ne faul jamais mettre de force dans cette opération. Si les œufs ne tombent pas facilement, c'est qu'ils ne sont pas arrivés à maturité. 11 serait donc inutile d'insister et le poisson succombei'ait si on usait de violence.

Dès (lue les œufs forment sur le fond du vase une couche

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Fig. 83. — Fécondation artificielle des œufs.

484 LA piS(:H:iJ[/r( iw: dans i.ks i-aiix Doucns.

complète, on saisit le mâhi (ie la rnèuK; D^çon et on fait couler la laitance jusqu'au moment où l'eau se lroul)le légèrement et devient laiteuse. On agite alors légèrement le mt'-lange d'eau et de laitance avec les barbes d'une plume ou la queue du poisson, et l'opération est terminée. Cependant si l'eau a été souillée f)ar des mucosités, des écailles ou tout autre corps étranger, il faut laver les œufs quand la fécondation est opérée, c'est-à-dire quatre à cinq minutes après le moment où on a versé la laitance. Si, après le dépôt des œufs, l'eau était trop salie, on pourrait la changer avant de verser la laitance.

Certains pisciculteurs modifient un peu cette méthode. Avant de procéder à la ponte forcée, ou mieux provoquée, delà femelle, ils font couler quelques gouttes de laitance dans l'eau, puis ils agissent comme il a été dit ci-dessus. Cette pratique, imaginée par M. Guitel, garde à Maintenon, lui avait été suggérée par l'observation. Il avait remarqué, en effet, chez les poissons vivant en liberté, que la femelle vient sur une frayère, fait mine de pondre, puis s'éloigne. Le mâle vient alors à la même place et verse quelques gouttes de laitance. La femelle revient alors, dépose ses œufs, qui sont fécondés par le mâle. Il ne semble pas que cette modification du procédé indiqué ait une grande importance.

Lorsque les poissons dont on se sert pour la fécondation sont d'assez grande taille, la présence d'un aide, devient absolument nécessaire. Il arrive même, lorsque les reproducteurs sont très gros, que leur résistance est telle qu'on éprouve de grandes difficultés à les maîtriser. Dans ce cas, on les suspend parfois par une corde passée dans les ouïes. Ce procédé a le grand inconvénient de faire souffrir et parfois même périr le poisson. Il vaut mieux, dans ce cas, avoir recours au procédé suivant : on accroche le poisson avec un hameçon dont on a soigneusement hmé la barbe. On fixe le hameçon à une corde ayant i'^,20 de longueur et cette corde est à son tour attachée à une verge flexible et élastique. Le poisson fait des efforts pour se dégager, la baguette plie et ne rompt pas, de manière que

ranimai épuise rapidemeiu son énergie musculaire et peut être ensuite manié avec beaucoup de facilité.

Le procédé que je viens d'indi(iuer pour la fécondation artificielle des œufs a été presque complètement abandonné, et on se sert actuellement de la méthode suivante :

2" Mélhode russe ou de Wraski. — Ce procédé semble avoir été imaginé par le docteur Knocli, de Saint-Pétersbourg. M. Knoch avait remarqué (jue lorsque Ton procède à la fécondation artificielle, les résultats sont moins complets lorsc[ue le mélange des œufs et de la laitance est un peu retardé.

Examinant de près et à l'aide du microscope ce qui se passait alors, M. Knoch s'assura :

1" Que les œufs pondus dans l'eau absorbent une i)artie de ce liquide tant [)ar endosmose que par le micropyle. Les œufs peuvent être fécondés pendant tout le temps que dure cette absorption, soit pendant une demi-heure environ; mais, passé ce temps, les spermatozoïdes n'ont plus d'action.

2"" Si on examine ce que deviennent les spermatozoïdes dans l'eau, on les voit s'agiter avec vigueur; mais les mouvements cessent au bout de fort peu de temps, une ou deux minutes au plus.

3" Si, au contraire, on conserve les œufs à sec, ils restent pendant assez longtemps capables d'être fécondés, et la laitance, conservée dans les mêmes conditions, peut servir pendant plusieurs jours.

Ce serait donc à la suite de ces constatations que Knoch aurait conseillé au pisciculteur russe Wraski de féconder les œufs à sec.

Voici comment Ton doit s'y prendre. On a deux vases ; dans le premier on fait couler les œufs, mais à sec, sans avoir mis d'eau dans le vase. Dans le deuxième vase on recueille de la laitance, on y ajoute une très petite quantité d'eau, simplement pour les délayer, et on verse sur les œufs contenus dans le premier vase. On peut aussi verser directement la laitance sur

les œufs, agiter doucement la vase, puis au bout de deux minutes verser sur les œufs une petite quantité d'eau, et enfin les laver avec soin.

Les pertes sont moins considérables par ce procédé que par le précédent. On arrive à n'avoir que 1 pour 100 de nonréussite, tandis que cette perte est souvent de 12 pour 100 avec l'ancienne méthode. Chose remarquable, les alevins provenant d'œufs fécondés par le procédé russe seraient en majeure partie des poissons mâles. S'il en est réellement ainsi, ce serait encore un avantage au point de vue pratique, les poissons mâles étant plus estimés que les femelles lorsque celles-ci portent les œufs.

Avant d'aller plus loin, il importe de faire remarquer que Ton peut pratiquer, en cas de nécessité, la fécondation artificielle avec des poissons morts déjà depuis quelques heures. Cela résulte de ce que nous avons dit en rapportant les observations du docteur Knoch. Ce fait est tellement vrai d'ailleurs, que, dans certaines localités de l'Allemagne et de la Suisse, les pisciculteurs usent de ce procédé. Ils passent des sortes de traités avec les hôtels et les restaurants du pays, et leur achètent les œufs et la laitance des poissons livrés à la consommation. Il est bien vrai que les fécondations opérées dans ces conditions donnent des pertes assez considérables, mais on y trouve encore avantagea

Enfin, je dois rappeler que certains pisciculteurs préfèrent recueillir pour les mettre en incubation les œufs fécondés naturellement. Ils ont imaginé pour cela, et surtout pour recueillir les œufs de Truites, divers appareils; je me contenterai de décrire ici un des procédés employés.

Le but que l'on se propose est le suivant : attirer les Truites qui doivent frayer dans une sorte de rigole où il soit ensuite

1. On a préconisé divers moyens pour s'assurer si les œufs ont bien été fécondés. M. Nussbaum dit qu'en plongeant dans du vinaigre de table allongé de 50 pou»' iOO d'eau un œuf fécondé, l'embryon, même dès les premiers stades de son développement, devient nettement visible par son opacité et se détache sur le fond transparent du vifellus. (Elvart, Bull, de la Soc. cl'Aq., t. I, p. 149.)

facile de recueillir les œufs. Ces rigoles, désignées sous le nom de rigoles- frayères, peuvent être construites de diverses manières. On peut se servir de simples rigoles sans adjonction d'ap|)areils spéciaux. Les parois doivent être en ciment et le fond formé par

Fig. 84. — Apimreil Ainswortli.

du gravier bien nettoyé. Bien entendu que ce fond doit se raccorder avec celui de l'étang, et la pente de la rigole devra, d'après M. Gauckler, être d'enviion 0"',0!>r) par mètre ^ La rigole est ensuite recouverte d'un plancher mobile. Lorscpie Ton se sert d'appareil, on \wu[ faire usage de celui imagine» j^ar M. Ainswortli (fig. 8/l) et qu'a perfectionné M. Collins. Le

I. Gauckler, les Poissons d'eau douce et la piscicullure, p. '20.").

syslomc a été décrii de la manière suivante par M. Gaucklcr : (( ]\L Aiiiswortli a imaginé de placer dans la rigole une caisse en planches qui en occupe toute la largeur. Dans l'intérieur de la caisse, des taquets fixés contre les parois portent deux cadres superposés qui bordent des treillages en toile métallique. Les mailles du treillis supérieur sont assez larges pour livrer facilement passage aux œufs fécondés. Ils tombent sur le treillis inférieur placé à environ 0"',08 plus bas, où ils sont arrêtés par les fines mailles de la toile métallique. Sur 0'",10 d'épaisseur, le cadre supérieur est recouvert de gravier de la grosseur d'une noix, telle qu'il ne puisse pas passer à travers les mailles. Les Truites se rendent sur ce gravier, l'écartent pour faire leur nid et frayent sur le treillis... On récolte les œufs en enlevant d'abord le cadre supérieur. . .

(( M. Gollins a perfectionné cet appareil de la manière suivante : le cadre supérieur reste fixe et peut, dès lors, recevoir de grandes dimensions. Il est partagé en compartiments capables, chacun, de recevoir un couple de poissons. Ces compartiments

communiquent entre eux au moyen d'échancrures demi -circulaires, se faisant face sur les côtés des compartiments dans le sens du courant. La toile inférieure est sans fin ; elle repose sur des rouleaux actionnés par un engrenage à axe vertical de telle façon qu'on puisse la faire avancer ou reculer (fig. 85) . En avant de cette toile mobile, à l'aval, on place un cuveau armé de tiges verticales qui permettent de le soulever et de le retirer de l'eau. On voit qu'il suffit de faire avancer la toile mobile pour faire tomber dans le cuveau les œufs qu'elle a recueillis. Il reste à retirer ces derniers et à les récolter. Le cuveau est placé à environ 0'",03 de l'extrémité de la toile mobile, de telle sorte que les gravois qui ont pu y arriver de la toile supé-

Fig. 85. — Appareil Collins.

PISCICULTLIIE ARTIFICIELLE. 189

rieure tombent en dehors du ciiveau où l'eau n'entraîne que les œufs fécondés. L'accès de la toile inférieure est interdit aux Truites par des grillages ([ui ferment l'appareil vers l'amont et couvrent le cuveau en aval.

Fccondalion des œufs adhcroils.

Les prali(|ucs de la fécondation artificielle sont moins souvent appliquées aux œufs adhérents ([u'à ceux qui sont distincts et séparés. Cependant, il peut être utile d'y recourir et on devra procéder de la manière suivante :

On se procure des plantes aquati(iues, renoncules d'eau, callitriches, ou autres, et on les lave avec soin^ portant une grande attention à faire disparaître les insectes, crustacés, ou autres animaux de petite taille (jui pourraient s'y trouver. Puis on fait avec ces plantes plusieurs petits paquets que Ton place dans un vase à demi rempli d'eau. Prenant alors un mâle, on laitance l'eau et on l'agite doucement. Puis saisissant la femelle, on lui fait évacuer ses œufs en les dirigeant sur les plantes aquatiques où ils viennent se fixer, enfin, on reprend un mâle et on laitance de nouveau.

Le point le plus important est d'employer de l'eau ayant une température convenable. Le mieux est de prendre, si la chose est possible, de l'eau de l'étang ou de la rivière où vivaient les poissons dont on veut féconder les œufs. En tout cas, pour les Carpes, l'eau doit avoir une température d'environ î25° C.

]\1. llessel emploie pour la fécondation des œufs adhérents de minces cadres en bois, sur lesquels on tend de la gaze ou de la mousseline. Ces cadres, qui ont i mètre de longueur sur O'",o0 de largeur, forment des sortes de tamis sur lesquels on reçoit les œufs évacués par la femelle, œufs qui se collent immédiatement sur le tissu. Quand la surlace du tamis est ainsi couverte d'œufs, on pose l'appareil sur un plateau à bords peu élevés. Deux plateaux semblables sont nécessaires et ils doivent

190 LA PFSCICULTUliK DANS LKS KAIJX DOUCES.

cire un ])eu plus grands qu(3 le lamis i)our rendre les manœuvres plus faciles. Le premier plateau étant rempli d'eau k une température de 22 à ^l"" G., on y place un tamis sur lequel on répand les œufs comme il a été dit plus haut. Puis on retourne ce tamis, on couvre d'œufs son autre face, et on le transporte dans le deuxième plateau contenant de l'eau sur une épaisseur de 2 ou 3 centimètres; on verse alors la laitance sur les œufs.

Mais, en définitive, lorsque l'on veut avoir à sa disposition des œufs adhérents fécondés, il vaut mieux se procurer de ces œufs fécondés naturellement. Cela n'offre pas de grandes difficultés. Lorsque, par exemple, dans un bassin ou étang à feuilles on place des frayères artificielles, on peut y recueillir, comme nous l'avons vu déjà, de grandes quantités d'œufs.

Dans les pays du nord de l'Europe, on se procure des œufs adhérents à l'aide d'un appareil inventé, en 1761, par le conseiller Lund. Cet appareil n'est autre chose qu'une grande caisse en bois, dont les parois sont percées de trous nombreux. A l'intérieur de la caisse, on place des rameaux d'arbres verts, pins, sapins, etc. Cette caisse, munie de panneaux mobiles, est placée dans un courant d'eau, et au moment du frai, on y met quelques couples de poissons qui déposent leurs œufs sur les branches dont est garnie la caisse. La caisse elle-même servira d'appareil incubateur pour les œufs ainsi pondus.

Lorsque l'on s'est procuré des œufs fécondés par un des moyens que nous venons de rappeler, il y a deux manières d'en tirer parti : ou bien vendre ces œufs à d'autres pisciculteurs, ou bien les placer dans les appareils d'incubation jusqu'au moment de l'éclosion.

Lorsque l'on veut vendre les œufs, il faut pour les expédier prendre certaines précautions que je dois indiquer ici.

TRANSPORT DKS OELTS FECONDES

Il importe d'al)ord de remarquer cjue le inotnent ou fou expédie les œufs est loin d'être iiidi lièrent.

Ces œufs peuvent être expédiés sans inconvénients après la fécondation, à condition cependant (jue le voyage soit terminé le sixième jour qui suit cette opération. Après ce terme et pendant quelque lenips, les secousses, les chocs, impossibles à éviter j)endant le transport, deviendraient tout à fait dangereux.

11 faut alors attendre que, suivant l'expression des pisciculteurs, les œufs soient cmbruonés, c'est-à-dire que le futur poisson ait déjà subi un certain développement. 11 ne faut pas croire d'ailleurs qu'il soit diiïicile de reconnaître cette épo([ue. On voit à ce moment deux points noirs sur la surface de l'œ^uf, points noirs qui ne sont autre chose (jue les yeux du jeune poisson. Quand ce phénomène s'est produit, le transport des œufs olVfe beaucoup moins de dangers, et on peut y procéder en employant un des moyens suivants :

81 le voyage doit être de peu de durée, on peut les emballer simplement dans de la mousse humide entourée de linges mouillés. Lorsque l'on se sert de plantes aquatiques pour emballer les œufs, il ne faut pas négliger de laver avec soin ces plantes, pour les débarrasser des petits animaux qui s'y pourraient trouver.

On peut se servir de boîtes plates en sapin ayant 0'",10 à 0'",12 de hauteur et garnies de toiles ou de mousselines humides. On y place les œufs sur les plantes aquatiques ou entre des morceaux de mousseline. Une condition importante qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est d'éviter autant que possible que les œufs soient soumis à des changements brusques de température. 11 est donc utile d'enfermer la boîte contenant les œufs dans un deuxième récipient de dimension plus grande.

Fig. 80.

Châssis d'emballage ouvert.

Entre les deux boîtes, on placera un corps isolant. En sonnnne, les naeilleurs matériaux pour l'enaballage des œufs sont ; \" la ouate non g aminée ; 2"" la mousse d'eau [sphaignc) ,

Cependant les pisciculteurs ([ui ont à expédier de grandes

quantités d'œufs et à les envoyer au loin ont recours à des emballages un peu plus compliqués.

C'est ainsi qu'actuellement, on se sert surtout d'appareils dits :

Châssis cl' emballage (fig. 86 et 87).

Ce sont des cadres en bois léger sur lesquels on cloue de la mousseline ou de la futaine. Les œufs sont également disposés sur ces châssis, qui, eux-mêmes placés les uns au-dessus des autres, sont emballés dans une caisse où on doit les assujettir solidement.

Comme pour les boîtes dont je parlais tout à l'heure, la caisse renfermant les châssis doit être placée dans une seconde caisse de plus grande dimension, et l'espace entre les deux récipients sera remph avec une matière isolante, de la mousse sèche, par exemple.

M. F. Mather a été le premier à se servir de châssis se fermant et s'ouvrant comme un livre, la futaine clouée sur les cadres formant charnières.

M. Raveret-Wattel a décrit un appareil qu'il avait pu observer à l'Exposition de Londres, et qu'il est utile de faire connaître. C'est une caisse dans laquelle on en place une seconde, isolée de la première par de la sciure de bois. Huit cadres garnis de molletons de coton sont superposés dans cette caisse et reçoivent chacun une couche d'œufs. Le dessus et le fond des

Fig. 87.

Châssis d'emballage fermé.

deux caisses présentent de petites ouvertures qui permettent d'arroser au besoin les œufs pendant le transport.

L'eau, introduite en petite quantité parle haut, filtre à travers les tamis et s'échappe par le bas. Une chambre à glace est ménagée au-dessus des œufs, entre la chape et la caisse intérieure * .

Certains œufs, et les œufs de Saumon entre autres, peuvent être expédiés c-i sec avec quelque avantage. M. M. von dem Borne avait fait à ce sujet de fort intéressantes expériences. 11 s'était assuré que les œufs fécondés à sec et conservés hors de l'eau, pour en retarder le développement, voyagent avec une grande facilité.

Quel que soit le système employé, il ne faut pas perdre de vue un point important, c'est que l'œuf d'un animal quelconque, étant un être vivant, doit être amplement fourni d'air pour sa respiration.

Lors({u'il s'agit de voyages lointains, la glace employée dans l'emballage des œufs peut rendre les plus grands services. En effet, les œufs maintenus à une haute température voient le moment de leur éclosion considérablement retardé.

M. Raveret-Wattel a vu à l'Exposition de Berlin des œufs de Salmonidés, placés dans un appareil dont je parlerai tout à l'heure, s'y conserver pendant des mois. Voici d'ailleurs ce que dit sur ce sujet l'auteur que j'ai cité si souvent :

(( A l'Exposition de Berlin, des œufs de Saumon du Rhin fécondés en décembre furent conservés jusqu'à la clôture de TExposition (fin de juin), c'est-à-dire pendant plus de six mois. Ces œufs, que nous vîmes dans la première quinzaine de juin, étaient dans un état magnifique de conservation. L'évolution embryonnaire était extrêmement avancée, et quekiues éclosions commençaient à se produire, donnant des alevins très vigoureux. Le fait est d'autant plus remarquable qu'à l'Exposition ces œufs

1. Raveret-Wattel, Pisciculture dans la Grande-Bretagne, p. 27.

LA IMSCICULÏUHE DANS LKS K A IJ X DOIJCKS.

se trouvaient dans des conditions extrêmement désavantageuses. Souvent l'appareil était ouvert quarante ou cinquante fois })ar jour, pour en montrer le fonctionnement aux visiteurs, et l'intioduction dans la glacière de l'air extérieur, parfois extrêmement chaud, ne pouvait être que très défavorable aux œufs^ »

Je rappellerai que c'est grâce à l'emploi de la glace qu'après de nombreux échecs, on est arrivé à transporter en

Fig. 88. — Appareil de M. Hoack.

Australie et à la Nouvelle-Zélande des œufs de Truites et de Saumons fécondés en Angleterre.

Je dois insister également sur ce point, que tous les observateurs sont d'accord pour déclarer que les œufs retardés dans leur développement par la glace, dont l'incubation s'est faite lentement et à une basse température, donnent des alevins extrêmement vigoureux et en bien meilleur état que ceux dont l'évolution a été trop rapide.

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