‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 77 sur 106 · ENNEMIS DES POISSONS · texte numérisé non relu

ENNEMIS DES POISSONS

Je comprendrai sous ce nom les animaux qui nuisent directement aux poissons et en détruisent des quantités notables. Je suivrai l'ordre zoologique pour énumérer ces ennemis.

L — Mammifères La Musaraigne d'eau {Crossopus fodiens).

La Musaraigne d'eau est un insectivore^ mais cette espèce ne s'en attaque pas moins aux poissons. La Musaraigne aquatique a les dents rougeâtres à leur extrémité; les pieds sont garnis de poils raides qui facilitent la natation. Ce petit mammifère a les parties supérieures noires, les inférieures d'un blanc jaunâtre; la queue est aussi longue que le corps. Y compris cet appendice, l'animal a environ 0'",0/|. de longueur.

Cette Musaraigne, souvent confondue avec les souris, habite des galeries qu'elle creuse dans les berges des rivières, des ruisseaux, des étangs.

M. Fatio rapporte qu'une paire de Musaraignes détruisit

SOINS A DONiMMl AUX ALEVINS. 237

en quelques nuits plusieurs milliers d'œufs et de jeunes Truites dans un établissement de pisciculture, à Pontrcsima. Mais ces petits mammifères peuvent s'atta([uer à des poissons de plus grande taille.

Voici ce que raconte Brehm à ce sujet :

On trouvait souvent dans le lac de Heinspitz plusieurs Carpes de deux livres et plus, dont les yeux et le cerveau étaient mangés; on attribuait ce méfait aux Grenouilles, etBlumcnbach soutenait cette opinion.

Brehm fut alors témoin du fait suivant : « Un propriétaire avait retiré de beaux poissons de son étang et, pendant l'automne de 1829, avait placé ses Carpes dans le bassin de la fontaine, sous ses fenêtres, car l'eau n'en gelait jamais; en janvier 1830 survint un froid de 22 degrés qui recouvrit tous les ruisseaux de glace; les sources chaudes restèrent libres. Un jour, il trouva une Carpe morte, dont les yeux et le cerveau avaient été déchirés. Quelques jours après, il en eut une seconde mutilée de la même manière.

(( 11 perdait ainsi ses poissons les uns après les autres. Enfin, sa femme vit une souris grimper sur le bassin, s'avancer dans l'eau à la nage, s'asseoir sur la tcte de la Carpe et s'y cramponner avec ses pattes de devant. Elle n'eut pas le temps d'ouvrir la fenêtre que la souris avait mangé les yeux du poisson. Enfin, elle parvint à l'etTrayer et à la chasser; mais un chat ne lui donna pas le temps de quitter le bassin et l'attrapa. On parvint à la retirer de ses grilTes et elle me fut apportée. C'était une Musaraigne d'eau... Le propriétaire se décida ta mettre dans son bassin une tête de Carpe empoisonnée, et il détruisit par ce moyen plusieurs Musaraignes. >»

L'Établissement d'IIuningue a subi des portes sérieuses par suite des incursions des Musaraignes aquatiques. On ne saurait trop engager les pisciculteurs et les propriétaires d'étangs à surveiller les berges et les îlots de leurs pièces d'eau.

Quand on a reconnu la présence de ces petits mammifères,

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dont la période d'activité est le soir, après le coucher du soleil, il faut les poursuivre sans pitié.

On réussit assez bien à les détruire en ennployant du poison, de la strychnine, par exemple, que l'on introduit dans le corps de petits poissons morts et abandonnés sur la rive. Mais il faut alors employer bien des précautions pour que ces poissons ne puissent être enlevés, soit par des animaux domestiques, soit même par des enfants. J'avoue ne pas voir sans appréhension abandonner en plein air un poison aussi violent que la strychnine. A mon avis il vaut mieux, à tous égards, faire usage de pièges construits avec soin et amorcés avec un morceau de poisson K

La Loutre {Luira vulgaris).

La Loutre est un Carnivore de la famille des Mustélides. Ce mammifère a la tête petite, mais large, aplatie, avec des oreilles rondes; la queue est mince à son extrémité; les pattes, munies de cinq doigts bien armés d'ongles crochus, sont complètement palmées. Les parties supérieures de cet animal sont d'un brun foncé ; les parties inférieures sont plus claires. La fourrure est épaisse, lustrée; la longueur totale est d'environ un mètre.

La Loutre est certainement un des pires ennemis des poissons, dont elle se nourrit presque exclusivement. Sa grande taille, la facihté avec laquelle elle nage sous l'eau, sachant admirablement échapper à ses ennemis, en font non seulement une bête dangereuse pour les propriétaires de cours d'eau, mais encore un ennemi fort difficile à détruire.

La Loutre habite toujours le voisinage de l'eau. Elle se construit un terrier dont l'entrée est submergée et qui reçoit l'air par une ouverture dissimulée à l'extérieur par des buissons.

1. Une maison de Mulhouse fournit de ces pièges spéciaux au prix de 31 fr. 25 le cent.

SOINS A DONNER ALX ALEVINS.

Tous les observateurs sont d'accord pour déclarer que, lorsque la Loutre s'est emparée d'un poisson, elle sort de l'eau pour le manger, s'établissant souvent sur une pierre de couleur blanche (fig. 106). 11 n'est pas facile d'apercevoir la Loutre, maison n'est que trop averti de sa présence par les dégâts qu'elle commet. On trouve sur le bord de Teau des poissons à moitié dévorés, et il est à remarquer que ce sont généralement de très belles pièces. On reconnaît aussi la présence de l'ennemi à ses

Fig. 106. — La Loutre.

épreinteSj, ou plus simplement à ses excréments mélangés d'écaillés et d'arêtes, et aussi à la trace laissée par ses pattes palmées. Mais, encore une fois, la Loutre se laisse voir rarement. Non seulement c'est pendant la nuit qu'elle se met en chasse, mais encore, nageant entre deux eaux, elle ne vient à la surface que pour respirer. On peut cependant arriver à détruire cet ennemi par divers moyens.

1° Les poisons, — La strychnine est souvent employée. Le poison est introduit dans le corps d'un poisson récemment capturé, puis ce poisson est placé sur une baguette enfoncée sur la rive. J'ai déjà dit que je considérais ce moyen comme dangereux; de plus, dans le cas spécial, il est le plus souvent inciïi-

cacc; la Loutre n'aime pas les poissons nriorts, et il faudrait qu'elle fut bien pressée par la faim pour manger l'appât préparé.

2" Les pièges donnent, à mon avis, d'excellents résultats, mais il ne faut pas oublier que la Loutre est un animal excessivement vigoureux et en même temps d'une extrême défiance. Il faut donc que le piège soit très solide, et sa pose nécessite les précautions les plus minutieuses. On se sert souvent de pièges à renards dits pièges à planchettes ; il faut que le ressort soit assez fort pour qu'il ne s'abaisse, quand on veut le tendre, que sous un poids de 100 kilogrammes. Où doit-on placer ce piège? Voici ce que dit à ce sujet M. d'Audeville^ :

(( La Loutre suivant toujours la voie qu'elle a déjà frayée pour changer de canton, pour aller dévorer sa proie ou déposer ses épreintes, il faut tirer parti de cet instinct en choisissant la place où vous tendez votre piège. C'est ordinairement à un endroit où le bord est très incliné et très élevé, où l'eau est profonde, près d'un banc de sable, de touffes d'herbes épaisses ou de racines noueuses que la Loutre sort de l'eau pour aller déposer ses épreintes au sommet de la berge, sur un endroit élevé et blanc, comme une pierre, une taupinière. A cet endroit de la berge, on voit une glissoire par laquelle l'animal se laisse couler jusqu'à l'eau. C'est là qu'il faut tendre le piège. Si la profondeur ne dépasse pas 0'",20, ce qui est rare, mieux vaut le placer sous l'eau. Si cette profondeur est plus grande, on est obligé de tendre son piège, soit sur le sentier, soit sur l'endroit même où la Loutre vient déposer ses épreintes, en ayant soin de bien égaliser le terrain sous le piège, de le recouvrir d'abord de mousse, de feuilles mortes ou de papier qui empêchent la terre de s'y introduire, de dissimuler ensuite le tout sous de la terre bien meuble, dont on a écarté les pierres qui pouvaient s'opposer à la fermeture, enfin de conserver le plus possible au

1. D'Audeville, ^otre ennemie la Loutre. Sézanne, 1890, p. 8.

terrain son aspect primitif. 11 faut aussi dérouter l'odorat subtil de la Loutre, qui sentirait l'odeur laissée par l'homme durant ces apprêts assez longs, au moyen d'une préparation,

« Enfin, pour que la Loutre, qui, dès qu'elle se sent prise, se jette à l'eau, n'entraîne au loin votre piège, il faut l'attacher solidement au bord par une chaîne de fer assez longue pour permettre à l'animal de se noyer, ou bien le munir d'une pierre assez lourde pour empêcher le captif de venir respirer à la surface, et en même temps d'un flotteur de bois fixé au bout d'une corde pour vous indiquer où la Loutre doit être asphyxiée. Si la bête prise ne pouvait reculer jusqu'à l'eau, elle se rongerait la patte et vous échapperait. »

M. de Piennes a insisté sur les précautions à prendre pour dérouter l'odorat de la Loutre. On doit, pendant que Ton opère, mettre une planche sous ses pieds, ne pas fumer, bien entendu, et enini l'opérateur doit avoir les mains imprégnées de poireau; la mousse, les feuilles, etc., dont on se sert, doivent également être parfumées de poireau.

On se sert parfois, non sans succès, de nasses pour capturer les Loutres; ces nasses sont fabriquées avec du fer galvanisé. On chasse aussi la Loutre à l'aide d'une race spéciale de chiens (pUer-hound). Mais cette chasse, qui exige une meute spéciale, constitue un genre de sport et ne peut être classée parmi les moyens pratiques de destruction.

Le Putois {Mustela fœtoria).

Ce muslélide est brun en dessus, avec les parties inférieures noirâtres; les oreilles sont brunes, bordées de blanc; les moustaches sont bien développées, la queue est touiïue; on remarque sur les flancs une sorte de grande tache jaunâtre. La longueur du corps est d'environ 0™,40, celle de la queue de 0'",iG.

Le Putois habite les forêts et les plaines où se trouvent des

IG

21'2 LA PISCICULTURE DANS LKS KAUX DOUCES.

bouquets de l)()is. Hien moins dangereux pour les poissons que la Loutre, il doit cependant être éloigné des cours d'eau, car il est certain que, dans maintes circonstances, on Ta vu pêcher et poursuivre les poissons môme en plongeant.

Le Vison (V Europe est signalé par les auteurs allemands comme un ennemi des poissons. Bien que ce mammifère ait été, à diverses reprises, rencontré en France, il est trop rare dans notre pays pour pouvoir causer de sérieux dommages.

Le Campagnol amphibie {Arvicola amphibius).

Le Campagnol ou Rat d'eau a le corps trapu, la tête arrondie, les oreilles courtes, cacliées sous le poil. La coloration générale est d'un brun foncé. On a souvent accusé le Campagnol de s'attaquer aux poissons. En réalité, je crois qu'il est absolument innocent de ces méfaits, sa nourriture semblant se composer exclusivement de végétaux. Mais on a confondu ce yat d'eau avec le Rat véritable, le mus decumanus ou Surmulot. Ce dernier nage facilement et est essentiellement omnivore.

IL — Oiseaux.

Le Balbuzard fluviatile (Pandîo Haliœtus). Noms vulgaires : Aigle pêcheur^ Tappe à brèmes, Galpesquié, etc.

Le Balbuzard a le bec recourbé près de la base, et à pointe très crochue, acérée. Les tarses sont courts, robustes, les ailes sont longues, la queue est carrée. La coloration des parties supérieures est un mélange de brun, de blanc et de rougeâtre ; le ventre est blanc, parsemé de quelques taches d'un brun roux ; les pieds sont bleuâtres. Le Balbuzard niche sur les arbres élevés. La femelle pond, en mai, deux ou trois œufs d'un blanc grisâtre, avec des taches ocreuses. Cet oiseau se nourrit exclusivement de poissons. C'est donc pour les piscicul-

SOIiNS A DONNER AUX ALEVINS.

teurs un véritable ennemi. On le voit planer au-dessus des étangs à une hauteur assez considérable, puis, tout à couj), il descend rapidement, les ailes étendues, disparaît un instant puis revient tenant entre ses serres le poisson qu'il guettait.

Pour s'emparer de cet oiseau, on enfonce au bord ou au milieu des étangs de grands et forts poteaux dépassant la surface de l'eau d'un mètre environ et on place un piège sur ces supports; l'oiseau vient fréquemment se poser sur ces pieux pour guetter les poissons.

Le Martin-Pêcheur (.1. Ilispida).

Le Martin-Pécheur (fig. 107) a la tête très grosse relativement aux dimensions du corps. Le bec est long, droit, robuste, d'un rouge vif. Cet oiseau a les parties supérieures d'un vert bleu, les inférieures sont brun jaune ; les pattes sont rouges. Ilaenviron0"',î29 d'envergure. Cet oiseau habite le long des cours d'eau, donnant la préférence aux rivières et ruisseaux dont les bords sont ombragés.

Brehm a bien observé la manière dont niche le Martin-Pécheur :

« Des qu'il s'est accouplé, ce qui arrive à la lin de mars ou au commencement davril, il cherche un endroit pour établir son nid. C'est toujours une rive sèche, escarpée, complètement dégarnie d'herbe... Là, à 0'",30 ou 0'\G0 au-dessous du bord supérieur, le Martin-Pécheur

Fiff. 1U7.

l.c Martin-Pêcheur

LA PISCICULTUaK DANS LKS KAUX DOUCKS.

creuse un trou arrondi d'environ 0"',05 h 0"',0G de diamètre et de 0'",60 à 1 mètre de profondeur ; cette sorte de terrier se dirige un peu en haut. L'entrée est bifurquée et l'extrémité opposée se

Fig. 108. — Le Héron cendré.

termine par une excavation arrondie. Le plancher de cette excavation est couvert d'arêtes de poissons et très sec ; la partie supérieure est lisse. Sur le ht d'arêtes se trouvent les œufs, au nombre de six à sept; ces œufs sont ronds, d'un blanc lustré; ils ont à peu près le volume de ceux de la caille. »

Le Martin- Pêcheur reste habituellement immobile sur les

rives, guettant les poissons; puis il s'élance subitement, plonge et s'empare de sa proie.

Cet oiseau est un ennemi très dangereux pour les pisciculteurs. Il faut se servir, pour le détruire, de pièges analogues à ceux que l'on emploie contre les Musaraignes aquatiques \

Le Héron cendré {Ardea rlncrea).

Le Héron cendré (fig. 108) a le somniet de la tête blanc, les parties supérieures d\in gris cendre rayé de blanc ; les flancs et une partie des ailes sont noirs ; la huppe est formée de trois longues plumes noires. Le bec est jaune et les pattes noirâtres; l'envergure dépasse souvent 2 mètres.

Les Hérons cendrés vivent en troupes, nichant sur les arbres, formant des colonies nombreuses, des héronnières. Cet oiseau est migrateur; cependant il reste pendant tout l'hiver dans le midi de la France. Les Hérons sont de grands destructeurs de poissons. Ils doivent donc être détruits par tous les moyens possibles. Les autres espèces de Hérons ne sont pas moins nuisibles.

Les Palmipèdes.

Tous les palmipèdes peuvent être considérés comme dangereux pour les poissons; tous, eneiïet, se montrent très avides d*œufs de poisson. H faut, et je l'ai déjà dit, écarter les canards domestiques des étangs au moment du frai.

Nous avons vu d'ailleurs ' que les oiseaux aquatiques sont aussi indirectement nuisibles en leur communiquant des parasites.

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