‹ La pisciculture dans les eaux doucesChapitre 79 sur 106 · IV. — Batraciens · texte numérisé non relu

IV. — Batraciens

Les Grenouilles ont été considérées souvent comme fort nuisibles aux Carpes des étangs. Brehm a rapporté le fait suivant : (( Nordmann, qui faisait valoir aux environs d'Altembourg

SOINS A DOX-NKH AUX ALEVINS. 2i7

un vivier considérable, rapporte qu'environ 12,000 Carpes se trouvaient dans un vivier; elles pesaient en moyenne une demilivre.

« Quelques jours avant le moment de la pêche, un paysan l'aconta au propriétaire qu'il avait vu une grosse Carpe qui, malgré tous ses elTorts, n'avait pu se débarrasser d'une Grenouille cramponnée sur son dos. La pêche qui fut faite confirma la vérité de ce récit, au grand étonnement de Nordmann. On vit, en eflet, presque sur chaque Carpe, une, parfois deux Grenouilles cramponnées avec leurs pattes sur les branchies. Quelques Grenouilles s'étaient fixées si énergiquement c|u'il était difficile de les détacher. Les plus belles Carpes étaient écorchées, une partie de leurs écailles étaient tombées. Près de mille poissons auxquels les Grenouilles avaient crevé les yeux n'avaient plus aucune valeur marchande. »

Un fait certain est qu'au moment où l'on pêche les étangs, on trouve souvent des Carpes sur lesquelles se trouve cramponnée une Grenouille ou un Crapaud. J'ai pu constater ce fait à diverses reprises. Dans ce cas, les batraciens, par une aberration de l'instinct sexuel, se fixent sur tous les corps étrangers plongés dans l'eau. J'en ai vu fixés sur des racines, sur des pierres. Il ne m'a pas paru d'ailleurs que les poissons souffraient beaucoup de cette étrange étreinte. M. Van dem Borne, parlant de la Grenouille, dit seulement que ce batracien détruit des Carpes de la longueur du doigt en les happant dans les eaux tranquilles ^ M, Mailles s'est élevé avec force contre cette accusation. La Grenouille a été accusée de manger une certaine quantité d'alevins; cela ne me semble pas impossible, mais les dégâts ainsi commis me paraissent devoir être compensés pai* la quantité de nourriture que le frai des batraciens fournit aux poissons.

Cependant il y a parmi les batraciens certaines espèces (|ui

1. Van dem Borne, IltouWiicli iler Fischiucht and fisclicrci. p. 20i.

peuvent être considérées comme véritablement nuisibles; ce sont les Triions ou Salamandres d'eau, désignés parfois aussi sous le nom de Garde- fontai7ies. Ces animaux sont essentiellement aquatiques, ils se nourrissent de vers, d'insectes, de mollusques, mais peuvent aussi détruire une grande quantité d'alevins. 11 convient donc de les éloigner avec soin des bassins et canaux d'alevinage.

Insectes.

Le Dytique bordé [D. marglnalis).

Le Dytique (fig. i09) est un coléoptère de forme ovoïde ; toutes les parties supérieures sont d'un brun olivâtre, mais une

Fig. 109. — Le Dytique.

bordure jaune encadre le corselet et se prolonge sur les bords externes des ailes supérieures. Les élytres sont lisses chez le mâle (fig. 110) et profondément striées chez la femelle (fig. 111).

Les pattes postérieures sont grandes, très larges, fortement ciliées, disposées pour la natation. De plus, les pattes antérieures du nfiâle portent des sortes de ventouses cupuliformes.

Cet insecte est absolument Carnivore; il s'attaque à tous les animaux et peut dévorer des poissons même d'assez forte taille.

Quelques Dytiques, pénétrant dans les bassins d'un établissement de pisciculture, y peuvent causer de sérieux dégâts. 11 faut ajouter que la larve de cet insecte (fig. 112) est également

Fig. 110.

Dytique marjrinal

mâle.

Carnivore.

L'Hydrophile brun (//. piceus).

Fig. 111.

Dytique marginal

femelle.

L'Hydrophile est également un coléoptère à la vie aquatique, ayant une forme ovoïde, le corps très bombé en dessus et, au contraire, plus ou moins excavé en dessous. Les antennes se terminent par une masse ovoïde; la deuxième et la troisième paire de pattes sont larges, aplaties, ciliées, bien disposées pour la natation. Quant aux pattes de la première paire, elles présentent chez le mâle un caractère particulier : le dernier article du tarse est élargi en forme de hache. A la partie inférieure du corps, le sternum nettement caréné se prolonge en arrière en forme de pointe aiguë. L'Hydrophile se noui*rit volontiers de plantes aquatiques, mais il est également Carnivore et s'attaque aux jeunes poissons aussi bien que le Dytique. H en est de môme de VAcilie sillonnée, autre coléoptère voisin des Dytiques dont ils ont les mœurs.

Fig. 112.

Larve

de Dytique.

Libellules.

Les Libellules ou Demoiselles sont des névroptères qui, à l'état parfait, ont une vie aérienne et ne peuvent, par conséquent, être nuisibles aux poissons. Mais les larves sont essentiellement aquatiques et absolument carnivores.

Parmi les autres insectes aquatiques, on a signalé diverses espèces pouvant être dangereuses pour les alevins; telle est la Notonecte aquatique, cette sorte de punaise d'eau que l'on voit nageant sur le dos. Cet insecte ne me paraît pas devoir être bien dangereux.

VL — Crustacés.

Un assez grand nombre de crustacés ont été signalés comme vivant en parasites sur le corps ou les branchies des poissons. Il ne paraît pas que ces parasites incommodent beaucoup leurs hôtes ; exception doit être faite cependant pour

L'Argulus foliaceus, vulgo Pou des poissons.

Ce parasite (fig. 113) est un crustacé de l'ordre des Gopépodes. Chez ce parasite, les pattes-mâchoires sont transformées en ventouses et les mâchoires en petits stylets sétiformes. L'animal est de forme ovalaire, d'une coloration vert jaunâtre et a une longueur de 4 millimètres environ.

Baldner connaissait ce parasite : « Cette espèce, dit-il, est accrochée aux poissons et les suce au point de les faire mourir, ce qui arrive surtout aux poissons d'étang. Elle s'y acharne et s'y accroche si bien que parfois elle leur détruit la

Fig-. 113.

Argulus foliaceus

(grossi).

SOINS A DONINER AUX ALEVINS.

queue. Les grandeur et largeur sont celles d'une punaise ^ » On trouve souvent ce parasite sur la Carpe, mais il peut se fixer sur d'autres poissons. Non seulement sa présence peut affaiblir l'hôte qui le porte, mais il présente un autre inconvénient. IM. jMégnin a fait remarquer que les piqijres de l'Argule pouvaient servir de portes d'entrée au.v psorospermies déterminant les maladies dont nous nous sommes occupés ■.

Les autres crustacés parasites semblent plus inoiïensifs. Tous appartiennent à l'ordre des Gopépodes, et presque tous sont fixés sur les branchies (fig. 114 et 115).

Fig. 114.

Tracheliastes

polycolpus

(très grossi)

sur peau

des Cyprinides

VIL — Annélidks.

Fig. 115.

Acliteres percarum

(très grossi) sur branchies

des perches.

Les Annélides fournissent à la liste des ennemis la Piscicola geometra. Cet annélide appartient à la famille des Rhynchobdellides ou Sangsues à trompes. Ce sont des vers à corps allongé, cylindriciue ou large et aphiti. 11 y a deux ventouses, une antérieure et une postérieure. La cavité buccale renferme une trompe. La Piscicole géomètre a la bouche au fond de la ventouse antérieure. Elle est verdàtre ou jaunâtre, avec des raies plus claires; elle a 0'",02 ou 0"\03 de longueur sur 1 à 2 millimètres de largeur. Un grand nombre de ces vers se fixent parfois autour des branchies des Carpes, des Tanches... Le poisson finit alors par périr.

Fig. IIG.

Piscicole géomètre.

Fig. 117.

Piscicole géomètre.

1. Baldncr. flistoire naturelle des eaux strasbourgcoises, 16GG.

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