‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 12 sur 62 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

L’Allemagne , qui avait été le berceau de la pisciculture et la terre natale de la nouvelle industrie, a continué à se mêler au mouvement, et, à plusieurs reprises, elle demanda à Huningue des enseignements qu elle pût appliquer dans ses divers cours d’eau. L’élan fut général, mais ce furent surtout les sociétés d’agriculture qui prirent à cœur la science nouvelle et qui cherchèrent à assurer son développement ; ajoutons que le succès couronna leurs efforts.

La Bavière surtout est entrée absolument dans la voie du progrès; de nombreuses sociétés de pisciculture s’y sont fondées, et nous devons une mention particulière à celle de Landschutt.

AMunich, M..I.-B. Kuffer a établi, dans une petite source qui couledes bords de la rivière Isar, un appareil qui consiste en trois larges bassins, un de pierre et deux de bois, et dans lequel il élève le Salmo lemanus, le Salmo lmcho et la truite commune. Une partie de ses produits est transportée, après quelques semaines ou quelques mois, dans les lacs ou les cours d’eau, ou ils se développent bien; une autre partie est conservée dans les réservoirs de l’établissement et y atteint des dimensions considérables; les poissons y sont nourris avec de petits poissons morts et avec des entrailles de leurs congénères, et absorbent une énorme quantité de nourriture. Si les poissons prospèrent dans les compartiments restreints de M. Kuffer, où ils sont accumulés, cela tient à ce qu’ils reçoivent une grande quantité d’aliments chaque jour, et que le milieu dans lequel ils sont maintenus se renouvelle sans cesse par suite de la rapidité du courant.

Le Dr Stephens, à Kreuth , non loin de la frontière du Tyrol, obtient aussi de bons résultats de l’éducation des poissons, Salmo salai \ Salmo lembla et truite. Mais la nourriture n’étant donnée que très-irrégulièrement, la croissance des élèves est très-lente.

En Hanovre, le comité central pour la principauté de Lunebourg a autrefois accorde de larges subventions pour la pisciculture, mais malheureusement les établissements de Winzenburg (dans le Hartz), de Helsen et d’Essen n’ont pas réussi.

M. le baron de Winke, à Ostenwalde, près de Melle, possède depuis 1865 un établissement qui a donné des résultats extraordinairement avantageux, surtout pour le salbluuj , Salmo salvelinus, importé de Munich.

A Hameln, sur le Weser, l’Institut de pisciculture a versé, en 1858-59, dans la rivière, 144,000 jeunes saumons (de 178,000 œufs), et on attribue à ce fait l’augmentation de la pèche dans cette ville depuis 1864.

(1) De Selys-Lonchamps, loco cilato , p. 24.

CHEZ LES DIVERS PEUPLES

Aujourd’hui, le magistrat de Ilameln, qui, comme propriétaire de la pêcherie de saumons, en avait retiré un produit triple de l’ordinaire, a pris la direction de l’établissement de pisciculture.

Dans la Hesse électorale, l’établissement de Frankenberg, sur l’Edder, n’a pas encore donné de bons résultats. Dans le Journal des Sociétés d’agriculture de 1840, on voit que Knoche, lermier des domaines à Loberden , annonça avoir répété les expériences du forestier Franck, de Schau embou rg-Li ppe ( Vog t) .

En Iiohenzollern , l’établissement de Hettingen a seul donné de bons résultats depuis 1862, tandis que les autres n’ont pas encore réussi.

Le Wurtemberg, où le poisson a notablement diminué par suite de la construction de barrages qui s’opposent à la remonte des espèces anadromes et surtout par suite du fâcheux eflet des résidus des fabriques établies au voisinage des rivières, pensa, dès 1854, à mettre à profit les ressources de la pisciculture pour obvier à cette dépopulation. S. M. le roi chargea M. le professeur Rueff de diriger un établissement de pisciculture qu elle avait créé dans son domaine de Monrepos (1), et de répandre la connaissance de la science par la publication de notices et d’instructions, qui furent libéralement distribuées. M. le professeur Rueff s’adonna à cette œuvre avec le plus grand dévouement et le plus complet désintéressement, et fit connaître les procédés qui lui parurent le mieux appropriés aux conditions hydrauliques et topographiques du pays, en tenant compte de l’idée que la pisciculture ne devait pas être du domaine de l’Etat, mais être entièrement livrée à 1 industrie privée.

Ce ne fut pas seulement parles instructions qu’il rédigea (2) que M. Rueff travailla à propager la pisciculture, mais il fit plusieurs tournées auprès des divers pisciculteurs pour leur donner, sur place, les renseignements et les conseils nécessaires pour assurer le succès. On se procura d’abord les œufs chez M. Kuffer, de Munich, dont l’établissement, situé au voisinage des grands cours d’eau et des lacs de Bavière, se trouve ainsi dans les conditions les plus favorables pour se munir d’œufs; mais depuis , plusieurs piscifactures du Wurtemberg se sont organisées, sous l’inspiration de la Centrallsteller, pour pratiquer la fécondation artificielle, et leurs produits (3) sont distribués par les soins de M. Rueff, après cinq à six semaines d incubation.

Dans le but d’assurer davantage le succès et d’éviter tout mécompte aux débutants, on préfère ne leur livrer les œufs qu’à une période assez avancée d incubation.

Aujourd’hui il existe en Wurtemberg de 25 à 30 établissements de pisciculture, auxquels le gouvernement accorde toute sa protection, tout en favorisant principalement ceux qui cherchent à enrichir les cours d’eau libres par le versement tle leurs alevins (4), et la pisciculture fait des progrès sensibles. Dans le but de donner tout le concours possible au repeuplement des eaux, une loi nouvelle a été promulguée le 27 novembre 1865, loi très-bien faite et appropriée au but

(1) Bien qu’on ait annoncé le transfèrement , à Hohenheim , de l’établissement de Monrepos, il n’en existe aucun dans cette ville, où M. le professeur Rueff est chargé des cours de zoologie et de zootechnie.

(2) Die Agronomische Zeitung in Leipzig , juillet 1854. — Wochenblatt, n° 8, suppl. III, 1858.

(3) Le gouvernement distribue, en outre, chaque année, une petite quantité d’œufs fécondés, 30 à 40,000, et malgré la faible importance de ce nombre, on a reconnu déjà l’heureuse influence de ces distributions.

(4) Les essais de stabulation, avec nourriture naturelle ou artificielle, ont paru au gouvernement wurtembergeois moins intéressants que ceux tentés en vue du repeuplement des eaux libres, par cette raison surtout que les premiers sont moins économiques.

qu’on se proposait de protéger, non-seulement l’exploitation ordinaire des eaux, mais aussi les essais de repeuplement.

Le Dr Kl einert, d’Herrenalb, a organisé, dans son établissement hydrothérapique, un appareil de pisciculture dans lequel il pratique la fécondation artificielle avec les œufs de ses produits; il a soin de faire arriver une eau bien oxygénée sur ses œufs et de ne pas faire passer la même eau sur toutes ses boîtes d’éclosion (1).

La pisciculture, presque entièrement délaissée en Silésie, est, au contraire, l’objet dune grande attention dans les provinces rhénanes. Il existait, il y a encore peu de temps, à Pappeldorf. près de Bonn, un établissement fondé par l’Académie d agriculture, mais on a été oblige de le transférer dans une autre localité, l’eau n’étant pas propice à 1 incubation des alevins. On a deux fois essayé, mais sans succès, d’introduire au moyen delà pisciculture le Sahnofario aux environs de Kœnigsberg (Dr Herm. A. Hagen).

A Niederbreder, près deNeuwied, il existe un établissement subventionné par l’Etat et dont la majeure partie des frais d’installation a été payée par le prince de Neuxvied ; il fonctionne depuis peu et emploie des appareils de plusieurs systèmes, parmi lesquels ceux d’Huningue ont paru de beaucoup les meilleurs. Les résultats généraux ont été si satisfaisants que l’on a dû augmenter le nombre des appareils pour pouvoir suffire aux demandes faites par les diverses sociétés de Prusse, auxquelles les œufs sont accordés gratuitement.

Les œufs de truite proviennent des animaux elevés dans l’établissement; ceux de saumon sont fournis par des pêcheurs de la Sieg et du Pihin, avec lesquels on a passé des traités pour se les procurer.

Il existe encore dans la province rhénane, à Wassen, une société dite S ieg fischer ei-Actiongesellschaft , qui, en automne 18G7, a distribué 50,000 jeunes truites de l’année au prix de 7 fr. 50 le cent. Les premières installations de cette Société, qui n’emploie que les appareils d’Huningue, ont été bientôt reconnues insuffisantes, et on a dû transporter l’établissement à Niederhôlzen , distant de Wassen d’une demi-heure.

Mais la plus grande société de pisciculture de Prusse est certainement celle de Wiesbaden, en Nassau, qui a, depuis 18G4, un établissement destiné à l’élève des brochets, écrevisses et anguilles, près de Hochet (établissement qui occupe environ un hectare de superficie, sur lequel sont placés les réservoirs et bâtiments d’exploitation), et un autre (depuis 18G5) à Ilofadamstbal , aux environs de Wiesbaden ; celui-ci, spécialement affecté à 1 élève des truites, a une superficie de cinq hectares, dont deux sont clos et renferment la maison aux alevins (Brut/iaus), le logement du gardien et vingt-trois réservoirs. L’eau de Hofadamsthal est très-claire et ne contient pas de sels de chaux; sa température, été et hiver, est de 9° à 10”. Les seuls appareils employés sont ceux delluningue et de Warzbourg. Les étangs, dont le nombre doit être augmenté, sont abondamment fournis d’eau et peuvent être vidés isolément. D’après M. Kirsch, directeur de l’établissement, il est très-important d’avoir un grand nombre de réservoirs pour y disperser ses produits, car on parvient ainsi à faire en deux ans des truites de dimensions convenables pour être vendues au marché. La Société de Wiesbaden a affermé vingt-trois districts de peche ( Fis cherei-Bezirlié), et il est très-probable que ces divers établissements deviendront des modèles pour toute la Prusse et peut-être pour toute l Allemagne.

(1) Bull. de la Soc. d’acclim., t. VIII, p. 28, 1861.

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