‹ La Pisciculture et la Pche en ChineChapitre 24 sur 62 · CANADA · texte numérisé non relu

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Le saumon abondait autrefois, ainsi que de nombreuses espèces d excellents poissons, dans les eaux du Saint- Lawrence et de ses tributaires, depuis les chutes du Niagara jusqu’au Labrador; mais dans ces dernières années, en raison des pèches désordonnées et surtout de trop nombreux barrages établis sur son cours, il avait notablement diminué, et ne se rencontrait plus guère que dans les eaux du Jacques-Cartier. Mais, comme l a fait observer le Rév. W. A. Adam-

cessé et les saumons ont désappris le chemin de cette rivière. C’est par une raison semblable que l’alose, autrefois abondante, a complètement disparu de la Susquehannah. (Hon. Steph. II. Ainsworth.)

(1) Les commissaires ont aussi insisté sur la nécessité de protéger le pisciculteur, ce qui n’est ni dans la loi, ni dans les habitudes, les pêcheurs ayant la conviction que la législation est injuste, et qu’il y a plus d’honneur à la violer qu’à lui obéir. Il faut, disent-ils, sévir rigoureusement contre le braconnage, car tant qu’il ne sera pas sévèrement réprimé, personne ne voudra tenter de repeupler les étangs : il ne serait certainement pas plus difficile de protéger le poisson que le gibier.

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son (1), dans un mémoire lu devant 1 ' Institut canadien de Toronto, le saumon pourrait facilement encore être un aliment économique, facilement accessible au plus grand nombre des familles canadiennes, et même devenir un objet de sérieuse exportation pour les Etats-Unis. Sans doute, ce poisson a été victime de cette propension qu’a l’homme , surtout sauvage, de détruire tout ce qui vit et contribue à son alimentation; sans doute, la négligence des constructeurs de moulins, qui n’ont pas ménagé quelque chute ou couloir par où le poisson put remonter, a été une cause puissante de diminution; mais le mal serait aisément réparable par l’établissement de barrageséchelles, comme ceux qui ont donné de si beaux résultats en Norvège et surtout dans le Royaume-Uni. Le conseil du Rév. Adamson a été entendu, et en 1858 la législature du Canada, convaincue de limportance qu’il y a à augmenter la production du saumon (car, a dit Franklin, chaque saumon est une pièce d’argent qu’on tire de l’eau), a promulgué une loi de protection , d encouragement et de régularisation de la pèche, à la suite de laquelle des surintendants des pêches ont pris, dans le haut et le bas Canada, des mesures conservatrices.

Convaincu que pour rendre aux eaux leur fertilité perdue il ne suffisait pas d’ouvrir des passages au saumon et de lui accorder toute protection, M. Richard Nettle, alors inspecteur des pêcheries du Canada Est, résolut d’avoir recours à la fécondation artificielle. Pour cela, dans une maison fraîche, en été, par suite d’une bonne ventilation, et pouvant, en hiver, être maintenue à une température convenable, il organisa un bassin de huit pieds sur douze, dans lequel coule sans interruption l’eau du lac Saint-Charles, distant de dix-lmit milles de la ville. Le réservoir se divise en deux compartiments : l’un, plus profond, garni de quelques fragments de rocs et destiné à recevoir plus tard les alevins; l’autre, subdivisé en trois parties profondes de un à six pouces, et dans lesquelles doit se faire l’éclosion. Le fond de cet appareil à incubation est garni de sable et de gravier, de manière à imiter le lit d’une rivière. En septembre, on pêche, au voisinage de l’établissement, des saumons mâles et femelles pour se procurer les oeufs, qu’on féconde et place dans l’appareil. L’éclosion s’en fait en général en février (elle a demandé en 1859 cent treize jours). Les alevins, conservés quelque temps dans le grand réservoir, où ils prennent peu de développement, sont ensuite lâchés en rivière pour y vivre en liberté.

M. S. Wilinot, de Newcastle, ayant obtenu l’autorisation de pêcher en temps prohibé pour faire des expériences de fécondation artificielle, a pu réussir heureusement ses éducations au moyen de poissons pris dans quelques cours d’eau tributaires de l’Ontario. Bien que la malveillance ait détruit une partie de ses œufs, et qu’il ait été obligé d’en transporter le reste dans son domicile, il est parvenu à élever 30,000 saumoneaux qui se sont parfaitement développés. L’établissement de Newcastle-Ontario, après avoir été fondé par M. S. Wilmot avec ses seules ressources, a été depuis cédé par lui au gouvernement canadien. Il a servi de modèle à plusieurs des Etats voisins, et a pu céder au gouvernement du Maine plusieurs milliers d’œufs : la facilité et la sûreté avec laquelle les œuls ont été transportés à leur destination ont amené de nouvelles demandes, et, par suite, une nouvelle branche de commerce a pris naissance au Canada, où elle était inconnue jusqu’alors. Les alevins provenant de la piscifacture de Newcastle (150,000 environ) ont été déposés dans les affluents de l’Ontario, avec la précaution de choisir de préfé-

(1) Rév. W. À. Adamson, On the Decrease, Restoration and Préservation of Salmonin Canada , 185G. — Sir J. E. Alexander, Satmon fishing in Canada, 1860. — J. M. Le Moine, les Pêcheries du Canada, 1869. — The Technologist, 1860, t. 1er, p. 85.

rence les petites rivières, parce qu’elles étaient des frayères recherchées du poisson au temps passé de l’abondance de ce poisson. La meilleure époque pour le transport des œufs, au Canada, paraît être février et mars, parce qu’alors l’embryon est assez développé pour supporter les fatigues du voyage, et ne l’est pas encore suffisamment pour qu’on puisse craindre son éclosion en route, ce qui est une mauvaise condition de succès. A une époque plus tardive de l’année, il est essentiel d’emballer les œufs dans la glace, qui retarde leur évolution, et c’est ainsi qu’en avril 1870 on a pu en faire arriver, sans avarie, jusqu’à Augusta (Maine) (1).

En vue d’obvier à la difficulté de la récolte des œufs d’une part, et aux inconvénients que présente la manipulation des poissons reproducteurs, M. S. Wilmot a eu l’idée de construire un appareil dans lequel la récolte des œufs de saumon pourrait se faire mécaniquement. Bien que n’ayant pas encore apporté à son appareil tous les perfectionnements dont il est susceptible, M. S. Wilmot a pu obtenir, l’an dernier, plusieurs milliers d’œufs de saumon. Le bâtiment dans lequel il opère a 66 pieds de longueur sur 15 de largeur et 12 de profondeur; on y fait passer, au moyen d’écluses, toute la quantité d’eau dont on a besoin, et qui est prise de la petite rivière même; le fond est revêtu d’un plancher uni et porte des pièces de bois hautes de 3 pouces sur 7 qui le divisent en quatre compartiments longitudinaux larges de 37 pouces chacun ; de petites barres sont placées en travers des pièces, à une distance environ de 15 pouces les unes des autres et à 3 pouces au-dessus du fond; l’espace libre est garni d’une toile sans fin qui peut se mouvoir au moyen de rouleaux installés aux deux bouts du bâtiment. Sur les traverses on a placé un fort réseau de fil de fer galvanisé (n° 12), à mailles de 1 pouce, qui s’adapte juste entre les longrines. Ce réseau métallique est couvert d’une épaisseur d’environ 4 pouces de gravier assez gros pour ne pouvoir pas passer à travers les mailles. On laisse couler l eau à une hauteur de 9 à 15 pouces au-dessus de cette frayère artificielle de 60 pieds de long sur 15 pieds de large, et qui a toutes les apparences du lit naturel d une rivière. Les saumons, en cherchant à remonter la rivière, entrent dans le bassin collecteur situé en aval du bâtiment, et, au moment de frayer, le mâle et la femelle se portent sur la frayère artificielle, où ils opèrent comme ils le feraient dans la rivière.

Les poissons, en déplaçant plus ou moins le gravier pendant la fraye, laissent glisser leurs œufs dans les interstices, d’où ils arrivent sur la toile sans fin; en mettant celle-ci en mouvement, les œufs sont apportés jusqu’au rouleau et viennent, en se détachant eux-mêmes, tomber dans un récipient dans lequel ils sont portés à la chambre d’incubation. Plusieurs douzaines de saumons peuvent frayer en même temps dans l’appareil.

Depuis l’établissement de la piscifacture de Newcastle, le nombre des saumons a considérable-

(I) Sam. Wilmot, Rapport sur les opérations de pisciculture confiées à ses soins à Newcastle, Ontario ( Rapport annuel du département de la marine et des pêcheries du Canada pour l’année 1868, p. 88, 1869). — Le même, Rapports sur l’ établissement ichthyogénique de Newcastle pour 1869 et 1870. ( Id., p. 59, 1870, et p. 271, 1871.) Les essais de M. Wilmot, qui remontent à l’automne de 1866, et qu’il a continués malgré les difficultés soulevées par les gens du voisinage, qui regardaient son entreprise comme une usurpation de leurs droits de braconnage, ont eu un plein succès, car le nombre des saumons qui remontent dans sa rivière est plus considérable que par le passé, et, dès 1868, on y a constaté, ce qui n’avait pas eu lieu depuis quinze ou vingt ans, des grilse nombreux. — Le même, Report on fish-culture ( Fourth Report of the Commissioner of fisheries of the State of Maine, p. 46, 1870). — Fis h Breeding at Newcastle Ontario ( Land and Water, 7 août 1869).

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ment augmenté clans la rivière, il y en a même eu davantage en 1870 qu’en 1869 (on en a vu jusqu’à quatre cents ensemble clans la piscine).

M. Wiltnot n’a pas seulement opéré sur le saumon , mais aussi sur le poisson blanc ( Coregonus albus ), excellente espèce qui tend à disparaître clés eaux du Canada, par suite cle l’àpreté avec laquelle on en pratique la pêche. 11 est parvenu à amener à bien l’éclosion des œufs, bien qu’elle soit plus difficile que celle du saumon, en raison de la petitesse extrême clés ceufs et des alevins qui en proviennent, et la découverte qu’il a faite d’un petit crustacé habitant les racines des herbes aquatiques, lui permet cle réussir aujourd’hui à coup sur l’élevage cle ses alevins.

L’exemple cle M. S. Wilmot a été suivi, et plusieurs personnes se sont, clans le haut Canada, occupées clés moyens cle rendre aux rivières et cours d’eau leur richesse primitive. Un essai cle ce genre, fait à Long-Island, paraît avoir eu lieu clans des conditions assez peu favorables; cependant tout espoir de succès n’est pas perdu (1).

D’autre part un Français, M. de Courtenay, qui avait longtemps dirigé les pêcheries du lac Majeur, a pensé à repeupler des meilleures espèces cle poissons, avec l’aide cle quelques-uns cle ses employés qu’il fit venir d’Italie, les lacs Megantic, Saint-Francis et Louisa, dont il possède la concession , dans l’espoir de trouver clans la fécondation artificielle les moyens cle fournir cle poisson les marchés des Etats-Unis.

Bien que le produit en saumon du Saint-Lawrence ait été encore, clans ces dernières années, cle près cle 200,000 francs, ce résultat n’est rien en comparaison cle ce qu’il a été, et surtout cle ce qu’il pourrait être : en effet, l’opinion généralement admise est que ce produit pourrait devenir infini à l’aide de l’éducation artificielle. Aussi la législation canadienne, dans le but cle multiplier les éclosions, accorcle-t-elle des privilèges aux particuliers qui s’adonnent à la fécondation artificielle, et leur assure-t-elle la plus entière protection dans le cours d’eau ou ils opèrent.

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