ÉTATS-UNIS
Les Etats-Unis, dont les eaux nourrissent un grand nombre de poissons excellents, ont perdu, depuis plusieurs années déjà, leur ancienne fertilité, par suite de l’établissement de barrages.
(1) Morton Allport, loco citato.
(2) Report of (lie Salmon Commissioners of Tasmania , p. 8, 1869.
(3) Les dépenses occasionnées par l’introduction du saumon en Tasmanie se sont élevées, de janvier 1860 à octobre 1869, à 8,835 liv. st. 12 sh. 2 d. (221,000 fr.), dont 6,990 liv. st. 11 sh. 2 d. payés par le gouvernement de Tasmanie (Morton Allport).
(4) Lettre de M. J. Yoid à M. J. L. Soubeiran, du 23 novembre 1868.
(5) The Australasian , passim. La tanche, introduite par le capitaine Langdon, et confiée par lui à MM. Allport, est devenue très-commune à Lagoon-ÎNile, où on commence à la tuer à coups de fusil: elle paraît prospérer aussi sur quelques autres points de la Tasmanie... La perche, introduite en 1868 par MM. Allport, s’est aussi multipliée abondamment dans plusieurs cours d’eau (Bull, de la Soc. d’acclùn ., 2e série , t. VII, p. 240, 1870).
CHEZ LES DIVERS PEUPLES
d’écluses et d’autres obstacles, qui ont été construits en vue de faciliter la navigation ou l’industrie. Mais la principale cause de cette dépopulation a été certainement l’emploi exagéré des seines et autres engins disposés pour arrêter les poissons, et qui n’ont que trop bien rempli leur objet. C’est surtout dans le Merrimack et le Connecticut, qui, au rapport des historiens, étaient abondamment peuplés, avant 1792 et 1798, de saumons, d’aloses et de quelques autres précieuses espèces anadromes (1), que cette diminution du poisson a été observée, et l’on n’en rencontre plus guère que dans les parties les plus inférieures (2).
Des tentatives intéressantes de propagation des espèces indigènes dans des eaux où elles n’existaient pas encore (3), ont été faites à plusieurs reprises, et nous signalerons ici quelques-unes des plus intéressantes (4).
Vers 1790, le docteur Samuel L. Mitchell, médecin renommé de New-York, introduisit le Perça americana dans le Success-Poncl, petit cours d’eau de Queen’s County, Long-Island ; il prit environ trois douzaines de ces poissons dans le Piockankama-Pond , petit lac du Suffolk, distant de Success-Pond d’environ 40 milles, les mit dans une barrique pleine d’eau sur une charrette, et les apporta sans accident. Versées dans le Success-Pond, les perches s’y sont propagées et y ont beaucoup multiplié : ce fut là sans doute le premier essai de transport d’une espèce indigène d’une localité dans une autre, où elle manquait. Depuis on a imité cet exemple,
(1) Commonwealth of Massachusetts- Senate , n° 8, p. 36, 1866. — Le Petromyzon americanus , qui remontait très-haut dans le Merrimack et le Connecticut, était autrefois si abondant qu’un seul homme en pouvait prendre, en une nuit, plusieurs milliers et que les habitants avaient coutume d’en saler plusieurs barils dans chaque famille, comme provision d’hiver ; on le trouvait encoi’e abondamment en 1840; aujourd’hui , il a presque complètement disparu ( idem , p. 40).
(2) Les saumons, autrefois très-abondants dans les rivières del’Hudson et du Connecticut, en ont aujourd’hui presque disparu, et ne se rencontrent plus avec quelque fréquence que dans le nord de l’État du Maine. Dans quelques parties de l’Amérique, on fait venir aujourd’hui le saumon des colonies anglaises et même de San-Francisco.
(3) MM. Albert D. Hager et Ch. Barrett, commissaires des pêcheries du Vermont, font remarquer, dans leur rapport de 1866, qu’avant de chercher à introduire de nouvelles espèces, il est essentiel de faire tous ses efforts pour repeupler les cours d’eau des espèces les meilleures, qui en out disparu (p. 22).
(4) H. Perley, Report on the sea and river fisheries of New-Brunswick , witliin the gulf of Saint-Lawrence and bay of Chaleur, 1850. — H. Robinson Storer, Observations on the fishes of Nova-Scotia and Labrador ( Boston Journal of Natural History , 1850). — II. Perley, Report on the fisheries of the bay of Fundy, 1851.
— G. P. Marsh, Report on the artificial Propagation of Fish, 1857. — D. Humphry Storer, On the edible Fishes of Massachusetts ( The Technologist, 1863, t. IV, p. 116). — Theod. Lyman and Alf. A. Reed, Report concerning the obstructions to the passage of Fish in the Connecticut and Merrimack rivers ( Commonwealth of Massachusetts Senate, n°8, 1866). — Alb. A. ïlager et Ch. Barrett, Report of Commissioners relative to the restoration of sea Fish to the Connecticut river and ils tributaries , 1866. — Th. Lyman and Alf. A Reed, Report of Commissioners of fisheries for the States of Maine, New-Hampshire , Vermont, Massachusetts and Connecticut for 1868. — Theod. Gill, Pisciculture witli reference to American waters ( Report of the Commissioners of Agriculture for the year 1864, p. 394, 1867). — Thaddeus Norris, American Fish-cullure , 1868.
— Hon. Steph. 11. Ainsworth, Resloring the streams with fish ( Ontario county Times, 1867). — Fish-culture in America ( Harper' s New Monthly Magazine, 1868, t. XXXVII , p. 721. — Report of the fish Commissioners of Manchester to the Législature , June 1869. — Col. Jam. Worrall, Report on the passage of fish in the Susquehanna river, 1869. — Rob. 11. Roosevelt, Rapport sur la pisciculture au VIF Congrès international de statistique, La Haye, 1869. — Tlnrd Report of the Commissioner of fisheries of the State of Maine for 1869 (1870).
— J. Léon Soubeiran, Pisciculture dans l’ Amérique du Nord [Bull, de la Soc. d’acc., 2e série, t. VIII, p. 1, 1871).
et la facilité avec laquelle la perche américaine se prête à ces entreprises doit la faire choisir partout où des poissons de qualité supérieure ne pourraient réussir, mais dans ce cas seulement. 11 serait préférable de propager plutôt le Pike Bercli 1 2 3 4 5 6 7 Stizostedion americanus ); mais il ne faut pas oublier que ces deux espèces sont très-voraces (1).
On peut en dire autant du Black-Bass des lacs ( Gnjstes nigricans, Micropterus achigan?) (2) et du Black-Bass du Sud [Grystes salmoides) , qui détruisent toutes les espèces de poissons, à l’exception de la perche, mais qui sont de beaucoup supérieurs à la perche, en raison de la qualité très-fine de leur chair.
Le Gnjstes nigricans, originaire des eaux du Nord, se 'plaît dans toute eau claire ayant un fond de vase et de boue, et peut prospérer même dans un trou de vingt-cinq à quarante pieds de superficie.
Il prend soin de ses oeufs et de ses jeunes, dont il éloigne tous les ennemis , et les petits ne s’écartent jamais beaucoup de leur mère. Son incubation artificielle, très-rapide 3), offre peu de difficultés, d’après le docteur Garlick , qui conseille de 1 introduire dans les eaux où vivent les poissons à multiplication trop grande, tels que le Monostoma oblongum , ou d’autres cyprinoides, car il est vorace. C’est un poisson dont l’aire s’est beaucoup étendue depuis quelques années , et qui se trouve maintenant dans 1 Hudson et ses tributaires, où il a pénétré par le canal Erié.
Vers 1859, le professeur Agnel en a transporté avec succès une certaine quantité du lac Orotaga dans le Wood-Lake, où aujourd’hui on en pêche des individus du poids de cinq livres. Plus tard, en 1850, M. Samuel T. Tisdale, d’East-Wareham , a également introduit dans le Flax- Pond et dans d’autres étangs du voisinage des Black-Bass du lac Sara toga. Bien que la population, lorsque le secret de cette entreprise eut été dévoilé cinq ans plus tard, alors que le succès était assuré, se soit ruée sur cet étang, par jalousie de voir un aristocrate vouloir arriver par lui-même à fournir au peuple une nourriture abondante et peu chère (4), le Black-Bass n’en a pas complètement disparu (5).
Vers 185G ou 1857, M. Stobler a introduit dans le bas Potomac un certain nombre de Black- Bass , qu’il avait apportés de ! Ohio dans le réservoir de sa locomotive, et depuis cette époque on trouve en abondance dans ce fleuve cet excellent poisson. Cet exemple a été suivi par plusieurs personnes, qui ont déposé des Black-Bass dans la Susquehanna, à Harrisburg (G).
Dans le Maine, on a tenté en 1869 1 introduction de 15,000 jeunes Black-Bass provenant des incubations de M. Stone, de Charlestown , qui les avait obtenus de parents enfermés pour frayer dans un petit étang; mais cet alevin s’est mal développé, par une cause restée inconnue. Plus tard, en septembre et novembre, on a transporté un moins grand nombre de jeunes poissons , âgés d’un an , dans divers étangs (7).
(1) Theod. Gill, toc. cit.
(2) Ce Black-Bass, dont l’expansion géographique est assez considérable, puisqu’on le trouve au Canada, dans le Nord de l’État de New-York, le Michigan, le Minnesota et le haut de la vallée du Mississipi, est un poisson beaucoup plus délicat que le Black-Bass du Midi.
(3) Huit à dix jours, d’après M. Eoff ; deux ou trois semaines, suivant le Dr Garlick.
(4) Th. Norris, toc. cit., p. 209.
(5) Massachusetts Fish Commissioner’ s Report for 1867.
(6) Report of the Commissioner for the restoration of tlie fisheries of tlie Susquehanna, p. 11 , 1869.
(7) Third Report of the Commissioner of fisheries of the State of Maine for 1869, p. 18, 1870.
fie Black-Bass est un poisson facile à transporter, surtout âgé d’un an , aux mois de septembre à novembre, à la condition d’avoir de l’eau pure de lac, étang ou courant, de ne pas le laisser en repos trop longtemps, et d’agiter continuellement l’eau dans laquelle il se trouve : le mouvement d’une voiture sur une route pavée suffit. On évalue à deux quarts (2 litres) d’eau la quantité nécessaire pour chaque poisson de six pouces (1 ).
On n’a pas essayé la fécondation artificielle des oeufs de ce poisson , en raison de la facilité qu’on a de le transporter vivant, mais tout porte à croire qu elle serait facile. L incubation, qui se fait naturellement sur un fond rocheux ou sablonneux, dure environ une quinzaine de jours.
Dès 1864 ou 1865, le Black-Bass a été introduit dans le Rust-Pond par M. Goodwin. Plus tard encore, en 1866, le Cuttybunk-Club (Massachusetts) a peuplé avec le Grystes niyricans un étang de soixante acres de superficie, profond de vingt pieds, et en moins d’une année il s’y trouvait une grande quantité de jeunes poissons, longs d’un pouce et demi environ.
Tout porte à croire que lorsqu’on aura débarrassé, au moyen de la seine, cet étang des nombreuses perches qui l’infestent, on aura un résultat très-satisfaisant : car on sait que, dans un petit étang fies environs de Newburg, on est parvenu, en treize mois, à obtenir des poissons d’une demi-livre (2).
Dans l’Etat de New-York, le Black-Bass s’est répandu flans plusieurs lacs et étangs, qui ne renfermaient auparavant que des poissons de qualité inférieure, et y a pénétré de lui-même par les canaux de communication. 11 est à remarquer que le développement et la multiplication de ce poisson a été très-rapide (3).
Ap rès plusieurs insuccès, le Dr Fletcher (4) a réussi à introduire cet excellent et prolifique poisson dans les lacs du New-Hampshire.
Le Black-Bass du Sud et de l’Est ( Grystes salmoides ) a été apporté de Wheeting-Creek dans le Potomac par M. Stubler, et il s’y est multiplié si bien, qu’il n’est pas rare aujourd’hui d’y prendre, sur une étendue de 180 milles, des individus pesant de six à huit livres où ce poisson manquait complètement avant cette introduction (5).
Le Rock-Bass ( Amblopletes rupestris), caractéristique des grands lacs et de la région du Mississipi, et qui s’est répandu, comme le Grystes niyricans , au moyen de canaux dans l’Hudson et dans d’autres cours d’eau, paraît pouvoir être aussi colonisé avec une grande facilité (6).
Le Striped-Bass ( Roccus [Labrax] lineatus ), un des meilleurs et des plus beaux poissons du Saint-Laurent, de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, paraît être un poisson de mer qui remonte en eau douce au printemps (7); tout au moins affectionne-t-il les embouchures des rivières, ou il est devenu beaucoup plus rare, par suite d’une pêche incessante et sans mesure : il semble, comme le saumon, être anadrome et entrer en eau douce pour y reproduire son espèce.
Cependant, quelques observateurs sont d’avis qu’il se reproduit aussi en eau de mer;
(1) Third Report of the Commissioner of fisheries of the State of Maine for 1869, p. 19.
(2) Th. Norris, toc. cit., p. 207.
(3) Report of tlie Comrnissioners of fisheries of the State of New-York, p. 14, 1869.
(4) Report of the Fish Comrnissioners to the Législature 1869, p. 9, Manchester, 1869.
(5) Th. Norris, toc. cil., p. 211.
(6) Th. Gill, toc. cit.
(7) Forester, Fish and Fishing , p. 189. — Report of the Comrnissioners of fisheries of the State of New- York, 1869, p. 21.
d’autres croient qu’il a diverses époques de fraye; toujours est-il qu’on le trouve aussi bien en eau douce qu’en eau salée.
Son introduction a été essayée dans quelques points du Connecticut en 1869.
Le Muscalonge ( Esox mobilier ), une des plus belles espèces du genre et qui se trouve abondamment dans les grands lacs du Canada et des États-Unis, a été introduit, vers 1840, dans un étang situé à 8 milles O. de Bellows-falls, et, par suite de la rupture d’un talus, ce poisson s’est échappé et a remonté dans le Connecticut, où il est aujourd’hui plus abondant (1).
Un essai fait, en 1853, pour transporter cette espèce d’un des lacs de l’Ouest dans un étang de Cape-Cod n’a pas réussi, les poissons ayant succombé à une des stations, immédiatement au contact d’eau qu’on renouvelait dans leurs réservoirs.
Nous devons rapprocher de ces colonisations, comme disent les Américains, fessai fait en 1850 par M. le major S. Dill, de Philips, qui mit dix à douze Salmo fontinalis dans le Sandv-river, où, de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu ce poisson : pendant six à sept ans, on n’eut pas de nouvelles des truites, malgré le grand nombre de pêcheurs qui fréquentent le Sandyriver ; mais, depuis 1857, elles ont apparu en si grand nombre, qu’on évalue à deux mille livres la quantité qui en est pêchée chaque année (2).
Le Schoodic Salmon ( Salmo Gloveri) a été aussi l’objet, en 1867, de tentatives de fécondation artificielle, qui ne réussirent pas, par suite de diverses erreurs dans les manipulations ; mais, en 1868, l’expérience fut recommencée dans l’Etat du Maine sur une petite échelle, — 7,000 poissons environ, — et a donné des résultats assez satisfaisants. Ces poissons, distribués sur plusieurs points, se sont très-bien développés, et en neuf mois ont grandi de un pouce à cinq pouces et cinq pouces et demi; on suppose qu’ils pourront frayer en 1871 et que les mâles auront été prêts des 1870.
O a 1 intention de se servir des œufs de ces premiers produits pour peupler d’autres eaux et pour former des établissements de fécondation dans une de leurs localités natives. En 1869, l’expérience a été renouvelée; mais , malgré tous les soins, la saison ayant été défavorable, beaucoup d’œufs ont été trouvés non fécondés.
On n’a pas encore fait d’essai dans le Maine sur le saumon migrateur, Salmo salai • (3), en raison du prix élevé demandé pour ses œufs : 20 dollars le mille (environ 100 fr.). 11 y aurait cependant avantage à opérer sur cette espèce, dont les œufs sont très-abondants, tandis que le Salmo Gloveri n’en a guère que cinq à six cents.
Pendant l’automne 1866, les commissaires de l’Etat du New-Hampshire ont cherché à se procurer des œufs de saumon des provinces anglaises, pour en tenter l’acclimatation.
Le Dr Fletcher a pu se procurer des œufs de saumon du Miramichi (New-Brunswick), dont 15 à 20,000 ont été déposés en bonnes conditions dans le Pemmigewasset , apres avoir été incubés à Concord et à Buinney.
L’expérience fut renouvelée l’année suivante, et une quantité plus considérable d’œufs fut
(1) Ayres, Boston Natural History Society, 1854, t. IV, p. 288.
(2) Th. Norris, toc. cit., p. 188.
(3) Le Salmo satar se trouve seulement dans quelques-uns des cours d’eau qui débouchent dans l’Ontario, et il parait très-douteux qu’il ait jamais été un visiteur régulier de l’Hudson ou d’aucune des rivières qui communiquent avec l’Océan au-dessus ou à l’ouest du Connecticut ( Report of tlie Commissioners of fisheries of the State of New-York , p. 17, 1869).
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incubée à Charlestown et à Meredith; les alevins produits par cette dernière localité ont été mis en liberté dans le Pemmigewasset (I).
En 1868, M. Stone, de Charlestown, s’est procuré encore 50,000 œufs de saunions du Miramichi, destinés également à être introduits dans les eaux du New-Hampshire. Toutes ces expériences s’annonçaient très-bien, et, en vue de continuer les essais qu’avaient inaugurés les commissaires des pêcheries, plusieurs établissements de fécondation artificielle et d incubation ont été formés dans les provinces anglaises (2).
On a également tenté dans le New-Hampshire, vers 1866, l’introduction du saumon, dit Landloohed Salmon, provenant de Grand-Lake (Maine) et déposé dans le New-Pondlake , où ce poisson paraît avoir donné de bons résultats.
Le saumon, entièrement disparu du Merrimack depuis nombre d’années, y a été réintroduit depuis quelques années, avec succès (3).
Le IVhite Fish ( Coregonus albus), originaire de la chaîne des grands lacs, y compris l'Ontario (4), s’est introduit naturellement dans quelques lacs et courants de l’intérieur de l’Etat de New-York ; cependant, comme depuis plusieurs années cet excellent poisson tend à diminuer et même à disparaître, on s’est préoccupé de le propager avec d’autant plus de soin, que sa pêche n’est pas moins attrayante pour les pécheurs que celle du saumon. Il demande une eau froide, claire, et paraît devoir se convenir dans un certain nombre de lacs impropres à la reproduction de la truite.
Les premiers essais d’introduction n’ont pas donné des résultats bien avantageux : car, dans un certain nombre de localités, où il s’est trouvé en contact avec le brochet, si commun dans toutes les eaux américaines, le corégone a été détruit. C’est en 1868 qu’on a commencé les tentatives; mais c’est surtout en 1869 qu elles ont été faites sur une large échelle par M. Seth Green, qui a pu distribuer une grande quantité d’œufs à beaucoup de personnes de New-York, et même en envoyer en Angleterre à M. Franck Buckland. Les œufs du IVhite Fish, assez nombreux (dix mille environ), et un quart plus petits que ceux de la truite , sont assez longs à se développer (soixante-cinq jours pour une température de 45 degrés Fahr.); la vésicule se résorbe en onze à douze jours, et les jeunes se nourrissent, comme les jeunes truites, de lait coagulé, de foie ou de chair pulvérisée, ou des animalcules qu’ils saisissent sur les plantes aquatiques (Seth Green). Les adultes, qui ont une nourriture animale, et qui , d’après les observations de M. Tisdale, détruisent promptement les jeunes anguilles, sont extrêmement friands de leurs jeunes, circonstance importante à noter pour le résultat des expériences. Ils sont, aussi bien que les alevins, sujets à être attaqués par des insectes et des vers qui se fixent sur leurs ouïes et déterminent rapidement leur mort (Seth Green). Le transport des œufs du IVhite Fish se fait aussi aisément que celui des œufs de truite; mais on peut aussi introduire directement dans les étangs des poissons, en ayant soin d’opérer sur des jeunes, pesant de trois onces et demi à une livre, qui sup-
(1) Arlificiat propagation of Salmon in New-Hampsliire ( Monitor of Concord, janvier 1867 ; The Australasian , 20 avril 1867).
(2) Report of tlie Commissioners to the Législature 1869. Manchester, 1869.
(3) Report of the Commissioners of fisheries of the State of New-York, 1869, p. 13.
(4) Habitant des lacs, plutôt que des fleuves, le Coregonus albus abondait dans les grands lacs du Canada, et surtout dans le lac Huron; on le pêche aussi en grande quantité dans le Saint-Laurent, au Labrador.
portent mieux les fatigues du voyage et s’acclimatent plus facilement; plus âgés, ils sont plus délicats, surtout les femelles, comme l’ont observé M. Woodford etM. le Dr Slack (1).
On est dans l’intention de faire aussi des expériences sur le Cisco [Coregonus clupeiformis ), qui est tres-apprécié par les gourmets, et sur X Otsecjo-Bass (Coregonus Otsego ), plus délicat encore, et que leurs habitudes indiquent devoir être introduits avec succès dans les lacs et étangs de l’État de New-York (2).
La fécondation artificielle a été opérée en Amérique, en 1804, par le révérend Bachman , et depuis par MM. Theodatus Garlick et le professeur H. A. Ackley ; mais c’est à 1 honorable Stephens H. Ainsworth, président de la Western New-York fruit-growers Society , de West-Bloomfield (New-York), qu’on doit rapporter l’honneur de l’initiative d’essais de pisciculture pratique. Incité par quelques lignes d’un journal (1859) sur les essais de pisciculture faits en France, et qui lui apprirent seulement que les oeufs fécondés artificiellement étaient mis en incubation dans des boîtes, M. Ainsworth pensa qu’il trouverait dans l’application de la nouvelle méthode le moyen de repeupler les eaux des États-Unis, et, mû par des sentiments d’une généreuse philanthropie, à laquelle aujourd’hui tous les Américains rendent justice, il se dévoua tout entier à cette œuvre d’utilité (3). Manquant de données certaines qui pussent le guider, il dut faire un apprentissage, et y consacra trois années avant de triompher des difficultés qui s’opposaient à la réalisation de son dessein. N’ayant aucun but de lucre (4) dans ses tentatives de propagation du Brooh-Trout [Salmo fontinalis) (5), M. Ainsworth put organiser sur une petite échelle sa ferme aquicole, dont les aménagements sont aujourd’hui pris pour modèle dans presque toute l’Amérique. Il ne disposait d’abord que d’une faible source (un demi-pouce d’eau), mais à laquelle il put heureusement ajouter, en été, une certaine quantité d’eau de dérivation ; il fit passer cette eau à travers un lit de gravier, avant de la recevoir dans un étang de quatorze pieds de profondeur, sur une superficie de quatorze perches (25 mètres environ) , et qui avait été aménagé de façon à éviter la moindre déperdition d’eau.
M. Ainsworth pratique l’imprégnation des œufs dans les mois de novembre, décembre et janvier, et les dépose immédiatement, pour l’incubation , sur des lits de gravier qu’arrose une eau pure et clarifiée par son passage à travers plusieurs flanelles (trois ou quatre). L’incubation dure environ soixante-dix à soixante-dix-huit jours (6); puis les alevins sont reçus dans un petit
(1) Le Dr Slack a remarqué fréquemment que le transport des femelles d’un certain poids, même dans une localité rapprochée , était fâcheux pour ces poissons, chez lesquels il a trouvé des tumeurs multiples des ovaires (Fourth Report of tlie Commissioners of fisheries of tiw State of Connecticut , 1870, p. 5. — Report of tlie Commissioners of Fisheries of the State of New-York, Albany, 1870, p. 7).
(2) Report of tlie Commissioners of fisheries of the State of New-York , 1859, p. 16.
(3) Thaddeus Norris, American Fish-culture. — Ainsworth, Restoring of streams by Fish. — The Rochester Democrat, 1864. — The Yeoman , 23 avril 1864.
(4) Quelques personnes ont reproché à M. Ainsworth d’avoir tardé à divulguer son procédé ; mais cette réserve s’explique facilement par la crainte qu’avait cet honorable gentleman de nuire à la cause qu’il voulait servir et par son désir d’éviter à d’autres les nombreux mécomptes qu’il avait subis ; aujourd’hui son procédé est propriété publique.
(5) Le Rrook-Trout , de toutes grandeurs, se vend en quantité considérable sur les marchés de Boston, même à l’époque de la fraye : car les pêcheurs, à demi barbares, ne voient que le nombre, et ne tiennent aucun compte des dimensions ni de l’état du poisson.
(6) Il résulte des observations de M. Ainsworth que les œufs de Salmo fontinalis exigent 165 jours à une
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bassin spécial où ils séjournent, sans recevoir de nourriture, quarante à cinquante jours, temps nécessaire à la résorption de la vésicule; ils sont placés ensuite dans un petit étang, ou ils passent deux ans avant d’être lâchés dans le grand réservoir. La perte éprouvée pendant l’incubation est très-petite et devient presque nulle plus tard ; 60,000 œufs ont donné 40,000 alevins qui, à la fin de la première année, avaient de deux à quatre pouces; aujourd’hui M. Ainsworth possède des truites pesant de une à trois livres et longues de douze à dix-huit pouces (1).
Les expériences de M. Ainsworth lui permettent d’assurer que, dans une bonne eau et avec une nourriture suffisamment abondante, les Salmo fontinalis peuvent gagner une livre en quatre ans, et il est convaincu que les éducations de cette espèce permettront de suppléer, sur les marchés, à la diminution de cet excellent poisson, qui commence à devenir assez rare dans les rivières (2).
L’exemple donné par M. Stephens H. Ainsworth a été suivi, et plusieurs personnes s’adonnent avec succès à l’éducation du Brook-Trout et du saumon. C’est ainsi que M. Livingston Stone, de Charlestown (New-Hampshire), à la requête de M. Theod. Lyman, commissaire des pêcheries du Massachusetts, a établi sur les bords du Miramichi (New-Brunswick) un appareil considérable pour commencer l’incubation des œufs de saumons et d’aloses, qu’il transporte ensuite à Charlestown, où l’incubation s’achève avant que les alevins soient verses dans le Connecticut (3).
M. J. D. Bridgeman, de Bellows-falls, a également réussi des éducations de truites qui se sont reproduites dans ses quatre étangs, parfaitement aménagés et qui lui fournissent aujourd’hui les œufs nécessaires à la continuation de ses opérations de fécondation artificielle (4).
Les membres du Cuttyhunk-Club, dans les îles Elisabeth (Massachusetts), ont introduit dans un de leurs étangs un certain nombre de Brook-Trout, qui y ont prospéré et qui pèsent déjà un quart de livre. Ces animaux doivent plus tard être lâchés, pour servir au sport de la pêche à la ligne, dans un étang d’eau fraîche, ayant dix acres de superficie et dix pieds de profondeur.
Des essais de même nature ont été faits sur le Lake-Trout, Namayacush Salmon ( Salmo amethystus, Agass.) (5), sous le patronage des commissaires des pêcheries du New-Hampshire, par M. Robinson, de Meredith , qui a opéré sur des poissons pris dans son voisinage; mais les résultats ne sont pas encore définitifs.
température de -J- 37° Fahr. (-[- 1°), 70 jours à celle de -f- 50° Fahr. (-(- 10°), et 22 à celle de -)- 54° Fahr. () 12°) (Th. Norris, toc. cit., p. 64). Dans l’établissement du Dr Slack, où les eaux ont une température de + 52» Fahr. (-(- 11»), 1’ éclosion demande 50 jours. Chez M. Seth Green, pour une température de -(-40° à -j- 46° Fahr. (-f- 5° à -j- 7°), il faut 60 jours; et chez le Rév. W. Clyt, par -|- 32° Fahr. (0°), il faut au moins 100 jours ( Fourth Report of ihe Commissioners of fisheries of the State of Connecticut, 1870).
(1) Les Brook-Trout sont nourris avec du foie, et c’est un spectacle curieux que de voir tous les poissons se réunir à l’heure du repas et se précipiter hors de l’eau pour saisir plus promptement leur nourriture. Ils commencent à être en fraye à l’âge d’un an.
(2) Dans l’état actuel, M. Ainsworth fait la pêche dans son réservoir; mais il a grand soin de remettre immédiatement à l’eau toutes les femelles.
(3) L’appareil de M. Livingston Stone mesure 100 pieds de long, et peut contenir, sur le gravier, 4,000,000 d’œufs. Une seule femelle qui pesait 30 livres lui a fourni 12 livres d’œufs (Harper s Magazine , toc. cit., p. 737.)
(4) Alb. A. Hager et Ch. Barrett, Report of the fisheries Commissioners of the State of Vermont, 1867,
(5) Le Lake-Trout porte, au Canada, le nom de Lunge, et dans les États de l’Est, celui de Togue. C’est un des meilleurs poissons alimentaires, qu’on trouve dans le lac Supérieur.
Parmi les plus remarquables operations de pisciculture américaine, on doit citer celles de M. Seth Green, aux environs de Mumford (New-York), qui, api'ès de nombreux essais, dont les premiers datent de 1838, a réussi en 1864 l’éducation artificielle des truites. Cet habile pisciculteur disposait d’une localité parfaitement appropriée, fournie d’eau par des sources abondantes, et favorisée du voisinage du Caledonia-Creek, si renommé parmi les pêcheurs pour la limpidité de ses eaux et l’excellence de ses truites. Sa ferme aquicole couvre une superficie de trois quarts de mille, et consiste en trois étangs artificiels destinés à recevoir les truites (1). L’appareil d’incubation, construit sur le modèle de celui de Jacobi, offre 90 frayères à lits de gravier, qu’arrose une eau fraîche, et qui peuvent contenir chacune 4,000 œufs. Les incubations, qui donnent 95 pour 100 de produit, lui fournissent une grande quantité d alevins qu’il nourrit avec des œufs durs, du lait caillé (2), etc., et dont une grande partie sont vendus, dès qu’ils ont un pouce de long, pour servir à l’empoissonnement des étangs (3). Le surplus, après avoir séjourné quelque temps dans les premiers réservoirs, est transporté , au fur et à mesure de sa croissance, dans des étangs plus étendus, en rapport avec les dimensions des poissons, de telle sorte que les différents âges sont toujours séparés (4). Outre la vente d’œufs fécondés, d’alevins et de poissons ayant acquis des dimensions marchandes, M. Seth Green se fait un revenu important par la concession de licences de pêche à la ligne dans ses étangs. Il est si convaincu de l’utilité de l’éducation artificielle, qu’il affirme qu’il suffit de quelques milliers de francs et de deux années de temps pour qu’on puisse fournir le marché de bons poissons (5).
11 faut citer l’établissement du Dr J. H. Slack, à Troutdale, près de Bloomsbury (New-Jersey), fondé dans le Muskarietkong-Creek ; une eau abondante et pure, à une température constante de 50 degrés Fahr. (+ 10° c.), coule d’une source où vivent en liberté quelques centaines de truites, se rend sur des appareils à incubation dont le fond est garni de sable et de cailloux, et va se perdre dans trois étangs de dimensions différentes destinés à recevoir séparément les divers âges des poissons.
Des barrages de toile métallique, fréquemment nettoyés, empêchent les impuretés de souiller les pièces d’eau, et préviennent le mélange des poissons de differentes grandeurs. Le fond argileux des étangs est garni de grosses pierres, qui servent à abriter les truites et leur donnent le moyen de se débarrasser par le frottement des nombreux parasites qui les incommodent souvent. En mai 1868, l’établissement du Dr Slack renfermait 700 truites adultes et quelques alevins, provenant des éducations de M. Tbaddeus Norris (6).
En 1860, M. W. H. Herbert, au nom de la Société d histoire naturelle du New -Jersey, pro-
(1) Le premier étang a 125 pieds (llm,5) de long sur 75 (7“,9) de large; le second, 40 pieds (4m) sur 30 (3m)- Ces deux étang, profonds tous deux de 5 pieds (lni,5), sont aménagés pour contenir 30,000 poissons. Un troisième bassin, plus petit, sert d’habitation aux alevins, et peut en recevoir 500,000. Une végétation luxuriante contribue à maintenir ces réservoirs en bon état.
(2) Le Dr Slack pense que le lait caillé a l’inconvénient de déterminer la dégénérescence du foie des poissons (Fourtli Report of the Commissioners of fisheries of the State of Connecticut , 1870).
(3) M. Setli Green expédie chaque année une grande quantité d’œufs fécondés, enveloppés dans de la mousse humide et bien protégés contre la gelée. Il en a vendu, en 1808, pour 300 livres (7,500 francs).
(4) Dans les bassins de Mumford, les truites ont du frai dès la seconde année; elles gagnent 2 livres en trois ans.
(5) Th. F. Knight, The River- jisheries of Nova-Scotia, 1807.
(6) Thadd. Norris, loc. cit., p. 287. — Harper s Magazine , p. 736.
CHEZ LES DIVERS PEUPLES
posa aux États de New-York, New-Jersey et Pensylvanie, de repeupler de saumons 1 Hudson, la Passaie, le Ranton et la Delaware, à la condition que la législature de ces Etats interdirait d’une manière absolue la pêche en toute saison jusqu’à ce que le succès de l’expérience lût assuré, et plus tard, au moment de la fraye, et quelle ferait disparaître sur les cours d eau tous les obstacles qui s’opposent, soit à la descente, soit à la montée du poisson. La Société ne demandait, pour se charger de cette entreprise, que d’être remboursée de ses frais, évalués par elle de 1,000 à 2,000 dollars (1). La nature des eaux indiquées plus haut permet de supposer qu elles ont dû autrefois nourrir des saumons, et donnent les plus grandes espérances de les rendre aussi poissonneuses que celles du Canada et de la Nouvelle-Ecosse, c’est-à-dire plus riches que les rivières à saunions de l Irlande et de l’ Ecosse (2).
En 1867-1868, Livingston Stone, de Charlestown, avec l’aide des commissaires des pêcheries du Massachusetts, a développé 20,000 œufs de saunions, qui ont été lâchés dans les rivières en 1869, en bonne apparence de force (3).
En 1869, il a pu se procurer 100,000 œufs de saumons du Miramichi (New-Brunswick), dont 46,000 seulement se sont trouvés bien incubés; par suite d’une grande mortalité pendant la résorption, il n’est resté que 15,000 poissons qui ont été mis à l’eau en novembre.
D’importantes expériences ont été faites, ces dernières années, sur la propagation des aloses (A lama prœstabilis ou sapidissima , Storer), par M. Seth Green (4), qui, avec le concours des commissaires des pêcheries, travaille à donner, suivant ses propres paroles, un plat de poisson par jour au peuple, et à qui les résultats déjà obtenus annoncent que le moment est proche où les rivières du New-York, Pensylvanie, New-Jersey, Delaware et Maryland, seront pourvues abondamment de poisson.
Ayant pêché à la seine un certain nombre cl aloses (5), M. Seth Green chercha à incuber leurs œufs (6), après les avoir fécondés artificiellement, comme pour les truites, et en plaça plusieurs milliers dans des boîtes quil immergea à proximité du rivage; mais, à son grand désappointement, tout fut perdu par suite de l’abaissement de la température à 12° Fahr. (+ 5° c.) au-cles-
(1) À ces dépenses doivent s’ajouter les indemnités à payer aux propriétaires des barrages , pour y établir des passages à poisson.
(2) On a fait aussi quelques essais de colonisation du Lake-Troul ( Salmo Toma).
(3) Report of the Fish Commissioners to the Législature , 1869, p. 21.
(4) Col. James Worrall, Report of the Commissioners of the fisheries of the Susquehanna for the year 1868 ( Commonwealth of Pensylvania, 1869, p. 19).— Thaddeus Norris , American Fish-cutlure, p. 153.
(5) M. Setb Green a observé qu’un ovaire d’alose, du poids de 13 onces (364 gr.), donne environ 70,000 œufs propres à être fécondés. Ces œufs, plongés dans l’eau et imprégnés de laitance, se gonflent rapidement, comme cela a lien pour les œufs de corégone, mais l’évolution embryonnaire est beaucoup plus rapide : en effet, après quatre heures d’incubation, un embryon d’alose est aussi développé que celui d’un corégone
gé de trente-trois jours. Les œufs renfermés dans l’ovaire d’une alose sont de trois dimensions : les uns, ayant de 8 à 9 centièmes de pouce (0,0024 à 0,0027) de diamètre, sont transparents et prêts à être pondus; les autres, ayant de 4 à 5 centièmes de pouce (0,0012 à 0,0015) ou seulement 1/200° de pouce (0,0006) de diamètre, sont opaques et paraissent être les œufs destinés à une ponte ultérieure, un an, deux ans plus tard.
M. Seth Green, qui a élevé, en 1867, 600,000 aloses, voulait porter ce nombre a 1,000,000 en 1868.
(6) Des œufs pris directement dans la rivière n’ont pas réussi. Est-ce par suite du changement d’eau ou par la différence de pression?
sous cle celle de la riviere, qui était de 67°, 75 Falir. (+ 20° c.) (1). Pour obvier à cet inconvénient et éviter en même temps les attaques des anguilles et des autres poissons, il plaça au milieu du courant (ayant une vitesse moyenne de deux milles à l’heure) une boîte fermée par des toiles métalliques, longue de deux pieds sur quinze pouces de largeur et de profondeur, et maintenue flottante au moyen de deux planches latérales ; ces boîtes peuvent contenir chacune de 50,000 à 100,000 œufs.
Cinquante ou soixante heures après, M. Setli Green avait un grand nombre d’alevins qui grouillaient dans la boite, comme des insectes dans une mare. Il manquait cependant quelque chose au procédé, car la force du courant accumulait tous les œufs au fond de la boîte, et gênait ainsi leur évolution (2).
Il y eut, nonobstant, un beau résultat : plus de 90 pour 100 d’alevins, longs d’un huitième de pouce, qui furent lâchés dans la rivière. Les aloses ne peuvent être gardées confinées, car leur vésicule, portée sur un court pédicule, se résorbe en deux ou trois jours; mais il faut leur donner la liberté loin du rivage, où les vandoises (3) et d’autres poissons leur font une chasse des plus vives. Du reste, elles semblent reconnaître le danger, car elles fuient le rivage pour chercher le milieu du courant, qui les entraîne peu à peu vers l’Océan.
Aussi M. Seth Green pensa-t-il, pour assurer leur sauvetage, adonner la liberté à ses alevins la nuit et en pleine eau. Cet habile pisciculteur, qui a souvent pris des aloses mâles prêtes à frayer et âgées seulement d’un an (les poissons, au corps effilé, ont environ dix pouces de long), n’a jamais rencontré de femelles dans le même état au-dessous de l’âge de deux ans : elles pesaient deux livres; celles de trois ans, deux livres et demie, et celles de quatre ans, six livres (4).
Les commissaires des pêcheries américaines ont, avec l’assistance de M. Seth Green, transporté dans des vases pleins d’eau des œufs d’alose, qu’ils ont déposés dans le haut Connecticut, ayant déjà subi la majeure partie de leur évolution, et espèrent ainsi en repeupler les eaux. Déjà on a pris dans le Connecticut quelques aloses longues de neuf à dix pouces.
M. Seth Green a opéré, pendant l’année 1867, sous les auspices des commissaires du Massachusetts, du Connecticut, du Vermont et du New-Hampshire, le réempoissonnement des eaux de ces Etats en aloses (il est parvenu à opérer l incubation de masses énormes d’œufs à des prix très-minimes, et le transport peut s’en faire à de grandes distances presque sans frais), et des quantités de ce poisson ont été versées dans le Merrimack, le lac Vinnipegosis et le Pemmigewasset, d’où la descente a dù se faire en 1867, pour effectuer leur retour l’automne suivant (5).
Du reste, une expérience faite en 1858 leur permet de compter sur le succès : en effet, à cette époque, le docteur W. C. Daniell (6), se basant sur l’instinct qu’ont les poissons anadromes de remonter leurs rivières natives pour y reproduire leur espèce, transporta des œufs fécondes
(1) M. Seth Green a constaté que la température de -j- 76° Fahr. (-]- 25° centigr.) était la plus favorable à l’incubation.
(2) Les boîtes à incubation sont maintenant disposées de façon que Je courant donne seulement un léger mouvement aux oeufs.
(3) Une seule vandoise contenait dans son estomac 40 alevins d’alose.
(4) Une alose de deux ans donne 50,000 œufs; à quatre ans, elle en donne 100,000.
(5) Report of the Fish Commissioners to tlie Législature 1869. Manchester, 1869.
(6) Dr W. C. Daniell, On the introduction of tlie American Shad into the Alabama river ( Proceedings of the Academy of natural Hislory of Philadelphia).
CHEZ LES DIVERS PEUPLES
d’alose pris dans la Géorgie, dont les rivières débouchent dans l’Océan, dans les cours d’eau supérieurs de l’Alabama, qui se déversent dans le golfe du Mexique : aujourd’hui les rivières de l’Alabama fournissent une grande quantité d’aloses.
Toutes ces expériences donnent grand espoir de réussir , sans trop de dépense , à peupler d’aloses les rivières de New-York et de la Pensylvanie, l’Hudson et ses tributaires, l’Ontario, le Champlain et le Saint-Lawrence; rien n’est, en effet, plus facile que de déposer des millions d’alevins dans leurs eaux supérieures, en ouvrant des passages aux poissons au milieu des barrages qui leur obstruent la voie, et l’on est assuré de fournir ainsi une immense quantité de matière alimentaire aux riverains (1).
En 1867-1868, M. A C. Hardy a réussi, à North-Andver, à incuber l’alose, et dès l’année suivante on trouvait beaucoup de jeunes dans le Merrimack (2).
En 1869, par suite d’un retard apporté à la promulgation de la décision de la chambre législative de New-York, M. Seth Green a pu seulement, la saison étant trop avancée, obtenir l’incubation de 1,500,000 oeufs d’alose au lieu de 300,000,000, ce qui retardera les bons effets qu’on attendait de ces essais. Mais cependant les commissaires ont été heureux d’avoir pu constater un revirement dans les dispositions des pêcheurs, qui, au lieu de renverser les boîtes à incubation, se sont empressés de prêter leur concours aux pisciculteurs du gouvernement; et dans le but de favoriser les essais d’incubation artificielle, les commissaires ont proposé de mettre à la disposition des pêcheurs les appareils nécessaires, et de leur permettre la pêche en temps de frai, à la condition qu’ils feraient de l’incubation. Tout individu dont les boîtes ne seraient pas employées perdrait par cela même sa licence (3).
Alewife ( Alausa tyrannus, Dekay.). — Au commencement de ce siècle, le général Lincoln a fait connaître l’heureuse introduction, faite depuis une trentaine d’années, dans les eaux d’Ilingham, de plusieurs Alewife en état de fraye ; la descendance de ces poissons ayant pris le chemin de la mer par des passages pratiqués à cet effet, depuis, cette espèce se trouve dans ces eaux (4). En 1868, de nouveaux essais ont été faits avec succès dans la rivière de Boston, où l’on a déposé 4,755,000 jeunes Alewife; on en a transporté également en 1869 une grande quantité dans des étangs.
Smelt ( Osmerus viridcscens , Stor. O. mordax, Gill.) — Les commissaires des pêcheries américaines ont appelé l’attention sur les avantages de ce petit poisson si estimé des consommateurs, et qui paraît, si I on s’en rapporte à quelques essais déjà tentés (5), devoir être colonisé avec facilité par l introduction dans de nouvelles localités de poissons mûrs.
La nécessité de pourvoir au repeuplement des eaux des Etats-Unis est aujourd’hui universellement reconnue : aussi les divers Etats ont-ils nommé des commissaires chargés de pourvoir aux meilleurs moyens de remédier à l’état actuel. Ils ont proposé d’établir des passages ou échelles (6),
(1) Dr Howell, Shad fisheries of the Delaware ( American Journal of Science , 1867, t. XXXII , p. 134).
(2) Fourth Report of the Commissioners of the State of Connecticut, 1870, p. 21.
(3) Fourth Report of Connecticut , 1870.
(4) Theod. Lyman et Cl. A. llead, loc. cil., p. 5. — Ilelknap, History of New-Hampslure , t. III, p. 357.
(5) Reports of the New-England Fish Commissioners for 1867.
(6) Le temps n’est pas éloigné où la rivière Oswego, à Fulton, était assez riche en saumons pour que, chaque soir, on pût en prendre par centaines, et pour qu’on vendit à raison d’un shilling pièce des poissons pesant 12 et 15 livres. Mais, depuis l’établissement d’un barrage pour le canal Oswego, la remonte a
qui permettraient au poisson de gagner les eaux supérieures, et, bien que les passages inclinés sur lesquels l’eau coule leur aient paru plus simples, plus économiques et d’un entretien plus facile, ils n’en ont pas moins proposé l’établissement cl 'échelles, où l’eau se brise dans des sortes de cuves, ce qui permet aux poissons moins énergiques que le saumon de les remonter plus facilement, et qui, d’ailleurs, sont seules applicables aux chutes très-élevées. En outre, les commissaires, se basant sur ce que le saumon et les autres espèces anadromes ont l’instinct de remonter aux lieux qui leur ont servi de berceau, ont proposé de transporter au-dessus des barrages des poissons prêts à frayer, ou d’établir une éclosion artificielle des œufs recueillis avec soin (1). Malgré les difficultés que présente le transport des poissons, dans des conditions physiologiques sus-indiquées , on a placé 5 à 600 saumons au-dessus de l’écluse du Saint-Lawrence, après que le passage à poisson a été terminé en 1867. Des résolutions confirmant ces propositions avaient été prises, dès 1866, par les États du New-Hampshire , Vermont, Massachusetts et de Connecticut.
Des passages à poisson ont été établis dans le Merritnack, et des milliers d’œufs ont été préparés pour mettre dans ces eaux de nombreux alevins, avec lassistance du docteur Fletcher, de Concord, et de M. S. Robinson, de Meredith. La perte n’a été que très-minime, 10 pour 100 environ, et l’on a mis en liberté les poissons alors seulement qu’ils étaient âgés d’un an (1867- 1868); ils ont opéré leur descente à la mer, et 1 on s’attendait à les voir revenir dans les mêmes eaux en 1869. Dans le but d’assurer le succès de l’opération, M. le docteur Fletcher a été chercher en 1868, dans le New-Brunswick, quelques centaines de milliers d’œufs, qu’il a mis en incubation dans son appareil. Comme les incubations de M. J. S. Robinson n’ont pas été moins heureuses, tout porte à croire à un succès très-prochain, et l’opinion générale est que, les saumons reprenant les routes qu’ils avaient désapprises, la stérilité aura fait place à l’abondance.