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PÊCHE AUX CORMORANS

Lecormoran(2) de Chine, Hydrocorax sinensis (Vieillot), P elicanus sinensis { Latham), est un palmipède totipalme caractérisé par les parties supérieures brun noirâtre, les inférieures blanchâtres tachetées de brun , la gorge blanche, la queue ronde, l’iris bleu, le bec jaune, les pieds noirâtres et douze rectrices. Cet oiseau, dont le vol est court, est très-estimé des Chinois pour la pêche. Ils lui donnent le nom de lou-sse : on le trouve dans plusieurs provinces, mais on recherche particulièrement ceux du Hou-nan et du Ho-nan. Bien dressés à la pêche, leur prix est assez élevé et va jusqu’à GO taels (160 fr. ) la paire. Ce prix s’explique par les longs soins et la patience qu’exige leur éducation.

Les cormorans peuvent pondre à deux ans, et au moment de cet acte, qui a généralement lieu à la troisième lune, on prépare, dans un endroit retiré et obscur, un nid de paille sur laquelle la femelle vient pondre ses œufs, qu elle couve presque toujours elle-même. L’incubation dure trente jours. Pendant les sept premiers jours, on donne aux jeunes oiseaux de la viande hachée très-menu qu’on leur distribue trois fois par jour et qu’ils préfèrent à toute autre nourriture (3). Néanmoins,

(1) Nos paysans des bords de la Loire mettent en usage un procédé analogue le long des bancs de sable, si nombreux dans ce fleuve, et prennent ainsi un grand nombre de plies.

(2) Les cormorans se rencontrent dans presque toutes les parties du monde ; ils sont en particulier trèsnombreux en Hollande, où leurs œufs sont recherchés pour donner de la qualité aux biscuits de mer.

On doit remarquer l’adresse avec laquelle ces oiseaux avalent le poisson qui leur sert de proie; ils le jettent en l’air et le reçoivent dans leur bec, la tête la première, de telle sorte que les nageoires se couchent au passage, tandis que la peau membraneuse qui garnit le dessous du bec s’étend autant qu’il est nécessaire pour que le poisson, souvent assez volumineux, puisse entrer. (J. L. S.)

(3) Quelques auteurs, qui ont écrit sur ce sujet, prétendent qu' après l'éclosion on nourrit, pendant cinq

LA PECHE EN CHINE

après ce temps, on ajoute à la viande de bœuf de petits poissons. Le dixième jour, l’éleveur transporte les petits cormorans sur son bateau (pl. XIX, fig. 1) où ils prennent aussitôt place sur le perchoir commun, dont les bois sont garnis de chanvre; aussitôt qu’ils sont assez forts, on les met à l’eau et on les laisse quelques minutes au milieu de leurs aînés. Au bout de quelques semaines, ils sont déjà merveilleusement dressés à happer et recevoir au passage les petits poissons qui leur sont jetés du bateau. Ce n’est qu’à sept à huit mois qu'ils sont bien dressés pour la pêche.

On leur met alors autour du cou un collier de teng-tsee (rotin) pour les empêcher d’avaler le poisson; on leur attache à la patte une cordelette, longue de deux pieds environ, et terminée par une Hotte en bambou ou en bois. A un signal donné par le pêcheur, qui est posté sur son bateau (1), la main armée d’une gaule fourchue de cinq à dix pieds de longueur, tous les cormorans plongent dans l’eau, cherchent leur proie, et, quand ils l’ont saisie, reparaissent à la surface tenant le poisson dans leur bec. Le pêcheur accroche alors la flotte avec sa longue perche, sur laquelle monte aussitôt le cormoran, et, avec sa main, retire le poisson, qui est jeté dans un filet. Lorsque le poisson est très-gros et pèse, par exemple, de sept à huit livres, les cormorans se prêtent une mutuelle assistance, l’un prenant le poisson par les nageoires, un autre par la queue, etc. Les plus petits poissons qu’ils rapportent pèsent un quart de livre. Chaque capture est récompensée par un petit morceau de poisson que l’oiseau peut avaler, malgré son collier.

Il arrive souvent que les cormorans, fatigués de ne lien prendre, ou bien par paresse, essayent de se reposer : alors, le maître impitoyable frappe, à côté d’eux, l’eau avec sa gaule, et les pauvres oiseaux, effrayés, s’empressent de continuer leur travail, qui n’est suspendu que de midi à deux heures. La nuit on les laisse dormir tranquillement.

Cette pèche, qui n’est interrompue que par les grands froids, est assez productive : vingt à trente lou-sse peuvent prendre plus de six francs de poisson par jour. En général, les pêcheurs aux cormorans sont associés; les oiseaux appartenant à chaque société portent une marque particulière : on a le plus grand soin d’eux, et lorsqu’ils sont malades, on leur fait prendre de 1 huile de sésame. Les cormorans peuvent rendre des services jusqu’à l’âge de dix ans.

jours, les jeunes oiseaux avec du sang d’anguilles, puis, qu’après ces cinq jours, on leur donne de la cliair d’anguille hachée très-menu, et que, plus tard, on doit, pour les élever, leur donner de ce même poisson et des plantes légumineuses. Tout cela est possible et même probable, bien que nous n’en ayons jamais entendu parler dans les provinces centrales de la Chine.

M. Robert Fortune, qui a visité avec soin la Chine, donne au sujet des cormorans, dans son ouvrage (Two visits to the tea country of China), les renseignements suivants :

« The fisli catching birds eat small fish, yellovv eels and puise yelly. Àt five I*. M. every day eacli bird vvill eat 6 taels (8 ounces) of eels or fish and a catty of puise jelly. Thcy lay eggs ofter 3 years and in the 4 or 5th month. liens are used to incubate the eggs. When about to lay their faces turn red and then a good lien must be prepared. The date must by clearly written upon the shells of the eggs laid and thev will hatch in 25 days. When battehed upon cotton spread upon sonie vvarm water and feed them with eels blood for 5 days; after 5 days, tliey can be fed with eels flesh chopped fine, and great care must be taken in watching, then the wale is easily known from the fcmale, in being generally a larger bird and in having a darker and more glossy featherbut more particularly in the size of the head, the headof the male being large and that of the female small. (Rob. Fortune, Two visits to the tea of China.) (D. de Th.)

(1) Les bateaux employés pour la pêche au cormoran sont très-légers; ils ont 3 pieds de longueur sur l pied et demi de largeur : deux de ces nacelles sont unies l’une à l’autre par deux planches sur lesquelles se tient le pêcheur. (D. de Th.)

LA LÈCHE EN CHINE

La pêche aux cormorans, qui est des plus intéressantes, n’est praticable que dans les lacs ou étangs, où il n’y a pas de courant (1).

Pêche à la loutre. D’après M. Svyinhoe, quelques pécheurs chinois, à l imitation de ce qui se fait dans l’Inde, emploieraient la loutre pour la pêche : cet auteur dit avoir rencontré sur le Yang-tsc-kiang, à environ 1110 milles de son embouchure, un pêcheur chinois qui tenait enchaînée dans son bateau une loutre apprivoisée, qui paraissait bien privée et familière : quand il avait jeté à l’eau sou large filet, muni de poids au bord, il permettait à sa loutre, maintenue par une longue corde, de sauter dans la rivière : l’animal nageait et plongeait tout autour du filet, y poussant ainsi le poisson; le pêcheur en rapprochait peu à peu les bords. Pour faire revenir la loutre à bord, le pêcheur donnait deux ou trois secousses à la corde et l’animal venait paisiblement reprendre sa place dans un coin du bateau ( Proceed . of tlie Zool. Soc. of London, 1370. p. G25).

Les Chinois se livrent non-seulement à la pêche par les divers procédés que nous venons d’énumérer, mais, en outre, ils font une chasse active aux oiseaux d’eau.

Tantôt ils tendent, à la surface de l’eau, de grands filets verticaux, à mailles larges (pl. XXX11I , fig. 2), nommés me-Uo-ouang . Lorsque les vols d’oiseaux viennent pour se poser sur la surface de 1 eau, ils s’emmaillent dans les filets qui sont flottants et s’y prennent en grand nombre (2).

Dans d’autres endroits, ils font usage de sortes de trébuchets en filets, ye-yang-ouang (pl. XXXIII, fig. 1), qui sont tenus ouverts au moyen de bambous, très-faiblement maintenus contre les bords de 1 ouverture et qui tombent dès que les oiseaux se perchent dessus.

Ailleurs des hommes, entièrement nus, entrent dans l’eau, ne laissant au dehors que leur tête, couverte d’une sorte de casque percé de trous qui leur permet de respirer et de voir (pi. XXN1II, fig. 1). Sur les épaules repose une sorte de rebord sur lequel sont placées des mangeoires, remplies d’appât et qui attirent les oiseaux. Dès que ceux-ci se sont posés sur 1 appareil, tcho-ye-ya , l’homme les saisit et les place dans un filet analogue à celui des plongeurs (voir pl. XXXIII, fig. 4), qu’il porte suspendu au-devant de lui (3).

(1) La peche au cormoran était autrefois très-usitée en Angleterre, et il paraît, d’après un article inséré récemment dans le Land and T Vater (24 octobre 1868), que quelques personnes se livrent à cette pêche et trouvent un grand plaisir à cette chasse. Nous avons appris récemment que M. Lecoulteux avait dressé une paii’e de cormorans à la pêche et allait publier un volume sur ce nouveau genre de sport. (L. S.)

(2) Les me-tso-ouang offrent la plus grande analogie avec les fdets employés sur plusieurs de nos côtes, et particulièrement dans la baie d’Arcachon, pour prendre les canards sauvages et sarcelles.

(3) Les Indiens de la Guyane française emploient, paraît-il, un appareil analogue au tcho-ye-ya pour prendre les oiseaux d’eau.

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