PLONGEURS
A la fin de l’automne et au commencement de l’hiver, c’est-à-dire pendant les dixième, onzième, douzième et première lunes, quelques espèces de poissons aiment à rester blottis sous les pierres ou les éminences de terre qui s’élèvent au milieu des eaux. Les pêcheurs qui connaissent ces sortes de réservoirs, dans lesquels la température descend moins bas que dans les endroits non abrités, en profitent pour y prendre à la main cinq ou six espèces de poissons, tels que yong-yu (HypophthalmichthysSimoni), hy-yu (Siniperca), nien-yu (Silurus xanthosteus ' houangchang-yu (Peltobagrus calvarius). Comme ces trous sont généralement à des profondeurs assez considérables, le pêcheur est obligé de plonger pour les découvrir : il porte attaché (pl. XXXIII, fig. 4) autour de ses reins un petit filet, en forme de panier, dans lequel il met ie poisson qu’il
(1) Duhamel du Monceau ( Hist . g en. des pêches, t. Ier, sect. III, cliap. IV, p. Il) a donné, d’après les auteurs de voyages en Chine, une description un peu différente de la pêche au bateau blanc. Les Chinois ont de longs bateaux auxquels ils attachent, des deux côtés, une planche large de 2 pieds qui s’étend de l’avant à l’arrière. Cette planche est couverte d’un vernis fort blanc et fort luisant. Un des côtés est de niveau avec le bord du bateau, l’autre incline en pente douce jusqu’à la surface de l’eau. Pendant la nuit, la lumière de la lune étant réfléchie par cette surface blanche, le poisson qui s’ébat sur l’eau prend probablement la couleur de la planche pour l’eau même, il saute sur cette planche, et, glissant dessus, il tombe dans la barque. Ceci est tiré de Y Histoire générale des voyages, in- 4°, t. VI, p. 221.
LA PECHE EN CHINE
est parvenu à saisir avec ses mains; lorsque celui-ci est très-gluant, le pêcheur le serre entre le pouce, le médium et l’annulaire formant ainsi une véritable pince. Quand le poisson est armé d’ailerons et de nageoires dangereuses, il le saisit sous le ventre et évite ainsi de se blesser.
Chaque pêcheur, à tour de rôle (ils sont ordinairement quatre associés), plonge trois fois par demi-heure; aussitôt sorti de l’eau, il vient se réchauffer près du feu que l’on entretient continuellement sur le bateau.
Les jours où le froid est trop considérable, on ne plonge pas. Quelquefois, après une grande fatigue, le pêcheur éprouve de violentes hémorrhagies.
Dans une bonne journée, on peut prendre ainsi de 1 lr. 80 à 2 fr. 40 de poisson.
Il existe une autre classe de pêcheurs, tan-liio-ken-tij-jin, qui, pendant l’hiver, harponnent au moyen de fouênes les poissons qui se cachent dans la vase, par trois, quatre ou cinq pieds de profondeur. Pour reconnaître ces endroits, le pêcheur, n’ayant que la partie supérieure du corps couverte, marche lentement dans l’eau, pendant une heure ou deux de suite, suivant qu’il est plus ou moins sensible au froid; quand il sent sous ses pieds une dépression, il la marque au moyen d’un long bambou, qu’il fiche dans la vase. Quelques heures après, ou le lendemain, il revient fouiller, avec sa fouène, ces différentes places (1). Malheureusement, presque tous les hommes qui font ce métier sont, à quarante ans, perclus de rhumatismes et sont atteints de maladies de peau.