‹ La pitié: poëmeChapitre 5 sur 23 · XV · texte numérisé non relu

XV

L'étranger a ses droits sur un cœur généreux. Mais ne l'oubliez pas : toujours le malheureux Ne vient point au grand j our, dans les places publiques^ Étaler le tajbleau de ses maux domestiques.

Renfermant son secret dans le fond de son cœur^ Le malkenr a sa bonté et sa noble pudeur ^ Seul , et réfugié dans son asile sombre , Aux regards indiscrets il se cacbe dans l'ombre. Sachez donc le trouver dans son réduit affreux ; Ëpiez les moments et les hasards heureux.

De la douce Pitié la consolante gloire, ^ ^ Ainsi que le Génie , ainsi que la Victoire , A ses instants choisis envoyés par le ciel ; Sachez donc les saisir. Voyez-vous ce mortel Qui , les yetix égarés , comme au bord d'tm abîme , Hésitant, frémissant, reculant près du crime, Tout-à-coup cm porté d'un mouvement soudain , D'un vol dont il rotigit vient de souiller sa main? ( " Il fuit : suivez ses pas ; sous le toit du coupable Pénétrez avec lui. Quel tableau lamentable l Des enfants demi-nus , sur la terre conchés , Immobiles de froid , de besoin desséchés !

Menaccs'de la mort , si près de leur naissance, lis ignorent les jeux de la folâtre enfance.

Sur le sein maternel leur frërê appelle en vain Quelques gouttes d'un laît consume par li faim. Autour d'eux, des murs nus ^ hier, unebcantuneste D'un vil ameublement a dispersé le resté ; Et, pour comble de maux , de leurs derniers dâiris D'avides créanciers ont dévore' le prix. * Partout le dénûment , le deuil et le sileDce. D'un déscspoirmuetdomptant la violence, Leur père à câté d'eux, triste, pâle et défait. Tourmenté par la faim , moins que par son forfaîl , En détourn:int ses yeux d'un tableau qui l'a'ccSble , Leur jelte, et se refuse un aliment coupable , Que leurs avides raains se disputent entr'enx ; Puis , d'un air, d'un regard, d'un accent douloureux , Où son cœur déchiré tout à-k-fois exprime Et l'cxcës de ses maux , et l'horreur de son crime : ■ O vous ! qui violez l'asile du malheur , u Étranger, venez- vous épier madoulc*^' - D Eh bien! venez, voyez ces cnfjjjj^ ^evl''™^'''^' "j^. > Suls-je assez malheureux d'êttpv J^itXi^^^^^T^

■ Hélas J pisqu'àcejourmoti >> J'étais infortune

» Allez , revélez lom I je bé^ V - t^ ^-çV 11 Vos lois me feront grâce ^ ^\ <v* <^"^

» Que sais-je ? une autre fbis mon fuAeste destin » Peut-être d'un brigand ferait un assassin.

» Allez , dëliyrez-moi du jour et de moi-même ! >» A ces ifkots f il succombe à sa douleur extrême. Vous ^ heureux d'adoucir l'injustice des dieux , L'or toml^e de yos mains , les larmes de vos yeux ; Vous consolez ses maux, vous réparez son crime ^ Et recueillez tout bas cette leçon sublime :

o Qui prévient les bespins , prévient donc les forfaits I » L'un s'applaudit d'avoir trouvé de vieux palais ^ L'autrt un peuple inconnu , l'autre une île féconde ^ Herschel un autre ciel, Vespuce un nouveau monde ^ Et vous , par un hasard plus doux pour votre cœur. Vous avez découvert et servi le malheur.:

7^'abandonnez donc pa^ vos recherches heureuses. Mais les cris du malheur, ses plaintes douloureuses, Au milieu des états et des rangs confondus ,

j Dans nos vastes cités trop, souvent sont perdus.

Dans ce pompeux fmcas sa voix meurt égarée j Dans le sein des hameaux , la douleur éplorée Moins souvent se dérobe à l'œil compatissant :

I Cherchez donc , secourez le malheur innocent.

Je sais que , de nos jom*s , en crimes trop fertiles, Les champs gnt imité le désordre des villes;

Le culte saint , la paix et la simplicité Sont bannis du hameau comme" de la cite', Partoutlasoifdel'or, l'audace, la licence, De son dernier asile ont chassé l'innocence ; El moi, qui ce'lébrai le boa peuple des champs, - Je ne reconnais plus le sujet de mes chants.. L'esprit fort , en patois , prêche contre les prêtres ; Gros-Jean fait le procès au Dieu de ses ancStres ;, Plus d'un Mathieu Garo s'érige en norateuc , Lucas est usurier , Colas agiotenr; Et déjà , des cités affectant l'opulence, Ces parvenus des champs en ont pris l'insolence. Mais peu se sont souillés de ces excès honteux '■ Plaïgneï le criminel , âtdez le. malheure m - Que tantôt , du travail l'appareil nécessaire Aux mains de l'industrie , écarte ta misfere ; Tanlôt, d'un luïe henreiii des beureuS V^^ ^ *"^* ' Sous on faste apparent déguise içjUgvvE»^^^'' Tantdt , de la bonté que la marKL rt^^^ Surprenne l'indigent au fond ij„ ^ ■i'A'^' C'est peu: les ouragans, et 1^ ^\t^ \e^^' £iercent trop souvent leurs * '

Alors, «h! c'en alors qnei"V«^V' xfc*, A»*, UPiliequelecielimprij,^^ y^V ^ ^t' ^

4o LA PITIÉ.

Cette Pitié' , du ciel présent consolateur , Si douce au malheureux ^ plus douce au bienfaiteur ! Le vertueux Mopsus en offre un noble exemple. Du bonbeur , des vertus , son cbaumè était le temple : L'aurore, tous les jours , le voyait le premier Quitter , pour ses travaux , spn rustique foyer j j

Le soii* y pour son retour^ sa femme vigilante Préparait du saignent I a flam me pétillante ; Ses enfants l'attendaient ? et briguaient sur le seuil ,

Et son premier souris, et son, premier coup-d'œil. '

Leurs cœurs étaient heureux, quand d'un noir incendie i La flamnie , dans son cours par les vents agrai^çlie , Dévora leur cabauQ , et dans, ses tourl^illons i

Engloutit le produit et l'espoir des sillons. !

L'année avc)it perdu le prix de sa, culture , La flamme avait détruit la semejm;e future :

Et leurs coeurs^ aux regrets mêlant ledésespoir , N'osaient sç souvenir , et tremblaient d^ prévoir. Pour eomb^ de nQ^fl%ur, cc;$ an^^a^yx^ utiles , Qui paissaient daps Içurs champs, oulf^s reQd^çntjfertiles, Se débattant en vaiii^ spus Ipups toits embrasés, Ensemble avaient péri » p<9r. leim* chute écrasés. Ils pleuraient : (juandl'hpnneur eti'amour du village ^ sensible Dormond , dans ce triste ravage ,

(ÏÏANT I. 4t

Sourccpour lui d« joie aiijsi qiie de. douleurs , Vit le louchant, espoir ,d.'essuyer quelques pleucs. Tandis que spu; ses toits leur mifère esl soigjiée , DsiQs le riant enclos d'une ferme éloignée II prépare en secret , par un arttoutnouTeau, Un plaisir pourson cœur, pour ses yeux un tablcair. Un constniqteur. arrive, et soudaip, ô merveille ' Une maison s'élève , à leui; maison pareille. Ses murs , vieillis pacl'art , offrent même coup-d'œil j Semblable en ejt l'entrée , et semblable est le seuil. C'est leur même buffet , c'est leur, modeste table; Nombre égal d'animaux a peuplé leur étable, Et îus<{u« dans leur cour, un nombre égal d'oiseaux Est perche sur les toits , ou nage dans les eaus. Seulement leur vieux coq , qu'avaient sauvé ses aucs , Ne reconnaissait plus ses amantes nouvelles.

Le jour arrive enfin; le couple infortuw Vient , voit , doute" s'il veille , et çecul* élownt ■- ^ De réduits en réduits leurs jen^, «.Vatï**^ '"' ^^*^ Tel, si les grands objets aux j^ ^ co***^*

Des Troyeos autrefois jetés 4- ^ ^^e* '^ IltOD imité charmait eoeorK ^^J^* EtduXanihesaci' ^

■ Leurs cceurs avec traospot.. ^ ^*^ -t^

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