CHANT PREMIER
A Rop longtemps ont grondélesfoudres de la Troplong-lemps des pkisîrs, corrupteurs del J-a mollesse écouta les sons Toluptueiix ; Maintenant , des bons ccears instinct affeclm Accours, douce Pitié, sers moa tenà"^^ ""^ Viens mouiller de tes pleurs Içj -otà^* ** ° Viens prêter à mes vers les s^^ \pSÎ^''*^
C'estpourtoiquejechante î * io**^ PlIisseD^ils, consolant cetv ^^"^ ' ** Être approuvés des dieux
i8 LA PITIÉ.
Apprivoiser le peuple , intéresser les rois ^
Rendre à l'heureux des pleurs, au malheureux ses droits !
Glorieux attribut clèriîominey roi du monde, La Pitië de ses biens est la source féconde.
La force n'en fit point le roi des animaux ; Non , c'est cette Pitlë qui geinit sur les maux. Vers la terre, courbes par un instinct servile^ Ses sujets n'ont , du ciel , reçu qu'une ame yile ; Conduits par le besoin et non par l'amitié', Ils sentent la douleur, et jamais la pitié.
L'homme pleure ^ et voilà son plus beau privilège; Au cœur de ses égaux la Pitié le protège.
Nous pleurons , quand , ravie au bonheur, aux amours , La jeune vierge expire au printemps de ses jours ; Nous pleurons , lorsqu'en proie au ravisseur avide , Tombe dans le malheur un orphelin timide ; Et , lorsqu'aux tiibunaux sa modeste pudeur De son front ingénu fait parler la candeur^ La Pitié , dans notre ame embrassant sa défense , Du coté de ses pleui*s fait pencher la balance. Un instinct de pitié nous apprend à gémir, D'un péril étranger nous force de frémir.
Que dis-]e ? Du malheur la touchante peinture Ëxçrce son pouvoir sur l'ame la plus dure.
Nous pleurons , c[uandPonssin , de son adroit pinceau , Peint les )Ours menaces de Moïse auLerceaù; Nous pleurons^ quand Danloux^ dans la fosse fatale , Plonge y vivante encor , sa charmante vestale : Vers sa tombe avec elle il conduit la Pitië; On ne voit que ses maux, son crime est oublie'. La Pitié , doux portrait de la boute' divine , Rappelle les mortels à leur noble origine.
Malheur aux nations qui , violant nos droits , De la Pitié touchante ont ëtoufie la voix !
L'autel de la Pitié' fut sacre' dans Athènes. ^ • L'intérêt inieùx instruit bénit ses douces chaînes ; Elle inspire les arts , elle adoucit les mœurs , Et le cœur le plus dur s'amollit a ses pleurs. C'est peu : du genre humain douce consolatrice, De la société tu fondas Tédifice !
Oui , ce fut sur là foi de ce doux sentiment , Plus puissant que les lois, plus fort cjue le serment, Que les hommes , fuyant leurs sauvages asiles , Joignirent leurs foyers dans l'^xicei^^^^^^*^^^^^^' Là , vinrent les mortels , ^^^ ^^ Çotèis éçars ,
Sous de communes lois a ^ c tjv^'c*^^^^^ •
Prêts à sefccourirauxp,^^^^^ ^^S «^'^^-r.U*,
S'aider de leurs talents, d«x'fc^\6^ . ivS
^eV^^
Et , rapprochés entr'eax par un besoin pareil^
S'assurer l'un à l'autre un paisible sommeil.
Mais bientôt tout cbangea : la fortune inégale
Vint assigner aux rangs leur utile intervalle.
Auprès de la ricbesse on yit la pauvreté ,
Près des tristes besoins la molle oisiveté ;
Alors vint la Pitié , seconde providence :
Dans les riches monceaux qu'entassa l'opulence ^
La Pitié préleva la part de l'indigent ;
Le luxe fut humain ^ le pouvoir indulgent ;
Des cœurs compatissants la tristesse eut des charmes;
Les larmes dans les yeux rencontrèrent des larmes ;
Et , plaçant le bonheur auprès de la bonté ,
La vertu fut d'accord avec la volupté.
Tel fut l'ordre du monde , et Tarrêt des dieux mêmes.
Mortels , obéissez à ces décrets suprêmes :
Ecoutez la Pitié , secourez vos égaux,
Ajoutez à vos biens en soulageant leurs maux!
Enûn, tout ce qui vit sous votre obéissance
Doit sentir vos bienfaits y bénir votre puissance.
Vous donc y soyez d'abord le sujet de mes chants , vous y qui fécondez ou qui peuplez nos champs ! Vous êtes nos sujets : le Dieu de la nature Vous forma , je le sais, d'une argile moins pure ^
Il ne l'anima point d'un rayon immortel , Et nous seuls sommes ne's cobériliers du ciel : Mais au même séjour nous habitons ensemble ; Maispar'des nœuds commuQsle besoin nousrassemfcle.
Pourtant, quelqu'iDte'rétquem'inspirent vos main, Je'n'irai point , lival du vieillard de Samos ,. ( ' itépéter aux humains sa plainte attendrissante ; Se ne m'écrirai point , d'une Toii gémissante : « Cruels! que vous ont fait l'innocente brebis, » Dont la molle toison a tissu vos habits ; » La chèvre qui , pendue aux roches buissouneoses,
> Compose son festin de ronces épineuses ?
■ Que vous a fait l'oiseaa , dont la louchante voix
1 Est l'honneur du printemps et le charme des bois ? » Que vous a fait le bœuf , enfaul de vos domaine* , ^ "Laboureurdevos champs, compagnon devo*V^ » Barbares ! pouvez-vous, au sortir du sWo°» ,
n Quandson flanc saigne encordescoup^^'^rtaft'» » Frapper du fer mortel , pour pj^^ j; ttï*^°\?i.«»'«'''-
> Soufrent tout dépouillé pap^ ^ <l^^ \ %vi^ " QuoilIesmetsmanquent-iVc j^Y* j<* -j^*-
■ Voyez ces fruits pendants ; ^>qN^^ 0^**^ V'**''^ «Pour vous mûrit le bled, ^Vvv X '^ A*V*^^ «Vientgonflerd'undouxsy^'î^ ^^ 0^y,«'
aa LA PITIÉ.
» N'ayez-y ous pas du miel le nectar parfumé? » Du lait y qui rafraîchit yotre sang enflammé , » La yaclie nourriciërc est-elle donc ayare?
» Ah!' cruels ^ rejetez un aliment barbare, » Digne festin des, loups , des tigres et des ours ! TU La nature en frémit. » Inutiles discours : Dès long-temps l'habitude a yaincu la nature ; Mais elle n'en a pas étouffé le murmure.
Soyez donc leurs tombeaux , yiyez de leur ti'épas y Mais d'un tourment sans fruit ne les accablez pas : L'Éternel le défend ^ la Pitié protectrice Permet leur esclayage et non pas leur supplice.
Cependant je l'ai yu ; j'ai yu des animaux Courbés injustement sous d'énormes fardeaux ; L'Homme s'armer contr'eux , et , comme leur paresse y Par de durs traitements châtier leur faiblesse. J'ai yu y les nerfs roidis et les jarrets tendus. Tomber ces malheureux sur la terre étendus.
J'ai yu du fouet cruel les atteintes funestes y De leurs esprits mourant^ solliciter les restes ; Et y de coups redoublés accablant leur langueur , Par l'excès des tourments ranimer leur yigueur. Ah ! dételez y os chars ; qu'heureux auxiliaires y Vos coursiers généreux yiennent aider leurs frères ,
CHANT I. a3
TOUS ! que le hasard améoe dans ce lieu :
Ainsi vous secondez les grands desseins de Dieu ; Ainsi , portant sa part du joug qui les accable , La brute sert la brute , et l'homme son semblable. Cent fois plus criminel , et plus injuste encor , Celui dont le coursier , pour mieux prendre l'essor , Avec art amaigri, bien loin de la barrière , Sous l'acier déchirant dévore la carriÈre ; Et, contraint de voler plutôt que de courir , Doit partir, fendre l'air, arriver et mourir : Des Tains jeux de l'orgueil épouTantable scène !
Ëh ! qui peut, sans rougir de rJQ]ustice bumaine , Voir ces coursiers rivaux; ces violents efforts, De la vie à-Ia-fois usant tous les ressorts ; Tout leur corps en travail sous lefouetiiui les pïs^*' Ces longs élancements , cette immense viies*'' Dont l'éclair les dérobe aux yeinéP"*^^*^?
Leur souffle haletant , leurs fla^^^ ê»5*?^wlï iVo^'^' Et pourquoi ?pourqu'unfat, s'a ■nt^'^^^v(ivtc'■
Surïeur corps palpitant, crit^^^* • Aa."^^ Ou que d'un vil pari le calt;-^ K"^ J^^ ^r De cet infâme honneur tir^ ■ i^ \ V* c ^
Eh f'Toji. Àlbib, , »ti ^V ■A^'Lt*'''"--
a4 LA PITIÉ.
C'est là que, de leur race entretenant Tlionneur , L'homme instruit leur instinct et soigne leur bonheur. Avec moins de plaisir y ces hordes inconstantes , Qui près de leurs coursiers reposent sous leurs tentes y D'un zèle fraternel veillent à leurs besoins. Le coursier est sensible à ces généreux soins : Aussi , que la carrière à ses yeux se présente , L'homme à peine contient sa fougue impatiente ; Sans le fouet meurtrier , sans l'éperon sanglant , Il part, entend son maître^ et l'emporte envolant^ Touche le but, revient, et Oer , levant la tête, Semble , d'un pied superbe , applaudir sa conquête. Sachez donc dispenser les soins , le châtiment : Du bien comme du mal le yif ressentiment Est leur premier instinct ; et , grâce à la nature , Ainsi que le bienfait , ils ressentent l'injure. Ah ! comment l'homme ingrat l'a-t-il donc oublié ? A-t-on tant de malheurs et si peu de pitié ?
Tel ne fut point Hogarth ; ^ ^ sa main compatissante Traça des animaift l'histoire attendrissante : De là , ce noble élan , ces admirables mots D'une ame généreuse et sensible à leurs maux , Qui , voyant des coursiers torturés par leur maître^ S'écrie : « cceur barbare I homme dur; qui peut-être
CHANT I. 'a5
•a Au seia de toa ami plongerais le poignard , u Tu n'as donc jamais Tules-peiotures d'Hogarth! » SuÎTeï donc son exemple , écoutez ses maximes ; Qu'ils soient vos scrvilears et non pas vos TÏclimes, Mais c'est à toi surtout que l'on doit la pitié , Anitnal généreux, modèle d'amilié.
Qui, le iour et la nuit prodiguant tes services , Gouvernes nos troupeaux, ou gardes^os hospices, Dontl'ceil nous cherche encordeses regards mourants: Sois donc et le sujet et l'honneur de mes chants , O toi ! qui, consolant ta royale maîtresse, ''' Jusqu'au dernier soupir lui prouvas ta tendresse , Qui charmais ses malheurs , égayais sa prison ; O des adieux d'un frère , unique et triste dou ! Hélas! lorsque le sort, qui lui ravit son père. Pour comble de malheur la sépara d'un frère , Livre' seul aux rigueurs d'nn destin enn^'^* * Pour elle il se priva de son derniçr ato"*- Que dis-je? Des tyrans incroygkt -.^c^ ■ "\
Celui qui fil traîner ses parente \v^®' \
Q.i r.»,..ra d, ruoru, 1 «^^^^ Si^Vl.' »
Lui laissa l'animal, c6mpaF.j.^*A \6 ^C* ■i^'^'' Et moi, qui proscrivis leurs \^^V^ ^ tfO^* «.^'^'^ J'implore un monument J»Jj^%-
>^yx.^y
u6 LA PITIÉ.
Pour toi qaiy pres({ue seul , au sifecle des ingrats ^ Dans les temps du mallieur ne l'abandonnas pas : Va donc dans TÊlysee , où ton ombre repose , Jouir des doux honneurs de ton apothéose ^ Je ne te mettrai point près du chien de Prôcris ; J'offre un plus doux asile à tes mânes chéris : De Poniatowsky ^ de sa sœur vertueuse , Les jardins recevront ton ombre généreuse.
Là y parmi les gazons , les ruisseaux et les bois y Tu dormiras tranquille ; et la fille des rois ^ £n proie à tant de maux , objet de tant d'alarmes , Y reviendra pleurer , s'il lui reste des larmes.
Il est pour la Pitié de plus dignes objets , Que Dieu fit nos égaux , et le sort nos sujets : C'est vous qui , sous nos toits serviteurs volontaires , Par vos soins assidus méritez vos salaires.
Non que je veuille ici , préchant l'^alité , Dissoudre les liens de la société :
Dieu lui-même des rangs forma la chaîne immense^ Qu'un atome finit , que l'Éternel commence.
Mais n'allez pas , brisant le pacte mutuel ^ De votre autorité faire un abus cruel ; Songezbien que tout homme, en servant son semblable^ ÇacriGe à son maître un bien inestimable y
Si libertë. Lui-même à vos com mandements Soumet ses jours, sesnuits,seslicures, ses moments. Ah I de la liberté si le trompeur fantôme A pu daus un instant renverser un royaume ; Si , vengeant la nature et les droits des humains , Un esclave , autrefois , fit trembler les Romains , < ■* El de SCS fers rompus se foi^eant une épe'e, Souleva l'Italie, et balança Pompe'e ; Jugez combien le Qel jusques au fond du cœur Grava profondément ce sentiment vainqueur.
Me l'outragez donc pas ; payez ces sacrifices ; Qu'on serve vos besoins , et non pas vos caprices ;• Sous un air paternel cachez l'autorité , Et mêlez la douceur à la sévérité.
Que le maître indulgent , le serviteur fidèle , Fassent commerce entr'eux de bienfaits et de 7*^^ ■ Ensemble associés par ces soios délicats 1 b'uB ne commande point , l'autre n'o\)é^* "P**' I-e coair a deviné bien avant qu'^^ fio**^* ' Grâce k ce doui attrait où l'am^ ** Vi^*^'^*^'^ ' D'un côte' le penchant , de I'a^^^^ ^' 3^ 'Ç^^ Donne à l'obéissance un air fl ^^ \» c '■ iSf^"^' L'amitié rend toujours bien >,^ X. \o*^ "*** *^' Mais ce que la Pitié surtout ^^\v ^ " 0^ ^ ■* '
C'est ce bon serviteur qui yieillit sous vos toits r Du service et des ans allégez-lui le poids.
Que cLez vous son utile et noble vëte'rance Soit d'un long dévoûment la juste récompense. Il veut encor pour vous tout ce qu'il ne peut pas : Son exemple vous sert au défaut de ses bras.
Nestor des serviteurs , son âge leur commande , Son sourire applaudit , son regard réprimande ; Et quand son zele^ enfin , deviendrait unpuissant^, Verrez-vous sans pitié son déclin languissant ? Pouvez-veus au besoin, par un oubli funeste,. Des jours usés pour voys abandonner le reste ? La Pitié le défend , et même l'équité.
Que s'il ne peut suffire aux soins de la cité , Qu'il habite vos champs ; que , dans ce doux asile y. Ses vieux ans soient heureux, et son repos utile. Et vous , quand les beaux jours vous j rappelleront > Avec délice encor vos yeux le reverront..
Témoin de vos plaisirs , de vos maux. domestiques,. Tels que ces monuments des annales antiques , Ses vieux rcssouvenirs reviendront sur vos pas ; Ils vous retraceront vos chasses , vos combats , De votre grand cartel la mémorable histoire , Ce vieux procès gagné , ce siège plein de gloire
CHAKT,I. 2ç^
Oîi TOUS fûtes blessé ; votrebymen! vos amours; Et ces récits eocor tous rendront vos beaux jours.
Tairai-je ces enfants de la rive afrii'.aine , Qui cultivent pour nous la terre américaine?
Différents de couleur , ils ont les mêmes droits ; . Vous-mêmes contre vous les armez de vos lois. liOin de moi cependant ces précepteurs du monde , Dont la pitié cruelle, en désastres féconde, DécbaÎQant lout-à-coup des monstres furieux , Dans leurs sanglantes mains mit le fer et les feux I OchampsdeSaint-Dominguelâ scènes exécrables! '' Ab ! fuyez, sauvez-vous , familles déplorables !- Les tigres sont lancés ; du soleil africain Tous les feux à-la-fois bouillonnent dans leur sein. Pour vous leur art cruel raffina les souffrances ; Robespierre lui-même envîrait leurs vengeances. Là , des enfants portés sur la pomte des dards , De leurs noirs bauillons forment les éiend*'^ > Ici , tombe le fils égorgé sur son p^-g Le frire sur Ja sce-ir , la fille su». . -.ite- . .
Chaque lieu , comme nous, ;» J' ^ 1**^^ ^ïV\>«»*^, Partout la mort moissonne ; . ^Vj^tJp <v ^* ^«■■^i- Volantd'unpèleàl'autrc.e^ ^ V iÉ.^'* ^V** '^-jû»*'**'''" Sur le choix des malheurs 1^ ï^ ^ ^% X^
3o LA. PITIÉ.
Quelle cause a produit ces ilëaux désastreux 7 Quel([ues abus des droits que vous ayiez sur eux. Leur haine s'en souTint ; et la notre imposture Dans leurs cœurs ulcères vint aigrir cette injure. Ah ! que les deux partis écoutent la Pitié ; Qu'entre les deux couleurs renaisse l'amitié ! Évitez qu'un excès de rigueur , d'indulgence , N'encourage l'audace , ou n'arme la vengeance ; Et que ce sol enfin , trempé de leurs sueurs , Ne soit plus teint de sang et baigné de leurs pleurs.
D'un cri plus fort encore, et Â'un accent plus tendre, A votre cœur emu lé sang se fait entendre; Vos parents malheureux ont droit à vos secours. Et comment pduvez-vous couler en paix vos jours , Alors qu'en j^roie aux maux qui pèsent sur leurs têtes, Le cri de leur douleur vous reproche vos fêtes? Ah ! te remords lès venge, et leurs affreux destins Attristent vos plaisirs , et troublent vos festins. En vain la loi se tait , quand la nature exige. Voyez ces rejetons nés de la même tige :
L'un regorge de sève , et cet autre affamé Languit privé d'un suc vainement réclainé.
Mais le jardinier vient , dont la rigueur féconde Dispense également la sève vagabonde ;
CHANT 1 3i
Et , pour alimenter leurs frères appauvris , Prive du superflu les rameaux trop nourri».
Dans votre luxe, ingrats ! trompant la providmce, N'épuisez donc pas seuls votre injuste abondance ; Aux droits de votre sang sacrifiez vos droits , Et corrigez le ciel , le hasard et les lois.
Eli ! qui ne connaît pas quelle volupté pure A ce doux seatiment attacha la nature ; Fidélia le prouve, elle dont Addison A la postérité transmit l'aimable nom. '■* La mort à son enfance avait ravi sa mère ; Mais ses traits enchanteurs en offraient k son père I^a douce ressemblance et le vivant portrait ; De ce père chéri le cœur l'idolâtrait.
Une épouse, des sens flatte la tendre ivresse , Les fils l'ambition , les filles la tendresse ; Et pt>ur elles l'amour d'un père verioevi ' Sans enélre moins pur , est plyj jjftt*»*^'^' ^^^^ , Au ciseau de Scopas , mémean ^.- „^w o- ""* La beauté que je chante eut sej,^''* <0-°^ *'t Un amant l'adorait, tel que U ^\ i^ , Kff^^^ ,»' L'eût choisi pour charmer (^ "^V ^A^»* ^Is*
Kle-mémc admirait sa grar, V O^
iMie-memc aamirait sa grar, V O
Mais l'amour filial étouffai* ^ Av<^ ^
Et d'un père cliëri , les douleurs , les besoins ,. Sans remplir tout son cœur , occupaient tous ses soins*. Son ame dévouée à ces doux exercices ,.
A son vieux domestique enviait ses sei^ices ; Les plus humbles emplois flattaient son tend re orgueil :. Elle-même avec art dessina le fauteuil Qui , par un double appui soutenant sa faiblesse y Sur un triple coussin reposait sa vieillesse j £lle*même à son père offrait ses vêtements , Lui préparait ses bains , soignait ses aliments ; Elle-même , à genoux , ajustait sa chaussure ; Elle-même peignait sa blanche chevelure, Près de lui rassemblait ses meubles favoris , Ses amis de l'enfance, et ses livres chéris.
Souvent, quand la beauté , méditant des conquêtes,. Se parait pour le bal , les festins ou les fêtes ; Elle , auprès du vieillard , au coin de leurs foyers , Ecoutait le récit de ses exploits guerriers ; Dansait , pinçait son luth ^ tantôt , avec adresse , Lui chantait les vieux airs qui charmaient sa jeunesse y Le soir le conduisait au lieu de son sommeil , ^ Veillait à son chevet , épiait son réveil , Dressait pour lui la table , et des plantes d'Asie Lui versait de sa main l'odorante ambroisie.
CliANT I 3J.
Vainement ses amis lui disaient quel<{uefois : « Faut -il vivre- toujours sous ces austères lois , " Et même avant l'tiymen coonaissant le veuvage, « En ces pieux cnuuis couler votre jeune âge ? » Hàte7,-vous de saisir ces rapides instants ; « Vous les regretterez, il n'en sera plus temps. B Plus prompte que l'eclair ,'k jeunesse s'eavole : . De ces tristes devoirs qu'un époux VOUE cousole! » . > Ah ! ma mère n'est plus, disait-elle, et sa mort
■ D'un père eu cheveux blancs m'a conGé te sort. D De, frivoles plaisirs que U foule s'amuse ;
B Pouimoi, moncœur jouit des biens qu'il se refustj. s Je jouis quand je vois , au sortir du sommeil ,
• D'uu rayon de gaité briller son doux réveil.
• Je jouis quand, le soir, prolongeant ma lecture, » J'endors près de son lit les douleurs qu'il eodureï Je jouis, quand le jour, appuyé sur Uton bras , » Mes secours attentifs aident ses faibles p^^'
D Dans des liens nouveaux ma îeuup-cc eï*Ç,*% '
■ Par deux objets cbe'ris se verp^' rt*é^* '
B L'amour lui volerait une pari \ ^ tO^^ '
» Je l'aimerais auunt, je les^^;^^ ^^* ■()N°**!ft»«^*'''^ '^
« Noi.,j'enjureauiourd-lmip ^v A^ y. ^.
■ RiennepourraïamaismeO^ V^ vîv -V^
Tel était son langage. Et moi, puisent mes chants Nourrir , entretenir ces vertueux penchants ! Doux et sublime emploi du bel art que j'adore , Art charmant ! c'est ainsi que le monde t'honore y Et que du luth sacre les sons religieux Sont l'dmour de la terre et les échos des cieux. Et si c'est un ami que le malheur oppresse , Un ami ! ce mot seul dit tout à la tendresse : Vous-même à ce tribut vous vous êtes soumis : Le sort fait les parents^ le choix fait les amis. Le )our qui vous unit d'une chaîne commune , I/un à l'autre engagea vos soins , votre fortune j Et la loi d'amitié , ce doux contrat des cœurs , D'avance à votre chargea mis tous ses malheurs. Mais qui sait acquitter cette dette sublime ? Ah ! c'est toi , de mes maux compagne magnanime , O toi ! l'inspiratrice et l'objet de mes chants j Qui joins à mes accords des accords si touchants ! (9 Hélas ! lorsque mes yeux, appesantis par l'âge, S'ouvrent à peine au jour, plus d'un charmant ouvrage Était perdu pour moi ^ mais à ina cécité Ta secourable v^ix en transmet la beauté.
Des filles de Milton , qui ne sait la tendresse ? ( ** Je n'eus ni ses talents , ni sa lâche faiblesse :
Admirable poète , et mauTaU citoyen , Il outragea son maître, et j'ai chante le mien. ( " Mais, comme cegrandhomme , au sein de sa famille , En toi , dans mon exil , je retrouve une Clle , Dont l'organe enchanteur, les sons mélodieux Ravissent mon oreille , et remplacent met yeux. Dqà de ton ami douce consolatrice, Dirai-je envers les tiens ta bonté bienfaitrice , Et conuneot en secret les soins attendrissants D'un përe vertueux soulagent les vieux ans ?
Ah! tu m'en es plus chère, ettanobleindigence Bit plus à mes regards que la fière opulence , Qui , répandant au loin ses flots dévastateurs , Va soudoyer le vice et corrompre les cœurs.
Te) un torrent fougueux , élance' des montagnes , De ses flots débordés va noyer les campagnes ; Tandis que dans son cours un modeste ruisseau , Distribuant sans bruit son mince fî|^ d'e3>^ > Datis le champ paternel s'insiuuQ ^îlc»*^»
Et de sa pauvreté fait naître l'^ . pe '■ Lesboiâ,lesfruits,lesileursacçtj "^^^^^ e»^^'"''"" Ainsi , répartissant ses vertue,i^Vj»V . , la tendre Pitié souffre et ioui^^ îl^-o** <. **t«*-- Toutefois c'est trop peu de Se. '^^ V ^