CAMILLE DESMOULINS
Danton, m'approuves-tu? J'ai détruit et je fonde. Quand , à son dur sommeil arrachant le vieux monde, Contre une monarchie , arrivée au déclin , Il fallait soulever la foule , le tocsin Sonnait dans mes discours , et le peuple en furie Se ruait dans l'émeute , ivre au nom de patrie. La révolte parut le plus saint des devoirs. Alors porter la tlamme à tous les désespoirs ,
Ecraser de sa honte un suranné régime,
Fut une tâche noble, auguste , légitime.
Du passé , l'ouragan emporta les débris ,
Et la France applaudit l'héroïque Paris.
La Révolution tonna comme la foudre :
D'un sceptre par nos mains brisé, d'un trône en poudre
Surgit la République , au visage serein ,
Coiffant sans appareil le bonnet phrygien ;
La République pure, audacieuse et fière:
Fière de racheter ses fautes par la guerre ;
Fière , quand l'ennemi l'appelait aux combats ,
D'armer ses légions de citoyens-soldats ,
De secouer la peur sur l'Europe irritée ,
De venger dans le sang sa frontière insultée ,
De rompre tous les jougs , et , refondant les lois ,
De jeter des défis , épouvante des rois.
Chacun de nous , sans peur , fort de sa conscience ,
Travailla sans relâche au salut de la France ;
Mais le but poursuivi n'est-il pas dépassé ?
Quand j'ai vu l'échafaud , sur nos places dressé ,
Fatiguer les bourreaux à décimer les têtes,
J'ai (quel pressentiment !) tremblé pour nos conquêtes.
Et mon cœur, qui connaît l'amour et l'amitié ,
Dans le commun péril a senti la pitié.