‹ La pitié sons la terreurChapitre 23 sur 83 · CAMILLE DESMOULINS · texte numérisé non relu

CAMILLE DESMOULINS

Danton, m'approuves-tu? J'ai détruit et je fonde. Quand , à son dur sommeil arrachant le vieux monde, Contre une monarchie , arrivée au déclin , Il fallait soulever la foule , le tocsin Sonnait dans mes discours , et le peuple en furie Se ruait dans l'émeute , ivre au nom de patrie. La révolte parut le plus saint des devoirs. Alors porter la tlamme à tous les désespoirs ,

Ecraser de sa honte un suranné régime,

Fut une tâche noble, auguste , légitime.

Du passé , l'ouragan emporta les débris ,

Et la France applaudit l'héroïque Paris.

La Révolution tonna comme la foudre :

D'un sceptre par nos mains brisé, d'un trône en poudre

Surgit la République , au visage serein ,

Coiffant sans appareil le bonnet phrygien ;

La République pure, audacieuse et fière:

Fière de racheter ses fautes par la guerre ;

Fière , quand l'ennemi l'appelait aux combats ,

D'armer ses légions de citoyens-soldats ,

De secouer la peur sur l'Europe irritée ,

De venger dans le sang sa frontière insultée ,

De rompre tous les jougs , et , refondant les lois ,

De jeter des défis , épouvante des rois.

Chacun de nous , sans peur , fort de sa conscience ,

Travailla sans relâche au salut de la France ;

Mais le but poursuivi n'est-il pas dépassé ?

Quand j'ai vu l'échafaud , sur nos places dressé ,

Fatiguer les bourreaux à décimer les têtes,

J'ai (quel pressentiment !) tremblé pour nos conquêtes.

Et mon cœur, qui connaît l'amour et l'amitié ,

Dans le commun péril a senti la pitié.

Page 1