VUE PREFACE
M. LaniVey publiât son remarquable Essai sur
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1), IlOUS allons
mettre sous leurs yeux le chapitre intitulé : ROBESPIERRE ET DANTON.
« Lorsqu'il fut question d'envoyer les Girondins au tribunal révolutionnaire , le faible et versatile Garât, qui les avait abandonnés à l'heure du danger , alla secrètement chez Danton pour le déterminer à agir en leur faveur. Danton se disait malade et ne voyait personne. Pourtant il le reçut. Mais dès les premiers mots : « Je ne pourrai pas les sauver ! » dit-il ; et de grosses larmes coulaient le long de cette tête de Méduse , contractée par la douleur et le remords.
« Qu'y avait-il donc entre eux et lui ? Un simple lien de sympathie et d'estime ? Non. C'était bien plutôt une étroite solidarité d'opinion et d'intérêts ; et cette vérité que l'étourdi Camille n'entrevit qu'au dernier moment , elle fut sans cesse présente à sa pensée. Danton ne se donna définitivement à la démocratie extrême qu'après avoir été repoussé par les Girondins , et même alors il ne la servit qu'à regret et avec l'arrière-pensée de la combattre plus tard.
« Par là s'expliquent et les sages conseils qu'il leur prodiguait en toute occasion , et sa longanimité à supporter leurs reproches si sanglants , et les avances qu'il persista si longtemps à leur faire , et sa répugnance à les frapper. 11 sentait bien que c'était se frapper lui-même. Que de fois ne lui arriva-t-il pas de gémir sur ces fatales journées de Septembre, qui avaient mis entre la Gironde et lui
(1) Paris, Chamcrot, 1 vol. in-8°.