ACTE PREMIER. — SCÈNE V
Votent comme un seul homme et, séides abjects , Craignent que Mahomet dans le rang des suspects Sur ses tables de mort n'inscrive des rebelles.
HOBESPIEKRE.
Donc je suis le tyran dans ces affreux libelles Qu'imprime Desmoulins ! donc c'est à mon dossier Qu'il met l'allusion de son Vieux Cordelier ! Donc c'est lorsque la loi fauche ou purge la France Qu'on doit tout compromettre et parler de clémence !
Ne te souvient-il plus déjà de ces discours
Où tu voulus hâter la justice en son cours ?
Avec les accusés tu te trouvais en guerre ,
Et demandais contre eux des éclats de tonnerre ,
Et tu fis décréter ces hardis tribunaux
Qui nous préservent tous des périls sociaux.
Serais-tu gangrené de cette pruderie
Qui répugne à verser le sang pour la patrie ?
Et refuserais-tu , par fausse humanité ,
Un large sacrifice à la nécessité ?
Jusque dans les prisons la royauté conspire :
11 faut l'épouvanter, Danton, il faut proscrire,
11 faut tuer: les morts seuls ne reviennent point.
L'échafaud chaque jour réclame son appoint. L'arbre des libertés veut des soins : il impose Au fier cultivateur que de sang il l'arrose. Qu'à la sève un seul jour manque cet aliment , L'arbre meurt... et l'on veut qu'un Comité clément Fasse obstacle aux destins de notre République !
Ce qui manque le plus à tous , c'est la logique.
On reçoit un principe , on le tient pour certain ,
Et l'application timide , au lendemain ,
D'un robuste argument remet les conséquences !
Le doute sur le droit nourrit les défiances.
Si d'un pas on avance , on recule d'un pas ;
Chaque embarras enfante un nouvel embarras ;
On ose à nos décrets opposer des murmures,
Et par l'appel aux lois combattre nos mesures.
C'est ainsi qu'en aveugle, et sans prévision,
On ranime l'espoir de chaque faction ,
Et qu'on s'endort, inepte, au milieu des cratères.
Les volcans sourdement grondent, et nos colères
S'apaiseraient devant les obstinés complots !
Une mer en fureur accumule ses flots ,
Aux tempêtes sans fin succèdent les tempêtes ,
Et nous demanderions , pour dérober nos têtes ,
Un abri ! Le pays harcelé , combattu ,