ACTE PREMIER. —SCÈNE V
De ses représentants attend plus de vertu. Toi-même , interrogé , n'as-tu pas dit : « En face , « De l'audace toujours et toujours de l'audace ? »
DANTON
Je l'ai dit, par l'audace il fallait débuter:
Aujourd'hui je l'impose encor... pour résister.
Je t'ai compris , je sors de mon indifférence.
Eh quoi ! les échafauds dressés en permanence ,
Des plébéiens obscurs saisis dans leurs maisons ,
Des gens de tous états encombrant les prisons,
Des vieillards, des enfants, de pauvres jeunes filles,
Des suspects enlevés dans toutes les familles,
Les procédés hideux de l'Inquisition :
Réponds , est-ce affermir la Révolution?
Est-ce la faire aimer ? aime-l-on quand on tremble ?
ROBESPIERRE
C'est la réaction qui parle, ce me semble. Ainsi de sa torpeur Danton sort insensé : Lâchement devant moi reniant son passé, Pour sa femme hésitant à sauver sa patrie. Ah ' le grand citoyen s'éteint s'il se marie !
Le républicain fier s'abaisse aux gens de cour, Et perd toute énergie aux filets de l' amour.
SOPHIR.
Je pénètre le sens de mon affreux présage... Horreur! le masque tombe et je vois ton visage. 11 te faut des amis sans entrailles. Danton A ressenti l'amour et m'a donné son nom ; Pour savourer la paix d'une douce campagne , Il a fui dans Arcis tes sbires , ta Montagne , Tes farouches tribuns , ta sauvage Terreur , Et tu prétends lui faire expier son bonheur. Le froid du célibat te glace , homme insensible , Hypocrite, orgueilleux, dans le crime impassible. Mon Danton t'a laissé trop de place au soleil , Il s'est trop endormi ; tremble qu'à son réveil , Tremble qu'à la tribune il n'éclaire tes trames !
ROBESPIERRE
A ces emportements je reconnais les femmes : Les extrêmes en tout, haine, amour, amitié. En révolution leur absurde pitié Aux plus fermes maris souffle des défaillances