ACTE PREMIER. — SCÈNE V
Qui ne permettent plus d'héroïques vengeances. L'énergique Danton n'est qu'une ombre...
DANTON
Tu mens !
Si ma femme m'appelle à tous les dévoùmens , Si de ceux qu'on égorge elle prend la querelle , Elle est digne de moi , je serai digne d'elle. J'ai percé tes desseins : tu venais aujourd'hui , Pour marcher à ton but , réclamer mon appui ? Passe-t'en.
ROBESPIERRE
Tu me hais ? tu me hais ?.. tout s'explique : Hostile à Robespierre, on hait la République... Patriotes d'un jour, dès le soir abattus , Ils refusent , jaloux , de croire à mes vertus ; Ils se blessent d'un nom , le nom d'incorruptible. Que leur patriotisme à son tour passe au crible, Il restera bassesse, avidité sans frein, Fol amour des plaisirs... pas un noble dessein ! Rien pour la France, rien pour la chose publique. Coureur de voluptés , qu'as-tu fait en Belgique ? Ta main sale a volé les deniers de l'État. A toi luxe et richesse.
DANTON
A toi l'assassinat ; Tu n'aimes que le sang.
ROBESPIERRE
Oui , le sang qui féconde , Qui , justement versé , régénère le monde. L'obstacle vient de vous , sybarites fripons. Toi , conte tes exploits pour le peuple , réponds : Tu louas Dumouriez , tu soutins La Fayette ; Tu peux servir encor, mais il faut qu'on t'achète.
DANTON ( avec une hautaine et insouciante ironie).
Peut-être es-tu venu conclure le marché !
Quel temps as-tu choisi ! mon foin n'est pas fauché ;
Tes propositions me trouvent inflexible ,
Et je veux qu'on m'appelle aussi Y incorruptible !
ROBESPIERRE ( se retirant irrité).
Raille } raille à loisir , ironique apostat.