ACTE II. —SCÈNE II
J'ai vendu des chansons dont les profits sont bus. La gloire des combats au peuple est la plus chère , Et mon faiseur excelle en ses refrains de guerre. Mais pardon ! citoyen ; j'excuse ton humeur, Et crois qu'un bras perdu met du noir dans le cœur.
AIGLEBOIS.
TJn bras ? qu'est-ce qu'un bras , et même que la vie Quand il faut repousser de la France envahie L'insolent Prussien ou le perfide Anglais? Un jour que , Verdun pris , on connut leurs succès, J'entrai l'un des premiers aux rangs de la milice , Et d'un sang dévoué je fis le sacrifice.
TAPF,ni!R.
Je ne sais pas pourquoi je n'en fis pas autant ;
Mais sans moi l'on vainquit , c'est le point important.
ATCr.EBOIS.
Oui, le patriotisme enchaîna la victoire ;
Oui, pour prix des combats, une immortelle gloire
Couronna nos exploits , et le sol outragé
Des impudents Germains en un jour fut purgé.
A Hondtschoote , le soir , tombé sous la mitraille ,
Je fus , le lendemain de la grande bataille , Tiré du rang des morts ; et ce bras fut coupé , Sans que de ma poitrine un cri soit échappé. A la suite des camps longtemps à l'ambulance, Et dans les hôpitaux longtemps, enfin la France Me reçut , de ses fils moi le moins glorieux ; Mais l'un des plus aimants, l'un des plus soucieux Du sort de ses desseins — et de sa renommée , Toujours objet d'envie et jamais entamée , — De son honneur , — du sort de notre Liberté Qu'on égare , qui porte au front la cruauté , Et dont le cœur , chargé d'une effroyable chaîne , Laisse voir une esclave et non pas une reine.
TAPEDUR.
A tes ressentiments injustes mets un frein : Que peux-tu reprocher au peuple souverain ?
AIGLEBOIS.
A lui? rien , rien, sinon sa lâche obéissance. A peine il s'est défait d'un tyran qu'il encense , Il en a de plus durs , plus fiers , plus insolents , Qui meurent tour à tour de leurs décrets sanglants. Après les Girondins tombent les Hébertistes ;